00:00 Je ne veux plus voir une nana enceinte de 8 mois me demander ce que c'est le postpartum, déjà.
00:04 Je m'appelle Eve, je suis la maman de Ferdinand qui a 18 mois,
00:10 et j'ai réalisé une série documentaire qui sortira le 8 mars qui s'appelle "Postpartum".
00:15 Je suis tombée enceinte de mon premier enfant le 1er janvier 2020.
00:19 Un bébé surprise comme on dit.
00:21 J'avais alors 25 ans et je n'avais aucune idée de ce qui allait m'arriver.
00:27 Avant de tomber enceinte, je ne m'étais jamais intéressée au sujet de la maternité.
00:31 On me demande souvent la définition du postpartum.
00:33 Dans la définition médicale, il est dit que c'est la période
00:37 qui va de la sortie du placenta jusqu'au retour de couche.
00:40 Évidemment le retour de couche, donc le retour des règles, est très différent en fonction des femmes,
00:44 en fonction de son allaitement ou pas.
00:46 Moi par exemple, je n'ai pas eu mes règles pendant un an.
00:48 J'ai des amis qui n'ont pas allaité, qui ont eu leurs règles 3 semaines après leur accouchement.
00:52 C'est comme si en fait, on demandait "est-ce que tu peux nous décrire l'adolescence finalement ?"
00:57 Il n'y a pas une définition, il faut qu'on se pose à un café, qu'on en parle pendant 2 heures.
01:01 Je ne peux pas être exhaustive dans le postpartum,
01:03 mais c'est à la fois un chamboulement physique, émotionnel et mental
01:06 que va vivre la jeune mère suite à la naissance de son enfant.
01:09 J'étais moi-même enceinte à 7 mois de grossesse.
01:13 J'avais super bien préparé mon accouchement, je ne faisais que penser à ça.
01:17 Un accouchement à domicile en plus, donc le fruit vraiment d'une longue réflexion.
01:20 Et donc on m'a parlé du postpartum à 7 mois de grossesse.
01:23 J'allais accoucher dans 2 mois et là je me suis dit "mais qu'est-ce que c'est ? De quoi il s'agit ?"
01:28 Je n'ai jamais entendu parler de ce terme-là.
01:30 J'ai trouvé des livres, 2 livres notamment, et je n'ai pas trouvé de documentaire.
01:34 Et moi j'adore m'informer comme ça.
01:36 Et en fait de là, je me suis dit "c'est quand même bizarre".
01:38 Visiblement, les femmes donnent la vie depuis la nuit des temps.
01:41 Et pourtant, il n'y a rien, il n'y a pas grand-chose, il n'y a pas beaucoup de ressources là-dessus.
01:45 Et bien puisque ce documentaire n'existe pas, je vais le faire.
01:48 Ça c'était l'idée de base.
01:49 J'ai entendu le terme "postpartum" pour la première fois en juillet 2020.
01:52 J'étais enceinte de 7 mois.
01:54 J'avais pourtant tout bien préparé.
01:57 La chambre du bébé, la poussette, la petite valise avec les bodies.
02:01 J'avais l'instinct maternel qui était censé se manifester dès la naissance du bébé.
02:05 Dans ma tête, j'étais prête.
02:07 Ferdinand est venu au monde le 25 septembre 2020.
02:13 Donc moi j'ai donné naissance à mon enfant.
02:18 Mon propre postpartum a été un chamboulement assez intense.
02:22 Et je pense que je l'ai fait un peu pour me faire ma propre thérapie en fait à moi.
02:27 Comme ça, et à débuter l'aventure, on est allé voir des dizaines et dizaines de mamans,
02:32 des dizaines et des dizaines de professionnels en France, à l'étranger, au Canada, aux Pays-Bas.
02:36 Et voilà comment est née cette série de documentaire en 4 épisodes de 30 minutes.
02:40 Plus, le projet c'est aussi, il y a une cinquantaine d'heures d'interview intégrale des mamans
02:47 qui livrent leur expérience, mais aussi des professionnels qui apportent des réponses disponibles en ligne.
02:53 Le jour de l'accouchement, ce n'est pas seulement l'enfant qui va naître, c'est la mère aussi.
02:58 Et pour renaître, il faut bien mourir non ?
03:00 La Eve d'avant n'est plus, je ne me reconnais plus.
03:05 Qui suis-je ? Comment être sa mère si je ne sais plus qui je suis ?
03:08 Pourquoi la vie avec ce petit être minuscule n'est pas telle que je l'avais imaginée ?
03:12 À qui est ce corps que je ne reconnais plus ?
03:15 Vraiment, ce qui m'a le plus choquée, c'était la perte de repères et la perte d'identité que j'ai ressentie.
03:24 Je ne me reconnaissais plus, ni dans mon corps, ni dans mon esprit.
03:27 J'avais des comportements qui étaient totalement à l'antipode de ce que je suis aujourd'hui.
03:34 J'ai développé une grande hyper-vigilance.
03:36 Alors il faut savoir que mon fils a eu des problèmes de santé,
03:39 donc mon post-partum est aussi un peu particulier quand même.
03:41 Je ne voyais pas la finalité de tout ça.
03:43 Je n'avais pas compris que c'était pour renaître derrière,
03:46 et pour devenir une nouvelle personne que j'allais apprécier encore plus.
03:49 Aujourd'hui, je commence à voir le fruit de ce travail de déconstruction, de pluie, de reconstruction.
03:56 Je suis assez agréablement surprise.
03:59 Pour améliorer aujourd'hui le post-partum,
04:02 je dirais qu'en premier lieu, ça ne me passe ni par le médical, ni par le politique.
04:06 Évidemment, ce sont des axes extrêmement importants.
04:08 Mais déjà, pour avoir une toute petite connaissance du sujet,
04:13 toutes les actions politiques prennent énormément de temps.
04:16 Et aujourd'hui, on manque de temps.
04:17 Je pense que le post-partum a été assez longtemps mal pris en charge, donc il faut avancer.
04:23 Et en fait, pour moi, ça passe par l'éducation des gens, donc l'éducation des mamans.
04:27 C'est-à-dire être au courant de cette période.
04:29 Je ne veux plus voir une nana enceinte de 8 mois me demander ce que c'est le post-partum, déjà.
04:35 Et surtout, éduquer la famille, les amis, les gens autour,
04:38 aux besoins de la jeune mère, aux besoins du jeune bébé, de la jeune famille, du père.
04:44 Comprendre un peu les enjeux de cette période, déjà dans l'intime.
04:47 C'est ça pour moi qui est important.
04:49 Comment on peut aider une jeune maman qui vient d'accoucher en étant présent, déjà ?
04:53 En proposant du soutien, donc passer voir la jeune famille régulièrement.
04:59 Moi, je sais que j'ai eu finalement très peu de visites pendant mon post-partum.
05:03 On isole un peu les jeunes familles, surtout les jeunes mères,
05:05 puisque les coparents, les papas, reprennent le travail très rapidement.
05:10 Parce que oui, le congé paternité est passé à 28 jours, mais c'est 7 jours obligatoires.
05:14 Voilà.
05:15 La maman se retrouve extrêmement isolée.
05:17 Et il n'y a rien de pire en post-partum que l'isolement.
05:19 Être là, vraiment être présent et donner de son temps.
05:22 Y aller pour elle, en fait.
05:23 Et l'écouter, être une écoute bienveillante.
05:26 Ne pas donner ton avis s'il n'est pas sollicité.
05:28 Proposer d'aider dans la maison, c'est-à-dire d'aller faire une machine,
05:32 d'aller faire à manger.
05:34 Juste de dire "je peux te garder ton bébé, va faire une sieste, en fait".
05:38 On est tous un peu mal à l'aise avec les nouveau-nés, surtout quand on n'en a pas.
05:41 Mais si on met un peu du sien, on va y arriver.
05:44 Il y a des chiffres qui sont quand même assez alarmants.
05:47 Là, il y a des nouveaux rapports qui sont sortis
05:51 en disant qu'on était aux alentours de 30% de dépression du post-partum.
05:54 Ça a augmenté.
05:56 C'est dramatique, vraiment.
05:58 C'est énorme, 30% en fait.
05:59 On sait surtout que c'est 30% qui sont diagnostiqués.
06:02 Donc en fait, c'est beaucoup plus.
06:04 C'est vraiment beaucoup plus.
06:05 Et j'ai eu la confirmation avec Élise,
06:07 qui est la présidente de l'association Maman Blues,
06:09 qui m'a dit que là, dernièrement, avec le Covid et l'isolement,
06:12 c'était vraiment une catastrophe sociale.
06:15 Tout le monde s'en fout, mais c'est grave en fait.
06:18 C'est vraiment très grave.
06:19 30% et 5% qui est pris en charge,
06:22 qui est vraiment où les mamans vont être guéries.
06:24 On commence à parler de la dépression du post-partum, et c'est super.
06:28 Mais c'est pas obligé de faire une dépression du post-partum pour en chier, en gros.
06:31 Moi, je n'en ai pas fait.
06:32 Et pourtant, oui, oui, oui, j'ai bien galéré.
06:34 C'est pas parce qu'une maman n'est pas sous antidépresseur
06:37 qu'elle n'est pas en train de vivre une grande difficulté derrière.
06:39 Donc, il faut être vigilant.
06:40 Il ne faut pas que les jeunes mères, ou les plus vieilles mères d'ailleurs,
06:43 n'hésitent pas à parler, n'hésitent pas à libérer un peu la parole.
06:47 On a le droit de dire, et dire, c'est guérir en fait.
06:50 Donc, voilà.
06:52 Il y a vraiment une lumière au bout de ce tunnel,
06:54 mais quand tu es dedans, tu ne la vois pas.
06:57 Et c'est pour ça qu'il faut de l'aide.
06:59 Un max.
07:00 - OK.
07:02 J'ai reçu les réponses que j'attendais.
07:04 Celles qui ont pensé mon cœur,
07:06 qui m'ont permis de guérir, d'aller de l'avant.
07:10 Nous sommes une,
07:12 nous sommes mère,
07:14 nous portons le monde,
07:15 et nous méritons mieux pour notre post-partum.
07:18 Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org
07:21 [Musique]
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