00:00 Bon Marc, merci pour cet entretien rapide.
00:06 Il y en a un qui n'est pas content, c'est Arnaud Desmars.
00:11 Oui, normal, justifié.
00:13 Il a raison de ne pas être content, je le comprends.
00:17 On vous connaît, c'était un choix compliqué, c'était une décision difficile à prendre.
00:23 Oui, ça a été compliqué, difficile. Maintenant, au moment du choix final,
00:32 moi je devais prendre en considération que l'aspect sportif des choses,
00:36 pour que l'équipe soit la meilleure possible au départ du prochain Tour de France.
00:41 Ça a été une décision difficile parce que j'ai le plus grand respect pour Arnaud.
00:48 J'ai beaucoup de satisfaction avec lui sur toutes les années qu'on a passé ensemble.
00:53 On n'efface pas d'un revers de manche une centaine de victoires quand même avec lui.
00:57 Une bonne relation avec quelqu'un de professionnel, de sérieux, d'appliqué, de respectueux.
01:04 Comme je lui ai dit, je n'ai absolument rien à te reprocher.
01:08 Et je le confirme devant vous, je n'ai rien à reprocher à Arnaud Desmars.
01:12 Mon souci, c'est d'être au départ du Tour avec la meilleure équipe possible
01:15 pour être le meilleur possible dans le classement avec les garçons qui seront au départ.
01:21 Et malheureusement pour le Tour de France, il n'y a que 8 places.
01:25 C'est vrai qu'il y a quelques semaines encore, la présence d'Arnaud était toujours dans les tuyaux.
01:32 La situation de fin de Giro et les jours qui ont suivi le Giro avec la récupération
01:38 et l'état de forme de Thibaut a eu une influence.
01:43 Après, encore une fois, je fais un choix uniquement sportif par rapport à un objectif.
01:48 On parle du sportif du coup ?
01:51 On peut parler du sportif.
01:52 Thibaut Pinot, on a vu son Giro parce qu'en fait c'est un super Giro de Thibaut.
01:58 Il ne manque qu'une étape parce qu'on ne peut rien lui reprocher à Thibaut.
02:01 Qu'est-ce qu'il va apporter à David Goddou du coup ?
02:04 Si tu veux, après réflexion, on s'est dit qu'on va partir sur le Tour avec une équipe qui peut bouger
02:11 et qui peut rentrer dans une course de mouvement.
02:14 Je m'explique, quand on regarde le déroulé notamment du Giro,
02:17 tu vas me dire que ce n'est pas le Tour de France mais c'est quand même le Giro,
02:20 et l'état d'esprit qu'on a pu rencontrer sur des courses comme les classiques,
02:26 on s'aperçoit que ça dégoupille de loin et que la course a beaucoup de mouvement.
02:30 Alors, je sais que souvent le Tour est beaucoup plus verrouillé, contrôlé,
02:36 mais on n'est pas à l'abri de rencontrer plusieurs étapes où la course va se débrider et s'ouvrir,
02:42 comme on dit dans le jargon.
02:43 Et pour une course débridée et ouverte,
02:47 il nous faut des gens capables de passer les obstacles montagneux avec les meilleurs,
02:52 et c'est la raison pour laquelle des gens comme Madouasse ou Pinault
02:55 peuvent être extrêmement intéressants pour le déroulé de notre course
02:59 et mettre ainsi encore un peu plus en sécurité un coureur comme Goddou.
03:03 Il vaut mieux être poursuivi par la concurrence que d'être en permanence obligé de rouler derrière les autres
03:08 qui rentrent justement à une course de mouvement.
03:10 Je pense notamment à une équipe comme Ineos,
03:14 qui n'a pas de vainqueur potentiel du Tour sur le papier avant le départ,
03:17 mais qui va forcément rentrer dans une course où ils vont bouger,
03:20 et ils ont des éléments pour bouger.
03:22 Après, quel en sera-t-il de l'UAE et de la Jumbo, on verra sur le terrain.
03:27 A priori, on peut se dire qu'ils vont verrouiller,
03:30 mais ils peuvent aussi bouger pour essayer de déstabiliser l'adversaire avec un collectif.
03:36 C'est la raison pour laquelle on s'est un peu mis dans cette logique-là,
03:41 tout pour la montagne, avec des gens capables de bien passer la moyenne montagne ou la haute montagne.
03:45 Donc si on résume, Marc,
03:47 vous avez employé le mot au sein de la groupe Amav, Dijy,
03:50 le mot c'est déstabiliser,
03:52 c'est-à-dire que Thibaut Pinault se présente au départ du Tour,
03:55 sans jouer le général, quoi que ce soit, une victoire d'étape,
03:57 mais ça peut mettre le doute dans la tête d'un wing-guard de Pogacar
04:01 que Thibaut parte dans une échappée qui prend 5, 6, 7 minutes
04:06 et ça ferait le jeu de David Goddou du coup.
04:08 Tu schématises un peu, mais c'est un peu ces logiques-là qu'on essaie de redévelopper.
04:14 On l'a bien vu sur le Giro, ça ne s'est pas mal fait.
04:17 Ça s'est fait aussi par le passé dans le Tour.
04:20 On a vu aussi que l'année dernière dans le Tour,
04:22 pour déstabiliser Pogacar, c'est un petit peu sur ces terrains-là qu'était allé Jumbo,
04:27 en mettant du harcèlement et en dégoupillant de loin.
04:32 Donc je me dis, il va peut-être être mieux armé
04:35 plus pour la montagne que pour la plaine cette année
04:37 avec le parcours tel qu'il nous est proposé.
04:39 C'est un pari, c'est une option, elle vaut ce qu'elle vaut,
04:42 mais c'est celle que nous avons retenue et choisie.
04:46 Alors je suis extrêmement désolé par rapport à Arnaud,
04:49 encore une fois, j'insiste,
04:50 mais c'est le choix d'un moment, d'une sélection par rapport à une course.
04:56 Tu parles d'Arnaud, s'il y avait un mot à lui dire là ?
05:04 Si j'avais un mot à lui dire, je sais que les moments sont difficiles,
05:08 ils le sont encore plus pour toi que pour moi.
05:14 J'ai l'expérience qui me laisse dire que le temps fera son œuvre
05:19 et nous retrouverons des manières de travailler ensemble
05:23 pour les prochains jours et prochaines semaines
05:25 qui nous permettront de finir par le haut notre aventure commune
05:29 que je ne regrette absolument pas.
05:31 Compliqué de terminer les histoires finalement.
05:35 C'est la dure loi de ce métier.
05:38 Là, je suis confronté à une situation délicate avec Arnaud,
05:41 je la comprends et je la conçois pour lui.
05:44 Mais au long de ma carrière de manager d'équipe,
05:48 j'ai été confronté à des situations encore plus délicates et plus difficiles
05:53 dans des domaines personnels pour certains coureurs.
05:56 J'ai été confronté à ces situations difficiles
05:58 quand on est obligé de dire à un coureur
06:00 "écoute, tu n'es pas fait pour ce métier,
06:02 il vaudrait mieux que tu fasses autre chose"
06:03 surtout quand c'est un jeune coureur.
06:05 J'ai été confronté à ces situations quand un coureur est en fin de contrat
06:09 et qu'il est l'heure pour lui de prendre sa retraite
06:13 et que ce n'est pas toujours bien intégré pour lui.
06:15 Donc il faut aussi faire comprendre aux gens,
06:17 il est l'heure de faire autre chose.
06:18 Donc toutes ces situations sont délicates, difficiles,
06:22 mais ça fait aussi partie du job de patron d'équipe.
06:26 Une dernière question pour revenir au sportif.
06:29 On a pu lire, on a pu entendre que parfois le couple "Pinot-Godud",
06:34 ça peut être compliqué.
06:35 Là, ça va marcher sur le Tour de France 2023 ?
06:39 Alors le couple Pinot-Godud,
06:40 je n'ai pas de souvenirs particuliers que ça n'ait pas fonctionné.
06:45 Thibaut peut rouler pour Godud ?
06:47 J'espère bien, il me l'a promis.
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