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  • il y a 3 ans
Aujourd'hui, le digital est encré dans le quotidien des jeunes filles. Pour s'informer, elles se dirigent vers les réseaux sociaux, mais les informations sont trop peu fiables, notamment autour de la santé. Autour de la contraception chez les jeunes filles, trop d’idées reçues encore ! La pilule et les méthodes contraceptives plus récentes sont moins utilisées avec, à la clé, un risque de grossesse non désirée. La crainte de la contraception féminine est-elle vraiment fondée ? Le Dr. Justine HUGON-RODIN, gynécologue à Paris, lève les idées reçues autour de la contraception, et la psychologue Lisa BRICQUET, nous donne son analyse sur le comportement des jeunes filles et leur crainte de la contraception aujourd'hui.

Rendez-vous sur la chaine Youtube ECLAT pour plus d'informations sur la contraception :
https://www.youtube.com/@eclat5091

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Transcription
00:00 [Musique]
00:09 Autour de la contraception chez les jeunes filles, trop d'idées reçues encore.
00:13 Et sans doute aussi des informations trop peu fiables recherchées sur les réseaux sociaux.
00:19 Résultat, la pilule et les méthodes contraceptives plus récentes sont boudées,
00:23 avec à la clé un risque bien sûr de grossesse non désirée.
00:27 Alors la crainte de la contraception féminine est-elle vraiment fondée ?
00:31 C'est la question que nous allons poser aujourd'hui au docteur Justine Hugon-Rodin,
00:35 gynécologue à Paris, accompagnée de Lisa Bricquet, psychologue.
00:39 Bonjour mesdames.
00:40 Bonjour.
00:40 Alors docteur, je l'ai dit, la contraception féminine,
00:44 elle est un petit peu, on va dire, boudée par les jeunes filles.
00:47 Alors on parle de charge mentale, on parle d'un certain retour à la naturalité,
00:52 on parle aussi de réseaux sociaux, je l'ai dit.
00:54 Est-ce que c'est en une accumulation de tous ces facteurs
00:57 qui finalement explique ce phénomène ou vous voyez les choses un petit peu différemment ?
01:00 Probablement. Alors la contraception reste encore aujourd'hui principalement féminine,
01:04 mais c'est vrai qu'elle a tendance à être moins hormonale
01:08 et les femmes, on le voit dans le temps, privilégient un peu plus les contraceptions sans hormones.
01:14 Alors par peur des hormones, mais aussi pour en effet diminuer la charge mentale,
01:17 comme vous le disiez, limiter la prise de comprimés, limiter la peur de l'oubli.
01:22 Si on prend juste quelques chiffres rapidement, il y a 10 ans, en 2010,
01:27 deux tiers des femmes utilisaient une pilule, donc une contraception hormonale,
01:31 et dans l'enquête ECLA qui a été réalisée l'année dernière dans la tranche d'âge 20-24 ans,
01:35 c'était environ 50%.
01:37 Donc on a une baisse de cette utilisation de contraception hormonale.
01:41 Alors est-ce que c'est au profit de contraception non-hormonale
01:43 si on regarde le stérilet, il est passé de 1% dans cette tranche d'âge à environ 5% ?
01:48 Et alors pour vous Lisa, est-ce que justement, en tant que psychologue,
01:52 vous avez une façon d'appréhender ce phénomène ?
01:55 Notre mode de consommation de l'information, il a complètement évolué avec le numérique.
01:58 On est dans l'immédiateté, dans l'illimité aussi,
02:02 et on voit popper des sujets qui sont impactants psychologiquement quasiment quotidiennement,
02:07 et pourtant on demande de plus en plus aux gens de prendre position,
02:10 d'avoir une prise de conscience, de se responsabiliser,
02:12 et ça, ça peut être assez lourd à porter, assez stressant aussi,
02:16 et on l'a vu pendant le Covid, la source d'information numéro 1 pour les jeunes,
02:20 c'était les réseaux sociaux.
02:22 Donc face à un flot d'informations qui arrive,
02:25 ça peut être assez difficile de prendre du recul,
02:27 de savoir si c'est une bonne information pour moi ou une mauvaise,
02:29 si c'est une fake news, etc.
02:31 Et globalement, ce qu'on constate un petit peu,
02:33 c'est une perte de confiance généralisée dans les informations,
02:37 et notamment dans les informations en santé,
02:39 et je pense que la baisse de la contraception en France,
02:42 elle est aussi due à une difficulté de positionnement
02:44 face à des informations qui peuvent être parfois contradictoires.
02:46 On parle beaucoup de retour à la naturalité,
02:48 est-ce qu'on a une explication sociologique
02:51 à ce phénomène qui est de retour depuis quelques années quand même ?
02:54 Oui, aujourd'hui, on est très marqué par deux valeurs
02:58 qui sont portées socialement.
03:00 On a d'un côté l'aspect identité,
03:03 avec des mouvements sociaux qu'on a vu émerger
03:04 comme #MeToo, #BalanceTonPort, etc.
03:07 On prône de plus en plus l'affirmation de soi,
03:09 le respect de soi, l'indépendance.
03:11 Et de l'autre côté, on a l'urgence climatique
03:13 qui vient un peu nous influencer,
03:16 parce que, notamment la génération Z,
03:18 porte un peu le futur de notre planète.
03:20 Et on se trouve un peu tiraillé, pris entre deux feux,
03:24 où d'un côté, on doit être individualiste,
03:26 et de l'autre, on doit être altruiste.
03:28 Et finalement, c'est un peu difficile de se positionner,
03:30 on est un peu en dissonance cognitive,
03:31 donc c'est un état d'inconfort, en gros.
03:35 Et cette dichotomie, on peut la retrouver un petit peu
03:36 dans la contraception, avec d'un côté,
03:38 une satisfaction qu'on sait globalement bonne
03:41 des moyens contraceptifs actuels,
03:43 et de l'autre, cette volonté de retour à la naturalité.
03:46 Et je pense que c'est important de préciser,
03:48 pour la jeune génération, la génération Z,
03:50 que les 15-24 ans, elles sont souvent dans un état d'esprit
03:54 de choix de premiers contraceptifs.
03:57 Et forcément, vu qu'elles n'ont pas de référentiel,
03:59 parce qu'elles n'ont pas eu de contraceptif auparavant,
04:01 elles vont beaucoup se baser sur les valeurs
04:03 et les croyances actuelles pour choisir leur contraception.
04:06 Et alors, quand on parle d'informations contradictoires,
04:08 je rebondis sur les hormones, notamment.
04:11 C'est un grand sujet, évidemment, docteur.
04:13 Ces fameuses hormones, ça génère beaucoup d'idées reçues.
04:16 Est-ce que ça peut expliquer aussi ce phénomène ?
04:19 Il y a deux sortes de pilules, finalement.
04:22 Certaines qui contiennent deux hormones,
04:23 la pilule classique communément connue,
04:25 et la pilule qui contient que une hormone.
04:27 Alors, il ne faut pas tout mélanger,
04:28 c'est en ça qu'il faut lutter contre ces idées reçues.
04:30 La pilule qui contient deux hormones,
04:32 elle va être bénéfique, notamment sur l'acné, par exemple,
04:35 mais elle augmente le risque cardiovasculaire,
04:38 le risque de boucher un vaisseau,
04:39 faiblement, mais elle augmente.
04:41 Les pilules avec une seule hormone,
04:42 elles n'ont pas ce type d'augmentation du risque,
04:45 donc elles peuvent être aussi intéressantes
04:47 chez les femmes qui ont des contre-indications.
04:51 Maintenant, pour essayer de lutter contre ces idées reçues,
04:55 il y a plusieurs moyens.
04:56 Bien sûr, donner de l'information aux patients,
04:58 ça passe par des consultations, ça passe par des brochures.
05:02 On a réalisé aussi des vidéos sur la chaîne YouTube Éclat,
05:06 qui est tirée de l'étude dont j'ai parlé précédemment,
05:08 pour essayer justement de lutter contre cela.
05:10 La pilule ne rend pas stérile,
05:12 donc c'est important d'essayer de délivrer un message plus juste.
05:15 Et de rassurer vos patients.
05:16 Et de rassurer les patients.
05:17 Et comment vous le faites, ça ?
05:19 C'est en consultation, bien sûr,
05:21 en essayant de voir finalement ce que souhaite la patiente,
05:24 la balance bénéfice-risque personnalisée,
05:26 expliquer les différentes sortes de pilules.
05:30 C'est grâce à des supports papier,
05:32 c'est grâce à des ateliers aussi qu'on a mis en place sur l'hôpital
05:34 pour expliquer tout ce qui existe comme type de contraception.
05:37 Donc, que ça soit des comprimés, l'implant, le stérilet, le patch, l'anneau,
05:43 avec hormones, sans hormones,
05:44 on a vraiment en France la chance d'avoir un large panel de contraceptions.
05:48 Certaines sont remboursées par la Sécurité sociale,
05:50 d'autres par les mutuelles.
05:52 Donc, toutes les femmes peuvent trouver une contraception adaptée.
05:56 Donc, on va le dire aux jeunes filles,
05:59 vous trouverez toujours la contraception qu'il vous faut.
06:04 Oui, discutez avec son professionnel de santé
06:06 et il vous expliquera les différentes options,
06:08 les avantages et les inconvénients de chacun
06:10 pour pouvoir choisir de manière éclairée, partagée.
06:13 Beaucoup, beaucoup d'idées reçues, nous disait le docteur.
06:16 Est-ce que là encore,
06:17 alors sans vouloir diaboliser nécessairement les réseaux sociaux,
06:19 mais est-ce que le numérique, c'est de là que ça vient aussi
06:22 ou il y a d'autres choses ?
06:23 Le numérique participe aux idées reçues
06:26 parce qu'elle les divulgue intensément.
06:29 Malgré tout, les idées reçues,
06:30 c'est tiré un peu d'un processus psychologique
06:33 qu'on appelle le biais de négativité en psychologie.
06:35 C'est la tendance à être attiré
06:37 et à retenir plus facilement les informations négatives.
06:40 C'est tout à fait normal, vous comme moi, on l'a, c'est humain.
06:45 Et on le retrouve dans la contraception avec,
06:48 par exemple, j'entends parler d'une femme qui a des difficultés,
06:52 qui a eu des complications avec un certain type de contraceptif,
06:55 je vais avoir tendance à faire des raccourcis cognitifs
06:57 en me disant "ce contraceptif, il est dangereux".
07:00 Et c'est là où, comme disait le docteur,
07:01 c'est important de bien trier les informations qu'on entend
07:05 pour éviter ces associations de pensée
07:07 qui peuvent être assez néfastes pour notre propre santé.
07:10 Aujourd'hui, on sait que les contraceptifs et notamment la pilule,
07:14 il y a une efficacité, c'est prouvé, c'est scientifique.
07:17 Malgré tout, peut-être que les femmes aujourd'hui,
07:19 elles ont plus besoin d'être rassurées,
07:20 notamment sur la balance bénéfice-risque de ces moyens.
07:23 Et on a quand même cette génération Z
07:25 qui subit toujours ces influences d'Instagram, de TikTok,
07:31 qui vont finalement au YouTube,
07:32 qui vont finalement chercher leur information là.
07:36 On le sait, chez cette population,
07:39 c'est Instagram le réseau d'information numéro un,
07:42 et YouTube en second.
07:44 Sur ces plateformes-là, on retrouve des influenceurs
07:46 et ils sont vraiment importants
07:48 parce qu'on a tendance à être influencés par les gens qui nous ressemblent.
07:52 Sauf que ce n'est pas forcément la source d'information la plus fiable,
07:55 on le sait.
07:56 Et les jeunes qui vont regarder les influenceurs,
07:58 ils vont avoir tendance à créer un lien d'amitié à sens unique,
08:03 à créer un lien de confiance,
08:04 et à écouter et à vraiment être influencés.
08:07 Donc c'est là où réside le danger,
08:08 parce que finalement, quand un influenceur ou une influenceuse,
08:11 dans le cadre de la contraception,
08:12 vient dénigrer un produit de contraception,
08:16 le jeune risque d'avoir une mauvaise image de ce produit,
08:19 alors que ça peut tout à fait lui correspondre.
08:21 Donc comme l'a dit le docteur,
08:22 c'est important sur les réseaux de bien transmettre aux jeunes
08:26 qu'il y a du bon et il y a du mauvais.
08:28 Et surtout que le choix d'un contraceptif, c'est une affaire personnelle.
08:33 Il faut se rapprocher d'un professionnel de santé pour en discuter.
08:36 – Est-ce que ça vous est déjà arrivé docteur,
08:38 d'avoir une jeune fille au cabinet,
08:40 qui a fait comme référence la télé, l'influence,
08:44 pour justifier un choix ?
08:47 – Oui, à internet c'est vraiment immiscé dans nos consultations.
08:50 Mais je transforme ça finalement
08:52 comme une sorte de confiance que la patiente nous accorde.
08:56 – Vous accorde finalement, parce qu'elle vient vous le dire.
08:58 – Elle nous divulgue finalement ses sources,
09:00 elle partage avec elle les informations dont elle dispose.
09:04 À nous, professionnels de santé,
09:06 d'essayer de lui expliquer avantages et inconvénients,
09:09 et d'argumenter finalement peut-être que les raisons qu'elle invoque
09:14 sont erronées ou peut-être qu'il y a une part de vérité.
09:16 Après en tant que médecin,
09:17 on essaye aussi de se baser sur des données un peu plus scientifiques
09:20 et robustes, c'est-à-dire, oui, les jeunes sont influencés par les réseaux sociaux,
09:25 mais est-ce que finalement on a des données qui le montrent ?
09:29 Alors pour répondre à cette question,
09:30 on a une étude américaine qui a été publiée récemment,
09:33 où il apparaissait que les influenceurs, les réseaux sociaux,
09:36 en effet, prenaient plutôt une contraception naturelle
09:38 qu'une contraception hormonale.
09:41 Mais ce qui est plus intéressant, il me semble,
09:43 c'est que dans l'enquête ECLAQ qui a été réalisée l'année dernière
09:45 auprès des jeunes de moins de 24 ans en France,
09:49 97% faisaient confiance à leur professionnel de santé
09:51 pour le choix de la contraception,
09:53 et un tiers vers les réseaux sociaux.
09:56 Donc l'esprit critique est conservé et moi je les félicite.
09:59 Quels sont les risques ?
10:01 Je sais ce que vous allez me répondre,
10:02 mais quels sont les risques à ne pas prendre une contraception, docteur ?
10:08 Évidemment, le risque c'est la grossesse non désirée
10:10 et c'est vrai qu'en tant que gynécologue,
10:12 on essaye vraiment de lutter contre ça,
10:14 parce qu'une grossesse non désirée,
10:16 c'est beaucoup d'impact physique et psychologique.
10:19 Bien sûr, il existe la contraception d'urgence
10:21 que les jeunes femmes peuvent se procurer facilement en pharmacie,
10:26 mais ce n'est pas une contraception quotidienne.
10:28 Donc c'est un dépannage en cas d'oubli.
10:31 Vraiment, la question essentielle, c'est de trouver un professionnel de santé,
10:36 se renseigner sur les contraceptions fiables
10:39 et qui serait la plus adaptée à son profil personnel.
10:42 Merci infiniment, Lisa.
10:44 Merci beaucoup, docteur, d'avoir été avec nous.
10:47 Merci à vous tous de nous avoir suivis
10:49 et je vous dis à très vite pour de nouvelles expertises santé.
10:53 [Musique]
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