00:00 [Musique]
00:09 Autour de la contraception chez les jeunes filles, trop d'idées reçues encore.
00:13 Et sans doute aussi des informations trop peu fiables recherchées sur les réseaux sociaux.
00:19 Résultat, la pilule et les méthodes contraceptives plus récentes sont boudées,
00:23 avec à la clé un risque bien sûr de grossesse non désirée.
00:27 Alors la crainte de la contraception féminine est-elle vraiment fondée ?
00:31 C'est la question que nous allons poser aujourd'hui au docteur Justine Hugon-Rodin,
00:35 gynécologue à Paris, accompagnée de Lisa Bricquet, psychologue.
00:39 Bonjour mesdames.
00:40 Bonjour.
00:40 Alors docteur, je l'ai dit, la contraception féminine,
00:44 elle est un petit peu, on va dire, boudée par les jeunes filles.
00:47 Alors on parle de charge mentale, on parle d'un certain retour à la naturalité,
00:52 on parle aussi de réseaux sociaux, je l'ai dit.
00:54 Est-ce que c'est en une accumulation de tous ces facteurs
00:57 qui finalement explique ce phénomène ou vous voyez les choses un petit peu différemment ?
01:00 Probablement. Alors la contraception reste encore aujourd'hui principalement féminine,
01:04 mais c'est vrai qu'elle a tendance à être moins hormonale
01:08 et les femmes, on le voit dans le temps, privilégient un peu plus les contraceptions sans hormones.
01:14 Alors par peur des hormones, mais aussi pour en effet diminuer la charge mentale,
01:17 comme vous le disiez, limiter la prise de comprimés, limiter la peur de l'oubli.
01:22 Si on prend juste quelques chiffres rapidement, il y a 10 ans, en 2010,
01:27 deux tiers des femmes utilisaient une pilule, donc une contraception hormonale,
01:31 et dans l'enquête ECLA qui a été réalisée l'année dernière dans la tranche d'âge 20-24 ans,
01:35 c'était environ 50%.
01:37 Donc on a une baisse de cette utilisation de contraception hormonale.
01:41 Alors est-ce que c'est au profit de contraception non-hormonale
01:43 si on regarde le stérilet, il est passé de 1% dans cette tranche d'âge à environ 5% ?
01:48 Et alors pour vous Lisa, est-ce que justement, en tant que psychologue,
01:52 vous avez une façon d'appréhender ce phénomène ?
01:55 Notre mode de consommation de l'information, il a complètement évolué avec le numérique.
01:58 On est dans l'immédiateté, dans l'illimité aussi,
02:02 et on voit popper des sujets qui sont impactants psychologiquement quasiment quotidiennement,
02:07 et pourtant on demande de plus en plus aux gens de prendre position,
02:10 d'avoir une prise de conscience, de se responsabiliser,
02:12 et ça, ça peut être assez lourd à porter, assez stressant aussi,
02:16 et on l'a vu pendant le Covid, la source d'information numéro 1 pour les jeunes,
02:20 c'était les réseaux sociaux.
02:22 Donc face à un flot d'informations qui arrive,
02:25 ça peut être assez difficile de prendre du recul,
02:27 de savoir si c'est une bonne information pour moi ou une mauvaise,
02:29 si c'est une fake news, etc.
02:31 Et globalement, ce qu'on constate un petit peu,
02:33 c'est une perte de confiance généralisée dans les informations,
02:37 et notamment dans les informations en santé,
02:39 et je pense que la baisse de la contraception en France,
02:42 elle est aussi due à une difficulté de positionnement
02:44 face à des informations qui peuvent être parfois contradictoires.
02:46 On parle beaucoup de retour à la naturalité,
02:48 est-ce qu'on a une explication sociologique
02:51 à ce phénomène qui est de retour depuis quelques années quand même ?
02:54 Oui, aujourd'hui, on est très marqué par deux valeurs
02:58 qui sont portées socialement.
03:00 On a d'un côté l'aspect identité,
03:03 avec des mouvements sociaux qu'on a vu émerger
03:04 comme #MeToo, #BalanceTonPort, etc.
03:07 On prône de plus en plus l'affirmation de soi,
03:09 le respect de soi, l'indépendance.
03:11 Et de l'autre côté, on a l'urgence climatique
03:13 qui vient un peu nous influencer,
03:16 parce que, notamment la génération Z,
03:18 porte un peu le futur de notre planète.
03:20 Et on se trouve un peu tiraillé, pris entre deux feux,
03:24 où d'un côté, on doit être individualiste,
03:26 et de l'autre, on doit être altruiste.
03:28 Et finalement, c'est un peu difficile de se positionner,
03:30 on est un peu en dissonance cognitive,
03:31 donc c'est un état d'inconfort, en gros.
03:35 Et cette dichotomie, on peut la retrouver un petit peu
03:36 dans la contraception, avec d'un côté,
03:38 une satisfaction qu'on sait globalement bonne
03:41 des moyens contraceptifs actuels,
03:43 et de l'autre, cette volonté de retour à la naturalité.
03:46 Et je pense que c'est important de préciser,
03:48 pour la jeune génération, la génération Z,
03:50 que les 15-24 ans, elles sont souvent dans un état d'esprit
03:54 de choix de premiers contraceptifs.
03:57 Et forcément, vu qu'elles n'ont pas de référentiel,
03:59 parce qu'elles n'ont pas eu de contraceptif auparavant,
04:01 elles vont beaucoup se baser sur les valeurs
04:03 et les croyances actuelles pour choisir leur contraception.
04:06 Et alors, quand on parle d'informations contradictoires,
04:08 je rebondis sur les hormones, notamment.
04:11 C'est un grand sujet, évidemment, docteur.
04:13 Ces fameuses hormones, ça génère beaucoup d'idées reçues.
04:16 Est-ce que ça peut expliquer aussi ce phénomène ?
04:19 Il y a deux sortes de pilules, finalement.
04:22 Certaines qui contiennent deux hormones,
04:23 la pilule classique communément connue,
04:25 et la pilule qui contient que une hormone.
04:27 Alors, il ne faut pas tout mélanger,
04:28 c'est en ça qu'il faut lutter contre ces idées reçues.
04:30 La pilule qui contient deux hormones,
04:32 elle va être bénéfique, notamment sur l'acné, par exemple,
04:35 mais elle augmente le risque cardiovasculaire,
04:38 le risque de boucher un vaisseau,
04:39 faiblement, mais elle augmente.
04:41 Les pilules avec une seule hormone,
04:42 elles n'ont pas ce type d'augmentation du risque,
04:45 donc elles peuvent être aussi intéressantes
04:47 chez les femmes qui ont des contre-indications.
04:51 Maintenant, pour essayer de lutter contre ces idées reçues,
04:55 il y a plusieurs moyens.
04:56 Bien sûr, donner de l'information aux patients,
04:58 ça passe par des consultations, ça passe par des brochures.
05:02 On a réalisé aussi des vidéos sur la chaîne YouTube Éclat,
05:06 qui est tirée de l'étude dont j'ai parlé précédemment,
05:08 pour essayer justement de lutter contre cela.
05:10 La pilule ne rend pas stérile,
05:12 donc c'est important d'essayer de délivrer un message plus juste.
05:15 Et de rassurer vos patients.
05:16 Et de rassurer les patients.
05:17 Et comment vous le faites, ça ?
05:19 C'est en consultation, bien sûr,
05:21 en essayant de voir finalement ce que souhaite la patiente,
05:24 la balance bénéfice-risque personnalisée,
05:26 expliquer les différentes sortes de pilules.
05:30 C'est grâce à des supports papier,
05:32 c'est grâce à des ateliers aussi qu'on a mis en place sur l'hôpital
05:34 pour expliquer tout ce qui existe comme type de contraception.
05:37 Donc, que ça soit des comprimés, l'implant, le stérilet, le patch, l'anneau,
05:43 avec hormones, sans hormones,
05:44 on a vraiment en France la chance d'avoir un large panel de contraceptions.
05:48 Certaines sont remboursées par la Sécurité sociale,
05:50 d'autres par les mutuelles.
05:52 Donc, toutes les femmes peuvent trouver une contraception adaptée.
05:56 Donc, on va le dire aux jeunes filles,
05:59 vous trouverez toujours la contraception qu'il vous faut.
06:04 Oui, discutez avec son professionnel de santé
06:06 et il vous expliquera les différentes options,
06:08 les avantages et les inconvénients de chacun
06:10 pour pouvoir choisir de manière éclairée, partagée.
06:13 Beaucoup, beaucoup d'idées reçues, nous disait le docteur.
06:16 Est-ce que là encore,
06:17 alors sans vouloir diaboliser nécessairement les réseaux sociaux,
06:19 mais est-ce que le numérique, c'est de là que ça vient aussi
06:22 ou il y a d'autres choses ?
06:23 Le numérique participe aux idées reçues
06:26 parce qu'elle les divulgue intensément.
06:29 Malgré tout, les idées reçues,
06:30 c'est tiré un peu d'un processus psychologique
06:33 qu'on appelle le biais de négativité en psychologie.
06:35 C'est la tendance à être attiré
06:37 et à retenir plus facilement les informations négatives.
06:40 C'est tout à fait normal, vous comme moi, on l'a, c'est humain.
06:45 Et on le retrouve dans la contraception avec,
06:48 par exemple, j'entends parler d'une femme qui a des difficultés,
06:52 qui a eu des complications avec un certain type de contraceptif,
06:55 je vais avoir tendance à faire des raccourcis cognitifs
06:57 en me disant "ce contraceptif, il est dangereux".
07:00 Et c'est là où, comme disait le docteur,
07:01 c'est important de bien trier les informations qu'on entend
07:05 pour éviter ces associations de pensée
07:07 qui peuvent être assez néfastes pour notre propre santé.
07:10 Aujourd'hui, on sait que les contraceptifs et notamment la pilule,
07:14 il y a une efficacité, c'est prouvé, c'est scientifique.
07:17 Malgré tout, peut-être que les femmes aujourd'hui,
07:19 elles ont plus besoin d'être rassurées,
07:20 notamment sur la balance bénéfice-risque de ces moyens.
07:23 Et on a quand même cette génération Z
07:25 qui subit toujours ces influences d'Instagram, de TikTok,
07:31 qui vont finalement au YouTube,
07:32 qui vont finalement chercher leur information là.
07:36 On le sait, chez cette population,
07:39 c'est Instagram le réseau d'information numéro un,
07:42 et YouTube en second.
07:44 Sur ces plateformes-là, on retrouve des influenceurs
07:46 et ils sont vraiment importants
07:48 parce qu'on a tendance à être influencés par les gens qui nous ressemblent.
07:52 Sauf que ce n'est pas forcément la source d'information la plus fiable,
07:55 on le sait.
07:56 Et les jeunes qui vont regarder les influenceurs,
07:58 ils vont avoir tendance à créer un lien d'amitié à sens unique,
08:03 à créer un lien de confiance,
08:04 et à écouter et à vraiment être influencés.
08:07 Donc c'est là où réside le danger,
08:08 parce que finalement, quand un influenceur ou une influenceuse,
08:11 dans le cadre de la contraception,
08:12 vient dénigrer un produit de contraception,
08:16 le jeune risque d'avoir une mauvaise image de ce produit,
08:19 alors que ça peut tout à fait lui correspondre.
08:21 Donc comme l'a dit le docteur,
08:22 c'est important sur les réseaux de bien transmettre aux jeunes
08:26 qu'il y a du bon et il y a du mauvais.
08:28 Et surtout que le choix d'un contraceptif, c'est une affaire personnelle.
08:33 Il faut se rapprocher d'un professionnel de santé pour en discuter.
08:36 – Est-ce que ça vous est déjà arrivé docteur,
08:38 d'avoir une jeune fille au cabinet,
08:40 qui a fait comme référence la télé, l'influence,
08:44 pour justifier un choix ?
08:47 – Oui, à internet c'est vraiment immiscé dans nos consultations.
08:50 Mais je transforme ça finalement
08:52 comme une sorte de confiance que la patiente nous accorde.
08:56 – Vous accorde finalement, parce qu'elle vient vous le dire.
08:58 – Elle nous divulgue finalement ses sources,
09:00 elle partage avec elle les informations dont elle dispose.
09:04 À nous, professionnels de santé,
09:06 d'essayer de lui expliquer avantages et inconvénients,
09:09 et d'argumenter finalement peut-être que les raisons qu'elle invoque
09:14 sont erronées ou peut-être qu'il y a une part de vérité.
09:16 Après en tant que médecin,
09:17 on essaye aussi de se baser sur des données un peu plus scientifiques
09:20 et robustes, c'est-à-dire, oui, les jeunes sont influencés par les réseaux sociaux,
09:25 mais est-ce que finalement on a des données qui le montrent ?
09:29 Alors pour répondre à cette question,
09:30 on a une étude américaine qui a été publiée récemment,
09:33 où il apparaissait que les influenceurs, les réseaux sociaux,
09:36 en effet, prenaient plutôt une contraception naturelle
09:38 qu'une contraception hormonale.
09:41 Mais ce qui est plus intéressant, il me semble,
09:43 c'est que dans l'enquête ECLAQ qui a été réalisée l'année dernière
09:45 auprès des jeunes de moins de 24 ans en France,
09:49 97% faisaient confiance à leur professionnel de santé
09:51 pour le choix de la contraception,
09:53 et un tiers vers les réseaux sociaux.
09:56 Donc l'esprit critique est conservé et moi je les félicite.
09:59 Quels sont les risques ?
10:01 Je sais ce que vous allez me répondre,
10:02 mais quels sont les risques à ne pas prendre une contraception, docteur ?
10:08 Évidemment, le risque c'est la grossesse non désirée
10:10 et c'est vrai qu'en tant que gynécologue,
10:12 on essaye vraiment de lutter contre ça,
10:14 parce qu'une grossesse non désirée,
10:16 c'est beaucoup d'impact physique et psychologique.
10:19 Bien sûr, il existe la contraception d'urgence
10:21 que les jeunes femmes peuvent se procurer facilement en pharmacie,
10:26 mais ce n'est pas une contraception quotidienne.
10:28 Donc c'est un dépannage en cas d'oubli.
10:31 Vraiment, la question essentielle, c'est de trouver un professionnel de santé,
10:36 se renseigner sur les contraceptions fiables
10:39 et qui serait la plus adaptée à son profil personnel.
10:42 Merci infiniment, Lisa.
10:44 Merci beaucoup, docteur, d'avoir été avec nous.
10:47 Merci à vous tous de nous avoir suivis
10:49 et je vous dis à très vite pour de nouvelles expertises santé.
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