00:00 avec l'invité du 6-9 France Bleu Isère, en revanche on rentre dans les comptes du FCG.
00:04 - Oui, le FCG rétrogradé en national, la troisième division du rugby français,
00:08 pour raison financière il manque 3 millions d'euros dans les caisses du club de rugby.
00:12 Alors comment expliquer cela ? On en parle avec vous Pierre Schex, bonjour.
00:15 - Bonjour. - Merci d'être avec nous ce matin dans nos studios.
00:18 Vous êtes économiste du sport, vous êtes professeur à l'UGA, l'université Grenoble Alpes,
00:23 et vous êtes aussi un petit actionnaire du FCG.
00:26 Alors d'abord expliquez-nous, êtes-vous surpris par cette rétrogradation du club et ses difficultés financières ?
00:33 - Alors la rétrogradation oui, parce que je pensais que les dirigeants avaient fait le nécessaire
00:39 vis-à-vis de la DNCG pour corriger, pour répondre à leurs demandes.
00:44 Après la situation financière difficile oui, je la suis régulièrement,
00:49 je participe chez l'ensemble des documents financiers du FCG,
00:53 à travers les assemblées générales du FCG,
00:56 donc je sais que la situation financière est difficile, compliquée depuis au moins deux saisons.
01:01 - Comment on explique ces difficultés-là ? Le prix de l'action notamment, vous en parliez...
01:06 - Je dirais presque une anecdote dans le système du rugby français,
01:09 où en fait, quels que soient les clubs, Top 14, Pro D2,
01:14 généralement il y a des augmentations de capitaux qui viennent conforter les finances du club,
01:21 et puis ensuite, ces capitaux sont consommés par des déficits successifs,
01:26 et à un moment, l'expert comptable rappelle à l'ordre en disant "attention,
01:30 vos fonds propres ne sont plus ce qu'ils étaient", et donc la valeur de l'action se réduit.
01:35 - Mais comment on en est arrivé là ? Qu'est-ce qui a manqué au FCG ces dernières saisons ?
01:40 Est-ce que c'est des recettes de billetterie ? Est-ce que c'est structurel ?
01:42 Comment on explique la situation ?
01:44 - Si on regarde le modèle économique du monde de la Pro D2, ou même Top 14,
01:50 la majorité des revenus proviennent du partenariat,
01:53 sponsoring partenariat, qui forme 50% du budget,
01:57 et Grenoble s'est toujours beaucoup appuyé sur ce partenariat.
02:02 À une époque, entre 14 et... ils arrivaient à avoir un partenariat pas loin de 12 millions d'euros,
02:07 donc c'est considérable.
02:09 - C'était à l'époque Capgemini, par exemple ?
02:10 - Oui, c'est vrai, alors Capgemini a apporté un plus certain,
02:14 mais en même temps, Grenoble arrivait à générer, avec l'ensemble des entreprises de l'agglomération grenobloise,
02:21 un partenariat très fort, on va dire les sièges à prestations, VIP,
02:26 et ça, ça générait un chiffre d'affaires très fort.
02:30 La disparition de la... il y avait une grosse tente à côté du Stade des Alpes,
02:35 je ne sais pas si les grenobloises s'en souviennent,
02:38 qui avait été installée, qui servait pour le partenariat du FCG,
02:40 car le Stade des Alpes en lui-même est insuffisant en termes de capacité d'accueil pour ce sponsoring, ce partenariat.
02:47 - Pas assez de loges VIP, etc. ?
02:49 - Alors, il y a les loges, mais en fait, aujourd'hui, ça se construit à travers...
02:54 on accueille les gens avant, il y a des prestations avant, des prestations après...
02:58 J'ai été voir un match du Loup il y a 15 jours, à la fin du repas,
03:02 il y a une grande salle qui accueille 1600 personnes pour un repas à table, assis.
03:07 Donc, aujourd'hui, les clubs développent des capacités fortes par rapport à ça,
03:11 et pour l'instant, l'outil économique qui est le Stade des Alpes est insuffisant pour accompagner le FCG,
03:16 donc la disparition de cette grosse tente les perturbe.
03:19 Après, est-ce que le FCG a su prendre le virage, la redescente de Top 14 à Prod2,
03:26 restructurer, reconfigurer l'ensemble de ces infrastructures sportives, commerciales,
03:32 à la hauteur du budget de Prod2 ? C'est une interrogation.
03:36 - Ça reste à voir. Et c'est notamment l'un des points qui sera important pour l'appel.
03:40 Le FCG a fait appel de cette rétrogradation.
03:42 Le club dit qu'il a mis déjà 1,5 million d'euros il y a quelques jours,
03:47 qu'il va le faire de même à la fin du mois.
03:49 Est-ce que c'est suffisant ? Sur quoi, en fait, va se jouer cet appel ?
03:53 - Alors là, après, il n'y a pas de solution miracle, il n'y en a qu'une.
03:56 C'est que des actionnaires qui ont les moyens mettent de l'argent.
04:01 Alors, ça peut être éventuellement les collectivités, ça arrive,
04:04 que des collectivités mettent la main au porte-monnaie.
04:06 Mais en l'occurrence, là, c'est plutôt des actionnaires privés
04:09 qui acceptent de rajouter au pot et de combler le déficit sur leur fonds propres, à eux.
04:14 - On a entendu, par exemple, Patrick Goffy hier, qui va devenir, sur notre antenne,
04:18 vice-président à la fin du mois.
04:20 Est-ce que lui, par exemple, peut être l'homme de la situation ?
04:24 Est-ce qu'il peut rajouter au pot ? Est-ce que d'autres peuvent ?
04:26 - Oui, clairement, depuis quelques mois, Patrick Goffy est revenu
04:30 dans le cercle restreint des actionnaires susceptibles de mettre de l'argent.
04:35 Ils ont été huit, il y a deux ans, à vouloir mettre chacun 300 000 euros,
04:40 progressivement, 100 000 euros par an.
04:42 Et là, Patrick Goffy vient en pesant, on va dire, plus lourdement
04:48 dans ce rééquilibrage des finances du FCG.
04:51 Il vient, a priori, avec un budget conséquent à mettre
04:55 pour aider le FCG à se remettre à flot.
04:58 - Donc c'est relativement clair, soit le FCG apporte les 3 millions d'euros
05:01 qui manquent et peut éventuellement rester en pro des deux,
05:04 sinon ça paraît compliqué, c'est ce que vous dites.
05:05 - Oui, tout à fait.
05:07 C'est-à-dire que la DNCG considère qu'aujourd'hui, les projections du FCG
05:13 sur le rétablissement des finances et sur les projections sur la saison 23-24
05:19 sont pas suffisantes, sont peu crédibles.
05:23 Et seul un apport financier précis et concret de Patrick Goffy
05:31 ou d'un autre actionnaire viendra conforter la DNCG
05:35 et lui permettra de lever ses sanctions.
05:36 - Et on le saura très vite, puisque le FCG organise aujourd'hui
05:39 une conférence de presse, ce sera ce matin, pour effectivement
05:42 donner un petit peu plus d'informations sur cet appel
05:45 et la manière dont ils vont l'argumenter.
05:47 Merci beaucoup pour vos éclairages, Pierre Schex, d'avoir été avec nous.
05:50 Je rappelle que vous êtes économiste du sport et professeur à l'Université Grenoble Alpes.
05:55 Merci, belle journée. - Merci, bonne journée.
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