00:00 Moi j'ai essayé de survivre dans ces nombreux tourbillons de ma vie.
00:06 J'ai essayé de survivre.
00:08 Et il s'est trouvé que mon éducation, le parcours que j'ai eu,
00:14 le fait d'avoir réussi dans le tennis m'a renforcé dans l'idée qu'il fallait que je suive mon instinct.
00:21 Quand je commençais, on me disait toujours "t'es trop petit, tu ne seras jamais un bon joueur",
00:26 "tu es français, tu ne gagneras jamais",
00:28 "oui mais tu fais la fête, tu gagneras".
00:32 J'ai toujours été souvent à contre-courant,
00:35 mais heureusement j'ai toujours écouté ma petite voix, mes rêves.
00:40 J'ai écouté mes rêves en fait.
00:42 Yannick Noah a toujours rêvé de devenir chanteur.
00:49 Au départ, personne ne croit en lui.
00:52 C'est Robert Goldman, le frère de Jean-Jacques, qui va lancer sa carrière.
00:57 Bienvenue dans Yannick Noah, entre vous et moi.
01:00 Entre vous et moi.
01:02 Un podcast européen, une saga exceptionnelle en dix épisodes.
01:06 Salut à tous, nous sommes à Etoudi, dans le lieu dit village Noah.
01:11 Épisode 8, la musique, ma thérapie.
01:15 Et un de mes rêves, et une de mes inquiétudes,
01:20 c'était après ce parcours tellement passionnant de voyages, de rencontres.
01:26 J'étais joueur de tennis 12 ans, professionnel.
01:30 J'ai fait 8 fois le tour du monde, j'ai été dans tous les pays du monde,
01:35 j'ai des amis partout.
01:37 J'ai vécu une vie merveilleuse, je ne changerais vraiment rien.
01:41 Et s'il y a quelque chose, peut-être que je ne me suis jamais remercié assez.
01:46 Mais j'avais cette inquiétude, c'est "qu'est-ce que je fais après ?
01:50 La reconversion, qu'est-ce que je fais après ?"
01:53 Il y avait des options, commentateur, entraîneur, coach.
01:58 Mais à l'intérieur de moi, ce n'était pas un truc qui allait me donner envie de me rêver.
02:03 Bien sûr, j'aurais pu vivre comme ça toute ma vie.
02:06 Mais mon rêve, c'était de chanter.
02:08 C'était un rêve.
02:10 J'avais envie de le faire et j'avais envie d'aller au bout.
02:12 Il se trouve que mon premier album,
02:15 et le premier titre tiré de mon premier album,
02:18 je viens d'arrêter de jouer au tennis, il y a quelques semaines.
02:21 Il se trouve que le premier, Dominique Cancien, a aimé "Saga Africa".
02:25 Elle est cheffe des programmes de TF1.
02:27 L'année d'avant, c'était la Lambada.
02:29 Elle dit "cette année, c'est bien ce titre.
02:32 C'est marrant ce joueur de tennis, ça a l'air bien son truc.
02:36 Il bouge à peu près bien, on va faire un truc."
02:41 Et il se trouve que l'été 91, "Saga" est numéro un.
02:45 Mais sauf que je suis capitaine de l'équipe de France, de la Coupe d'Evis.
02:49 L'année qui est supposée être l'année la plus compliquée de ma vie à ce moment-là.
02:55 C'est-à-dire, j'arrête de jouer. Qu'est-ce que je fais ?
02:58 Je suis en finale de la Coupe d'Evis et j'ai un album.
03:03 Et mon titre est premier du top 50 à l'époque.
03:07 Et moi j'ai ma musique parce que j'ai mon petit studio.
03:17 Je vais continuer un petit truc, ça me plaît bien moi.
03:19 Parce que je ne m'entraîne plus.
03:21 Quand tu t'entraînes 4-5 heures par jour pendant 20 ans,
03:24 et que de coup, tu as 4-5 heures par jour à imbranler,
03:27 normalement, tu sors le soir, bras des coups.
03:30 Donc là, heureusement, j'ai commencé à faire un peu de musique, un album, puis deux.
03:35 Pour m'amuser, j'ai fait des tournées dans les MJC.
03:39 Ce n'est pas venu tout de suite.
03:41 Parce qu'après "Saga Africa", j'ai fait des trucs assez médiocres.
03:44 Mais on s'éclatait. Tourner dans le bus avec les potes.
03:48 Aller de ville en ville. Chanter dans des salles où il y avait 10 personnes,
03:53 dont un mec avec son chien, qui aboyait pendant des chansons.
03:56 Je parlais de la vie et de la mort.
03:58 Des trucs extraordinaires. Mais tout ça dans...
04:00 Et là, ça me plaisait. Encore des répétitions.
04:05 Et puis un jour, j'ai eu la chance de rencontrer Robert Goldman,
04:09 qui me dit "J'ai un album pour toi".
04:12 Je lui dis "Mais de quoi tu parles ? J'ai un album pour toi."
04:15 On est passé des MJC où j'ai appris le boulot, j'ai appris le métier,
04:18 à jouer dans des endroits où les gens n'ont rien à foutre de ce qu'on faisait.
04:22 J'ai appris ça. J'ai appris le métier.
04:25 Et puis du jour au lendemain, on joue des Zéniths, et là, je maîtrise.
04:38 Là, je maîtrisais. Et voilà, la carrière, 13 albums, Stade de France...
04:45 Un autre rêve.
05:05 Depuis le début, toutes les chansons que j'ai écrites...
05:08 Alors, bien sûr, tu ne les connais pas parce que c'était plus que médiocre.
05:12 Mais en tout cas, ensuite, j'ai toujours essayé de raconter des choses qui me touchaient.
05:21 Des mots qui comptent pour moi, des aventures que j'ai vécues.
05:25 C'était toujours du vécu.
05:27 Je parlais beaucoup de mon métissage, je parlais beaucoup de la foi.
05:34 J'ai toujours dans toutes mes chansons une proposition optimiste.
05:40 Je n'ai pas envie dans mes chansons...
05:43 Ça, c'est un choix, dès le début, de parler des problèmes.
05:47 Il y en a qui font ça très bien.
05:50 Moi, ce n'est pas mon truc.
05:51 Pourquoi ? Parce que je ne suis pas un chanteur technique.
05:54 Les cours de chant que j'ai pris, c'était pour pouvoir exprimer les choses
05:58 que je n'avais pas pu exprimer en tant que sportif.
06:01 Pour moi, ma thérapie de chanteur, c'est d'exprimer des choses qui vibrent en moi.
06:06 [Musique]
06:34 Simon Papatara, c'est une relation que j'ai avec mon grand-père,
06:41 que Robert a mis en chanson de manière géniale.
06:45 Parce qu'elle est à la fois simple, mais elle raconte cette rencontre-là.
06:49 Elle était numéro un.
06:53 Tu ne peux pas imaginer ce que c'est.
06:58 Le chant, pour moi, c'est une thérapie.
07:01 Je chante sous la douche, ça me fait du bien.
07:03 Je chante en répétition, ça me fait du bien.
07:05 Je chante en concert.
07:06 Maintenant, les gens qui en plus ressentent les chansons
07:10 parce que mes chansons ont résonné en eux,
07:12 parce que ça les a touchées, parce que ça les a fait sourire.
07:16 Tu ne peux pas imaginer être au Stade de France,
07:20 80 000 personnes, dont 79 500 Français blancs,
07:26 quand je fais « Oui, je sais que tu es en moi »
07:29 et que t'entends 80 000 personnes qui font « Si ! »
07:32 [Musique]
07:40 Il faut les avoir bien accrochés, parce que tu es sûr qu'ils t'entendent.
07:47 Il y a des chansons comme ça qui résonnent,
07:51 et j'en ai un paquet.
07:54 J'ai fait 13 albums, j'ai eu 7-8 numéro 1,
07:57 j'ai vendu 7 millions d'albums.
08:00 C'est parce qu'il y a des chansons que j'ai faites de la variété,
08:04 parfois autre chose, mais j'ai des chansons qui résonnent.
08:09 Et moi, ce qui me plaît dans « Et ma victoire à Roland »
08:12 ou quand je fais des concerts,
08:14 c'est de pouvoir transmettre quelque chose à l'autre.
08:16 Tu imagines, c'est un luxe, et ça va dans mon quotidien.
08:20 Je veux dire, un monsieur qui arrive que je n'ai jamais vu,
08:24 qui est ému et qui me demande une photo,
08:28 moi j'ai 5 secondes pour lui donner un truc,
08:31 il repart, le mec il est content.
08:32 Tu imagines le pouvoir que tu as de donner du bonheur aux gens,
08:35 mais je n'ai besoin de rien moi dans la vie là.
08:38 C'est bon là, là c'est bon là.
08:40 Jusqu'à la fin, j'aurai ça.
08:42 Et ça, c'est merveilleux.
08:45 Tu ne me verras jamais passer avec des lunettes noires au milieu des gens,
08:49 avec mon Walkman pour faire comme si je ne vous entendais pas.
08:52 Mais putain, mais moi je m'arrête quoi,
08:54 parce que c'est un bonheur.
08:56 Mais ce qui est beau c'est que les gens,
08:58 ce qui fait la beauté c'est qu'il y a des gens qui ont vibré.
09:01 Et la musique ce n'est que ça en fait.
09:05 C'est faire vivre.
09:06 Je suis en studio, je me dis mais oui, ça résonne en moi,
09:09 parce que c'est vrai.
09:10 Et quand moi je chante, je chante avec mes tripes,
09:13 je chante comme je sens,
09:15 avec la possibilité qu'avait pas le sportif,
09:19 de pouvoir hésiter, de pouvoir douter,
09:22 de pouvoir avoir un peu de douceur.
09:24 Des fois je chante, je me dis mais putain je chante,
09:26 là c'est limite, limite quoi, limite folle quoi.
09:30 Et c'est, j'aime ça, j'aime ça,
09:33 parce qu'il y a aussi ce côté là où j'ai,
09:35 j'aime le côté un peu délicat, j'aime tout ça.
09:38 Et ça j'ai cette possibilité,
09:40 c'est ma thérapie de pouvoir exprimer ça à travers mon travail.
09:44 C'est mon boulot quoi, je dois remercier qui encore ?
09:48 C'est mon boulot, c'est fou.
09:51 Mais là Marfey, c'est le dernier.
09:53 C'est le dernier album.
09:55 La Marfey, pourquoi ?
10:06 Parce que les racines que j'ai,
10:09 cette partie de moi que j'ai du Cameroun,
10:12 c'est étonnamment grâce à ma mère,
10:14 qui est française.
10:16 Et là, c'est merveilleux,
10:18 parce que bien entendu c'est l'ambassadeur du métissage,
10:22 évidemment que moi je suis franco-cameronais,
10:25 j'adore mes deux pays.
10:27 Il y a des gens qui ne comprennent pas,
10:28 mais tant pis pour les ignorants.
10:30 Mais j'ai cette chance de pouvoir avoir la possibilité
10:33 d'apprécier deux pays.
10:35 Et quand je dis deux pays,
10:36 c'est parfois même deux continents,
10:38 parce que tout ce qui est francophonie,
10:39 tout ce qui est Afrique,
10:41 je viens du Sénégal,
10:42 mais c'est comme si j'étais sénégalais,
10:44 où ils ne voient rien quoi.
10:45 J'ai cette connexion avec les gens qui est incroyable.
10:49 Mais tout ce truc là,
10:50 à un moment où je fais une première chanson
10:52 qui s'appelle « Back to Africa »,
10:56 sur cette terre où on est,
10:58 mais si, grâce à maman.
11:04 Donc je voulais faire un clin d'œil à maman.
11:08 Mais pourquoi la Marfait ?
11:10 Eh bien la Marfait, parce que c'est dans les Ardennes, figurez-vous.
11:12 Et que c'est un endroit dont maman me parlait
11:16 quand elle était ici,
11:18 quand elle avait un peu trop chaud,
11:20 quand les saisons lui manquaient,
11:25 le printemps lui manquait,
11:27 quand l'automne lui manquait,
11:29 parce qu'il fait toujours chaud ici,
11:31 et que tant bien même elle aimait ici,
11:32 elle me parlait de sa Marfait.
11:34 Du moment où elle allait,
11:35 quand il pleuvait,
11:37 elle mettait un petit blouson, un petit cahué,
11:39 où elle mettait son petit cahué,
11:40 où elle allait prendre les fraises des bois,
11:42 et c'était à la Marfait.
11:44 Et quand elle écoutait ses disques de Brel,
11:48 c'était pas juste qu'elle écoutait un disque,
11:50 elle était là avec une mélancolie,
11:54 douce et belle, tu vois,
11:57 c'était pas une tristesse.
11:59 Et donc, à un moment où je suis ici,
12:01 dans cette chaleur-là,
12:03 je me dis que je suis là,
12:04 et je vis cette aventure merveilleuse de ma vie,
12:08 de mon destin en fait,
12:10 grâce à maman.
12:11 Donc la Marfait.
12:12 [Musique]
12:16 [Musique]
12:19 [Musique]
12:45 Vous venez d'écouter Yannick Noah
12:47 entre vous et moi.
12:49 [Musique]
12:54 Un témoignage exceptionnel
12:56 recueilli par Jacques Vandrouw au Cameroun
12:58 pour Europe 1.
12:59 Dans l'épisode suivant...
13:01 J'étais à New York longtemps,
13:03 j'étais à Paris,
13:04 je débarque et tout d'un coup,
13:05 papa part, et là, tout d'un coup,
13:06 je suis chef.
13:07 Moi, c'était toujours Yann,
13:09 tonton Yann,
13:10 papa Yann,
13:12 majesté,
13:14 majesté,
13:16 OK.
13:18 Yannick Noah entre vous et moi.
13:20 Entre vous et moi.
13:22 Production Europe 1 Studio,
13:24 Sébastien Guillot.
13:25 Réalisation et direction artistique,
13:27 Xavier Joli.
13:29 Pour découvrir la suite,
13:30 vous pouvez vous abonner gratuitement
13:32 et glisser un maximum d'étoiles
13:34 sur votre plateforme préférée.
13:36 [Musique]
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