00:00 Les policiers, encore avec les képis à l'époque, nous coursaient de temps en temps,
00:03 à ce que les gardiens appelaient.
00:05 Dans les années 70, dans le quartier de Belleville et Ménilmontant,
00:13 on était dans un terrain vague, je me souviens très bien, à côté du 140 rue Ménilmontant.
00:19 Et on était près de la caserne des pompiers, juste derrière,
00:22 où on vivait toute une bande, on appelait ça la bande de la rue Axo.
00:25 Et on bricolait des voitures, on refaisait le monde,
00:28 on avait 10-12 ans.
00:31 Il y avait déjà un petit peu de tension et de rivalité entre ceux qui venaient plutôt de Romainville et des fortifs,
00:38 et nous qui étions vraiment du cœur du 140 rue Ménilmontant.
00:42 Dans les cas de Sankou, il y avait surtout le fait de...
00:45 On était souvent pris en chasse par...
00:48 On dérangeait, c'était interdit d'être dans ce terrain vague.
00:50 Et effectivement, les policiers, encore avec les képis à l'époque,
00:55 nous coursaient de temps en temps, parce que les gardiens appelaient,
00:58 et on était coursés par la police.
01:00 Ces courses, on avait vraiment peur d'être attrapés.
01:05 Or, je pense que les policiers ne nous poursuivaient pas pour très longtemps,
01:08 en plus, il n'y avait pas de larcins.
01:09 Et dans ces cas de Sankou, il y avait le fait de rentrer dans le square du 20ème arrondissement,
01:14 qui est un square qui est en face du 140 rue Ménilmontant, de nuit,
01:17 quand le gardien dormait,
01:19 et de jouer comme si on jouait dans une jungle, comme ça.
01:22 Et c'était vraiment les premières aventures,
01:25 de se prendre pour des héros, parce qu'on osait traverser le square la nuit,
01:30 en escalade en dégris.
01:31 Et ça, c'était quelque chose qui était aussi une de nos épreuves,
01:35 comme de rentrer de nuit dans le cimetière du Père Lachaise.
01:39 C'était des épreuves de garçons pour être costauds,
01:42 et ça ne nous a jamais rendu plus costauds, d'ailleurs.
01:45 On était vraiment soudés.
01:46 Par contre, il y avait une...
01:48 C'était toujours les uns avec les autres, jamais les uns sans les autres.
01:50 Donc, dès 8h du matin, le premier réveillé passait chercher les autres.
01:55 On se retrouvait toujours dans ce terrain,
01:58 qui était une espèce de "no man's land", comme ça,
02:02 près de la porte des préssats gervais.
02:04 Et puis, les hasards de la vie ont fait qu'à un moment donné,
02:07 il y a eu une rupture dans cette histoire.
02:12 Les gens qui étaient comme moi, de Belleville-Ménilmontant,
02:14 on était dans des petits appartements.
02:17 Et on a proposé à nos parents d'aller vivre dans des quartiers
02:20 loin de Paris, finalement.
02:22 On s'est retrouvés dans la Seine-Saint-Denis pour certains,
02:23 et dans le Val-de-Marne pour d'autres.
02:24 Moi, c'était les cités des Boulereaux, c'était les Beaulabés.
02:27 On a coupé nos chemins à ce moment-là.
02:29 Et puis, les années ont passé,
02:31 on a fait chacun notre chemin de vie, je dirais.
02:35 On s'est complètement dispersés.
02:37 Et puis, un jour, par le plus grand des hasards,
02:41 je reçois un coup de téléphone.
02:42 Et puis, c'est quelqu'un qui me parle, Bruno, Bruno Angèle,
02:47 et qui me dit, voilà, je voulais te parler,
02:50 on n'a pas eu le temps de te joindre avant.
02:52 Et un de nos meilleurs copains, nos meilleurs amis,
02:55 même Franck, venait de disparaître.
02:58 Il venait de finir sa vie quelques minutes avant,
03:01 et ils n'avaient pas eu le temps de me parler.
03:02 Donc, je m'en suis beaucoup voulu, d'ailleurs,
03:04 qu'ils n'aient pas osé me téléphoner.
03:07 Mais avec Bruno, on se revoit de temps en temps
03:11 autour d'un café dans les bas de Belleville,
03:14 pour pas cette nostalgie du passé qui nous conduit souvent,
03:19 qui pourrait nous conduire à une dépression,
03:20 mais au contraire, de vivre encore dans ce quartier de la diversité,
03:24 même si on est les deux seuls survivants
03:27 de ce quartier, de cette bande de la rue Axo.
03:30 Toujours beaucoup de plaisir à retrouver Bruno
03:34 autour d'un café dans les bas de Belleville
03:37 ou dans les hauts de Médille-Montant.
03:38 C'est toujours un quartier qui nous tient à cœur.
03:40 On est du 20e, d'ailleurs.
03:41 On se dit toujours qu'on est du 20e.
03:43 On n'est pas de Paris, on est du 20e.
03:45 ♪ Musique ♪
03:50 Merci.
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