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  • il y a 3 ans

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Transcription
00:00 [Musique]
00:03 - Ah, il est trop clair ce discuteur !
00:05 [Musique]
00:07 - Il faut que je réfléchisse parce qu'il y a Amélie qui vient avec Gabriel et Michel.
00:11 Et de savoir ce qu'on va prendre pour le repas de cet après-midi.
00:14 [Musique]
00:16 - On commence par les fruits, les légumes. Allez hop !
00:18 [Musique]
00:19 - Ça c'est du bio.
00:21 - C'est du bio mais elles sont un peu abîmées.
00:23 - Ah non !
00:24 - Bah ici, il y a des bananes.
00:25 - Regarde, attends, attends, attends, si c'est bio ou pas.
00:27 - Ah, bé, super !
00:29 - On est bon.
00:31 [Musique]
00:32 - Marie-Belle est une consommatrice avisée.
00:35 Quand elle fait ses courses au supermarché, elle penche d'abord pour le bio.
00:39 - On va prendre les tomates cerises ?
00:41 - En France, les ventes de produits bio ont été multipliées par 10 en 20 ans.
00:46 - Qu'est-ce qu'on fait ?
00:47 - Un engouement encore amplifié par les confinements.
00:49 - Hop !
00:50 - D'accord.
00:51 - Allez, maintenant petit déjeuner.
00:52 - On peut prendre de l'apégeant, maman ?
00:54 [Musique]
00:58 Dans les supermarchés, le bio, ce n'est plus seulement les fruits et les légumes...
01:02 - C'est ici les céréales ?
01:04 - Non.
01:05 - Ah, si !
01:06 [Musique]
01:07 Mais de plus en plus, les produits transformés.
01:10 Et aujourd'hui, même les grandes marques industrielles se mettent au bio.
01:15 - Non, j'en ai déjà mangé. Moi, j'ai tout goûté.
01:19 - Regarde, regarde ce qu'ils ont sorti.
01:21 - Jamais vu !
01:22 - Et ça te dit ou pas ?
01:24 - Maman, on va...
01:25 - Toi, t'en veux ?
01:26 - Ketchup.
01:27 - Ketchup.
01:28 - Ketchup, ketchup.
01:30 - Pourquoi tu ne prendrais pas le ketchup bio ?
01:33 - Merci.
01:34 - Ah oui !
01:35 - Ah, bah je préfère le bio.
01:37 - Bon, on teste les deux ?
01:39 - Ouais, prends les deux.
01:40 - On teste les deux.
01:41 - Allez.
01:42 - C'est par là les yaourts.
01:44 - C'est la même chose, William. Un, ça suffit.
01:47 - Bah non, mais ça, c'est un bio.
01:49 - Mais ça aussi, c'est un bio.
01:50 - Ah, bah...
01:51 - Aujourd'hui, on trouve de tout.
01:54 Dans les supermarchés actuels, on peut trouver...
01:57 Il y a une grande variété de produits.
01:59 En tant que consommatrice de bio, je trouve que c'est vraiment une grande avancée.
02:03 C'est vraiment génial.
02:04 - C'est important de manger bio pour la santé.
02:09 - T'as des feins, hein ?
02:21 Pour Marie-Belle et son mari David, le brunch du week-end avec les enfants, c'est sacré.
02:27 Et manger bio est devenu une habitude familiale.
02:31 - Pour être sincère, je ne mangeais pas de bio avant d'être tombée enceinte de William.
02:37 Et ça a été une, entre guillemets, une révélation de me dire, bah voilà, je porte mon premier enfant,
02:45 j'ai envie de lui donner tout ce qu'il y a de meilleur, et que forcément, bah, je mange des épinards bio.
02:50 Parce qu'il faut du fer, il faut des vitamines, c'est indispensable.
02:54 - Ah, j'ai trop mangé.
02:56 Mais désormais, il n'y a pas que les épinards qui sont bio.
03:01 Céréales du petit-déjeuner, crème-dessert aromatisée ou pâte fromagère triangulaire,
03:10 le bio a investi toutes nos madeleines de Proust.
03:13 - Il y a un petit fil rouge, quand j'étais petit, tu le tires et c'est pour l'ouvrir.
03:19 Alors, est-ce qu'ils ont gardé le petit fil rouge ? Oui, ils l'ont gardé.
03:23 Alors là, je suis content, ils ne l'ont pas fait vert.
03:26 - Que tous ceux qui aiment la danette se lèvent.
03:32 Des produits qui ont bercé nos enfances.
03:36 Des slogans qui ont imprimé nos mémoires.
03:40 - Chocapic de Nestlé, les céréales au goût fort en chocolat.
03:45 Des aliments industriels qui ont marqué des générations.
03:49 - La vache qui rit, son savoir-faire fait tout son goût.
03:54 Des saveurs artificielles qui ont conditionné nos papilles.
03:59 Des marques cultes qui font partie de nos vies.
04:07 - Ketchup Heinz, le goût de l'Amérique. Le vrai tomateau ketchup Heinz.
04:13 - Aujourd'hui, ces produits iconiques entrent à leur tour dans la nouvelle ère du bio.
04:19 Quand les grands industriels de l'agroalimentaire passent au vert,
04:31 pour le meilleur et pour le pire.
04:34 - Pour le meilleur et pour le pire.
04:38 - Pour le meilleur et pour le pire.
04:41 - Pour le meilleur et pour le pire.
05:08 - Et pourquoi on ne fait pas un test de savoir quel est le bio et quel est le pas bio ?
05:16 Petite dégustation en famille.
05:20 Les versions bio de ces grandes marques sont-elles vraiment meilleures ?
05:24 - Tu préfères laquelle ?
05:30 - La bio.
05:31 - Ah oui la bio ?
05:32 - Non.
05:37 - Pas beaucoup, Hélou.
05:39 - Celui-là, j'aime bien.
05:48 - Ouais.
05:49 - Il pique, t'as vu ?
05:51 - Tu vois ?
05:52 - Les deux sont pas mal.
05:54 - Celui-là, il pique beaucoup, t'as vu ?
05:57 Un test pas tout à fait concluant.
06:00 - Non mais ils sont... Moi, je vois pas trop de différence.
06:05 - On sait pas vraiment ce qu'on consomme.
06:07 On sait que c'est du bio mais on sait pas qu'est-ce que le bio.
06:11 - Ce qui est bien, c'est que si le bio est accessible au plus grand nombre,
06:15 si les industriels s'y mettent, ça va certainement faire baisser les prix.
06:19 Donc ça c'est très bien.
06:20 Maintenant, il faut faire attention à ce que ce soit pas que du marketing
06:25 et que derrière, ça corresponde à quelque chose de vraiment meilleur.
06:33 Il faut rester vigilant.
06:35 - Ces nouveaux adeptes du bio, ce sont d'abord ceux que l'on surnomme les Big Ten,
06:46 les 10 géants de l'agroalimentaire qui, à eux dix, fabriquent la majeure partie
06:51 de la nourriture industrielle de la planète.
06:54 Si ces multinationales se lancent dans le bio,
06:57 c'est que ce marché est aujourd'hui incontournable.
07:01 (Bruit de moteur)
07:03 Décliner en bio un de ses produits vedettes, comme les célèbres chocapics,
07:11 permet à Nestlé de surfer sur la vague verte.
07:14 En France, le marché du bio pèse aujourd'hui plus de 13 milliards d'euros,
07:19 en progression de 10% en un an.
07:22 Cette conversion au bio se fait à grands coups d'opérations, communications.
07:29 L'industriel ouvre sa nouvelle chaîne de fabrication à un échantillon de consommateurs
07:35 pour leur présenter leurs nouvelles recettes de céréales bio, a priori plus vertueuses.
07:40 - Je voulais voir un petit peu vraiment si c'était, on va dire, fake ou si c'était vrai.
07:49 Je voulais aussi rencontrer des humains, parce que si on parle aussi d'humains,
07:54 on parle beaucoup du bio, mais il y a aussi toute la démarche responsable
07:57 que met l'entreprise, et je trouve que ça, c'est un ensemble qu'on peut voir
08:01 que quand on est dedans.
08:03 Verdir son image pour restaurer une réputation trop souvent associée à la malbouffe,
08:10 c'est d'abord respecter le cahier des charges du label bio,
08:14 mais aussi profiter de sa notoriété et de son capital sympathie.
08:22 Le label bio français AB pour agriculture biologique a été créé en 1985.
08:29 Il impose les mêmes contraintes que le label bio européen créé en 2009.
08:35 Un produit labellisé bio doit contenir au moins 95% d'ingrédients issus de l'agriculture biologique.
08:42 Il doit avoir 0% de pesticides et d'engrais chimiques et 0% d'OGM.
08:49 Enfin, seuls 48 additifs sont autorisés au lieu de plus de 320 pour le conventionnel.
08:56 Le label bio AB est connu en bien par 98% des Français,
09:03 au point d'avoir parfois un effet magique sur les consommateurs.
09:14 Ce pouvoir magique du bio, c'est-à-dire de croire que puisque c'est bio, c'est meilleur pour la santé,
09:20 a été mis en évidence par des chercheurs du département de psychologie sociale de l'université de Nanterre
09:27 à travers des expérimentations comme celles qu'ils conduisent aujourd'hui.
09:32 Merci beaucoup d'avoir accepté de participer à cette expérience de psychologie.
09:38 Ça va être extrêmement simple, on va juste vous demander de donner votre avis relativement aux propriétés nutritionnelles d'aliments que vous pouvez trouver dans le commerce.
09:47 L'objectif c'est de donner votre opinion qui soit la plus sincère et spontanée possible, il n'y a pas de bonne ou de mauvaise réponse.
09:53 Ce qui nous intéresse c'est ce que vous pensez réellement vis-à-vis du produit.
09:57 Donc si vous voulez bien me suivre, c'est au bout du couloir, c'est la salle qui est à droite.
10:03 Merci.
10:04 D'accord, merci.
10:05 Pour cette expérience, une centaine de personnes vont être interviewées une par une par Théo Besson, maître de conférence.
10:13 Merci de participer à cette recherche. Je vais donc vous présenter un paquet de céréales.
10:18 Je vais vous demander de le regarder et de regarder également les informations nutritionnelles qui sont présentes sur le côté.
10:24 À la moitié des interviewées, Théo présente un paquet de céréales en version classique et à l'autre moitié un paquet de céréales de même marque mais en version bio.
10:35 D'abord, questionnaire sur la version classique.
10:38 Alors à présent je vais vous poser quelques questions.
10:40 Comparativement à d'autres marques de céréales, pensez-vous que celles-ci contiennent plus ou moins de calories ?
10:46 Je vais vous demander de répondre sur une échelle allant de 1 moins de calories à 7 plus de calories.
10:51 Euh... 5 ?
10:54 5, donc plutôt plus de calories pour le non bio.
10:58 Nouvelle question, comparativement à d'autres marques de céréales, pensez-vous que celles-ci sont meilleures ou moins bonnes pour la santé ?
11:04 Je vais encore vous demander de répondre sur une échelle allant de 1 moins bonne pour la santé à 7 meilleures pour la santé.
11:10 3 ?
11:12 3.
11:13 Et enfin, pensez-vous que celles-ci sont moins riches ou plus riches en vitamines ? 1 moins riche en vitamines à 7 plus riches en vitamines.
11:21 3.
11:22 3. Merci à vous. Très bonne journée.
11:25 Et maintenant, même questionnaire sur la version bio.
11:29 Alors, comparativement à d'autres marques de céréales, pensez-vous que celles-ci contiennent plus ou moins de calories ? 1 étant moins de calories.
11:36 Ce que les interviewés ne savent pas, c'est que bio ou classique, ces céréales ont quasiment la même quantité de sucre.
11:44 Euh... Je pense que je dirais 4.
11:48 4, donc plutôt moins de calories pour la version bio.
11:52 Comparativement à d'autres marques de céréales, pensez-vous que celles-ci sont meilleures ou moins bonnes pour la santé ? 1 étant moins bonne pour la santé et 7 étant meilleure pour la santé.
12:00 Euh... Je pense que je dirais 5.
12:02 5 ? Ok, très bien.
12:04 5. La version bio est perçue comme meilleure pour la santé.
12:10 À travers cette expérimentation, nous essayons d'observer ce qu'on appelle l'effet de halosanté,
12:15 qui est un effet qui influence les perceptions des individus lorsqu'ils sont confrontés à des situations d'évaluation d'aliments.
12:22 Nous souhaitons observer si, conformément à nos hypothèses,
12:26 le paquet de céréales bio est perçu comme contenant moins de calories, étant meilleur pour la santé, comparativement au paquet de céréales classique.
12:34 Le bio bénéficierait-il du nora qui le ferait percevoir comme meilleur pour la santé que le non-bio ?
12:42 1, moins bonne pour la santé. 7, meilleur pour la santé.
12:46 3. 3 pour le non-bio.
12:49 Et pour le bio ?
12:51 Je dirais 6. 6, ok.
12:53 Un effet de halosanté du bio qui se confirme au fil des participants.
12:59 2. 2 ? Ok, très bien.
13:02 2 pour le non-bio. Et pour le bio ?
13:06 1. 1, moins bonne pour la santé.
13:09 Non, l'inverse plutôt, 7. 7, meilleur pour la santé. Ok.
13:12 Théo, du coup, qu'est-ce que ça donne ces résultats ?
13:15 Donc, on retrouve bien un effet de halosanté.
13:18 Les individus perçoivent bien que le paquet de céréales bio contient moins de calories, a plus de vitamines.
13:25 Après l'interview d'une centaine de personnes, l'expérience du jour est cohérente avec les recherches universitaires menées depuis le début des années 2000, notamment aux États-Unis.
13:35 Des expérimentations qui mettent systématiquement en évidence l'effet de halosanté des produits portant le label bio.
13:44 En général, les individus ont tendance à sous-estimer le nombre de calories qu'il y a présents dans ces produits biologiques.
13:51 Mais ce n'est pas le seul résultat.
13:53 Il y a également le fait qu'on a tendance à se servir davantage des portions plus grandes, plus importantes,
14:00 à se sentir moins coupable quand on consomme des produits gras et sucrés, mais biologiques.
14:06 Finalement, l'effet de halosanté, c'est un peu se dire "c'est bio, c'est bon pour la santé, donc je peux en manger, je peux en manger plus,
14:13 je n'ai pas besoin de culpabiliser pour ça", ce qui peut avoir comme conséquence finalement une augmentation du surpoids
14:20 ou les différentes problématiques de santé liées à ce surpoids.
14:26 Il n'y a rien du tout qui sort par contre sur les goûts.
14:28 L'effet de halo rend les versions bio plus séduisantes.
14:37 Mais elle laisse les consommateurs encore un peu dubitatifs.
14:43 Je trouve ça intéressant que des grandes marques s'intéressent à ce marché.
14:47 C'est bien. Moi, j'en achète pas forcément, mais c'est bien pour les autres.
14:51 On peut se demander si c'est vraiment par philosophie ou plutôt pour faire du chip d'affaires.
14:58 Parce que c'est bien fabriqué en France ou même ailleurs, bio, pour moi, bio, ça veut toujours rien dire aujourd'hui.
15:05 Pour décrypter ce bio nouveau, il faut savoir regarder ce qui se dissimule sous les étiquettes.
15:13 Ça, c'est la mission de Foodwatch, une ONG spécialisée dans la veille alimentaire.
15:19 Camille Doriose, son responsable France, passe au crible ces nouveaux produits industriels bio pour détecter leurs vices cachés.
15:28 Ce qu'il faut bien voir, c'est que le bio, c'est très bien.
15:33 C'est bon pour l'environnement, c'est aussi bon pour la santé parce qu'on a moins d'additifs, moins de pesticides dans l'alimentation.
15:38 Par contre, il ne faut pas faire dire aux labels ce qu'ils ne disent pas, parce que des fois, bio, ça ne veut pas dire équilibré nutritionnellement.
15:44 C'est ça qu'on peut voir aujourd'hui dans ces nouveaux produits de la junk food bio.
15:48 Ce sont des produits qui peuvent être déséquilibrés alimentairement.
15:50 Quand on voit ce fromage très connu, on regarde.
15:53 Moi, je vais faire un truc très simple. Je vais sortir mon téléphone et je vais scanner le produit.
15:59 Et là, tout de suite, on va voir que ce produit-là, il a un score nutritionnel de D sur le Nutri-Score.
16:06 Donc, on est sur un produit qui va être trop gras et un peu trop salé.
16:10 Et du coup, on va avoir un produit qu'il faut consommer avec modération parce qu'on est sur un produit qui a un Nutri-Score plutôt bas.
16:15 On a aussi des ingrédients qui vont se cacher dans d'autres produits.
16:19 Par exemple, dans ces gâteaux-là bio, on retrouve, et on ne s'y attend pas, c'est marqué blé, pôtre, sésame dessus.
16:25 On se retrouve avec de l'huile de palme à l'intérieur. On ne s'y attend pas obligatoirement.
16:29 Quand on dit huile de palme, on dit aussi produit qui vient de l'autre bout du monde,
16:32 qui peut être aussi issu de la déforestation et avoir un impact environnemental assez fort.
16:37 Donc, on a parlé du gras et on peut regarder aussi du côté du sel.
16:41 Et du coup, on va sur un produit qui est un vrai classique, qui va être des chips.
16:46 Et là, ce qu'on voit sur la différence entre deux produits, un bio, un pas bio, c'est que c'est le produit bio qui a le plus de sel.
16:52 On a 1,2 g de sel par 100 g. Et quand on prend sur ces chips-là, qui sont des chips classiques, on a 1,1 g pour 100 g.
17:01 Donc, on a bien une augmentation du sel.
17:03 Aujourd'hui, on sait très bien que la surconsommation de sel pose des problèmes cardiovasculaires.
17:07 Et donc, ce n'est pas bon pour la santé de consommer trop de sel.
17:10 Et on est globalement en surconsommation de sel en France.
17:16 En version originale comme en version bio, ces produits industriels restent souvent trop grains, trop salés et surtout trop sucrés.
17:25 Quand on regarde les deux produits ensemble, le bio et le non bio, on regarde, ils ont exactement la même quantité de sucre par 100 g.
17:33 Du coup, on est vraiment sur des produits toujours très sucrés, 25 g de sucre par 100 g.
17:40 Ces 100 g de céréales, c'est équivalent à 4 morceaux de sucre.
17:44 Et 4 morceaux de sucre, c'est 24 g et c'est la moitié de la quantité de sucre qu'on va pouvoir manger sur une journée.
17:49 En fait, c'est ce qui est conseillé par l'Organisation mondiale de la santé.
17:52 50 g de sucre par jour, pas plus.
17:54 Et donc, il faut faire très attention parce qu'aujourd'hui en France, 1 en France sur 5 est en surpoids ou obèses, 1 adolescent sur 6.
18:02 Du coup, il y a une vraie nécessité à réduire la quantité de sucre qu'on donne à nos enfants.
18:09 Non bio à gauche, bio à droite.
18:13 Junk food partout.
18:17 Un aliment industriel trop gras, trop salé, trop sucré, ça reste de la malbouffe.
18:38 Bienvenue dans Les Bonnes Choses, l'émission culinaire de France Culture qui aborde l'alimentation sous toutes ses formes et qui en décrypte tous les enjeux.
18:45 Le bio est-il toujours bon comme on nous le vend pour la planète et pour notre santé ?
18:50 Voilà quelques-unes des questions que nous allons poser à notre invité du jour.
18:53 Christophe Brusset, bonjour.
18:55 Oui, bonjour. Merci d'avoir accepté notre invitation.
18:57 Merci à vous d'avoir accepté notre invitation.
18:59 Vous êtes un ancien dirigeant au sein de groupes internationaux de l'agroalimentaire, autrement dit, vous êtes un repenti.
19:05 Vous venez de publier "Les imposteurs du bio", est-ce qu'il y a réellement un engouement des Français pour le bio ?
19:12 C'est un marché qui est devenu important. Aujourd'hui, on est à plus de 11 milliards d'euros par an.
19:16 Et c'est surtout 80% de la croissance des ventes en alimentaire se font grâce au bio aujourd'hui.
19:21 Tous ces supermarchés et ces industriels que je connais très bien pour avoir travaillé pour eux,
19:25 qui vendent du pseudo bio, voire du faux bio en toute connaissance de cause,
19:29 simplement parce que le marché est mûr et qu'aujourd'hui, c'est le moment de s'y lancer pour faire du profit.
19:33 Cela fait 30 ans que Christophe Brusset travaille dans l'industrie agroalimentaire.
19:39 Il en connaît les coulisses, pas toujours à goûtante, et les pratiques occultes.
19:44 Devenu lanceur d'alerte, il dénonce aujourd'hui l'opportunisme de ces grandes marques qui se convertissent au bio
19:50 et pratiquent le "greenwashing", c'est-à-dire redorer son image en la verdissant pour masquer ses propres turpitudes.
19:58 Si vous regardez les produits fabriqués par l'industrie de la malbouffe, pour dire les choses simplement et clairement,
20:05 c'est-à-dire des gens qui vous proposent en masse depuis des années des produits totalement déséquilibrés et vides de nutriments,
20:11 c'est-à-dire extrêmement sucrés, extrêmement salés, extrêmement gras, bourrés d'additifs,
20:16 je suis un petit peu dubitatif quand je vois ces mêmes entreprises vous proposer aujourd'hui des produits bio ou des produits éthiques.
20:23 Quand je vois qu'un des plus gros, un des leaders mondial de l'agroalimentaire vend des céréales pour petit déjeuner,
20:29 donc pour les enfants, qui contiennent jusqu'à 80% de sucre, j'ai du mal à croire que ces gens-là se préoccupent vraiment de la santé de leurs clients
20:37 et surtout de la santé des plus jeunes.
20:39 Si la réglementation est mal faite, et c'est le cas aujourd'hui, si elle vous permet de produire de la junk food, de la malbouffe,
20:45 avec la possibilité de la certifier bio, à la rigueur, je vais vous dire, ce n'est pas la faute du fabricant,
20:50 c'est la faute de ceux qui font les règlements et qui font les lois.
20:53 Donc aujourd'hui, ce n'est pas du tout incompatible de faire de la malbouffe bio.
20:56 Oui, tout à fait.
20:57 Tous les grands industriels font-ils du bio bas de gamme ?
21:06 Certains se veulent plus vertueux, en tout cas précurseurs.
21:11 Nous sommes à l'usine du Molay Litry, en Normandie,
21:15 où Danone, le géant français de l'agroalimentaire, expérimente depuis 15 ans la fabrication de nouveaux produits bio.
21:22 Christophe Audouin, 28 ans de maison, dirige la marque Les Deux Vaches,
21:29 une filiale du groupe créée à partir de rien en 2006,
21:33 bien avant le lancement de la Danette Bio, alors que le marché du bio était encore marginal.
21:43 Dans cette petite usine ultra-moderne de 136 salariés,
21:47 où des produits laitiers conventionnels sont fabriqués à la chaîne,
21:50 une ligne de conditionnement spécifique est dédiée à la production de yaourts et de crèmes des serres bio.
21:56 Une trentaine de recettes différentes, nature, à la vanille, aux fruits ou au chocolat,
22:03 des ingrédients 100% bio.
22:05 Le process respecte à la lettre le cahier des charges du label bio,
22:10 et essaye même parfois d'aller au-delà.
22:13 Ce qu'on voit ici, c'est un film en plastique, mais qui est en PLA.
22:19 C'est un plastique d'origine 100% végétal,
22:22 qui comporte de nombreux avantages, réduit à l'entraînement de carbone,
22:26 et permet une receptabilité et un compostage industriel.
22:30 Ce n'est pas dans le cahier des charges de la bio,
22:33 mais c'est une façon d'essayer de progresser encore sur les pratiques en emballage.
22:39 Cette ligne a été l'occasion de repenser complètement nos cartons,
22:45 qui servent à conditionner nos yaourts.
22:47 On a ici un carton ultra optimisé, éco-conçu,
22:51 afin de réduire la quantité de carton utilisé,
22:55 et le transport des palèces dans les chambres froides.
22:58 Ce design permet de faire des économies de carton,
23:01 et de réduire l'empreinte carbone sur l'utilisation du carton.
23:06 Quand le grand industriel laitier lance sa filiale "Les deux vaches"
23:10 en mode start-up il y a 15 ans,
23:12 c'est pour défricher le territoire du bio,
23:14 à l'époque largement inconnu des multinationales de l'agroalimentaire.
23:18 Il y avait l'idée, à travers ce labo, ce poisson pilote pour Danone,
23:25 de travailler sur ce qu'allait être les enjeux de l'agriculture et de l'alimentation.
23:30 C'était aussi une façon pour notre groupe d'apprendre,
23:35 et de prendre des enseignements et confiance sur le bio,
23:39 puisqu'on était à l'époque les tout premiers à le faire.
23:41 On est vraiment parti d'une page blanche,
23:43 on a commencé tout doucement,
23:45 pendant 6-7 ans on n'a pas gagné d'argent,
23:47 parce que quand on veut réinventer et changer les pratiques,
23:50 forcément ça demande du temps,
23:52 et il ne faut pas espérer, surtout en agriculture biologique,
23:54 avoir une bonne expérience.
23:56 C'est évident.
23:58 15 ans après, le labo est devenu le modèle à suivre pour sa maison mère,
24:10 qui a investi 8 millions d'euros dans cette ligne de conditionnement flambant neuve,
24:15 capable de débiter 40 000 pots à l'heure.
24:18 Le labo est un des premiers en France à faire de l'alimentation
24:23 et à débiter 40 000 pots à l'heure.
24:26 Avec des taux de croissance de 20% ces 3 dernières années,
24:38 les 2 vaches est aujourd'hui leader sur le marché du yaourt bio.
24:42 Sa petite filiale a prouvé aux géants laitiers français
24:45 que bio et rentabilité ne sont pas incompatibles.
24:52 On appartient à une entreprise qui a une exigence
24:55 qui est celle d'un grand groupe et d'une grande entreprise.
24:58 Et oui, on n'a pas honte de le dire, on gagne effectivement de l'argent.
25:02 Heureusement, parce que l'argent qu'on gagne, la valeur qu'on crée,
25:05 je préfère dire ça, nous permet justement d'aller faire profiter
25:09 de cette création de valeur à toutes nos parties prenantes,
25:12 à commencer bien sûr par nos agriculteurs.
25:18 Aujourd'hui, Christophe Audouin travaille avec une cinquantaine de producteurs locaux,
25:23 tous situés dans un rayon de 40 km autour de la laiterie.
25:27 Investir dans la transition agricole rejoint son intérêt bien compris d'industriel.
25:33 Si on encourage la conversion d'éleveurs bio, c'est pour bien sûr être capable également
25:39 d'avoir une disponibilité de matières premières durables
25:44 pour accompagner la croissance de notre activité.
25:47 Ça n'a pas été facile au début, parce qu'on parle de ça il y a 15 ans.
25:52 Les agriculteurs en bio étaient assez seuls.
25:55 Il y avait évidemment une grande majorité d'agriculteurs conventionnels
25:58 et se lancer en bio, c'était un pari risqué pour eux,
26:01 avec très peu d'expertise, de connaissances,
26:04 et des voisins qui ne les aidaient pas puisqu'ils étaient en conventionnel.
26:07 Donc non, on a mis du temps.
26:09 L'arrivée des grands industriels dans le bio donne un coup d'accélérateur
26:13 à une transition agricole déjà en plein boom.
26:17 Il y a aujourd'hui en France 40 fois plus de fermes bio qu'il y a 20 ans.
26:24 Plus de 53 000, soit 12% des exploitations agricoles.
26:29 Et la part de la surface agricole cultivée en bio a été multipliée par 8 en 20 ans
26:36 pour atteindre 2,5 millions d'hectares en 2020, presque 10% de la surface agricole totale.
26:43 Gilles Alléwin est l'un des 50 éleveurs normands qui travaillent exclusivement pour Christophe
26:56 et lui fournissent les 13 millions de litres de lait bio annuel dont il a besoin.
27:02 (Bruits de la machine)
27:05 210 hectares, 95 vaches, Gilles est à la tête d'une exploitation de taille moyenne
27:15 héritée de son père en 1994.
27:18 Là, on donne de la usine en affourragement en verre,
27:22 qui est un super aliment pour faire du lait et faire avoir des vaches en bonne santé.
27:28 Après 25 ans passés dans l'agriculture intensive, Gilles s'est converti au bio il y a 5 ans,
27:34 quittant une profession d'éleveur laitier conventionnel sinistré
27:38 après des baisses brutales du prix du lait en 2009 et 2015.
27:43 On a vécu deux crises majeures en conventionnel qui ont laissé des traces,
27:47 puisqu'on a perdu presque la moitié de nos exploitations laitières en 10 ans, ce qui est énorme.
27:53 Il est vrai que moi je me suis vraiment posé la question en 2015-2016 de dire
27:58 qu'est-ce que je fais, est-ce que je termine ma carrière tranquille sans lait ?
28:01 Puis à un moment donné, au niveau santé, je ne supportais plus les pesticides,
28:05 donc j'étais à deux doigts d'arrêter de traire, sauf que la vache c'est ma vie, donc non.
28:09 Donc effectivement, la bio et Danone m'ont permis de rester dans mon métier de base de producteur de lait.
28:18 On est conscient que l'éleveur est d'une certaine façon dépendant de sa laiterie
28:22 puisqu'il n'a qu'un seul client, mais avec les 50 éleveurs c'est la même chose.
28:25 On s'engage sur des contrats à 4 ans avec eux, basés sur un achat de lait bio qui est bien sûr bien rémunéré,
28:32 donc on dépasse largement les 500 euros du 1000 effectivement.
28:35 Avec un lait qui aujourd'hui est valorisé à plus de 500 euros,
28:38 les 1000 litres, ça permet effectivement d'avoir une bonne rentabilité.
28:41 On fait partie, enfin je ne sais pas si on peut le dire aujourd'hui, mais j'en suis fier,
28:45 on fait partie du lait le mieux payé en France quand même.
28:50 Donc voilà, c'est quand même bien.
28:52 L'arrivée des produits bio des grandes marques ne profite pas qu'aux agriculteurs.
29:03 C'est aussi une aubaine pour la grande distribution, de plus en plus accro aux bio.
29:15 Plus de la moitié des achats de produits bio se font aujourd'hui dans les grandes et moyennes surfaces.
29:21 Le leader sur ce marché, c'est Carrefour, avec 2,7 milliards de chiffres d'affaires en 2020.
29:28 L'enseigne s'est lancée dans le bio dès le début des années 90, un pari osé à l'époque.
29:34 Carrefour a été un des plus grands producteurs de produits bio,
29:37 et a d'ailleurs développé sa propre gamme avec plus de 1 100 produits bio maison.
29:43 Qualitativement, c'est vraiment de très très beaux produits.
29:46 Magnifique.
29:47 Et on a aussi fait de la promo.
29:49 Benoît Souris est le monsieur bio de chez Carrefour.
29:53 Le garant d'une certaine philosophie et de sa rentabilité.
29:57 En tout cas, le calibre et les couleurs sont vraiment très bien.
30:01 Le métier de distributeur qui est le nôtre, c'est d'abord d'écouter les consommateurs,
30:06 et ensuite de prendre des risques en étant un peu en avance parfois.
30:11 La prise de risque a payé.
30:16 Ces cinq dernières années, la consommation de produits bio a été multipliée par deux.
30:22 Aujourd'hui, Benoît Souris le dirige.
30:25 Voit d'un bon oeil l'arrivée des grands industriels dans le bio.
30:29 Avant d'être une concurrence pour les produits maison,
30:32 il y voit d'abord le signe que le marché du bio en France est entré dans une nouvelle ère.
30:37 La venue de ces marques industrielles, elle est plutôt une bonne nouvelle,
30:42 parce qu'elle permet d'augmenter la consommation et la notoriété des produits bio.
30:46 Ça signifie également une certaine capacité de production.
30:49 Parce qu'ils ont, ces acteurs industriels, ont pour la plupart d'entre eux,
30:53 un peu attendu de voir si le bio était une mode et le resterait,
30:58 ou si le bio devenait quelque chose de plus démocratique
31:02 et prenait une part de chiffre d'affaires important.
31:05 Quand le bio dans le marché des céréales dépasse le 5% du chiffre d'affaires,
31:10 alors c'est plus important que le bio.
31:12 C'est-à-dire que le bio est un produit qui est un peu plus cher,
31:15 et que le céréale dépasse le 5% du chiffre d'affaires,
31:18 alors c'est plus simplement anecdotique, c'est une vraie tendance de fond.
31:22 Une tendance bienvenue pour la grande distribution,
31:26 de plus en plus dépendante du bio,
31:29 qui représenterait 80% de la croissance de son chiffre d'affaires.
31:33 Les nouveaux entrants donnent un vrai coup de booster.
31:37 C'est extrêmement intéressant de voir des grandes marques faire ça,
31:42 et quand elles font ça, elles communiquent,
31:44 souvent avec des supports, avec de la publicité en télévision,
31:48 ou des supports médias nombreux, ou relais sociaux.
31:51 Ce qui veut dire que, dans l'image des consommateurs,
31:57 la caution de ces grandes marques est indispensable pour développer vraiment le marché.
32:02 La crédibilité des marques fait qu'elles apportent un nouveau chiffre d'affaires.
32:08 La vraie question qui peut se poser, c'est
32:10 est-ce que les complexités pour ces marques-là,
32:13 qui ne sont pas habituées à faire que du bio,
32:16 vont-elles maintenir le même investissement,
32:19 ou au contraire, vont-elles à un moment baisser les bras ?
32:22 Pour que l'engagement des industriels soit durable,
32:25 encore faut-il que leurs produits se vendent.
32:28 Et bio ou pas bio, business is business.
32:32 Dans la grande distribution, chaque produit doit non seulement gagner sa place,
32:37 mais prouver par ses rotations, par ses ventes, l'intérêt de le conserver.
32:43 On n'est pas une entreprise de philanthropie,
32:46 donc ça doit passer par le tamis des ventes,
32:49 qui va prouver que c'était une bonne idée de faire du Chocapic,
32:52 ou peut-être pas une bonne idée de faire du Lion.
32:54 Voilà, ça c'est le consommateur qui décide de la durée de vie des innovations en bio des industriels.
33:06 Tout dépend aussi de combien ça coûte.
33:09 Les grands industriels et la grande distribution profiteraient-ils du label bio
33:14 pour faire la culbute sur les prix ?
33:17 C'est ce que soupçonne Olivier Andreau.
33:20 Ingénieur agronome et militant à l'UFC Que Choisir,
33:23 l'association de défense des consommateurs,
33:26 il est déjà l'auteur d'une enquête-choc sur les surmarges sur les fruits et légumes bio.
33:34 Aujourd'hui, il ausculte pour nous un échantillon de ces nouveaux produits industriels bio.
33:40 On a par exemple des crèmes dessert chocolatées,
33:47 on a du ketchup, on a même des biscuits, des chips.
33:53 Alors, quand on parle du bio, il y a évidemment une question, c'est celle du prix.
33:57 Tout le monde sait intuitivement que le bio c'est plus cher, mais de combien ?
34:01 Alors là, on va prendre un calcul et dans certains cas, on va avoir des surprises.
34:05 Le grand truc, évidemment, pour diminuer la perception de la différence de prix,
34:09 c'est de jouer sur la taille de l'emballage.
34:12 Le produit de référence conventionnel, 125 grammes pour cette crème dessert,
34:17 seulement 95 grammes pour la version bio.
34:20 Rebelote, en ce qui concerne ses céréales du petit jeûner, version originale, 430 grammes,
34:24 version bio, seulement 375 grammes.
34:27 Donc on voit que c'est quelque chose de quasiment généralisé, cette pratique de diminuer la taille des emballages.
34:32 Et maintenant, on va passer à la réalité des prix et on va faire les calculs de différence de prix
34:37 en tenant compte, bien sûr, du prix au kilo pour enlever cette petite technique,
34:41 cette petite ficelle qu'utilise la grande distribution pour masquer les gosses de prix.
34:45 On va commencer tout d'abord par ces céréales du petit déjeuner chocolatées.
34:48 Et donc, on va comparer le prix au kilo entre la version conventionnelle,
34:53 qui est à 6,74 euros du kilo, 10 euros du kilo pour la version bio.
34:59 Donc ça fait 6,10 euros du kilo, 6,74, plus 48% plus cher.
35:08 Pour ces crèmes dessert chocolatées, donc la version conventionnelle est à 10,32 euros du kilo.
35:17 À comparer à la version bio qui est à 18,94 euros du kilo, ce qui nous fait une différence de 83%.
35:26 Et puis alors, le pompon, c'est pour ces chips.
35:32 Donc on a la version conventionnelle qui est à 9,93 euros du kilo.
35:37 Ça nous donne plus 130% plus cher pour la version bio par rapport à la version conventionnelle.
35:46 Comment se fait-il qu'il y ait une telle différence de prix ?
35:49 Et c'est là où on peut avoir une suspicion de surmarge, en clair.
35:53 Les industriels et la grande distribution seraient peut-être susceptibles d'augmenter leur marge,
35:58 profitant ainsi du bénéfice d'image du bio.
36:00 Et là, pour des produits transformés comme ça, on ne sait pas, parce que c'est secret défense.
36:05 Et ça, cet aspect de transparence sur la construction du prix,
36:08 c'est une demande de longue date de WFC que je veux dire,
36:10 qui demande aux industriels et à la distribution de publier leurs chiffres.
36:15 Il y a le prix du bio, il y a aussi ce que les industriels mettent dedans.
36:20 Quand vous achetez un produit bio, vous avez beau savoir qu'il y a moins d'additifs dedans,
36:27 il reste parfois beaucoup d'ingrédients artificiels aux noms très savants,
36:32 qui sont ce qu'on appelle des mutes, des marqueurs d'ultra-transformation.
36:37 Et les mutes, ça ne sent pas très bon.
36:41 L'ultra-transformation des aliments
36:45 Pour comprendre ce qu'est l'ultra-transformation des aliments et ses dangers,
36:51 nous sommes allés au cœur de l'Auvergne,
36:54 dans l'un des principaux centres de recherche de l'INRAE,
36:58 l'Institut National de Recherche pour l'Agriculture, l'Alimentation et l'Environnement.
37:07 Les aliments trop transformés, c'est le cheval de bataille d'Anthony Fardet.
37:12 Dans son labo, il traque les mutes, les marqueurs d'ultra-transformation,
37:16 qui sont obtenus à partir du fractionnement des ingrédients naturels par les industriels,
37:21 ce qu'on appelle le cracking.
37:23 Démonstration
37:26 On peut prendre l'exemple du grain de blé.
37:29 Je vais essayer de vous dessiner un épi.
37:31 Ça, c'est les différents grains sur votre épi de blé.
37:36 Vous avez un premier niveau de raffinage qui permet d'obtenir ce qu'on appelle la farine.
37:44 Vous avez le germe et le son, c'est-à-dire les couches externes du grain.
37:50 Donc là, on a un premier niveau de raffinage ou de fractionnement qui n'est pas encore excessif.
37:56 On va passer à un deuxième niveau plus extrême,
37:59 où la farine blanche va d'abord donner du gluten et amidon.
38:04 C'est là qu'on voit apparaître les fameux marqueurs d'ultra-transformation qu'on appelle les mutes.
38:08 Troisième niveau, on fractionne l'amidon maintenant, c'est-à-dire qu'on va encore plus le décomposer.
38:13 Ça donne de la dextrine, malto-dextrine.
38:17 Là, c'est du sucre.
38:19 En fait, c'est la même chose que du sucre, mais ça a un index glycémique encore plus élevé que le sucre.
38:24 Donc c'est vraiment des sucres rapides, des sucres cachés rapides.
38:27 Si vous continuez encore plus, vous obtenez un sirop de glucose.
38:32 Alors là, vous en avez partout, dans les produits bio aussi, dans les produits conventionnels.
38:38 Si vous rajoutez une enzyme digestive...
38:41 Jusqu'à 11 nouveaux ingrédients artificiels peuvent être ainsi obtenus à partir d'un seul grain de blé, même bio.
38:49 Polydextrose.
38:51 Et enfin, c'est pas fini, le sucre inverti.
38:56 Alors, j'ai juste oublié de préciser, c'est qu'on peut appliquer aussi là, directement, ce qu'on appelle la cuisson-extrusion.
39:02 C'est-à-dire que la cuisson-extrusion vous transforme votre farine blanche quasiment en sucre.
39:08 Donc vous voyez, c'est sérieux qu'il y ait du jeûner pour enfant, même si c'est bio, ça reste des bombes de sucre.
39:13 Entre la farine, qui n'est pas loin du sucre, et tous les marqueurs d'ultra-transformation, vous bouffez du sucre le matin.
39:17 Il faut dire les choses telles qu'elles sont.
39:19 Ces marqueurs d'ultra-transformation se retrouvent dans la moitié des produits conventionnels, mais également dans un quart des produits bio, avec les mêmes risques associés à une consommation excessive.
39:31 Ça crée le lit, le terrain, pour d'abord, surpoids-obésité, deuxièmement, diabète de type 2, et troisièmement, stéatose hépatique ou foie gras humain.
39:41 Alors, ces trois premiers stades ne sont pas dramatiques, mais sauf que les maladies qui suivent derrière, elles sont mortelles.
39:46 Diabète de type 2, c'est insuffisance rénale, amputation, c'est cité.
39:49 Surpoids, ça multiplie par 4 ou 5 les facteurs de maladies cardiovasculaires et de certains cancers, et là, c'est mortel.
39:56 Et la stéatose hépatique, c'est stéatohépatite, cirrhose et cancer du foie.
40:00 Si votre produit est ultra-transformé, même s'il y a marqué bio, ça ne change rien à la donne.
40:04 Vous aurez les mêmes risques de maladies chroniques.
40:14 Dans le nouveau monde des applications d'informations alimentaires grand public, l'ultra-transformation a maintenant droit à la sienne.
40:22 Une appli développée par une start-up, SIGA, dont Kelly Franck est la responsable scientifique.
40:33 Nous avons développé une nouvelle application à destination du consommateur pour retrouver le degré de transformation des aliments
40:40 et comprendre le degré de transformation de 1 à 7.
40:44 1 étant brut, 7 étant très ultra-transformé.
40:48 Là, on regarde ce fameux ketchup bio, qui existe en version non-bio et en version bio.
40:54 La version non-bio, on voit, elle est notée 7, ce qui veut dire qu'elle est ultra-transformée.
41:02 Et ce qu'on regarde ici, c'est que son équivalent en bio, lui, il est médaillé d'or.
41:08 Il est noté 4, c'est-à-dire qu'il n'a aucun marqueur d'ultra-transformation.
41:12 On a zéro ingrédient ultra-transformé ici.
41:14 Un bon élève, ce ketchup bio.
41:17 Mais pour la plupart des nouveaux produits industriels bio, les progrès semblent insuffisants.
41:23 Selon SIGA, pour un de mieux, dix de pareil, et même un de pire.
41:32 SIGA est une jeune entreprise créée en 2016 par Harris Christodoulou et Kelly Frank.
41:39 Ils ont développé un algorithme pour évaluer le degré de transformation des aliments industriels
41:45 en s'appuyant sur les mutes, les marqueurs d'ultra-transformation.
41:49 Il me semblait que j'avais fait seulement l'un de l'autre, et que dans certains, il restait des E412.
41:55 En fait, tous les E412, ils sont au cas chez eux ?
41:57 J'ai vu des petits évolutions.
41:59 Il y a une volonté de la part des consommateurs que d'accéder à une offre de meilleure qualité,
42:04 ou du moins d'avoir une transparence sur le niveau de qualité de ce qu'il leur est proposé aujourd'hui en termes d'alimentation.
42:10 Donc oui, on participe de ce mouvement. Il y a un mouvement extrêmement large,
42:14 avec de premiers industriels et distributeurs qui s'impliquent pour la santé du consommateur.
42:21 Près de 20 000 ingrédients sont référencés dans leur base de données.
42:28 Ingénieure agroalimentaire, Kelly analyse et compare ces produits de grandes marques
42:33 et leurs déclinaisons bio, pas toujours plus vertueuses.
42:37 Là, typiquement, sur ce produit bio, il est beaucoup moins transformé que le produit originel,
42:45 même si c'est encore un aliment ultra-transformé parce qu'on a deux marqueurs, mais il est beaucoup mieux,
42:50 puisque dans cette recette, on n'a plus d'arômes artificiels, on n'a plus de lactose, plus de protéines,
42:55 on n'a plus de diphosphate non plus, qui sont des additifs évalués à risque.
43:00 Donc clairement, là, ils ont bien retravaillé leur recette.
43:03 On a effectivement plus de matière noble que dans cette recette-là,
43:07 où clairement, on a un certain nombre d'ingrédients ultra-transformés.
43:10 Ce qu'on observe, c'est que les produits bio qui sortent des grandes marques sont en général mieux,
43:18 mais ce n'est pas suffisant. En général, c'est encore des aliments ultra-transformés.
43:22 On peut prendre cet exemple-là. Donc là, on a une grande marque de céréales.
43:26 Quand bien même on aurait des allégations du type sans colorant, sans arôme artificiel, là, sur les deux versions,
43:32 on pourrait se dire que ça se vaut et que c'est équivalent.
43:35 En réalité, là, la recette, elle a été dégradée.
43:37 On a remplacé l'extrait de maltodorge, qui est un marqueur d'ultra-transformation, je dirais, de niveau 1,
43:43 par un sirop de glucose, qui là est un ingrédient encore plus ultra-transformé.
43:47 Donc clairement, là, il n'y a pas eu d'amélioration. On a dégradé la recette.
43:52 Donc d'un point de vue consommateur, c'est mieux.
43:55 C'est-à-dire que vous avez plus de chances en prenant un produit bio de trouver un produit qui est normalement transformé,
44:00 mais ce n'est pas une garantie, puisque le bio n'est pas épargné par l'ultra-transformation.
44:04 C'est mieux, mais il y a encore du travail, en général, sur ces produits-là.
44:17 Les grands industriels vont-ils absorber tout le marché du bio ?
44:22 Certains résistent encore.
44:25 À 2 heures de Paris, et aux antipodes de l'industrie agroalimentaire,
44:32 le jour se lève sur la ferme Sainte-Colombe, au cœur de l'abri.
44:36 Cherche là-haut ! Allez !
44:43 Nicolas Grimond-Pré exploite depuis 5 ans cette ferme qui produit du fromage artisanal
44:48 et défend une certaine idée du bio.
44:51 Ça va peut-être faire moins chaud aujourd'hui, je ne sais pas.
44:57 Du coup, je ne vais pas pouvoir faucher pendant la traite. Enfin, je vais voir.
45:01 Cherche là-haut ! Cherche ! Allez, allez !
45:04 Allez !
45:08 Allez, fille, là, on avance, on avance !
45:13 Hop !
45:14 Une quarantaine de vaches montbéliardes, réputées pour leur lait.
45:19 100 hectares de terre, dont 60 de pâturage.
45:23 Une exploitation agricole à taille humaine, où la qualité passe avant le rendement.
45:29 Ici, les vaches vivent en extérieur plus de 10 mois par an.
45:34 Hop !
45:37 Chut, chut, chut ! Allez, délices, avance ! Allez !
45:42 Chut !
45:43 Nous, on cherche à ce que les vaches soient au maximum au pâturage,
45:47 donc elles aillent se nourrir directement en plein champ pour avoir toute leur nourriture.
45:52 Et pour ça, on a choisi un système de pâturage tournant dynamique,
45:55 c'est-à-dire que tous les jours, les vaches vont changer de prés,
45:57 et donc du coup, tous les jours, elles vont avoir une nouvelle herbe fraîche,
46:00 appétante, et qui va leur apporter tout ce qui est nécessaire à leurs besoins.
46:04 Grrrrr ! Grrrrr ! Grrrrr !
46:10 Allez, allez ! Allez, on y va !
46:14 À la ferme, le bio est une approche globale qui inclut le bien-être animal.
46:27 L'heure de la traite, qui rythme la journée, doit aussi être une fête pour les bêtes.
46:34 Pour elles, c'est aussi le rituel, c'est tous les matins, elles viennent là,
46:37 après, elles ont un petit truc à manger, après, elles vont repartir au pré tranquillement.
46:41 Voilà, c'est un moment clé de la journée, quoi.
46:43 Ça permet d'avoir un suivi des animaux, on les voit tous passer,
46:46 on peut tous les regarder, voir si tout va bien.
46:48 Surtout, celle du matin, où, voilà, on prend vraiment le temps de bien observer tout le monde,
46:53 vérifier que tout va bien.
46:55 Allez, allez !
47:00 Allez, allez !
47:03 Le bio, un savoir-vivre de la nature et avec la nature.
47:14 Pour moi, la biodiversité, elle passe aussi par l'élevage.
47:20 Parce que l'élevage va créer un écosystème qui va favoriser aussi une émergence de biodiversité, quoi.
47:26 Ne serait-ce que par les mouches qui sont attirées par les animaux.
47:29 Derrière, si on a autant d'hirondelles, c'est parce qu'il y a à manger, quoi.
47:33 Les hirondelles vont venir attraper les mouches qui sont autour des vaches, quoi.
47:36 Et du coup, c'est un écosystème qui se crée autour de ça.
47:38 Le lait de la ferme n'est pas destiné aux industriels ni aux coopératives.
47:47 Il est transformé sur place.
47:49 Et ici, pas question de fabriquer de la pâte fromagère bio sous vide.
47:55 On fait du fromage maison plus bio que bio.
47:58 Cette ferme est la seule en Pays-Briard à produire du brie de coulommier bio au lait cru,
48:06 sans traitement thermique ni physique.
48:08 Et aussi, un brie noir bio, jusqu'à 6 mois d'affinage.
48:21 Camille, la femme de Nicolas, est éducatrice spécialisée.
48:25 Son mari était éleveur de porcs conventionnels.
48:32 Quand il décide en 2017 de racheter cette ferme et de la transformer en bio,
48:37 ils n'y connaissent rien, mais Nicolas et Camille sont sûrs de leur choix.
48:42 On dit qu'on se convertit à la agriculture biologique.
48:45 Ce n'est pas un terme anodin.
48:49 On convertit notre travail et notre manière de faire.
48:52 Si on est vraiment persuadé de ce qu'on fait, ça transforme toute notre vision des choses.
48:58 Ce qui ne veut pas dire qu'on se satisfait d'un sourire en guise de paiement de notre fromage.
49:07 Pour vivre de leur production, Nicolas et Camille ont fait le choix du circuit court.
49:12 Ils privilégient la vente directe à la ferme ou en livrant eux-mêmes,
49:17 y compris auprès de grands restaurants parisiens étoilés.
49:20 Leur indépendance n'est pas négociable.
49:23 On n'avait pas envie que notre exploitation puisse être soumise aux industriels.
49:32 On veut être maître de notre prix, de notre produit du début à la fin.
49:38 Quand on vend à un industriel, on passe un contrat avec lui, et c'est lui qui fixe le prix du lait.
49:45 Pour être plus performant, il faut faire des achats, investir dans un robot pour faire plus de lait à la demande de l'industriel.
49:52 Derrière, le robot, il faut encore s'endetter, il faut acheter plus de vaches, il faut encore plus travailler.
49:57 C'est le cercle infernal, et ce n'est pas ce qu'on voulait vivre au départ.
50:02 C'est peut-être un peu dur, mais c'est pour terminer pendu au bout d'une corde parce qu'on n'en peut plus,
50:11 et parce qu'on veut juste vivre de notre métier, ce n'est pas ce qu'on veut.
50:15 Se tenir résolument éloigné du bio-industriel a un prix.
50:25 Nicolas et Camille, quatre enfants à nourrir, sont endettés pour des années.
50:30 Ils n'ont pas de salaire fixe, jamais de week-end, presque pas de vacances.
50:35 Mais ils vivent pleinement la vie en bio.
50:38 C'est vrai que par rapport à notre vie d'avant, qui était peut-être plus confortable, des vies de salariés,
50:46 maintenant on a le nez dans le guidon depuis bientôt cinq ans.
50:53 Je dirais qu'on n'a jamais aussi mal gagné notre vie, et on n'a jamais été aussi heureux.
50:58 On vit très simplement, et ça nous fait énormément de bien de toujours se dire "mais comment on peut faire encore plus simple ?"
51:04 C'est le bio qui nous convient, et on essaie toujours de faire mieux.
51:09 Ce n'est pas parce qu'on est bio qu'on reste trompé sur notre position.
51:12 C'est une expérience de chaque jour.
51:17 À l'heure où le bio prend une place grandissante dans nos modes de consommation,
51:22 et face au rouleau compresseur industriel,
51:25 la bio demeure cette philosophie du mieux-vivre qui défie les lois du marché.
51:30 [Musique]
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