00:00 Est-ce que vous vous dites aujourd'hui, ce dimanche, c'est une bonne nouvelle, il faut tout faire pour aider l'Ukraine avant cette confrontation ?
00:06 Moi, une fois n'est pas coutume, je vais vous dire que je trouve que la position qu'a exprimée le président de la République la semaine dernière sur ce sujet est une position raisonnable,
00:12 parce que c'est une position prudente. Il faut soutenir militairement l'Ukraine, il faut soutenir économiquement l'Ukraine.
00:18 Et en même temps, il faut faire attention à ne pas devenir co-belligérant. C'est ça la complexité dans laquelle on est.
00:24 Est-ce que les Occidentaux livrant des avions de chasse à l'Ukraine, c'est devenir co-belligérant ?
00:27 Ça veut dire envoyer nos propres soldats, ce que personne aujourd'hui n'a proposé.
00:31 Maintenant, je ne veux pas esquiver le sujet, je pense qu'il faut sortir de l'illusion que l'issue du conflit aujourd'hui et de la guerre qu'a déclenché de manière unilatérale la Russie face à l'Ukraine est une issue militaire.
00:46 Et d'ailleurs, j'ai envie de vous dire, si on s'apprête aujourd'hui à former des pilotes, d'un certain point de vue, ce n'est pas une bonne nouvelle,
00:51 parce que ça veut dire qu'on s'attend à un conflit qui va durer encore pendant plusieurs mois.
00:54 Donc il ne faut pas le faire ?
00:57 Non, je ne vous dis pas qu'il ne faut pas le faire. Je vous dis qu'une fois qu'on a dit ça, soutenir militairement, soutenir économiquement,
01:00 la question qui nous est posée, c'est quelle est l'issue à ce conflit ? Et l'issue, elle est forcément diplomatique.
01:05 Oui, mais honnêtement, Manifort, je suis désolé, je ne comprends pas.
01:07 Il y a une sorte d'ambiguïté.
01:09 Peut-être, non, il n'y a aucune ambiguïté.
01:11 En mars 2022, au moment du déclenchement de la guerre en Ukraine, c'était "il ne faut pas en livrer". Ensuite, vous évoluez. Après, vous dites "oui, il faut qu'il y ait un débat au Parlement".
01:17 Est-ce que oui ou non, il faut continuer à aider militairement l'Ukraine ?
01:20 Je vous ai répondu. Si vous ne m'écoutez pas, je viens de vous dire que oui, il faut soutenir économiquement, il faut soutenir militairement l'Ukraine.
01:28 Mais j'ai le droit de vous dire que je considère que faire croire aux gens que l'issue à ce conflit est une issue militaire me paraît être une erreur.
01:34 Et que si on veut sortir de cette situation, ça passe par l'intensification des relations diplomatiques.
01:39 Et de ce point de vue-là, par exemple, hier, il y a une bonne nouvelle. Le fait que l'Inde dise qu'elle va mettre son poids pour essayer de parvenir à un accord de paix, c'est une bonne nouvelle.
01:48 Et en même temps, je trouve qu'on envoie des signaux contradictoires. Que hier, le G7 a publié un communiqué pour s'en prendre à la Chine, alors qu'on sait très bien qu'on a besoin aussi des efforts chinois pour essayer d'arriver à un plan d'aide.
01:59 Vous êtes plutôt du côté de la Chine face aux autres pays du G7 ?
02:01 Non, je ne suis pas du côté de l'un ou de l'autre. Je suis non-aligné. Je pense juste que si on veut sortir de cette situation, il faut un accord de paix.
02:07 Non-aligné, ça veut dire ni États-Unis, ni Chine, Inde, c'est ça ?
02:12 Ça veut dire rester à équidistance des différentes puissances.
02:17 Donc vous renvoyez dos à dos ?
02:18 Mais non, mais ce n'est pas que je les renvoie dos à dos, c'est que je ne suis pas aligné sur les intérêts de telle ou telle puissance. C'est la position assez traditionnelle de la France, Benjamin Duhamel.
02:26 La question qui nous est posée ensuite, c'est comment on fait en sorte qu'on conjugue tous nos efforts pour arriver à une issue qui est forcément une issue diplomatique.
02:33 Ça me paraît assez raisonnable de dire ça pour que la guerre s'arrête le plus rapidement possible.
02:37 Le soutien de la France à l'Ukraine s'est exprimé d'une autre manière ce week-end.
02:41 Le président ukrainien Volodymyr Zelensky s'est rendu au G7, qui se tient en ce moment au Japon, dans un avion de la République française.
02:48 Est-ce qu'en voyant ces images, vous vous êtes dit que c'est un beau symbole ?
02:51 C'est surtout une opération de communication, mais pourquoi pas ?
02:54 Ça lui a permis de se rendre au G7 et d'échanger avec des chefs d'État ?
02:59 Ça ne me pose pas de difficultés.
03:01 C'est d'ailleurs eux qui l'avaient demandé.
03:03 Ça ne me pose aucune difficulté, mais si vous voulez, là, je trouve qu'on discute un petit peu des choses qui sont un peu anecdotiques, excusez-moi de vous le dire.
03:09 Si on veut sortir de cette situation, je rappelle que c'est un conflit dans lequel il y a déjà...
03:14 C'est anecdotique de permettre au président ukrainien de se rendre au G7 pour défendre...
03:17 Non, mais je vous ai dit que ça ne me posait pas de difficultés, mais je veux dire, on parle d'un conflit militaire dans lequel il y a des centaines de milliers de morts.
03:23 La question qui nous est posée, c'est comment on y met un terme le plus rapidement possible.
03:26 Et pour y mettre un terme le plus rapidement possible, personne ne peut considérer que ça ne terminera ni par une victoire militaire de la Russie, ni par une victoire militaire de l'Ukraine.
03:34 Donc il faut construire un plan de paix.
03:36 Et construire un plan de paix, ça nécessite d'intensifier nos relations diplomatiques et de faire en sorte de pouvoir le faire avec l'ensemble des puissants...
03:42 Ça sert aussi à ça, le G7, justement.
03:44 Le fait que Volodymyr Zelensky aille au G7, fuse dans l'avion de la République française, ça sert à bâtir éventuellement des hypothèses de paix.
03:54 Le G7, c'est un club du passé, un club oligarchique qui vise à contourner ce qui est normalement la règle en matière de législation et de relations internationales, c'est-à-dire l'ONU.
04:06 Et dans lequel il y a un certain nombre de pays qui sont évacués, alors qu'ils peuvent jouer un rôle majeur pour construire ce plan de paix.
04:12 Moi, ce que je vous dis, c'est qu'on doit intensifier et disputer avec tout le monde pour faire en sorte de pouvoir sortir le plus rapidement possible de cette guerre.