00:00 conférence intitulée "Pour un numérique moins envahissant et plus sobre" et c'est Juliette Duquesne qui est journaliste indépendante,
00:05 spécialiste des questions économiques et environnementales qui est notre invitée ce matin Guillaume Roland.
00:10 Et cette conférence a lieu à 17h à la Faculté d'éducation de l'Université de Montpellier
00:15 et c'est ouvert à tout le monde, aux étudiants mais aussi au grand public.
00:17 Bonjour Juliette Duquesne.
00:19 Bonjour.
00:19 Merci d'être venue nous rejoindre en studio ce matin, c'est vous qui allez animer cette conférence tout à l'heure.
00:24 Pour un numérique moins envahissant et plus sobre, il est devenu trop envahissant le numérique aujourd'hui ?
00:31 On voit vraiment qu'il y a une accélération de la numérisation, la Covid a accéléré mais le mouvement était déjà en marche,
00:37 on utilise de plus en plus d'outils numériques, d'outils dotés d'intelligence artificielle
00:43 et c'est vrai que c'est intéressant, on a beaucoup parlé du numérique mais peu de son empreinte écologique,
00:49 on en parle de plus en plus mais il y a beaucoup d'idées reçues autour de ce sujet.
00:53 Alors, idées reçues positives ou négatives ?
00:55 Alors les deux, déjà on a toujours l'impression que ce qui pollue le plus dans le numérique c'est le stockage des données.
01:01 En fait ce n'est pas le stockage des données, ce ne sont pas les serveurs.
01:05 Ce qu'on appelle les centres data par exemple.
01:07 Oui, les fameux centres de données, les data centers, alors c'est une source de pollution importante,
01:11 c'est la deuxième source de pollution, il y en a de plus en plus, il y a énormément de projets de data centers en France
01:17 mais la première source de pollution dans le numérique ce sont nos équipements, on en a beaucoup trop et on les change beaucoup trop souvent.
01:25 Donc 70%, plus de 70% de la pollution du numérique, c'est-à-dire émissions de gaz à effet de serre,
01:32 consommation de métaux et consommation d'eau, c'est lié à la fabrication de nos équipements,
01:37 téléphone, ordinateur, tablette, téléviseur, box, on en a trop, on les change trop souvent
01:42 et c'est une pollution qui est importée, c'est-à-dire qu'elle n'est pas faite en France, elle est faite à l'étranger et on importe ces produits, donc c'est une pollution importée.
01:50 On veut se payer le dernier iPhone, on veut se payer le dernier ordinateur à la mode et c'est une erreur.
01:56 Oui, 88% des téléphones remplacés en France fonctionnent encore.
02:02 Il faudrait doubler la durée de vie de tous ces produits au moins, ou acheter des reconditionnés.
02:06 C'est le premier geste important à réaliser si on veut réduire son impact numérique.
02:11 Je reviens tout de même au stockage des données avec nos mails qui s'entassent dans nos boîtes mail,
02:15 on nous dit qu'il faut les purger régulièrement parce que ce sont des mails qui sont stockés pendant des mois, voire des années à tort.
02:22 Il faut le faire quand même ça ou pas ?
02:25 Ce n'est pas la première source de pollution, mais ça fait partie de tous les gestes qu'on peut faire au quotidien pour réduire son empreinte numérique.
02:32 Donc oui, c'est intéressant de le faire.
02:34 Après sur cette enquête, c'est vrai que je me suis rendu compte par rapport à d'autres que comme le numérique est de plus en plus envahissant,
02:40 c'est quand même difficile de s'y retrouver déjà soi-même avec les codes pour accéder à internet.
02:46 Donc il me semble que si on donne plein de conseils, ça peut devenir vraiment un casse-tête pour les personnes au quotidien.
02:52 Donc c'est vrai que déjà de se dire si je réduis le nombre d'appareils que j'ai et que je fais attention à ceux que je rachète, déjà c'est pas mal.
03:01 Alors cette empreinte elle est réelle, mais alors du coup il n'y a pas un paradoxe, mais il y a quand même un questionnement collectif ou individuel.
03:07 Parce que pendant des années, regardez ici en studio, moi par exemple, je n'ai plus une feuille de papier, je n'ai plus un stylo,
03:12 je fais tout avec le portable et l'ordi que j'ai devant les yeux.
03:14 Parce qu'on nous a dit pendant des années, il faut arrêter avec le gâcher du papier, parce que c'est pas bon pour la déforestation.
03:20 Donc maintenant on fait tout en numérique. Mais alors du coup on fait quoi maintenant ? On revient au papier ?
03:24 Alors c'est un sujet qui n'est pas simple.
03:26 Moi je trouve justement autour de ces sujets, à travers cette conférence, c'est d'ouvrir des débats sociétaux sur, moi il me semble quand même,
03:34 cette fuite en avant technologique. Et je le vois à travers mes autres enquêtes aussi que j'ai pu faire autour de la transition écologique,
03:40 où on pense toujours que la technologie va être la solution à tous nos maux. Et ce n'est pas le cas.
03:44 Et vous prenez l'exemple du papier, si on garde un document longtemps, ça peut être intéressant de l'imprimer.
03:51 Si on ne le garde pas longtemps, c'est vrai que c'est mieux de le laisser sur un ordinateur.
03:54 Mais par exemple, une liseuse, il y a une étude qui a été montrée, que pour tout ce qui est consommation de matériaux et de métaux,
04:00 il faut au moins lire plus de 41 livres par an pour que ce soit intéressant d'avoir une liseuse plutôt que d'avoir des livres.
04:06 Donc c'est pas si simple en fait.
04:08 Alors je voudrais qu'on parle une minute de l'intelligence artificielle, puisque on pose la question à nos auditeurs ce matin,
04:13 d'autant que vous avez publié et co-écrit avec Pierre Rabhi.
04:15 Ceux qui nous regardent sur France 3 ce matin, on peut être vu le dernier carnet, voilà il est en train de s'afficher,
04:20 le dernier carnet d'alertes que vous avez publié en 2021 avec Pierre Rabhi, intitulé "L'humain en risque de l'intelligence artificielle".
04:28 Un mot sur ces carnets d'alertes que vous avez co-écrit avec Pierre Rabhi jusqu'à sa disparition, malheureusement il y a un an et demi.
04:33 Ce sont des carnets que vous avez écrits pour alerter la population sur un certain nombre de problématiques environnementales.
04:39 Voilà, sur des sujets qui nous paraissaient crucials pour l'avenir.
04:43 Donc on en a fait un sur la faim dans le monde, sur les semences, sur l'eau, qui est un sujet particulièrement d'actualité,
04:50 sur la croissance/décroissance, sur les excès de la finance ou l'art de la prédation légalisé, c'est le titre.
04:55 Et le dernier, sur l'humain au risque de l'intelligence artificielle.
04:59 Alors Pierre utilisait très peu les ordinateurs, mais il était quand même à chaque fois interpellé par ces usages excessifs de tout ce numérique.
05:10 Et c'est vrai que moi à travers mes différentes enquêtes, comme je le disais tout à l'heure, on a toujours l'impression que c'est une solution, alors que ça peut être aussi un problème.
05:17 Et là on parle beaucoup d'intelligence artificielle, avec Chad Jepeté qui est d'ailleurs,
05:22 alors c'est pas la première source de pollution dans le numérique, mais c'est une source importante.
05:26 C'est très difficile de calculer l'impact écologique de l'entraînement, parce que ces algorithmes en fait, ils sont entraînés sur des données,
05:33 et c'est quand on les entraîne que ça pollue, parce que ça consomme énormément d'énergie.
05:37 Et un programme d'intelligence artificielle, on va dire moyen, il y a une étude qui a montré que ça pollue autant, ça émet autant de CO2 qu'un vol Paris-Hong Kong.
05:47 Mais Chad Jepeté c'est beaucoup plus, donc la pollution est beaucoup plus importante.
05:51 - Qu'est-ce que disait Pierre Rabide, l'intelligence artificielle, que c'était une déshumanisation à court, moyen ou long terme,
05:57 et qu'on allait finir nous aussi comme apparaître des robots pilotés par l'intelligence artificielle ?
06:02 - Oui alors c'est intéressant parce que toute sa première partie, lui il est sur la définition de l'intelligence, qu'est-ce que l'intelligence ?
06:07 Et c'est vrai que moi quand j'ai fait mon enquête, j'ai interrogé beaucoup de chercheurs,
06:11 et le terme "intelligence artificielle" n'est pas le bon terme, parce que les ordinateurs ne refont pas ce que nous nous faisons,
06:16 ils n'ont pas de corps, ils se nourrissent aussi des contributions qu'on leur commande,
06:22 donc le risque il est là, c'est qu'au bout d'un moment, ils deviennent peut-être indépendants, non ? Ou c'est un mythe ça ?
06:28 - Alors moi pour moi, à travers mon enquête, c'est vraiment ressorti que c'est un mythe.
06:31 Il y a des vrais dangers à l'intelligence artificielle, des dangers très forts,
06:34 mais le danger ce n'est pas qu'il y ait une intelligence artificielle forte, autonome,
06:38 c'est-à-dire une intelligence artificielle qui ait une conscience comme les êtres humains.
06:42 Mais par contre, il y a beaucoup de risques à l'intelligence artificielle, et notamment un dont on parle peu,
06:46 il y en a plein d'autres, mais dont on parle avec les réseaux sociaux, il y a énormément d'impact,
06:52 mais il y a aussi un impact sur le fait qu'à force que nous, on va de plus en plus interagir avec des programmes d'intelligence artificielle,
06:59 on va venir nous-mêmes des robots, c'est-à-dire qu'on va appauvrir notre langage.
07:03 On voit même qu'il y a des taxis à Londres, il y a eu une étude qui a été faite sur ceux qui utilisent un GPS,
07:09 et ceux qui n'utilisent pas de GPS, et ceux qui utilisent un GPS ont un hippocampe plus atrophié.
07:15 C'est-à-dire que ce n'est pas irréversible, c'est réversible, mais on voit que ça a un impact sur nos corps à l'intérieur,
07:22 donc il y a des vrais dangers.
07:24 - Mais intelligence artificielle, par exemple, Guillaume Roland, il a tapé Guillaume Roland dans une chatte GPT, ça n'a rien donné.
07:30 Alors que le mec a un CV comme le bras, c'est pas normal, non ? Il y a quand même un truc qui...
07:34 - Bah oui, c'est vraiment pas parfait !
07:36 - Je suis bien d'accord, il y a énormément d'erreurs faites par ces programmes.
07:40 - Parce que quand même, si on s'intéresse un peu...
07:42 - Le problème ça va être de trouver... comment dirais-je...
07:46 Réglementation, non, le mot n'est pas approprié, mais les garde-fous, vous faites partie de ces lanceurs d'alerte aussi, d'une certaine manière,
07:54 mais on connaît la nature humaine, et le profit, la soif de profit qu'il y a derrière, le risque il est là aussi ?
08:00 - Le risque c'est que tout ce numérique et toutes ces intelligences artificielles sont financées par la publicité ciblée,
08:05 et donc oui, il y a énormément de risques à travers ça.
08:08 - Merci Juliette Ducune d'être venue dans notre studio ce matin.
08:11 On vous retrouve cet après-midi à 17h à la Faculté d'éducation de l'Université de Montpellier
08:16 pour cette conférence intitulée "Pour un numérique moins envahissant et plus sobre".
08:20 Et puis il y a les carnets d'alerte que vous avez co-écrit avec Pierre Rabhi, il y en a six au total, je crois.
08:25 Merci à vous, bonne journée.
08:27 - Merci d'être revenue ce matin, et on pouvait retrouver l'interview en allant sur notre site internet francebleu.fr,
08:32 puisqu'on parle d'intelligence artificielle, je vous rappelle que c'est la question du jour,
08:35 et que vous allez pouvoir participer au débat.
08:37 D'ailleurs si vous voulez, passez un petit coup de téléphone Juliette Ducune.
08:39 - Avec plaisir !
08:40 - Si vous ne pouvez pas, vous pouvez le faire.
08:41 Faut-il en avoir peur de cette intelligence artificielle ? 0467 58 6000.
08:46 Vous pouvez déjà nous appeler pour réserver en quelque sorte votre place et participer au débat
08:50 qui commencera à 8h15 avec les jouteurs de l'info.
08:53 On écoute Robert Palmer, Johnny & Mary, et juste après, les infos d'8h sur France Bleu Héro.
08:58 *musique*
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