00:00 Ça dure assez longtemps, peut-être un quart d'heure, peut-être 20 minutes, je ne sais plus.
00:09 Et il ne me répond pas du tout. Il ne dit rien.
00:14 Moi j'essaie de lui dire que c'est une folie, qu'il faut laisser les enfants, etc.
00:19 Et puis au bout d'un certain temps, moi j'en ai assez qu'il ne réponde pas.
00:26 Et donc je lui dis "Maintenant je vais prendre des enfants, ils vont sortir avec moi".
00:34 Il me fait non. Je dis "Si, si, je vais prendre un enfant, il va sortir avec moi".
00:38 Enfin il y a un moment un peu tendu.
00:40 Et là il me tend une lettre. Je dis "Moi je ne prends pas de lettre".
00:47 Et il me dit "Prenez la lettre".
00:50 Je dis "Je ne prends pas la lettre, je prends la lettre que si je prends un enfant".
00:54 Et c'est comme ça. J'ai pris la lettre et un enfant.
00:57 Pour te dire la vérité, j'ai pris l'enfant qui était le plus proche.
01:01 Franchement je n'avais pas envie d'aller faire une promenade.
01:04 Et on est sortis avec l'enfant et la lettre.
01:08 C'était la première fois.
01:11 Après il y en a eu d'autres, mais la première fois c'est passé comme ça.
01:14 J'avais peur de mal faire. Je ne savais pas trop quoi dire.
01:20 Et puis à l'époque j'étais jeune et j'avais du tempérament.
01:24 Donc je me suis assez rapidement énervé contre ce monsieur HB qui commençait à m'agacer sérieusement.
01:31 Et donc c'est monté dans les tours.
01:33 Je crois d'ailleurs qu'il y a des enregistrements de la police qui existent.
01:37 Et qui peuvent témoigner de la violence de nos échanges.
01:40 Par moments c'était assez violent, assez dur.
01:46 Simplement de sa part, parce que le premier point il n'a pas parlé, mais son silence était très violent.
01:51 Je me souviens juste d'une chose, c'est que quand je suis sorti j'ai pris l'enfant dans mes bras.
01:58 Je le portais et je l'ai ramené à ses parents qui étaient à 200 mètres de là.
02:05 Je ne sais pas qui c'était les parents, mais quand je suis sorti avec l'enfant,
02:09 il y avait toutes les familles et il y a une famille qui a crié et qui est venue vers moi.
02:13 J'ai donc considéré que c'était les parents.
02:16 Et puis je sentais que j'étais un peu fatigué.
02:20 J'ai enlevé ma veste pour m'asseoir et j'ai vu que ma veste était trempée.
02:25 Donc ce n'était pas ma chemise qui était trempée, c'était ma veste.
02:29 Donc j'imagine que j'avais dû avoir peur.
02:33 Parce que c'est assez rare si vous voulez quand vous êtes en sueur,
02:38 je ne vais pas vous donner tous les détails, mais la chemise est mouillée,
02:41 mais le dos était complètement trempé.
02:45 J'étais halluciné d'ailleurs de voir ça.
02:47 Je file au ministère de l'Intérieur, de Neuilly, je descends les Champs-Élysées,
02:52 je m'en souviens très bien, à contresens.
02:54 Sirennes hurlantes.
02:57 Et le Premier ministre et le ministre de l'Intérieur, Édouard Balladur et Charles Pasquois,
03:01 m'attendent dans le bureau de Charles Pasquois.
03:04 Autant j'avais eu le Premier ministre, qui m'avait appelé,
03:07 entre deux, très gentiment, le Premier ministre me dit
03:13 "on me dit que vous êtes rentré dans la classe".
03:15 Je dis "oui, c'est la police qui m'a demandé".
03:18 "Eh bien écoutez Nicolas, parce qu'on était très proche, je vous interdis de recommencer".
03:24 Je dis "vous ne m'interdisez rien du tout, parce que c'est impossible,
03:28 je ne peux pas dire aux parents restants, avec les enfants, j'arrête, c'est impossible.
03:37 Donc je vais continuer".
03:39 "Non, si vous arrive quelque chose".
03:41 "Je ne sais pas, mais on ne peut pas, soit je rentrais, soit je ne rentrais pas,
03:46 mais une fois que le processus est lancé, tout le monde aurait fait exactement la même chose,
03:51 c'est impossible de dire j'arrive pas".
03:54 Donc ça a été une petite tension affectueuse entre lui et moi,
03:58 mais j'ai désobéi clairement, et de toute manière,
04:02 moi j'avais rédigé ma lettre de démission du gouvernement,
04:06 parce que je pensais qu'on ne les sortirait pas tous, qu'on n'y arriverait pas,
04:11 qu'à la fin, on avait beaucoup plus de chance qu'il y ait un drame, qu'on réussisse.
04:20 [Musique]
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