00:00 Bonjour Daniel Dubrac, merci d'avoir accepté notre invitation.
00:03 Alors les acteurs du marché immobilier alertent sur l'aggravation de la crise du logement.
00:08 D'ailleurs dimanche dans le JDD, Véronique Bédag, PDG de Nextcity, parle carrément d'un choc, d'une violence folle.
00:15 Concrètement, c'est quoi cette crise du logement ? Ça se manifeste comment ?
00:20 Ça se manifeste de plusieurs façons. Sur la construction, il y a un arrêt du neuf.
00:25 Sur la location, vous savez que maintenant quand on loue un logement, quand on est propriétaire, bailleur, on a une obligation de rénovation.
00:33 Les logements sont catégorisés avec des étiquettes énergétiques.
00:37 Si vous êtes énergivore, vous ne pouvez pas louer le logement.
00:41 Donc vous avez fait fuir les bailleurs par rapport à cette étiquette énergétique.
00:45 Et puis sur la vente, l'achat, et bien là les crédits sont bloqués.
00:50 Et donc il y a impossibilité d'acheter quand on est jeune ou moins jeune pour pouvoir avoir accès au logement.
00:56 Je lisais le Bien public ce matin, vous voyez, je vois que par exemple dans le centre-ville de Dijon,
01:01 les prix au mètre carré c'est 8000 euros en moyenne, trois fois plus élevés que d'habitude.
01:08 Comment on explique une telle situation ?
01:12 Sur les prix, alors d'abord les prix augmentent, ça dépend des endroits.
01:17 Ça augmente dans des villes, ça augmente sur des zones littorales,
01:21 donc tout dépend de l'emplacement, il y a l'emplacement mais il y a aussi maintenant le fameux diagnostic de performance énergétique.
01:27 Donc les prix sont ce qu'ils sont, la construction est élevée, il y a la demande, il y a l'offre et la demande.
01:32 Aujourd'hui il y a un choc de l'offre, il y a un choc de la demande.
01:35 Mais c'est lié au taux d'intérêt qui augmente, on voyait que maintenant ils sont passés à plus de 3%,
01:38 quand on emprunte c'est à plus de 3%, est-ce que c'est ça qui crée cet envolée des prix ?
01:43 Par exemple à Dijon c'est vraiment assez incompréhensible, vous voyez ce que je veux dire ?
01:47 Alors aujourd'hui c'est vrai que vous avez raison, les taux d'intérêt ont augmenté, 3% c'est absolument inédit.
01:52 Par contre vous avez le taux d'usure, donc c'est le plafond au-delà duquel les banques ne peuvent pas emprunter,
01:57 et puis vous avez le taux d'endettement, le taux d'effort des personnes et la durée du financement pour accéder au crédit.
02:04 C'est plutôt ça qui pose problème aujourd'hui, c'est l'accès au crédit.
02:08 Oui c'est pour ça que plein de Français ne peuvent plus acheter leur résidence
02:11 et pour ceux qui l'ont acheté, ce n'est pas non plus facile puisqu'on apprend au même moment qu'il y a quand même une baisse de prix de l'immobilier.
02:18 D'un seul coup à Dijon ça explose, mais par ailleurs en moyenne un recul de 0,5% au premier trimestre 2023.
02:24 Ça veut dire qu'en fait les gens qui ont acheté il y a quelques années à des prix très forts vont être pénalisés
02:29 si leur capital, leur argent finalement baisse ?
02:33 Vous savez l'immobilier c'est du temps long, ça monte, ça descend, ça dépend beaucoup de conjonctures,
02:38 si c'est structurel, si c'est aussi économique, vous avez actuellement l'inflation,
02:44 donc l'inflation ça fait que le pouvoir d'achat des Français baisse.
02:49 J'en crois au bout de mes yeux, d'ailleurs on a parlé, le président du MEDEF a déclaré dimanche
02:53 qu'il manquait notamment des milliers de logements neufs, mais il parlait également de l'inflation,
02:57 Axel de Tarley nous en parlait tout à l'heure. Est-ce que c'est ça le vrai problème ?
03:00 C'est pour ça que l'immobilier est en crise ? Est-ce que ça va prendre fin ?
03:03 Quand l'inflation prendra fin, quand elle va descendre apparemment à 2% en 2024,
03:07 est-ce que l'immobilier va reprendre des couleurs ?
03:09 Il manque du logement en France, il manque des logements, il y a 2 millions 3 de personnes
03:13 qui veulent accéder au logement social, vous avez 17 millions de locataires en France,
03:17 vous avez 5 millions de logements sociaux, ça veut dire que ceux qui logent aujourd'hui en France,
03:22 c'est pas que le parc social, c'est aussi le parc privé, et donc le bailleur privé,
03:27 on a tout fait pour le décourager, si les étiquettes sont mauvaises,
03:30 il est obligé de vendre s'il ne rénove pas, donc c'est lui qu'il faut viser.
03:36 Et comment est-ce qu'il faut le viser ? Il faut lui donner un statut,
03:38 c'est un vrai acteur économique, il faut le reconnaître comme acteur économique,
03:41 donc nous l'idée au niveau de notre syndicat UNIS, c'est de lui donner un statut de bailleur privé,
03:46 c'est un acteur économique, et donc du coup, comment faire ?
03:49 C'est lui permettre de louer un logement rénové à loyer abordable.
03:54 Si on peut lui permettre, au niveau de son logement, de l'amortir comptablement,
04:03 ça va lui donner une capacité d'autofinancement pour faire ses travaux,
04:07 la condition c'est qu'on loue des loyers abordables, c'est-à-dire en dessous du marché,
04:11 et donc ça va donner au locataire du pouvoir d'achat, puisqu'il louera moins cher que le marché.
04:15 Oui, parce que vous parliez du marché locatif, on préambule,
04:18 la situation elle aussi est complètement gelée, avec une offre qui grandit,
04:24 et des demandes qui ne suivent pas, par exemple le prix des locations est à la hausse,
04:29 +5,5% à Paris, +12% à Marseille, +10% à Lille sur un an,
04:35 j'ai lu, et vous avez lu la même chose, je crois que certains étudiants
04:39 ne se séparent même plus de leur chambre d'étudiants pendant l'été,
04:42 ils préfèrent payer par peur de ne pas retrouver un logement à la rentrée.
04:45 Vous avez l'inflation qui est de 6%, si l'indice de revalorisation des loyers
04:49 n'avait pas été bloqué à 3,5%, on serait aussi à 6% d'augmentation,
04:53 donc il faut regarder aussi qu'il y a des problèmes de réglementation,
04:57 de conservation du patrimoine, de rénovation du patrimoine, tout ça, ça forme un tout.
05:01 Oui, alors qu'est-ce que vous attendez du gouvernement, parce que Olivier Klein,
05:05 le ministre délégué du Logement, doit présenter le 9 mai les propositions
05:09 issues du Conseil National de la Refondation, le CNR,
05:13 qu'attendez-vous de la part du gouvernement ?
05:16 On attend au niveau des taux d'endettement, la possibilité d'accéder au crédit,
05:21 on attend qu'il y ait un assouplissement de ce taux d'endettement,
05:24 et 35% de taux d'effort, peut-être qu'il faut les regarder,
05:26 la durée de l'emprunt, peut-être qu'il faut regarder, on attend ça.
05:29 Pour les propriétaires occupants, comme il y a une obligation de rénovation
05:34 qui ne pèse que sur les propriétaires bailleurs, on attend que ce statut
05:38 de bailleur privé soit reconnu, donc une possibilité de l'aider
05:42 à amortir son bien, on ne parle pas de rentabilité,
05:45 on parle d'un petit rendement, les propriétaires bailleurs,
05:48 ce sont souvent des propriétaires qui sont à la retraite,
05:50 et donc il y a besoin de loger des gens, il faut reconnaître le logement privé,
05:56 qui est aussi un logement à reconnaître, il n'y a pas que le parc social,
06:03 on n'a pas fait la parbelle aux propriétaires privés et aux parcs sociaux uniquement,
06:10 il faut reconnaître ce statut-là. Et puis pour les propriétaires occupants,
06:13 il faut absolument qu'ils aient accès au financement pour pouvoir rénover leur bien.
06:17 Merci beaucoup Danielle Dubrac, je rappelle que vous êtes présidente de l'Uni,
06:20 c'est l'union des syndicats de l'immobilier, merci d'avoir été avec nous.
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