00:00 Quand on commence une manifestation, on n'est pas le même policier que quand on l'a fini.
00:03 Parce qu'à la fin, quand on est totalement déshydraté, déjà nous on n'est plus lucide.
00:07 On est à bout de souffle.
00:07 Ce ne sont pas les policiers qui sont devenus de plus en plus violents,
00:20 c'est les affrontements qui sont devenus de plus en plus violents.
00:23 Et nous on s'est adapté, on a toujours un temps de retard.
00:25 Je ne suis jamais fait passer pour un policier d'à bras lèvres,
00:28 c'est ce que je disais au début.
00:29 Par contre, je suis un policier de la CST 93,
00:32 c'est projeté sur Paris, à l'époque où j'ai été opérationnel.
00:36 En fait, ma parole elle est légitime parce que
00:39 je maintiens bien des violences sur même, j'en ai fait énormément.
00:43 En fait, on a été vraiment créé, les bras lèvres ont vraiment été créés
00:46 pour aller chercher les éléments les plus radicaux et les plus violents.
00:50 Puis, d'échange, je travaille en lien avec toi,
00:54 avec une dizaine de policiers de la bras lèvres
00:56 qui m'ont permis de donner tout un tas de témoignages
00:58 que j'ai pu ensuite retransmettre en tant que force-parole sur le plateau.
01:02 Et moi j'ai pu se voir de réserve,
01:04 donc c'est pour ça que je leur ai servi de fusée pour aller porter leur parole.
01:08 On n'a ni à manger, ni à boire, et on ne peut même pas aller aux toilettes.
01:12 Pendant 16 heures, parfois 18 heures.
01:13 Donc je sais aussi moi qu'à l'époque,
01:16 on était projetés pendant des heures sans boire ni manger
01:19 et qu'à la fin de la journée, on était complètement, complètement morts.
01:23 Je voulais souligner les conditions de travail
01:24 que m'avaient rapportées les collègues de la bras lèvres.
01:27 Je n'aurais pas dû mettre mon bras à part, c'est tout.
01:52 17 ans que je suis policier, je n'ai été révoqué que depuis 3 mois.
01:55 Et en fait j'ai enfilé mon bras à part naturellement,
01:58 je suis bête d'avoir fait ça.
01:59 Pour ça je vais être poursuivi.
02:00 Pour ça je vais être assumé.
02:02 De toute façon moi, j'ai perdu mon propre coéquipier qui s'est suicidé.
02:06 En 2018, depuis ce jour-là, pour moi, tout s'est arrêté.
02:09 Donc je ne pourrai jamais me faire perdre.
02:12 Je n'ai plus rien.
02:13 Les images qui tournent en boucle,
02:15 vous apercevez que sur des mois, même des années de violences urbaines,
02:19 vous en avez finalement…
02:21 là elles paraissent nombreuses,
02:22 mais vous en avez finalement très peu.
02:24 Les Black Blocs sont les pires ennemis des manifestants.
02:28 Et nous, on est, et on tient à le dire,
02:31 on est les meilleurs alliés des manifestants
02:33 qui veulent manifester pour des causes sociales.
02:35 Je fais de mon mieux pour défendre mes collègues,
02:42 et en plus je pense vraiment que si on écoute,
02:44 et on n'a pas été vindicatif, on n'a pas critiqué quoi que ce soit,
02:47 on a vraiment juste dit,
02:49 c'est ce que vivaient nos collègues au quotidien.
02:51 En privé, les mecs de la BANF ont remercié les médecins.
02:54 Mais moi, comme je vous le dis, je suis révoqué depuis trois mois.
02:58 Je ne suis pas sur le terrain pour me placer là.
03:00 [SILENCE]
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