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  • 30/03/2023
Le ministre de l'intérieur, Gérald Darmanin, a déclaré qu'aucune arme de guerre n'avait été utilisée contre les manifestants de Sainte-Soline.
Emilio Meslet, journaliste à l'Humanité, a suivi les dizaines de milliers d’opposants aux méga-bassines qui ont bravé l’interdiction de manifester, samedi 25 mars. Voici son témoignage.




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Transcription
00:00 Non, aucune arme de guerre n'a été utilisée par les forces de l'ordre à Saint-Solines.
00:03 Gérald Darmanin ment.
00:04 Je ne suis pas le seul journaliste à avoir pu constater l'utilisation lors de la manifestation à Saint-Solines
00:08 de grenades GM2L, clairement.
00:11 Il y a bien eu des armes de guerre utilisées.
00:13 À Saint-Solines, j'étais en reportage pour l'Humanité.
00:17 Au début de la manifestation, je me suis trouvé dans le premier cortège,
00:20 avec beaucoup d'élus, des familles, des jeunes, des personnes âgées
00:23 qui marchaient totalement pacifiquement.
00:24 Il y avait des fanfares, on a vu des drapeaux de Greenpeace,
00:26 de la Confédération Paysanne, de la CGT.
00:28 Et ensuite, j'ai bifurqué avec un autre cortège qui, lui, était un peu plus déterminé,
00:32 qui voulait entrer dans la méga-bassine,
00:33 qui avait pour vocation à démanteler ce qu'il y avait potentiellement à démanteler,
00:37 c'est-à-dire pas grand-chose.
00:38 Les affrontements ont très, très vite commencé.
00:39 On sait que les policiers attendaient l'affrontement.
00:41 Les ministres l'ont répété les jours précédents dans la mobilisation.
00:44 Une partie des manifestants, une infime minorité,
00:46 on parle d'environ 1 000 personnes qui, eux, étaient venues avec des intentions violentes.
00:49 Derrière, il y avait une foule pacifique qui observait un peu interloquer
00:53 la violence inouïe qui se déployait sous leurs yeux.
00:55 Moi, j'ai beaucoup discuté avec les gens.
00:56 Même s'ils, pour beaucoup, condamnaient les violences,
00:59 ils comprenaient qu'on soit très énervés, très en colère,
01:01 parce qu'à force de n'être entendu sur rien,
01:03 ni sur les retraites, ni sur les méga-bassines,
01:04 ni sur globalement tous les sujets qui ont trait à l'écologie,
01:07 ils comprenaient qu'il fallait augmenter le niveau de radicalité.
01:09 Moi, à ce moment-là, je me suis dirigé vers la zone
01:11 où étaient regroupés de nombreux blessés, non transportables, très graves,
01:13 avec des élus.
01:14 Et les élus ont décidé d'en filer leur écharpe et de faire un cordon
01:16 pour signifier aux gendarmes leur présence et la présence de blessés,
01:19 que la foule, ici, était pacifique, qu'il y avait toujours beaucoup de familles.
01:22 Mais visiblement, ça n'a pas suffi aux gendarmes sur les couettes,
01:24 puisqu'ils ont arrosé littéralement cette foule,
01:26 et les blessés, et les élus, et quelques journalistes dont j'étais,
01:29 de gaz lacrymogènes.
01:30 J'ai enfilé mes lunettes de piscine, j'ai mis mon écharpe devant le visage.
01:33 Et à ce moment-là, une grenade a explosé à 40 cm de mon pied.
01:37 Un grand mouvement de foule s'est créé.
01:39 Ils ont décidé de transporter à la hâte,
01:40 un peu plus loin dans le chemin des blessés.
01:42 J'ai pu observer des blessures qui étaient extrêmement graves.
01:44 J'ai notamment vu une jeune fille dont le visage était en sang.
01:47 Elle avait un enfoncement orbital, la mâchoire cassée,
01:49 probablement par un tir tendu de grenade.
01:51 Les médecins de sur place disaient qu'elle perdrait probablement son oeil.
01:53 Et je voyais les élus passer des coups de fil au SAMU, à la préfecture,
01:56 pour essayer de faire venir les secours, qui, eux, n'arrivaient pas.
01:58 Ça n'a pas suffi pour beaucoup de blessés qui sont restés sur le sol,
02:01 avec des couvertures de survie et des médecins autour d'eux,
02:03 pendant plusieurs dizaines de minutes, voire des heures.
02:05 Alors pourquoi un tel entêtement ?
02:10 Ce qui se cache derrière, c'est des visions différentes du modèle agricole.
02:13 Les mégabassines, il faut les remplir.
02:14 Depuis les nappes phréatiques et les rivières environnantes,
02:16 c'est-à-dire qu'on prend un bien commun, qui est celui de l'eau,
02:19 qui appartient à tout le monde dans ces nappes phréatiques,
02:20 et qu'une minorité d'agriculteurs irriguant la pompe l'hiver,
02:24 pour pouvoir l'été arroser leur champ.
02:25 Mais ça, c'est une méthode très contestée,
02:26 parce que les militants disent que c'est une privatisation de l'eau.
02:29 Il y a beaucoup de cultures qui sont destinées à l'export,
02:31 notamment le maïs, qui en fait demande beaucoup d'eau pour nourrir du bétail.
02:34 Ça, c'est le nœud de la contestation.
02:35 Il est clair que le gouvernement défend un modèle agricole,
02:37 celui de l'agriculture intensive.
02:39 La FNSFA soutient ces projets de mégabassines
02:41 et veut faire croire que l'ensemble du monde agricole y est favorable.
02:43 En l'occurrence, il y a des recours qui ont été déposés.
02:45 Pour l'heure, ils ont été rejetés par la justice
02:47 concernant les 16 mégabassines en construction dans les 2 CFV.
02:50 Mais par exemple, en Charente-Maritime,
02:52 ces projets ont été jugés illégaux par la justice.
02:55 La suite, elle est aujourd'hui compliquée à envisager,
02:57 puisqu'il y a de nombreux blessés.
02:59 Les organisateurs parlent plus de 200 blessés,
03:00 dont certains avec leurs pronostics vitals engagés.
03:03 Donc, il faut déjà que la mobilisation se remette de ça.
03:05 On a vu deux violences se faire face,
03:07 celle du Black Bloc et celle de la gendarmerie.
03:09 Et on voit qu'il y a une radicalisation des deux côtés.
03:11 Donc, on se demande quelle pourrait être l'issue.
03:13 On sent que le gouvernement cherche à diviser ce mouvement,
03:16 séparer les pacifistes des violents.
03:18 Est-ce que ça prendra ? On ne sait pas.
03:19 Mais en tout cas, une chose est sûre,
03:20 et ils me l'ont dit pour beaucoup d'entre eux après la mobilisation,
03:23 ils reviendront.
03:24 Ils n'ont pas décidé d'abandonner ce combat pour le partage de l'eau.
03:26 [Générique de fin]
03:28 [Générique de fin]

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