00:00 un peu le dernier résistant, donc ma disparition impactera à tout le monde.
00:03 Personnellement, ce sera extrêmement brutal puisque c'est ma vie.
00:07 J'ai toujours été libraire depuis l'âge de 20 ans.
00:09 Je serai moi-même dans la catégorie des gens pauvres, voire très pauvres.
00:13 Quand il y a des personnes qui ont le RSA qui me disent
00:15 "écoutez, je ne peux vous donner que 10 euros" et qui les donnent,
00:17 je veux dire, effectivement, ça fait choquer.
00:19 Je m'appelle Armel Louis, je suis libraire dans le 19ème au 15e de Lourdes
00:26 à la Lucarne des Écrivains, sur Paris.
00:29 Il y a 17 ans, en 2006, j'ai créé cette librairie avec l'aide d'artistes et d'écrivains
00:34 et de personnes qui voulaient une librairie réellement indépendante
00:37 et proposant pas seulement des livres courants, mais aussi des livres un peu plus rares.
00:42 À partir de 12 ans, j'ai commencé à me constituer ma petite bibliothèque personnelle.
00:47 Si je suis libraire, c'est parce que mes parents étaient commerçants
00:50 et donc pour moi, le commerce n'était pas antinomique avec la culture.
00:54 Prendre des livres, pour moi, c'était aussi naturel que respirer une fleur.
00:58 Si vous avez besoin de moi, allez-y, vous allez le trouver,
01:01 mais je vous laisse regarder, pas de problème.
01:02 Le travail du libraire, c'est passeur de livres, passeur de mots
01:06 et aussi peut-être passeur d'espoir.
01:08 Un libraire participe à la culture et participe aussi
01:13 à l'envie de faire perdurer cette culture.
01:15 Ce n'est pas un métier qui enrichit sa personne,
01:18 donc en tout cas matériellement, donc elle l'enrichit autrement, humainement
01:22 ou intellectuellement, mais voilà, c'est un métier,
01:24 on pourrait dire qu'on est dans un téloprécaire, c'est des métiers qui
01:28 à la fois sont utiles, mais en même temps qui sont
01:30 qui sont quand même extrêmement fragiles.
01:33 Aujourd'hui, ça tourne autour de 15 000 euros de dette,
01:44 ce qui correspond à plusieurs trimestres de loyer.
01:47 La question n'est pas la dette en elle-même.
01:50 C'est d'abord pourquoi en 2020, certains commerces ont bénéficié
01:55 de l'annulation des loyers pendant leur fermeture obligatoire et administrative.
02:00 Et pourquoi d'autres, comme cette librairie,
02:02 n'en ont pas bénéficié.
02:03 C'est ça qui est quand même assez curieux.
02:04 Je suis un peu le dernier résistant, donc ma disparition impactera à tout le monde.
02:08 Personnellement, ça sera extrêmement brutal puisque c'est ma vie.
02:12 J'ai toujours été libraire depuis l'âge de 20 ans.
02:14 Ça fait 40 ans que je suis libraire.
02:17 Ma situation personnelle, évidemment, sera fortement impactée
02:20 puisque je serai moi-même dans la catégorie des gens pauvres,
02:24 voire très pauvres.
02:25 Donc je ne tiens pas non plus à laisser un lieu qui a un passé,
02:30 qui a vécu dans une déshérence la plus totale.
02:32 J'ai eu une amie qui a eu l'idée de faire une cagnotte.
02:36 On a atteint les 10 000 euros.
02:37 Après, j'espère qu'elle continuera.
02:39 Ça permet de me rendre compte aussi que depuis 17 ans,
02:42 j'ai fait un travail de fond qui a permis à des gens extrêmement différents,
02:46 que ça peut être des auteurs, des éditeurs, mais aussi des simples lecteurs,
02:50 de découvrir la situation de la librairie.
02:54 Je leur suis reconnaissant, même si j'en bégaye un peu.
02:57 Et si je ne peux pas remercier tous individuellement,
03:00 en tout cas, je les remercie collectivement.
03:01 On disait autrefois que lorsqu'une vieille personne meurt,
03:05 c'est une bibliothèque qui disparaît.
03:07 On pourrait dire que quand une librairie ferme,
03:10 c'est un morceau de la culture qui disparaît.
03:11 [Musique]
03:15 [Générique]
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