00:00 comme dans la chanson de Jacques Brel,
00:02 bien sûr, nous eûmes des orages.
00:06 Il a pu m'arriver de me montrer froissé,
00:10 c'est une litote,
00:12 de t'entendre regretter publiquement, ad nauseum,
00:17 de ne pas avoir eu des filles à la place de tes 3 garçons.
00:21 On le serait à moins.
00:24 Je n'avais pas cette information à la naissance,
00:26 car sinon, nouveau-né susceptible,
00:29 je serais peut-être retourné dans le placenta d'une autre.
00:33 Qui sait ?
00:35 J'ai pu faire amende honorable
00:37 en te donnant ta seule petite-fille,
00:39 avec laquelle tu as entretenu une relation très passionnelle.
00:43 Mais face et cieux, très peu de temps après,
00:45 je t'ai aussi donné ton seul petit-fils,
00:48 faisant entrer un 4e garçon au sein de notre famille.
00:53 Petit, il avait le teint d'albâtre
00:56 et des traits si fins
00:58 que seule la prudence m'interdit de les qualifier de féminins.
01:02 Tu l'as surnommé le petit prince et tu l'as aimé tout autant.
01:07 Nous eûmes des orages, des éclipses,
01:10 quelques hivers et beaucoup d'été,
01:12 mais le ciel capricieux de notre relation
01:15 ne fut jamais encombré des nuages sombres de l'indifférence
01:20 qui, seuls, auraient pu altérer la force de notre lien.
01:25 Enfin, empruntant la phrase à Marguerite Oursenaert,
01:29 tu as dit vouloir mourir les yeux ouverts
01:32 et tu n'as tenu parole.
01:34 Tu es parti où tu l'as voulu et quand tu l'as décidé,
01:39 où tu l'as voulu dans ton appartement parisien,
01:42 où tu as vécu pendant plus d'un demi-siècle
01:45 et où tu avais installé ton cabinet.
01:48 Il avait quelques mois plus tôt été entièrement détruit
01:51 par un incendie.
01:53 Je l'ai fait reconstruire.
01:55 Tu es parti quand tu l'as décidé,
01:57 au lendemain de ton 93e anniversaire,
02:02 comme une dernière coupe de champagne
02:04 lancée effrontément à la face du monde.
02:08 La boucle était bouclée.
02:10 Alors, chapeau l'artiste.
02:13 Aux obsèques d'un de ses amis poètes,
02:16 Aragon a eu cette phrase,
02:18 "Il est des morts qu'il ne faut pas pleurer, mais continuer.
02:21 "Assurément, tu es de ceux-là."
02:24 Maman, aujourd'hui, entourée de ma famille
02:29 et devant les plus hauts représentants de la nation,
02:32 je me sens un peu seul.
02:35 Même nos disputes me manquent.
02:38 Mais lorsque ce manque pousse un peu trop fort sa corne,
02:41 je me dis qu'il n'est rien d'autre
02:43 que la manifestation de cette querelle incessante
02:47 que chacun d'entre nous entretient avec sa propre faim.
02:52 (Applaudissements)
02:54 (...)
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