00:00 Je suis reporter. Je suis allée plusieurs fois en Ukraine ces derniers mois et je vais
00:04 donc vous raconter les coulisses de ce métier.
00:06 Je suis journaliste depuis bientôt dix ans et depuis un an et demi, vraiment, je fais
00:16 des reportages sur le terrain pour France Info.
00:18 Je suis allée plusieurs fois en Ukraine depuis le début du conflit.
00:22 Mon quotidien en Ukraine, c'était en fait très variable selon l'endroit où je me
00:27 trouvais. Il y avait les journées à Kiev. Le rythme est correct, disons, on ne court
00:32 pas partout. Et puis quand on est un peu plus loin, dans d'autres coins de l'Ukraine,
00:39 dans la région de Kherson ou dans le Donbass, là c'est un peu plus compliqué de parler
00:44 d'une routine, disons.
00:46 Ça peut paraître étonnant mais en deux mois passés là-bas, novembre et décembre,
00:50 moi je n'ai pas vu un cadavre. Je n'ai pas vu de choses aussi frappantes qu'on peut
00:55 l'imaginer parce qu'on peut couvrir la guerre aussi sans forcément aller se confronter
01:00 à des choses aussi morbides. Mais contrairement à certains de mes camarades qui étaient
01:04 là au moment de la découverte des fausses communes à Izium, moi je n'ai pas vu ça.
01:07 Je suis rentrée chez moi en France, j'ai quand même laissé un peu tout ça derrière
01:12 moi.
01:13 Radio France nous propose quasi systématiquement, à notre retour de zones dangereuses ou de
01:19 pays en guerre, un genre d'accompagnement psy qui permet de raconter un peu des choses
01:23 marquantes qu'on a pu voir et de vider un peu son sac.
01:26 Ce qui est plus difficile c'est pour les Ukrainiens qui nous accompagnent, nous les
01:30 journalistes étrangers, c'est le fixeur. C'est quelqu'un de totalement indispensable
01:36 quand on est journaliste à l'étranger, qu'on ne parle pas la langue du pays. On
01:39 a besoin de quelqu'un qui est avec nous en permanence, c'est comme un guide, un
01:43 interprète. C'est moi vraiment quelqu'un qui m'a ouvert toutes les portes de tous
01:48 les reportages que j'ai pu faire.
01:49 Cet hiver, ça m'a permis de faire un reportage que j'ai aimé faire parce que je trouve
01:53 qu'il racontait plein de choses du quotidien des Ukrainiens à l'arrière, où la guerre
01:58 a lieu sur le front mais à l'arrière la vie continue un peu. C'est cette femme qui
02:02 visitait son prochain appartement, elle voulait déménager dans Kiev et elle s'est retrouvée
02:07 dans un appartement d'un immeuble plutôt chic, mais plongé dans le noir parce qu'à
02:13 l'époque il y avait de gros problèmes d'électricité. Elle était donc avec une
02:18 petite lanterne et la lumière du téléphone portable pour observer avec l'agent immobilier
02:24 sa prochaine cuisine. C'était normal, presque, en tout cas c'est comme ça qu'elle l'expliquait.
02:29 Les jeunes Ukrainiens par exemple n'ont pas arrêté de vivre, certains bien sûr
02:35 ont fait des choix radicaux, de laisser tomber leurs études pour s'engager dans l'armée,
02:40 partir se battre, il y en a beaucoup. Et puis il y a tous ceux qui, puisqu'ils n'en
02:44 sont pas obligés pour l'instant de prendre les armes, estiment qu'ils sont plus utiles
02:49 à rester étudiés, à rester travaillés comme ils le faisaient dans un petit restaurant
02:54 de Kiev. Cette jeunesse-là, on la retrouve aussi en fin de semaine avec des envies comme
03:01 n'importe quel jeune, n'importe où en Europe, à vouloir aller s'amuser, boire
03:05 un coup, c'est possible, il y a un couvre-feu, mais il suffit de décaler ça un peu plus
03:08 tôt dans la journée. Donc ça donne des soirées en boîte qui sont en fait des après-midi
03:13 en boîte. On les retrouve, ces jeunes Ukrainiens, sur des dance floors de Kiev à 17h le samedi
03:20 après-midi et on a l'impression qu'il est 2h du matin. En général, ils arrivent
03:24 à se rendre utiles malgré tout, simplement en donnant un petit peu d'argent pour rentrer
03:28 en boîte, cet argent-là est reversé à l'armée ukrainienne. Je crois que c'est
03:33 une grosse inquiétude pour plein de gens là-bas, cette question de la couverture
03:38 médiatique du conflit. C'est-à-dire qu'au départ, il y a eu énormément, énormément
03:43 de journalistes au début de la guerre. Et ça, c'est quelque chose que les Ukrainiens
03:47 apprécient vraiment, c'est le moins qu'on puisse dire. En tout cas, ils sont très très
03:50 reconnaissants. Ils nous le disent beaucoup, quand on est en interview avec eux, souvent
03:54 ça se termine par ces petits mots "Diakouyo", merci beaucoup vraiment d'être là pour
04:00 raconter notre quotidien, etc. Parce que le récit de la guerre, c'est presque une
04:07 arme un peu, la formation quand même dans ce contexte-là, donc c'est capital. Maintenant
04:11 que le premier anniversaire de l'invasion russe, le 24 février, est passé, beaucoup
04:16 s'interrogent, je pense, sur le fait que les médias soient un petit peu moins présents
04:22 en Ukraine. En fait, les Ukrainiens ont peur qu'on se lasse de leur guerre. Je crois
04:26 qu'il faut qu'on continue tous à garder un œil très attentif et à aller faire
04:32 des reportages auprès d'eux pour raconter comme c'est dur, pour raconter que leur morale
04:37 s'essouffle un peu aussi, parce que la fatigue au bout d'un an est vraiment bien là,
04:41 et puis pour raconter aussi tout ce qui fait que la vie continue malgré tout.
04:45 *BIP*
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