00:00 En 2018, j'ai choisi d'emmener mes élèves au Svalbard.
00:03 Ce que je voulais, c'est que les élèves tombent amoureux de la nature.
00:05 On ne peut pas détruire ce que l'on aime.
00:07 On a exploré une sorte de grotte de glace.
00:09 C'était magnifique.
00:10 Ça a littéralement changé nos vies.
00:12 J'ai eu l'idée d'emmener les élèves au Svalbard
00:15 parce que je voyais un monde en plein changement
00:18 et je sentais l'obligation de les sensibiliser à ça.
00:21 Je trouve que les programmes dans l'éducation nationale
00:23 sont faits pour pousser les élèves à rentrer dans le système,
00:26 mais pas à rentrer dans la vie.
00:28 Être dans une classe, ça ne suffit plus à comprendre
00:30 les phénomènes qui aujourd'hui s'appliquent sur nous, sur nos sociétés.
00:34 On a exploré une sorte de grotte de glace.
00:37 C'était magnifique.
00:38 Il faut bien comprendre qu'on est sous le glacier.
00:39 Et là, à un moment, on s'est dit,
00:41 bon, on éteint les lampes et on fait silence.
00:43 Et là, d'un seul coup, on entend juste des petits craquements,
00:45 des petits mouvements et on avait l'impression d'être au centre de la Terre
00:49 et d'entendre la Terre qui vit et qui bouge.
00:51 Ça, c'était hyper fort.
00:52 La deuxième chose qui m'a vraiment marqué,
00:54 c'est une journée où on a fait une expédition en bateau.
00:57 On naviguait sur des eaux qui, il y a quelques années,
01:00 étaient en fait des glaciers qui avaient fondu.
01:02 On a eu effectivement dans l'avion un moment des aurores boréales avant d'arriver.
01:06 Quand on a fait cette promenade en bateau, on a vu des morses,
01:11 on a vu des reines sauvages.
01:12 La température, la moyenne était de -15, -20.
01:15 On devait superposer deux types de chaussettes différentes,
01:17 trois, quatre couches différentes sur nous.
01:19 On était dans la période du jour polaire.
01:21 Il y a une vraie perte de notion de temps
01:23 quand la nuit, on se réveille, qu'il est 3 heures du matin,
01:25 on ouvre les rideaux et il fait jour.
01:26 C'était obligé d'avoir des rideaux occultants dans nos chambres,
01:28 sinon c'était impossible.
01:30 C'est quand même quelque chose qu'on fait une fois dans sa vie,
01:33 de se dire "je vais partir au pôle Nord".
01:35 On entend constamment des injonctions,
01:37 "prenez votre vélo", "mangez plus de viande", "triez vos déchets".
01:41 Et après, on ne sait pas quelle est finalement la conséquence de ce changement de geste.
01:46 Je savais qu'il faut que les élèves voient fondre les glaciers.
01:49 Et s'ils voient fondre les glaciers, ça va susciter une émotion
01:52 et cette émotion-là devrait créer chez eux une réaction.
01:57 On était vraiment confrontés à des paysages qui étaient aussi beaux que fragiles.
02:01 On a 15 ans et on est confrontés déjà à l'incertitude d'un avenir
02:05 qu'on imaginait beaucoup plus simple.
02:07 Le voyage coûtait 4000 euros par élève.
02:09 Il y a des entreprises qui ont participé,
02:11 mais aussi les parents d'élèves à qui on a demandé une petite participation.
02:15 L'établissement a participé aussi un petit peu.
02:18 Ça a littéralement changé nos vies.
02:20 On n'est pas aujourd'hui les plus parfaits écologistes
02:23 ou les activistes les plus bruyants,
02:24 mais c'est clairement une donnée qui rentre inévitablement en compte
02:28 dans tous nos choix de vie.
02:29 Ma consommation, autant alimentaire que vestimentaire,
02:34 ça n'a pas été radical après le voyage,
02:35 mais progressivement, je me dirige vers une sorte de sobriété à ce niveau-là.
02:39 Je ne suis pas du tout devenu président de Greenpeace,
02:42 mais c'est vraiment un sujet sur lequel je suis susceptible aujourd'hui.
02:45 *BIP*
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