00:00 l'esprit français qu'on a fustigé, le loi râleur, etc.
00:05 Mais c'est totalement essentiel.
00:07 Si on n'est pas là pour râler, on va se faire bouffer la santé.
00:11 Le problème de la retraite, c'est ça.
00:14 "Gouvernement de féerie est un système pourri."
00:17 Il faut plus de gouvernement. Un conseil du 19e siècle.
00:21 Au 19e siècle, beaucoup de gens vont faire des chansons politiques
00:24 pour détruire leurs revendications.
00:26 J'aime la vie, j'aime les gens.
00:28 Quand je vois des gens sympas, j'ai envie de passer la soirée avec eux.
00:32 Ou les revoir.
00:34 Ça réconcilie avec l'humanité.
00:37 Pour me présenter, c'est pas difficile.
00:47 Moi, c'est Riton Lamanivel.
00:49 Riton Lamanivel, chanteur public.
00:51 Je me présente comme chanteur public parce que
00:54 j'ai eu la prétention, je suis prétentieux,
00:57 d'être un chanteur au service du public,
01:00 comme un écrivain public.
01:02 Je chante pour les gens.
01:04 Je fais pas l'Olympia, ça peut arriver,
01:07 mais c'est pas tellement le truc.
01:09 Je vais chanter chez les gens, et dans la rue, quand ça me prend.
01:12 Ça fait 30 ans que je chante ici.
01:14 L'orgue de Barbarie, c'est un instrument de musique mécanique.
01:18 Ça produit de la musique sans que je sois un virtuose.
01:21 Ce qui joue, ce sont les cartons sur lesquels ça serait la musique.
01:25 Moi, je tourne le manuel et j'alimente, j'envoie du vent.
01:29 C'est de la musique, c'est du vent.
01:31 Là, c'est le moment où je vais choisir le répertoire.
01:38 Je ne choisis pas tout le répertoire,
01:41 mais je me demande comment je commence.
01:44 Après que les poètes ont disparu...
01:50 Riton Lamanivel, il n'y a pas besoin d'expliquer beaucoup ce que je fais.
01:54 Les gens sont plutôt favorables, ils sont plutôt sympas.
01:58 Tout le monde me parle comme si on se connaissait depuis toujours.
02:01 Au bout de trois minutes, qu'est-ce qui se passe ?
02:04 Voilà, voilà, voilà !
02:10 C'est ma façon de vous dire "bonsoir, comment ça va ?"
02:14 Le personnage, prolétaire, viril, moustachu...
02:20 C'est un personnage.
02:22 Je suis un personnage qui est vraiment très proche de moi.
02:27 Voir qu'il m'a...
02:29 qu'il m'a phagocyté totalement.
02:32 Quand j'arrive avec une orgue,
02:34 il y a un intérêt certain qui est plus important que la guitare ou l'harmonique.
02:38 Ce que j'ai voulu faire, c'est de promouvoir un répertoire du 19e siècle,
02:43 le répertoire politique du 19e siècle.
02:45 "Gouvernement de féerie est un système pourri."
02:49 Au 19e siècle, dans le monde ouvrier, dans le monde prolétaire,
02:52 on ne sait pas encore lire.
02:54 Il n'y a pas la radio, les journaux, c'est un peu compliqué.
02:57 Alors que la chanson, c'est un bon média.
03:00 Et beaucoup de gens vont faire des chansons politiques
03:03 pour décrire leur situation sociale et leurs revendications.
03:09 "Même les socialistes, membres de comités, soutiennent les fumistes."
03:15 Les gens disent "Ah, mais c'était déjà comme ça, ouais, c'était déjà comme ça."
03:19 "Tu leur pèdes et ripailles, et lorsque tu travailles, t'as vu, à peine as-tu du pain."
03:24 Je trouve que l'esprit français qu'on a fustigé,
03:28 "Ah, le loir à l'heure", etc., c'est totalement essentiel.
03:32 Si on n'est pas là pour râler, on va se faire bouffer la santé.
03:37 Le problème de la retraite, c'est ça.
03:40 Si on n'est pas là pour dire "ça ne va pas, ça ne va pas",
03:43 les autres, ils nous disent "Ah, mais si, c'est bien, on a trouvé la bonne solution,
03:47 on va vous prendre du pognon, on va vous les travailler plus,
03:49 et vous allez voir, ça va être très très bien."
03:51 Ouais, et puis après-demain, ça sera le retour à l'esclavage.
03:55 Parce que c'est comme ça que ça se passe.
03:57 "À toi toujours."
04:00 Ça va ? "Ô mon amour, à toi toujours."
04:03 Moi, ce que j'aime, c'est de discuter avec les gens.
04:05 Alors on va chanter un petit peu, ils vont me raconter leurs souvenirs,
04:08 ils vont me raconter qu'ils ont inventé l'eau tiède,
04:14 qu'ils ont redécouvert...
04:17 Alors les gens me disent... J'ai un livret, là, tiens, je vais te montrer ça.
04:24 J'ai un livret de chansons,
04:28 un livret de chansons avec les paroles des chansons,
04:30 et je distribue aux gens, les gens me disent "Ah, moi je les connais toutes,
04:34 il y en a 110."
04:37 Moi, je les connais toutes, oui,
04:39 ça fait 30 ans que je répète,
04:44 ils trouvent ça marrant,
04:46 il y en a beaucoup qui me remercient.
04:48 "Merci, c'est bien, continuez."
04:51 Alors ça, ça m'énerve.
04:53 Ça fait 35 ans que je trimare et ils me demandent de continuer.
04:57 Merde, ils devraient me dire d'arrêter.
05:02 Assieds-toi, prends ton temps.
05:06 Ah ben voilà, ça y est, c'est parti.
05:10 [Générique de fin]