00:00 Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin l'écrivain scénariste et réalisateur Florian Zeller.
00:04 - Et oui, Florian Zeller, passé avec brio du théâtre au cinéma, des planches parisiennes aux collines de Hollywood,
00:10 son nouveau film "The Sun, le Fils" sort en salle demain mercredi.
00:15 Adrien Baget l'a rencontré pour Europe 1.
00:18 - Bonjour Florian Zeller. - Bonjour.
00:19 - Bienvenue sur Europe 1. Alors votre dernier film "The Sun, le Fils" en français sort en salle demain.
00:24 C'est de nouveau l'adaptation au cinéma de l'une de vos pièces.
00:27 Après "The Father", on s'en souvient, qui vous a valu l'Oscar du meilleur scénario adapté,
00:32 cette fois vous abordez le sujet difficile de la dépression adolescente.
00:36 Nicolas, 17 ans, semble en pleine dérive.
00:38 Et ses parents, divorcés, interprétés par Laura Berne et Hugh Jackman,
00:42 semblent impuissants à comprendre l'origine de ce mal-être.
00:45 On écoute un extrait de la bonne annonce.
00:46 - Qu'est-ce que tu fais là ?
00:50 - Nicolas ne va plus en cours depuis presque un mois.
00:53 - Je voulais te demander comment ça va ?
00:56 Il s'est passé quelque chose ?
00:57 - Je peux vivre avec toi ?
00:59 - Je ne suis pas été la poule.
01:01 C'est mon petit garçon.
01:02 Je ne peux pas le laisser tomber.
01:03 - Voilà, avec la très belle bande-son du film signée Hans Zimmer.
01:10 Après votre Oscar, Florence Delahaire, vous avez dû crouler sous les propositions.
01:14 Pourquoi adapter de nouveau l'une de vos pièces au cinéma ?
01:16 Et pourquoi celle-ci en particulier ?
01:18 - En fait, c'est une décision que j'avais prise, même avant même de faire "The Father".
01:22 Je savais que si j'avais la possibilité de faire un autre film, ce serait celui-là.
01:26 C'est une histoire que je portais depuis des années,
01:30 qui venait d'un endroit personnel, mais aussi dont je savais
01:33 qu'elle pouvait faire écho à ce que beaucoup de gens vivent.
01:36 Elle parle, comme vous l'avez dit, de la dépression adolescente,
01:40 ou d'épisodes de crise de fragilité psychique.
01:42 Et je sais que personne n'est épargné pour soi-même,
01:45 ou pour les gens qui nous entourent, les gens qu'on aime.
01:48 Et il y a tant de gens qui peuvent, à un moment, se retrouver en situation
01:51 de ne plus savoir comment aider quelqu'un qu'on aime,
01:53 et qui font l'expérience de cette impuissance,
01:56 et des limites aussi de l'amour.
01:57 Et il me semblait que le cinéma pouvait explorer cette histoire-là,
02:02 pour partager ses émotions.
02:03 - Alors, il faut le dire aux auditeurs d'Europe 1, votre film est assez bouleversant.
02:07 Il est aussi dur, vraiment sans concession.
02:09 Contrairement à "The Father", là on adopte le point de vue des parents sur le fils.
02:13 C'était important pour vous de ne pas trop expliquer les choses sur ce mal qui touche Nicolas,
02:17 s'il fallait garder une part de non-dit dans le film ?
02:20 - En fait, non, parce que le non-dit je crois qu'il est dans la vraie vie.
02:24 Je crois qu'il y a beaucoup de culpabilité, beaucoup de déni autour de ces questions-là.
02:28 Ça fait très peur, là, disons, ce qu'on appelle la santé mentale.
02:32 Et j'ai l'impression qu'on s'applique à ne pas en parler,
02:35 parce que ça nous renvoie à des peurs, à des culpabilités.
02:38 Et c'est pour ça que je voulais raconter l'histoire du point de vue des parents,
02:41 qui se trouvent devant une sorte de trou noir,
02:43 qui ne savent pas du tout comment l'appréhender.
02:45 Un trou noir qui peut aspirer la lumière de celui qui souffre, mais de toute une famille.
02:48 C'est très dur d'accompagner ces enfants qui traversent une dépression,
02:54 d'autant qu'on se pose toujours la question "qu'est-ce que j'ai fait de mal ?
02:57 Est-ce que je suis un bon père ? Est-ce que je suis une bonne mère ?"
02:58 C'est-à-dire toutes ces questions qu'on ne se poserait pas s'il s'agissait de santé physique.
03:03 - Bien sûr.
03:03 - Et qui, soudain, dès qu'on touche à l'âme,
03:05 nous renvoient à cet endroit très difficile et trouble de la culpabilité, de la honte, de la gêne.
03:10 Et donc c'est pour aller contre ça que je voulais regarder cette histoire sans détourner les yeux.
03:15 - Alors, votre film "Florence Dallaire, comme toute bonne tragédie", aborde des thèmes universels.
03:20 La difficulté d'être parent, vous l'avez dit, la culpabilité aussi d'un père face à son fils,
03:24 une des scènes clés dans le film, c'est la rencontre entre Hugh Jackman et Anthony Hopkins,
03:29 que l'on retrouve, qui joue donc son père, le père de Peter, dans le film.
03:32 Comment avez-vous pensé cette scène, qui, précisons aux auditeurs d'Europe 1, n'est pas dans votre pièce ?
03:37 - C'est une scène qu'on a beaucoup aimé tourner et qui est devenue centrale dans l'histoire du film,
03:42 où Hugh Jackman, qui est donc le père, confronte son propre père, joué par Anthony Hopkins.
03:48 Et ce qui m'a porté, c'est de, à travers cette scène, de rappeler, ou d'explorer plutôt,
03:53 ces schémas familiaux que l'on répète, ou les traumatismes, ou le cycle d'une génération à l'autre,
03:58 ce qu'on passe à la génération d'après, ou ce qu'on résout pour soi-même.
04:02 Aimer de le faire avec Anthony Hopkins, qui est pour moi le plus grand acteur du monde,
04:07 après "The Father", il y a tellement de gens qui sont venus me voir en me disant "mais est-ce qu'il va bien ?"
04:10 Parce qu'il avait incarné ce personnage qui traversait une démence sénile,
04:14 et je disais "oui, il va très bien, c'est juste le plus grand acteur du monde".
04:17 Et donc on a eu beaucoup de plaisir à jouer, dans "The Son",
04:20 pratiquement une scène diamétralement opposée à ce qu'on avait fait dans "The Father",
04:25 où il est à nouveau d'une cruauté extraordinaire, monstrueuse et savoureuse à la fois,
04:30 et il est vraiment l'homme qui maîtrise la situation.
04:33 Et on comprend en fait que ce père, Hugh Jackman, est aussi un fils, comme on l'est tous,
04:38 et on est tous un fils, pour toujours par ailleurs, et on doit faire avec l'héritage qu'on reçoit,
04:44 et bien souvent on essaie de faire différemment de ses parents, on essaie de faire mieux,
04:47 et on se surprend sans l'avoir prévu, à dire les phrases que nos propres parents nous disaient,
04:54 à répéter des schémas, et c'est un peu la trajectoire de ce personnage,
04:58 et c'est un peu la réflexion de ce film.
05:00 - Oui voilà, vivre aussi avec ses regrets. Hugh Jackman est assez bouleversant dans le film,
05:04 il porte vraiment le film sur ses épaules.
05:06 Comment s'est passé votre rencontre avec lui ?
05:08 - Ça s'est passé d'une façon un peu étonnante, c'est la première fois que ça m'arrive ainsi,
05:12 c'est que c'est lui qui m'a contacté, il m'a écrit une lettre en me disant que si j'avais pas trouvé mon acteur,
05:16 il me demandait d'avoir 10 minutes pour m'expliquer pourquoi il devait être ce personnage-là.
05:22 Et c'est très rare de recevoir un tel message, surtout de quelqu'un comme Hugh Jackman,
05:27 qui est une des plus grandes stars américaines. - Oui c'est un cadeau !
05:29 - C'est un être extraordinaire Hugh Jackman, je l'ai vraiment aimé tant de fois,
05:33 j'étais derrière la caméra à le regarder, et j'ai été en veille par des émotions,
05:37 simplement de le voir descendre dans cet endroit de douleur et d'émotion,
05:44 mais vous disiez que c'est un film dur, mais j'ai l'impression aussi que même un film dur peut donner beaucoup de douceur.
05:49 - Alors on va quand même dire un mot sur le reste du casting, je pense à Vanessa Kirby qui joue Beth,
05:54 la seconde femme de Peter, jouée par Hugh Jackman, ou le jeune Zen McGrath qui interprète Nicolas,
05:59 ils sont tout aussi bouleversants, mais il y a un vrai sentiment de peur, de vulnérabilité,
06:04 qu'on le ressent tout au long du film. Comment s'est passé le tournage ? Vous vouliez les sortir de leur zone de confort ?
06:08 - Je voulais pour ce film-là proposer un chemin différent, et je leur ai demandé de ne pas répéter,
06:14 de ne pas préparer, et d'en avoir comme point d'appui que leur propre expérience de père, de mère,
06:20 et finalement tout ce qui les avait menés jusqu'à moi initialement, que ce soit ça le point de départ de notre travail.
06:26 Donc concrètement on n'a pas répété, et on était tous les jours avec la caméra,
06:31 tentés d'explorer ces émotions dans l'instant, pour essayer de le moins tricher possible,
06:37 et que leur aderne soit à la fois cette merveilleuse actrice, mais aussi la mère qu'elle est,
06:43 et que ce soit notre matériau de travail et d'exploration.
06:47 - Oui on le ressent bien à l'écran, donc sans filet. Vous venez du monde du théâtre, Florian Zeller,
06:52 "The Sun" est déjà votre deuxième film, qu'est-ce que le cinéma vous apporte en plus ?
06:56 - Alors à titre personnel c'est une intensité très grande de tourner un film,
07:02 moi ça fait des années que je vis au théâtre, c'est vrai, et j'aime passionnément ça,
07:07 mais je dois dire que j'ai toujours une émotion un peu singulière quand, vous savez au théâtre,
07:11 un soir il y a la grâce, et un soir il y a moins la grâce, ou ce qui a été apparu parfois disparaît,
07:15 et il y a toujours une sorte de frustration à ne pas pouvoir, non pas figer les choses,
07:19 mais fixer la version qu'on a dans le cœur.
07:22 Et le cinéma donne l'illusion qu'on peut contrôler la vie,
07:26 c'est-à-dire que le film auquel on donne naissance, le film qu'on a envie de partager avec le public,
07:31 c'est exactement ce qu'on avait envie de dire, et ça c'est un vertige très fort.
07:37 - Oui, fixer ça sur pellicule, eh bien ce sera le mot de la fin, merci beaucoup Florian Zeller,
07:41 je rappelle que votre dernier film "The Sun" sort en salle demain,
07:44 allez-y car c'est vraiment un film coup de poing, très fort et vraiment bouleversant à la fois.
07:48 Merci à vous et bonne journée.
07:50 Merci Adrien Baget.
Commentaires