Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 3 ans
BFMTV est en direct de Kiev, 1 an après le début de la guerre en Ukraine. Nos reporters mobilisés sur le terrain depuis le début de l'invasion russe racontent. 

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00 On va retrouver Clémence. Donc Clémence, ça fait un an, comme Jérémy, comme Maxime, que vous nous racontez, que vous racontez à nos téléspectateurs cette guerre.
00:06 Quel moment pour vous ont été les plus marquants ?
00:09 On parle beaucoup de cette contre-offensive dans l'Est en ce moment.
00:17 Et je dois dire que cette mission avec Stéphane Beaujard et Clément Gredonnier, ce qui m'a beaucoup impressionné,
00:21 c'est le bruit de l'artillerie de façon constante, de façon présente, de très près de nous.
00:27 C'est-à-dire que c'est des départs de tir de César côté ukrainien, c'est des réponses de grade 21 côté russe.
00:33 Et ce n'en est pas réservé qu'aux militaires. Il y a aussi des civils qui ne sont pas loin de la ligne de front.
00:37 Et c'est ce qui m'a marqué le plus dans cette mission, l'évacuation par exemple de Svetlana, une retraitée qui habite Chassiviar.
00:42 Chassiviar, c'est le dernier village à l'ouest avant Bakhmout. Et là, le bruit de l'artillerie est permanent.
00:48 Svetlana, ça faisait quasiment 9 ans qu'elle habitait ici, dans son petit appartement de Chassiviar.
00:54 Elle l'avait déjà quittée d'Ognets quand les Russes étaient arrivés.
00:57 Elle ne voulait pas quitter jusque-là la ville. Elle a vu tous ses amis, sa famille progressivement partir.
01:02 Elle, elle ne voulait pas partir parce qu'elle avait des chats et qu'elle ne savait pas comment faire avec ses chats.
01:06 Mais finalement, face au bruit constant de l'artillerie, et c'est vrai que quand on est allé la voir,
01:10 il y en avait en permanence toutes les 5 minutes à peu près, elle a décidé de partir.
01:15 Elle a été évacuée par des civils. Et c'est ce moment qui restera fort parce que Svetlana, elle était en pleurs, effrayée.
01:21 Et elle se dit que de toute façon, elle ne savait même pas ce qui allait l'attendre après,
01:24 qu'elle ne savait même pas si elle prenait la bonne décision de partir.
01:27 Tout ça s'est fait dans l'urgence avec des bruits d'artillerie partout autour d'elle.
01:31 Aujourd'hui, elle est arrivée à Dnipro. Il y a des humanitaires, il y a des volontaires qui l'ont pris en charge.
01:35 Elle a un logement qui est temporaire, précaire, une situation qui va un peu mieux,
01:39 mais qui n'est pas non plus pour très longtemps et qu'elle ne sait pas après ce qui va se passer.
01:43 Et c'est un peu aussi à l'image de tous les Ukrainiens, ceux qui ont quitté l'Est pour aller vers l'Ouest,
01:47 et qui ne savent pas encore de quoi demain sera fait.
01:49 Merci beaucoup Clément. Zibo avec Stéphane Beaujard et Clément Gredinier.
01:55 Maxime Rancheter raconte également ce conflit depuis un an.
01:59 Maxime, vous êtes avec Benjamin Danan.
02:01 Maxime, est-ce qu'il y a un reportage qui vous a marqué au cours de cette année ?
02:07 Oui, sans doute celui qu'on a fait au début de la guerre, en tout cas vers fin mars, début avril,
02:15 lorsqu'on est allé avec Sébastien Savoie et Lénaïque Gouirièque à Zaporizhia.
02:20 À l'époque, Zaporizhia, c'était assez inatteignable.
02:23 En tout cas, les premiers journalistes commençaient à arriver à la ville.
02:27 À l'époque, on parlait beaucoup de Mariupol et on accueillait tous ces réfugiés de Mariupol.
02:31 Et on a pu rentrer dans un hôpital, un hôpital pour enfants,
02:33 où on a vu tous ces enfants qui avaient été frappés, qui avaient été blessés,
02:38 qui étaient amputés à cause des bombardements à Mariupol.
02:40 Dans une chambre, on a pu rencontrer une enfant.
02:43 Sébastien Savoie a pu rentrer parce qu'il ne fallait pas rentrer trop nombreux pour ne pas la déranger.
02:48 On a rencontré Macha. Macha avait 15 ans.
02:50 Elle avait perdu une jambe. Sa grand-mère était devant.
02:53 Sa mère était dans un état critique.
02:55 Et elle nous a impressionné par sa force, la puissance qu'elle avait.
02:59 Et c'est, en règle générale, on a pu visiter d'autres chambres.
03:02 On a vu d'autres enfants blessés avec d'autres blessures.
03:04 Et c'est ce qui nous a le plus frappés, c'est-à-dire que pour nous,
03:07 des enfants blessés, des enfants amputés, c'est le comble de l'horreur.
03:10 C'était horrifique.
03:11 Lorsqu'on est sortis de là, on était tous absolument terrifiés par ce qu'on avait vu.
03:15 Et pourtant, eux, ces enfants, ils étaient presque résilients.
03:18 Ils avaient presque plus de facilité à surmonter ce qu'ils avaient.
03:21 Et ça nous a beaucoup frappés, cette force, cette vie qui continuait, malgré les blessures qu'ils ont subies.
03:26 Maxime Brandt-Schletter avec Benjamin Danan.
03:32 Jérémy Paire est également en direct avec nos compagnies d'Alice Philips.
03:35 Jérémy, quel moment vous retenez de cette année de conflit ?
03:39 Si ce conflit que vous avez, vous aussi, raconté à nos téléspectatrices, nos téléspectateurs.
03:43 Eh bien, c'est à mon avis une semaine, celle à partir de laquelle le monde entier a découvert Boucha.
03:54 Et ce jour-là, nous, nous étions avec Joël Alencar dans une petite ville à l'ouest de Kiev qui s'appelle Motijin.
04:01 Et c'est là où on a vu avec nos yeux les crimes, les atrocités qui ont été commises par les Russes.
04:06 On a vu le cadavre d'un homme dans un puits.
04:10 Et en même temps que nous, on le découvrait, il y avait sa femme qui le découvrait.
04:15 Elle était d'une incroyable dignité.
04:16 Elle a prononcé une phrase qui résonne encore aujourd'hui énormément pour nous.
04:22 Ils n'ont pas pris son alliance, ces salauds.
04:25 C'est une petite phrase anodine, mais c'est la seule, presque, qu'elle a prononcée au moment où elle voyait le corps de son mari,
04:31 qui avait, qui était à moitié dénudé avec une balle dans la tête.
04:34 On est allé un peu plus loin, dans ce campement russe, et on a vu quatre autres cadavres.
04:39 Celle de la mère de la ville, de son fils, de son mari, qui eux aussi avaient été exécutés, qui avaient été torturés.
04:46 Et c'est le premier reportage qu'on a fait sur toute une semaine.
04:49 Ensuite, on est allé à Butcha, ici.
04:52 On a couvert le moment où le procureur était en train de sortir des corps d'un charnier, ici.
04:58 Et puis ensuite à Borodyanka, une semaine de reportage extrêmement dur à vivre.
05:03 Mais c'est à ce moment-là qu'on s'est sentis extrêmement utiles, qu'il fallait qu'on était à notre place, finalement,
05:09 de montrer ce qui s'était passé dans cette banlieue de Kiev.
05:12 Il y avait, donc, nous étions avec Joao Lenkar, mais il y avait aussi Benoît Sarrad et Erwan Palantia.
05:16 C'est une des semaines peut-être les plus éprouvantes en reportage.
05:19 Mais encore une fois, on a donné un sens à ce qu'on voulait faire.
05:24 Quand on est journaliste, je me sentais à ma place.
05:27 Ça a été très compliqué, évidemment, émotionnellement, cette semaine.
05:31 Et puis on y pense encore tous les jours.
05:34 Il y a les corps, les cadavres, mais il y a aussi tous les vivants qu'on a vus autour,
05:39 les proches qui découvraient un frère, un père, un mari.
05:43 Leurs regards, leurs émotions, leur dignité, c'est des choses dont on se souvient et dont on n'oubliera jamais.
05:53 — Merci beaucoup. Merci beaucoup, Jérémy Paire, avec Élise Philips, nos envoyés spéciaux,
05:59 nos envoyés spéciaux, nos reporters, toutes les équipes de BFMTV qui vous racontent cette guerre.
06:03 Et je profite évidemment de ce moment pour les saluer toutes et tous à nouveau et les remercier pour leur travail.
Commentaires

Recommandations