00:00 Nous avons pu entrer dans cette cave et nous étions, je crois, les premiers à constater
00:08 cette horreur.
00:09 L'armée ukrainienne vient d'annoncer qu'elle a repris une ville stratégique dans les faubourgs
00:26 de Kiev qui s'appelle Bucha.
00:27 Tout d'un coup, on voit un véhicule de la police ukrainienne où il y a marqué "des
00:40 mineurs" et on suit ce véhicule jusqu'à l'entrée d'un sanatorium.
00:46 Ils sont rentrés dans un bâtiment où il y aurait des corps et des corps qui seraient
00:55 potentiellement minés.
00:56 Donc les hommes du déménage ukrainien se sont rendus dans ce bâtiment, nous ont demandé
01:02 de nous abriter derrière les véhicules.
01:03 Regardez où vous marchez.
01:06 C'est la cave où quatre hommes ont été exécutés par des balles dans la nuque.
01:25 Ils étaient sur les genoux, les mains ligotées.
01:28 Il y avait une chambre de torture et une chambre où ils ont été tués.
01:34 C'est la chambre de torture.
01:51 À ce moment-là, avec Juan, on va se dire qu'il faut aller chercher les corps des
02:21 militaires.
02:22 On doit absolument que l'on documente tout ce qu'on est en train de voir parce que potentiellement
02:27 ce à quoi on assiste, c'est les premières preuves de crimes de guerre et que notre registre
02:34 est plus seulement d'être journaliste mais de documenter les exections qui ont été
02:39 commises par l'armée russe.
02:40 À ce moment-là, on est face à des images très choquantes, très perturbantes.
02:51 Il y a un moment qui a été particulièrement éprouvant, c'était celui-ci.
03:00 On est à l'approche d'une maison à l'intérieur de Bucha où des habitants nous amènent.
03:08 Il y a une vieille dame qui se trouve sur le palier de sa porte.
03:11 Elle a été exécutée par les Russes selon la version des riverains qui nous explique
03:15 qu'elle n'aurait pas ouvert assez rapidement.
03:17 À ce moment-là, je suis avec ma fixeuse, donc Oksana, et je lui demande de m'accompagner
03:24 à l'intérieur de la maison parce qu'il y a potentiellement d'autres victimes.
03:29 Je crois que c'est dans cette journée, c'était une seule fois où j'ai vraiment un peu perdu
03:40 la possession de moi.
03:41 Le fait qu'il fallait entrer dans cette maison, marcher au-dessus du corps, c'est là que
03:46 je me rappelle que j'ai eu une crise, une panique.
03:51 Je crois que c'était une journée la plus difficile de tout ce que j'ai vu depuis tous
04:03 ces mois-là.
04:04 De l'autre côté de la rue, je vois un jeune garçon absolument seul avec son petit bonnet.
04:14 Je me rapproche pour aller discuter avec lui.
04:16 Il voit que sur mon gilet pare-balles, il y a marqué « Press » et il commence à me
04:20 parler en anglais.
04:21 C'est le premier jour où ce petit garçon qui s'appelle Timofai, qui a 9 ans, peut
04:27 sortir parce que la ville vient d'être libérée.
04:29 Il me propose de l'accompagner pour me montrer où il a vécu pendant les 30 jours d'occupation
04:35 de Butcha et on descend dans le sous-sol de son immeuble.
04:39 Je suis avec Timofai dans la cave parce qu'on discute.
05:09 Je remonte, je sors de la cave et là, je vois mon collègue Juan Palencia en train
05:15 de danser la salsa avec une des voisines de Timofai.
05:19 Les gens sourirent alors qu'ils viennent de vivre 30 jours d'occupation, de bombardement.
05:36 On se dit tout simplement qu'avec le courage de ces Ukrainiens, la vie est là et qu'on
05:42 n'a qu'une chose à faire, c'est de continuer à faire notre travail de journaliste pour
05:45 raconter l'horreur qu'ils sont en train de vivre.
05:48 »
05:54 Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org
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