- il y a 3 ans
Steven Spielberg nous dévoile The Fabelmans, son film le plus personnel et autobiographique qui établit des parallèles clairs et directs avec sa vie.
La fiche du film The Fabelmans de Steven Spielberg ➤ https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=255726.html
The Fabelmans sort au cinéma le mercredi 22 février, n'hésitez pas à consulter les séances disponibles près de chez vous ➤ https://www.allocine.fr/seance/film-255726/
-
En partenariat avec Universal Pictures.
-
© AlloCiné - Tous Droits Réservés
La fiche du film The Fabelmans de Steven Spielberg ➤ https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=255726.html
The Fabelmans sort au cinéma le mercredi 22 février, n'hésitez pas à consulter les séances disponibles près de chez vous ➤ https://www.allocine.fr/seance/film-255726/
-
En partenariat avec Universal Pictures.
-
© AlloCiné - Tous Droits Réservés
Catégorie
🎥
Court métrageTranscription
00:00 Il y a une chose que l'histoire de l'évolution nous a apprise, c'est que la vie ne peut pas être contenue.
00:04 La vie prend le large, la vie conquiert de nouveaux territoires, elle renverse toutes les barrières.
00:08 C'est parfois pénible, c'est parfois dangereux, mais...
00:10 Enfin, c'est comme ça.
00:13 On oublie souvent qu'avant d'être cinéaste, Spielberg est aussi comme nous,
00:17 un type qui aime tout simplement les films,
00:20 et c'est du plus profond de son cœur qu'il nous offre aujourd'hui The Fablemans,
00:23 un récit semi-autobiographique et surtout une déclaration d'amour envers les films,
00:27 sur ce qu'il signifie pour lui et sur l'importance de l'art dans une vie.
00:55 Depuis ses premiers courts-métrages, Spielberg a toujours été à la recherche de l'émerveillement,
00:59 et ça marche souvent car on ne compte pas le nombre de fois où il nous a fait rêver,
01:03 en faisant jaillir chez chacun d'entre nous une émotion semblable à celle qu'il avait vécue enfant,
01:08 devant son premier film au cinéma.
01:10 Alors le cinéma, il l'a découvert à travers un grand moment de son enfance,
01:14 qui était la découverte du film sous le plus grand chapiteau du monde de Cécile B2000.
01:18 C'est assez amusant parce que son père lui avait dit qu'il allait voir un spectacle de cirque,
01:21 et au début Steven Spielberg était assez déçu d'arriver dans cette salle de cinéma face à un écran blanc,
01:26 parce qu'il était persuadé qu'il allait voir un vrai spectacle de cirque.
01:29 Et en fait, la déception a été de courte durée, puisqu'il a été complètement subjugué.
01:32 Ce film qu'il découvre, il va avoir un tel impact sur lui,
01:36 qu'il va essayer de reproduire en tout cas une scène de crash de train.
01:41 Cette image, elle est incroyable symboliquement parlant, c'est vraiment,
01:44 je tiens le cinéma dans mes mains.
01:47 L'enfance de Spielberg a été vraiment marquée par des traumas,
01:50 dont il ne s'est jamais exorcisé.
01:52 Il a toujours été poussé à la création par cette énergie traumatique.
01:58 Déjà c'est le divorce de ses parents,
01:59 et c'est d'ailleurs très intéressant la manière dont il le traite dans The Fablemans.
02:02 Une des raisons pour lesquelles j'ai écrit cette histoire,
02:05 c'est parce qu'à un très jeune âge,
02:08 quelque chose s'est passé dans ma vie,
02:09 ce qui est refléti dans notre film,
02:10 mais quelque chose s'est passé dans ma vie,
02:12 entre moi-même et ma mère.
02:13 Ou j'ai arrêté de percevoir ma mère comme une mère,
02:18 et j'ai commencé à la regarder comme une personne.
02:20 Les parents de Spielberg ont divorcé quand il était à la fin de l'enfance,
02:23 début de l'adolescence à peu près.
02:25 Ça a été pour Spielberg un élément déclencheur,
02:28 parce que je pense que ça a été la fin d'un rêve.
02:30 Je pense qu'il vivait vraiment dans l'illusion de la famille parfaite
02:32 jusqu'au jour où les choses ont dérapé,
02:34 et c'est pour ça que dans son cinéma on trouve cette double énergie
02:37 autour de la question de la famille et du foyer,
02:40 et à minima du couple parental.
02:41 Alors j'ai décidé de voler jusqu'à la fenêtre de ma chambre.
02:44 Mais elle était fermée.
02:47 Il m'avait oublié.
02:50 Donc soit la famille n'existe pas,
02:56 et dans ce cas-là c'est un idéal pour le personnage
02:58 qui va essayer de courir après,
02:59 qui va essayer de l'atteindre et qui souvent n'y arrivera pas.
03:02 C'est le cas avec le terminal.
03:04 On a cette idée qu'il y a un pays, un foyer lointain,
03:06 que Tom Hanks ne peut littéralement pas rejoindre
03:08 parce qu'il est coincé dans un terminal d'aéroport à New York.
03:11 Soit la famille existe, et dans ce cas-là c'est l'inverse.
03:13 C'est-à-dire qu'elle n'a absolument rien d'idéal, rien de fantasmé,
03:16 c'est une zone de conflit, c'est une zone de souffrance.
03:18 Dans "Rencontre du troisième type" par exemple,
03:20 c'était la représentation de ses deux parents, les extraterrestres,
03:23 et la façon de communiquer, en fait, représentait à la fois son père,
03:27 qui du coup représentait les outils pour discuter avec les extraterrestres,
03:32 et sa mère, qui était pianiste et qui faisait beaucoup de musique,
03:35 qui était très attachée à ça.
03:37 Du coup, cette scène de rencontre du troisième type,
03:39 c'est comme s'il faisait redialoguer ses parents.
03:41 Vous voyez, j'aimerais dire que j'y avais un intérêt
03:43 et que je me suis rendu compte que c'était ma mère et mon père,
03:45 mais pas jusqu'à ce moment-là.
03:46 Alors, dans le cinéma de Spielberg,
03:49 l'enfance et l'enfant ont une place très centrale.
03:52 Il a vraiment à l'esprit de raconter ces histoires
03:55 d'un point de vue d'enfant aussi et d'une réaction d'enfant.
03:58 Que ça soit dans "Hook", où la thématique de l'enfance est centrale
04:02 de par déjà l'adaptation du matériau de base,
04:04 c'est-à-dire Peter Pan, un enfant qui ne veut pas grandir
04:07 et qui ne grandit pas.
04:09 Mais au-delà de ça, Spielberg, il prend le parti pris de se dire,
04:12 bon, c'est quoi en fait la suite de la vie de cet enfant
04:15 qui a fini par grandir et qui a complètement oublié qui il était
04:18 et qui a complètement oublié son enfance et ce pan de sa vie.
04:21 Alors, il y a une règle que je veux que vous observiez
04:23 pendant que vous êtes dans ma maison.
04:26 Ne grandissez pas.
04:30 Arrêtez.
04:31 Donc ça, c'est pour la question de la famille.
04:32 Et je pense qu'il y a aussi, et The Fablemans le confirme encore une fois,
04:36 il y a la question de l'antisémitisme.
04:38 Et le truc, c'est que Spielberg a vécu l'antisémitisme,
04:40 mais il a vécu l'antisémitisme comme on peut le vivre aux États-Unis.
04:42 C'est-à-dire qu'il a vécu les brimades au collège, au lycée.
04:44 Il a été même tabassé quelques fois parce qu'il était juif.
04:47 Donc, ça a été une enfance quand même difficile.
04:49 Ma vie juive est une partie de la vie quotidienne.
04:52 Ça ne fait pas beaucoup de commentaires.
04:55 C'est juste comme ça que nous avons grandi.
04:57 La bullying ne me définit pas et ça ne définit pas ma vie.
05:01 Je voulais raconter cette histoire parce que ça a résulté
05:04 dans beaucoup de mon propre conscience d'antisémitisme,
05:07 ce qui a conduit à d'autres films sur l'antisémitisme que j'ai fait dans ma vie.
05:12 Et je pense qu'il y a un vrai geste de thérapie, en fait,
05:15 dans le cinéma de Spielberg.
05:16 C'est qu'il se confronte à des questions intimes
05:19 et il en a conscience, en tout cas, plus sa filmographie avance,
05:22 plus on voit qu'il en a conscience, qu'il a conscience de ses travers-là,
05:25 de ses problèmes-là.
05:26 Et il essaye de les analyser, de les décortiquer
05:30 par le biais d'un geste cinématographique.
05:33 Pour le réalisateur et son public,
05:35 ce Fablemans s'annonce à la fois comme un aboutissement de son cinéma
05:39 et comme un éclairage sur son passé
05:41 et les origines de sa passion pour le 7e art.
05:43 Mais le film nous offre d'autres clés de lecture de son oeuvre.
05:47 Grâce à lui, j'ai mieux compris l'impact qu'a eu le cinéma sur lui
05:49 en tant qu'enfant et surtout en tant qu'être humain.
05:52 Le cinéma de Spielberg, c'est très intéressant
05:54 parce qu'il projette des personnages ordinaires
05:57 dans des situations extraordinaires,
05:59 que ce soit dans des invasions extraterrestres,
06:01 que ce soit dans, finalement, le basculement dans un monde fantastique.
06:06 Spielberg, il a une capacité aussi à nous accompagner
06:09 dans sa mise en scène tout au long de ses récits.
06:11 L'idée de Spielberg est de penser son film
06:14 de manière à guider les émotions du spectateur.
06:17 Il y a un exemple, un plan emblématique qui est le travelling spielbergien.
06:20 Il y a toujours cette idée qu'un personnage
06:22 va soit avoir une révélation intérieure sur lui-même,
06:26 soit être submergé par une émotion, être sidéré par quelque chose.
06:30 Et Spielberg va employer le travelling pour se rapprocher du personnage,
06:34 qui est une manière, en fait, pour lui,
06:36 de déclencher chez nous une réaction inconsciente.
06:38 Je pense par exemple à la scène dans "Arrête-moi si tu peux"
06:41 où le personnage apprend le divorce de ses parents
06:44 qui est manifesté par un travelling assez brutal
06:47 et où on a l'impression que tout s'écroule autour de lui
06:49 comme tout pourrait s'écrouler autour de nous si on était dans cette situation.
06:52 La grande idée, si on veut comprendre ce qui fait le sel de son cinéma,
06:56 c'est de toujours garder à l'esprit qu'un plan chez Spielberg, c'est une émotion.
06:59 On a ce plan dans "E.T." où effectivement,
07:01 les vélos finissent par s'envoler et passer devant la Lune.
07:05 Les enfants, grâce au pouvoir de "E.T.",
07:08 parviennent à prendre cet envol et à quitter finalement cette réalité
07:12 et ce monde dans lequel ils sont,
07:14 qui, je pense, à 50% doit sa magie aussi à la musique de John Williams.
07:20 Par exemple, pour "E.T.", Spielberg a carrément remonté la scène finale
07:23 pour coller aux morceaux de John Williams
07:26 et pour accompagner sa musique.
07:28 Et ça, pour le coup, ça prouve à quel point ils étaient faits pour se rencontrer
07:32 et à quel point le cinéma de Spielberg n'existe pas sans la musique de John Williams.
07:37 John réécrit mes films musicalement.
07:40 Si j'ai six drafts d'un film,
07:44 John est le septième et le dernier drap.
07:46 Et c'est ce drap que je sors.
07:49 Par la musique, par les mots et par les images,
07:52 surtout, Steven Spielberg s'est imposé comme un conteur à part entière,
07:55 un cinéaste qui arrive à créer des émotions pour les mettre au service de ses personnages
07:59 ou de l'histoire avec un grand H.
08:01 Le cinéma est un art qui permet de voyager dans le temps
08:04 et Steven Spielberg nous a très souvent servi de guide.
08:07 Il y a plusieurs phases dans le cinéma de Spielberg, dans sa filmographie,
08:11 et il y a plusieurs phases aussi dans son rapport à l'histoire.
08:13 Donc il va faire la couleur rouge, il va faire la couleur rouge,
08:15 et il y a plusieurs phases aussi dans son rapport à l'histoire.
08:18 Donc il va faire La couleur pourpre en 1985,
08:20 qui est un mélodrame centré sur le parcours d'une femme en quête d'émancipation,
08:23 mais qui est aussi un film qui parle de l'Amérique du début du XXe siècle
08:27 et de l'Amérique ségrégationniste.
08:28 Il va retenter le coup avec Empire du Soleil en 1987,
08:31 qui est l'adaptation du récit autobiographique de J.G. Ballard.
08:34 Et c'est probablement la première fois pour le coup que Spielberg va faire de l'histoire avec un grand H
08:39 le sujet central de son film.
08:41 Et puis, il y a eu Indiana Jones,
08:42 qui est la première fois que Spielberg va filmer le nazisme,
08:45 sujet qui occupera plus tard dans sa carrière une place très importante.
08:48 Quand il s'est attaqué à la liste de Schindler, puisqu'on y vient en 1994,
08:52 c'était pour lui l'opportunité, par la grande histoire encore une fois,
08:56 de se reconnecter avec une dimension intime de sa personne,
08:58 en l'occurrence avec son judaïsme et son éducation juive.
09:02 Donc il y a toujours cette idée chez Spielberg de revenir aux cinéastes qui l'ont influencé
09:07 pour puiser les ingrédients nécessaires pour fabriquer son propre cinéma.
09:11 J'ai donc entré dans l'office,
09:13 et Ford, assis derrière son bureau, avec ses grands chaussures.
09:16 Je ne sais pas s'il avait des chaussures cowboy, mais il avait des chaussures sur son bureau.
09:19 Et il m'a dit "Vous voulez être un film-faire ?"
09:23 Et j'ai dit "Oui, monsieur. Je veux être un film-directeur."
09:27 Vous voyez ces peintures autour de l'office ?
09:29 Prenez le premier. Il a ces peintures ouesternes.
09:32 Et il m'a dit "Dis-moi ce que vous voyez dans cette première peinture."
09:34 Et je lui ai dit "Il y a un Indien sur un cheval."
09:37 Et il m'a dit "Non, non, non, non, non. Où est le horizon ?
09:41 "Vous ne pouvez pas trouver le horizon ?"
09:43 "Quand vous arrivez à la conclusion
09:46 "que mettre le horizon au bas d'un cadre ou au dessus d'un cadre
09:51 "est beaucoup mieux que mettre le horizon au milieu du cadre,
09:56 "vous pouvez peut-être devenir un bon film-faire."
09:59 "Alors, sortez de là."
10:00 C'est presque une clé de déchiffrement de toute sa filmographie, cette séquence-là.
10:04 Le cinéma de Ford déborde du cinéma de Spielberg.
10:07 On pourrait citer de nombreux westerns de Ford
10:10 comme inspiration des Indiana Jones.
10:12 On le sent, par exemple, sur un autre projet
10:14 qui est, je trouve, un peu sous-estimé aujourd'hui
10:16 et qui vaut vraiment le détour, qui est Lincoln.
10:18 On sent vraiment l'inspiration de John Ford.
10:20 C'est le cas aussi dans "Cheval de guerre".
10:21 Il y a la Première Guerre mondiale,
10:22 qui est un cadre historique très important dans le film.
10:25 Et encore une fois,
10:26 Spielberg va s'attacher à représenter la famille meurtrie par la guerre,
10:30 donc l'impact de la guerre sur l'individu,
10:32 dans une démarche qui est très Fordienne.
10:34 Donc il y a toujours cette idée, encore une fois, chez Spielberg,
10:36 d'aller se confronter à ses maîtres.
10:37 Et c'est intéressant que dans "The Fable Mans", il le verbalise.
10:39 "C'est plus important que ton hobby."
10:41 "Papa, arrête de dire que c'est un hobby."
10:43 Le cinéaste qui maîtrise le mieux le langage cinématographique,
10:53 c'est évidemment Steven Spielberg.
10:54 "Tu l'as peut-être imaginé, c'est sûr."
10:56 "Non, j'ai pas pu l'imaginer."
10:58 "Vous avez le droit d'espérer ce que j'espère,
11:01 et sans doute nos espérances ne sont pas incompréhensibles pour l'autre."
11:06 Il a une place extrêmement importante,
11:08 à la fois en tant que témoin de l'histoire,
11:11 mais de l'histoire en général avec un grand H.
11:14 Il a aujourd'hui peut-être la place qu'il aurait dû avoir il y a 25-30 ans.
11:18 "Cette liste, c'est la vie."
11:21 "Est-ce que vous comprenez ça ?"
11:23 "Quelque chose vous tient à cœur, vous vous battez pour ça."
11:26 Je pense qu'il restera en tout cas dans l'histoire du cinéma à tout jamais.
11:30 Je suis sûre même, j'ai pas trop de doutes là-dessus.
11:33 Si le langage du cinéma est universel,
11:35 Steven Spielberg est sans doute celui qui le manie le mieux,
11:38 car il a fait rêver plusieurs générations
11:40 et reste sans doute le plus grand conteur du 7e art.
11:44 Sous-titrage Société Radio-Canada
11:48 [Musique]
11:51 [Musique]
11:54 [Musique]
11:57 [Musique]
12:00 Merci à tous !
12:02 [SILENCE]
Commentaires