00:00 - Alors, avant Nina Simone, Nicolas Bouzou pour l'économie. Bonjour Nicolas.
00:03 - Bonjour Dimitri, bonjour à tous.
00:04 - Voilà, la guerre en Ukraine a démarré il y a 362 jours.
00:08 Est-ce qu'on peut dire que le conflit a changé l'économie mondiale Nicolas ?
00:11 - Absolument, pour moi c'est très clair.
00:13 Le professeur d'économie à Harvard, Dany Roderick, évoque ce qu'il appelle le productivisme.
00:17 Alors ce qu'il veut dire c'est qu'au fond, jusqu'à la décennie 2010,
00:21 les interventions des États, les politiques économiques des États
00:24 visaient à stabiliser l'économie quand les choses n'allaient pas,
00:27 quand il y avait des problèmes de revenus par exemple,
00:29 quand on donnait de l'argent aux ménages pour qu'ils dépensent davantage.
00:33 Mais au fond, la pandémie, le réchauffement climatique et surtout la guerre
00:37 ont amené les États à s'intéresser directement à la production.
00:41 Et d'ailleurs aujourd'hui, on est en fait dans une économie de guerre qui ne dit pas son nom.
00:45 Regardez ce qui se passe avec les semi-conducteurs.
00:47 Aujourd'hui, qu'il s'agisse de la Chine, des États-Unis ou de l'Europe,
00:51 en réalité les États subventionnent la production de semi-conducteurs.
00:55 Et je pourrais multiplier les exemples.
00:58 On produit aujourd'hui des munitions comme on a produit des vaccins il y a deux ans.
01:03 Tous les pays veulent se réindustrialiser pour gagner de l'autonomie.
01:06 Et comme souvent d'ailleurs, le mouvement est né aux États-Unis et l'Europe suit.
01:09 - Alors on dit que c'est peut-être la fin de la mondialisation.
01:12 Est-ce que vous êtes d'accord avec ça, Nicolas ?
01:13 - Non, ce n'est pas la fin de la mondialisation.
01:15 Le commerce international reste très dynamique,
01:17 mais la géopolitologue Alice Eichmann parle de bimondialisation.
01:22 Et cette notion me paraît extrêmement juste.
01:24 Ce qu'elle veut dire, c'est qu'aujourd'hui,
01:25 on a une sorte de mondialisation entre amis.
01:28 Au fond, on le voit bien, l'Europe essaie de se passer des hydrocarbures russes,
01:34 on produit nous-mêmes nos semi-conducteurs.
01:36 Au fond, la mondialisation, la petite mondialisation européenne,
01:40 c'est désormais les États-Unis et les pays européens.
01:44 C'est ça l'horizon économique de la France.
01:46 - La mondialisation entre amis, comme on commence à dire aux États-Unis.
01:50 Et l'Europe, dans tout ça, finalement, on voit qu'elle n'a pas si mal résisté.
01:53 A priori, on évite la récession cette année.
01:54 - Il n'y a pas eu d'effondrement.
01:56 On a vu une résilience extrêmement forte des chaînes de production.
01:59 Les entreprises savent s'approvisionner quand il y a des difficultés,
02:04 quand il y a des embargos, quand on manque d'hydrocarbures.
02:07 D'ailleurs, je vous ferai remarquer que les prix du gaz
02:09 sont retombés à leur niveau d'avant-guerre.
02:13 On commence à le voir sur les chiffres de l'inflation qui se stabilisent
02:16 et on imagine que l'inflation va un peu diminuer.
02:18 Non, la vraie difficulté, le vrai défi pour nos économies,
02:22 c'est ce que l'on pourrait appeler en France la "quoiqu'il en coûte"isation.
02:26 C'est-à-dire le fait qu'on dépense énormément d'argent.
02:28 On a dépensé énormément d'argent pour la crise sanitaire, on a eu raison.
02:31 On dépense aujourd'hui énormément d'argent pour se réarmer
02:35 et pour faire face aux dommages économiques de la guerre, on a raison.
02:38 Allez, je ne peux pas m'en empêcher, c'est absorbable.
02:40 Uniquement si on travaille plus. Comprenne qui pourra !
02:43 - Ça me rappelle quelqu'un, tiens ! Merci beaucoup Nicolas Bouzou.
02:46 Bonne journée à vous. 7 ans 23.