00:00 Avec la chute des ventes de disques, les revenus issus du streaming vraiment pas foufous,
00:04 que reste-t-il aux artistes pour gagner leur vie ?
00:07 Et bien pas grand chose, mise à part...
00:10 les concerts !
00:12 Le live comme salut financier, si c'est le cas pour les gros artistes et les promoteurs,
00:16 on constate aussi que les concerts déraillent ces derniers temps.
00:20 Surabondance de l'offre, prix de certains événements qui grimpent en flèche,
00:23 mais aussi encore et toujours une précarité de certains artistes,
00:27 y compris quand ils s'engagent dans d'épuisantes tournées.
00:30 Alors, il se passe quoi avec les concerts ?
00:34 C'est la question qu'on se pose dans le deuxième épisode de Cache Musique,
00:37 l'émission qui ouvre le portefeuille de l'industrie musicale.
00:40 Dans les années 80, le live représentait 30% des revenus d'un artiste.
00:47 Aujourd'hui, c'est 75%.
00:50 30 000 spectacles ont eu lieu en France en 2006.
00:53 En 2017, c'était 65 000.
00:57 Cette inflation ne découle pas d'une soudaine passion des artistes
01:00 pour la vie en tourbus et les sandwichs triangle d'air d'autoroute.
01:04 Il y a à la fois beaucoup d'offres pour beaucoup de demandes, comme nous l'explique Odile Deplat,
01:09 chef du service musique à Télérama et spécialiste de l'économie du live.
01:13 Il y a plus de concerts aujourd'hui qu'il y a 20 ans, parce qu'il y a beaucoup plus d'artistes déjà.
01:17 Il y avait des filtres pendant très longtemps, on ne pouvait pas devenir artiste comme ça.
01:20 Il fallait enregistrer un disque, trouver un studio, payer la fabrication du disque.
01:25 Tous ces filtres ont complètement disparu.
01:27 Donc beaucoup plus de concerts, beaucoup plus de festivals.
01:30 Ils se sont énormément développés ces 20 dernières années, beaucoup plus de salles.
01:33 Il existe des Zéniths maintenant dans toutes les villes de province en France.
01:37 Il y a les salles de musiques actuelles aussi.
01:39 Et tous ces endroits ont besoin d'une programmation, ont besoin de concerts.
01:43 Il y a une catégorie de salles ces dernières années qui a beaucoup bénéficié de la multiplication des concerts.
01:49 Ce sont les arénas.
01:50 On sait qu'il y en a de plus en plus aussi dans chaque ville qui en construisent.
01:53 Elles ont capté aussi toute une partie des concerts.
01:56 Les artistes préfèrent aujourd'hui faire un concert dans une aréna
01:59 plutôt que des concerts dans plusieurs Zéniths.
02:01 Faire une aréna plutôt qu'un Zénith, c'est moins fatigant.
02:05 On fait un concert et on touche effectivement 20 000, 40 000, 80 000 personnes.
02:09 C'est mieux qu'une tournée de 100 smacks qui est très fatigante.
02:13 Vous voulez savoir comment j'ai rencontré ma copine ?
02:17 J'ai rencontré aux Zéniths.
02:19 Plus de concerts, c'est donc plus de revenus.
02:22 Depuis 2005, les recettes de billetterie ont plus que doublé.
02:25 Cette augmentation des recettes vient aussi du prix de vente de certains billets en pleine inflation.
02:30 En 2019, le prix moyen du billet s'élève à 35 euros.
02:34 En 2005, c'était 26 euros.
02:36 Ça a pris 30 %.
02:37 Les petits concerts n'ont pas spécialement augmenté.
02:40 Les grandes salles ont eu le billet du concert augmenté.
02:43 Et puis c'est surtout les festivals qui n'étaient pas très chers
02:46 et qui ont tendance à le devenir de plus en plus.
02:48 On a tous vu que nos factures d'énergie avaient augmenté.
02:51 Pour les concerts, c'est pareil.
02:52 Les salles de concert ont dû vendre leur salle plus chère pour rentrer dans leurs frais.
02:57 Donc les producteurs ont augmenté.
02:58 Et puis après, il y a la marge de chacun.
03:00 Pendant le Covid, il n'y a pas eu de concerts.
03:02 Donc les artistes et les producteurs ont quand même cherché à rattraper l'argent perdu.
03:09 Les cachets ont augmenté.
03:11 Pour les festivals aussi, énormément.
03:13 On sait que c'est un gros problème parce qu'il y a des festivals dans le monde entier.
03:17 Aujourd'hui, il n'y a pas des festivals seulement en France.
03:18 Il y a des festivals en Asie, dans l'Europe de l'Est.
03:22 La demande internationale en concerts est devenue énorme.
03:26 Et ça fait grimper les prix des artistes.
03:29 À ça s'ajoutent les coûts de sécurité qui ont grimpé en flèche ces dernières années.
03:33 Et aussi la course au gigantisme pour attirer toujours plus de spectateurs.
03:36 Et ça marche.
03:37 Les arénas et les grands festivals d'été,
03:39 malgré des places avoisinant les deux à 300 euros, se remplissent.
03:43 Pour l'industrie de la musique, le calcul est vite fait.
03:45 Les gros concerts, c'est là où il y a de l'argent à se faire.
03:48 C'est ainsi que depuis une quinzaine d'années,
03:49 on voit les grandes multinationales du spectacle,
03:51 dont les fameuses Live Nation et AEG,
03:54 signer des artistes à 360 degrés comme ils appellent.
03:57 Ils produisent leurs disques, ils montent leurs tournées de concerts,
04:00 qui ont lieu dans leur propre salle ou leur propre festival,
04:03 dont les billets sont vendus par leur propre plateforme de billetterie.
04:07 Avec ce capitalisme appliqué à la musique,
04:10 cette mainmise, voire ce monopole sur le spectacle,
04:13 naissent des dérives plus ou moins légales et une inflation du prix des billets.
04:17 Déjà, il y a le marché noir.
04:19 Il arrive que des robots informatiques achètent en masse des tickets
04:22 pour les vendre bien plus chers ensuite.
04:24 Ils plaignent d'ailleurs de sérieux soupçons de collusion
04:27 entre ces robots et ces multinationales du spectacle,
04:30 accusées d'être en cheville.
04:31 Mais ce n'est pas la seule raison de l'inflation récente.
04:33 C'est la mise en place de nouveaux types de billetteries,
04:36 avec la billetterie électronique, qu'on appelle les prix dynamiques.
04:39 C'est en fonction de la demande.
04:41 Plus il y a de demandes, plus le prix va augmenter.
04:42 Alors on a vu des concerts qui ont atteint des prix astronomiques aux Etats-Unis.
04:46 Bruce Springsteen, c'est monté à 10 000, 39 000 dollars pour Tale of Swift.
04:50 Ticketmaster, qui a carrément arrêté la vente de tickets.
04:52 Une dernière raison à l'augmentation des prix des concerts,
04:56 c'est la mise en place de zones premium, notamment dans les festivals,
05:00 mais aussi dans les arénas.
05:01 Ça se développe vraiment ces dernières années.
05:03 Dans les festivals, ce sont donc les zones premium,
05:06 les golden pits, les zones VIP.
05:08 Alors on en paye plus cher, parfois pas tellement plus cher,
05:12 20 euros, mais parfois ça va jusqu'à 400 euros la place.
05:15 Et là, on a champagne à volonté, on a la meilleure vue sur la scène.
05:19 Ça paraît un peu dingue, mais c'est toujours les places qui partent en premier finalement.
05:23 Donc il y a aussi une demande, et les producteurs de spectacles se disent tous
05:28 "pourquoi est-ce que je ne prendrais pas l'argent ?"
05:29 Et on peut ajouter Beyoncé pour sa tournée 2023,
05:36 avec des billets VIP à près de 2700 euros pour le concert de Londres.
05:42 Et ça s'arrache comme des petits pains.
05:43 On constate surtout que l'argent tombe toujours dans les mêmes poches,
05:46 celles des gros artistes et des grosses entreprises.
05:49 Dans Télérama, Clara Lucchini a déclaré qu'elle n'avait touché
05:53 que 160 euros pour son premier Olympia.
05:55 Un clé finalement très faible qui s'explique par le coût d'un concert,
05:59 pour lequel il faut payer les musiciens sur scène, les techniciens,
06:02 le coût de location de la salle et tous les frais de tournée.
06:05 Et ça c'est le cas pour de nombreux artistes, de son envergure ou en devenir,
06:09 obligés de multiplier les concerts et les tournées à rallonge
06:12 pour gagner leur vie au risque de frôler l'épuisement.
06:15 Ou d'aller chercher des moyens de rémunération ailleurs.
06:18 C'est justement ce portefeuille que l'on va continuer à ouvrir
06:22 dans le prochain épisode de Cash Music.
06:24 [Applaudissements]
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