00:00 J'ai galéré comme un fou pour essayer de remonter ma boîte.
00:03 Parce que vous imaginez bien, M. Véran, qu'à un moment donné,
00:05 quand vous investissez dans une nouvelle entreprise,
00:08 vous mettez ce que vous avez, et puis les économies que vous avez,
00:10 forcément, vous les mettez sur la table.
00:12 Moi, je n'avais plus rien.
00:13 Mais d'un petit peu d'aide, ce n'est pas de l'aide que je demandais.
00:15 Je demandais mon droit de travailler.
00:16 Une chose à 25 %, je n'aurais même pas eu besoin de vos aides.
00:19 Parce que si on calcule bien, dans l'absolu, à 25 millions par jour,
00:23 même sur 7 sur 7, ça ne me dérangeait pas de travailler.
00:25 Je continuais de payer mes charges, je continuais de payer mes employés,
00:28 je continuais de vivre et d'engranger la trésorerie,
00:31 ce qui paraît normal, on est d'accord.
00:33 Ça, vous ne m'avez pas laissé faire.
00:35 Vous ne m'avez pas laissé faire, vous m'avez dit que c'est tout le monde 10 000.
00:37 D'accord ? Même le mec qui n'en a pas besoin, il prend les 10 000.
00:40 Puis après, les PGE, c'était 25 % du PGE, d'accord ?
00:43 Que l'État a garanti.
00:44 Vous avez déposé quelque chose quelque part en termes de garantie ?
00:47 Parce que 90 000 € pour moi,
00:49 Cyril, ça fait 25 % de mon chiffre d'affaires de l'époque, bien sûr.
00:53 25 % de mon chiffre d'affaires de l'époque.
00:55 Aujourd'hui, vous avez mis sur la table 140 milliards d'euros.
00:59 Euh, de millions d'euros, pardon, excuse-moi.
01:01 Milliard d'euros, excusez-moi.
01:03 Milliard d'euros.
01:04 Ces milliards d'euros, aujourd'hui, ce sont nous, les Français, qui payons.
01:08 Aujourd'hui, il faut savoir qu'il y a 49 % de faillites supplémentaires en 2022
01:12 dans l'hôtellerie-restauration.
01:13 Ces PGE, là, qui va les payer ?
01:15 Ça, c'est ma première question.
01:16 Ma deuxième question, c'est quand est-ce que moi,
01:18 vous me remboursez sur ma perte personnelle ?
01:20 Parce que vous me demandez de rembourser un PGE
01:22 et des charges à ne plus savoir qu'en faire.
01:24 Je paye 30 % de ma tière en plus depuis 2019.
01:27 Vous connaissez le prix du litre du fioul, M. Véran,
01:30 en fioul domestique, pour se chauffer ?
01:32 - Allez-y.
01:33 - Bah, dites-moi.
01:34 - Allez-y, je code tous les chiffres en date.
01:35 - 2019, 0,64 centimes.
01:39 2022, 1,54.
01:41 Je mange 8 000 balles de fioul par an.
01:44 Je suis au gaz, M. Véran.
01:45 Combien je paye, à votre avis ?
01:46 Vous avez une idée du prix du gaz ?
01:48 Vous avez une idée de ce qu'on paye, nous, artisans ?
01:51 Artisans !
01:52 Mais putain de merde, je suis en train de faire 1 million d'euros,
01:55 je dégage 75 de marge brute,
01:57 42 % de ma salariale, il ne me reste rien.
01:59 Et quand il me reste, vous me prenez encore 25 %.
02:02 Je ne vois pas mes gosses pendant des mois,
02:05 parce que je travaille en cuisine.
02:06 Je suis comme un veau, mes employés sont là,
02:08 ils ne lâchent rien.
02:09 Merci à ma clientèle d'être là.
02:11 Franchement, merci.
02:11 Franchement, je trouve ça aberrant qu'aujourd'hui,
02:14 vous venez sans présenter d'excuses aux Français.
02:16 Je trouve ça lamentable.
02:18 - C'est bon ?
02:18 - Attendez, n'oubliez pas.
02:20 Ici, nous sommes les employeurs de l'État.
02:22 Vous travaillez pour nous.
02:23 Parce qu'avec mes charges...
02:25 Attendez, excusez-moi, je vous vois tous les jours à la télé, c'est bon.
02:27 Laissez-moi parler deux secondes.
02:29 - Je ne vous ai pas entendu.
02:30 - Oui, mais si vous ne me laissez pas parler, ça va.
02:31 - Allez, finissez, ce n'est pas important de m'entendre.
02:32 - À un moment donné, je vais expliquer qu'à un moment donné,
02:34 les choses doivent être dites.
02:35 Parce que toutes mes charges, vous en faites quoi ?
02:38 Toutes les charges que je paye sur les salaires,
02:41 sur les impôts indirects, qui est la TVA, d'accord ?
02:43 En 20 à 10 %, je donne 170 000 € de TVA par an.
02:47 J'ai donné 400 000 € de ma salariale.
02:50 Brut, bien sûr, Monsieur Véran.
02:52 Il ne me reste rien.
02:53 Vous nous prenez tout, tout le temps.
02:54 Puis après, on dit, il faut donner, le patron le veut mieux payer.
02:57 Vous savez combien on paye un plongeur chez nous, Monsieur Véran ?
02:59 Vous avez une idée ?
03:00 C'est 1 500 € nourri-logé.
03:02 Net, net.
03:04 Je vous garantis.
03:04 Ça, c'est pour la plonge.
03:06 Plus les heures supplémentaires.
03:07 Un serveur, c'est 2 000 €.
03:09 J'habite à Cusanze.
03:10 C'est un tout petit village de 70 habitants.
03:11 Je ne suis pas à Paris, moi, d'accord ?
03:13 Donc, on n'a pas forcément les moyens.
03:14 D'ailleurs, laissez-moi vous dire que Paris, c'est la capitale de la France
03:17 et ça ne représente pas toute la France.
03:19 Nous sommes des milliers, une multitude de communes,
03:21 une multitude d'artisans.
03:22 Donc, je ne parle que ce soir, que pour mon nom, Cyril.
03:24 Il n'y a pour le nom de personne.
03:25 - Vous parlez au nom de pas mal de gens qui nous regardent.
03:26 - Non, que pour moi, pour le coup.
03:27 Mais je voudrais vraiment vous dire,
03:29 ma colère contre l'État aujourd'hui,
03:31 qui va peut-être me mettre en faillite.
03:34 Pourquoi, Monsieur Véran ?
03:35 Parce qu'à un moment donné, j'ai travaillé, d'accord ?
03:37 Après la reprise du Covid, j'ai bossé.
03:39 On a travaillé une super année.
03:40 D'ailleurs, cette année, il y a fait beau, c'était top.
03:42 Je me suis, parce qu'on avait une pénurie de personnel,
03:44 j'ai créé une école avec Marie-Guy Duffey,
03:46 la présidente de région Bourgogne-Franche-Comté,
03:48 le Gréta Besançon, qui m'a super bien aidé
03:50 pour qu'on mette en place des gens pour les remettre au boulot,
03:54 des gens qui étaient sans emploi, sans formation, de 18 à 60 ans.
03:57 Donc, je me suis cassé la tête.
03:58 Je n'ai pas baissé les bras.
03:59 Aujourd'hui, je baisse les bras.
04:01 Quand j'aurai vendu ou si je ne l'ai quitté pas avant,
04:03 je prendrai l'argent que j'ai et j'irai le dépenser ailleurs.
04:06 Vous ne verrez plus un euro de ma poche.
04:09 Je continuerai de payer.
04:10 Il me reste trois ans à payer.
04:11 Dans trois ans, je quitte ce pays
04:12 parce que j'espère que tout le monde fera ça.
04:14 Parce qu'à un moment donné, ce pays...
04:16 Attendez, Nicolas Sarkozy a dit un jour,
04:18 "La France, quand tu ne l'aimes pas, tu la quittes."
04:20 C'est vrai ou pas ?
04:21 Moi, je dis que quand la France n'aime plus ses artisans,
04:23 ses artisans doivent quitter le pays.
04:25 Ça, c'est une vérité.
04:26 Ce n'est pas dangereux.
04:27 C'est vous, aujourd'hui, le cancer de ce pays.
04:29 Ce n'est pas nous.
04:29 Nous, on bosse.
04:31 Si vous vraiment, vous aimiez la France, M. Véran...
04:33 - Stéphane...
04:33 - Je t'amène tous les députés et tous les sénateurs
04:36 et tous les ministres, vous travailleriez au SMIC.
04:39 Au SMIC, pas un euro de plus.
04:41 Comme ça, vous comprendrez ce que ces gens-là,
04:42 tous, là, vivent.
04:43 Parce qu'avec 1300 balles aujourd'hui, tu ne veux pas.
04:45 Et moi, patron de 25 salariés...
04:49 - Comment vous avez gagné par mois, pour vous, Stéphane ?
04:51 - Ça fait six mois que je n'ai pas pris de salaire.
04:53 - Ouais. - Six mois.
04:53 Je n'ai pas pris un salaire.
04:54 Je vous montre mon compte bancaire.
04:55 Si j'avais mon téléphone, je vous le montrerais sur les yeux.
04:57 Je n'ai pas un euro.
04:58 Putain, j'ai travaillé comme à Força, il ne me reste rien.
05:01 Alors, ne me dites pas, ne me parlez pas de vos aides
05:03 au niveau de l'État par rapport à l'électricité.
05:06 Ça ne vaut rien.
05:06 Ça ne vaut rien parce que concrètement, vous vous appelez,
05:08 il n'y a personne au bout du fil.
05:09 D'accord ?
05:10 Si vous êtes à 49% d'augmentation, vous n'avez le droit à rien.
05:14 Vous n'avez le droit à rien.
05:15 Si vous faites plus d'un million de chiffre d'affaires, rien.
05:18 D'accord ?
05:18 Donc, des aides de quoi ?
05:20 On peut... Même les charges.
05:21 Vous savez que si vous reportez votre PG aujourd'hui...
05:23 Concrètement, j'ai appelé mon banquier
05:25 parce qu'on s'entend bien, c'est un mec super.
05:27 On s'appelle, il me dit "Steph, je suis désolé, je ne peux pas t'aider
05:29 parce que si je te reportais un petit coup de PG,
05:32 ne serait-ce qu'une année, vous voyez ce que je veux dire ?
05:33 Parce que maintenant, deux ans de Covid,
05:35 on a reporté les PGE qui devraient durer sur six ans.
05:37 Maintenant, ils disent que sur quatre,
05:38 on a commencé à enclencher les PGE, c'est une fortune.
05:40 Ça, pour moi, c'est 1800 balles par mois en plus.
05:42 Donc, c'est 18 000 euros quasiment par an.
05:45 Donc, ça me coûte une fortune.
05:46 À un moment donné, j'explique que...
05:48 Je n'ai pas la structure qui a 25 ans comme marque,
05:51 qui est imposée depuis des années.
05:53 Moi, il y a trois ans que j'ai acheté ce resto.
05:55 Mais on ne nous a pas laissé respirer,
05:57 ni pendant le Covid, ni après le Covid.
05:59 On a le PGE sur la tête, d'accord ?
06:01 On a la tête sous l'eau concrètement, avec tout inflambé.
06:06 Comment on fait pour s'en sortir, Monsieur Véran ?
06:07 Comment ?
06:07 - Justement, alors, je réponds, Stéphane.
06:10 Bon, d'abord, je vois que vous êtes en colère.
06:12 - Ah, vous savez à quel point je suis en colère.
06:13 - Non, mais je l'imagine, vous savez, j'en ai vu d'autres.
06:16 Et je vois que vous êtes en colère
06:17 et je ne critique pas les raisons de votre colère.
06:18 Et je pense que parmi ce que vous avez dit, il y a des trucs…
06:20 - Je vous respecte, Monsieur Véran, en tant que…
06:21 - Je ne suis pas sûr.
06:22 - Non, attendez, je respecte l'homme, je vous respecte,
06:24 je ne respecte pas la fonction que vous prenez en tête aujourd'hui.
06:26 - Non, non, traiter de quelqu'un de cancer, je ne le ferai jamais,
06:27 même à Empire Ennemi, d'accord ?
06:29 Donc, quand vous dites que je suis le cancer de machin, non.
06:31 - C'est une image, Monsieur Véran.
06:32 - Si vous respectez les gens, ça veut dire que vous apprenez aussi.
06:35 Je crois que je suis ici depuis une bonne heure, Cyril.
06:37 Je crois que je ne me défile pas derrière les questions.
06:39 Je n'ai pas sélectionné les gens qui viennent ici ce soir.
06:41 Je n'ai empêché personne de venir d'ailleurs ce soir sur ce plateau.
06:43 Et donc, je viens ici pour qu'on puisse débattre et discuter tranquillement.
06:46 Donc moi, je n'utiliserai jamais l'invective
06:48 et je n'utiliserai jamais des injures, ni merde, ni…
06:50 - Et bien, je vous le dis, vous travaillez dans ma cuisine
06:52 17 heures par jour sous 5 jours.
06:54 - Stéphane, il y a plein de raisons pour lesquelles vous avez le droit d'être en colère
06:57 et je ne remets pas en question ça.
06:58 Je vous dis juste pour qu'on puisse avoir une discussion.
07:00 Ça veut dire qu'une discussion, c'est à deux.
07:01 Je vous ai écouté.
07:02 Maintenant, je vais essayer de vous parler un peu.
07:04 Il y a des choses pour lesquelles vous vous êtes exprimé
07:06 ou je peux être d'accord sur le poids des charges
07:08 quand on ouvre un restaurant, sur le poids de la masse salariale,
07:13 les complexités administratives.
07:15 Vous pouvez vous retrouver la tête sous l'eau.
07:16 Je ne doute pas une seconde que vous soyez un bosseur, que vous dormiez pas…
07:20 - C'est le 15 de mars, je suis souverain. Attention.
07:22 - Je ne doute pas une seconde que la nuit, quand vous essayez de dormir,
07:24 vous pensez aux comptes et que ça vous empêche de dormir, etc.
07:26 - Je vais demander à ma femme.
07:27 - Non mais, donc je peux parfaitement comprendre ça
07:29 et le niveau de stress dans lequel vous êtes, je peux l'entendre.
07:31 D'accord ? OK.
07:32 Les trucs sur lesquels on ne tombera pas d'accord, mais on n'est pas là.
07:34 Ce n'est pas pour ça que vous m'interrogez ce soir sur la gestion de crise Covid.
07:37 Vous avez le droit, c'est votre opinion,
07:39 mais vous avez le devoir de respecter la loi et vous l'avez respectée
07:41 puisque vous avez fermé le restaurant.
07:43 Et l'État, en retour, là, c'est là où je ne suis pas d'accord.
07:46 Je vois beaucoup de restaurateurs, je vais dans beaucoup de restos,
07:48 dans beaucoup de bars, dans beaucoup de commerces,
07:50 où en général, les gens disent "ça a été compliqué, mais vous nous avez aidés".
07:53 "Vous nous avez aidés et vous avez été là".
07:54 Et de fait, Stéphane, il n'y a pas beaucoup de restaurants qui ont fermé
07:58 suite à l'épisode du Covid et à la fermeture imposée pour des raisons sanitaires.
08:01 C'est complètement faux ce que vous dites.
08:02 D'accord, alors...
08:04 Demandez les chiffres à l'UMI et à l'INSEE.
08:06 C'est très simple.
08:07 Stéphane, j'ai rencontré Thierry Marx,
08:09 qui est le nouveau patron de l'UMI, il y a trois semaines.
08:11 Donc on en a discuté ensemble, on a fait le point sur le nombre de restaurants
08:14 avant la crise, après la crise et les difficultés.
08:17 La grosse difficulté que doivent affronter aujourd'hui les restaurateurs,
08:21 vous l'avez un peu dit et vous avez une solution qui montre que vous êtes débrouillard,
08:24 c'est la capacité à recruter, c'est de trouver du personnel.
08:27 Vous l'avez dit vous-même, vous avez augmenté sans doute le salaire de votre plongeur,
08:30 vous avez augmenté les salaires de votre serveur.
08:32 On n'a pas le choix, nous on n'a personne.
08:33 Et alors, les serveurs, ils vous diront qu'ils n'ont pas le choix
08:35 que de demander une hausse de salaire parce que c'est compliqué pour eux,
08:38 parce qu'ils sont obligés de faire du travail haché, qu'ils partent très tard,
08:41 que ça leur coûte cher en transport, etc.
08:43 Donc, de fait, le marché a évolué et on a besoin aussi d'adapter la formation
08:48 des jeunes vers les métiers pour lesquels on peut recruter.
08:50 Et il se trouve que la restauration, c'est de fait un vrai métier en grosse tension
08:54 et que c'est la galère pour les restaurateurs.
08:56 Vous le savez, et je trouve ça très bien,
08:58 vous avez manifestement créé avec la région, vous avez cité Marie-Guy de Duffey,
09:01 une école de formation pour pouvoir former vos propres jeunes
09:04 qui pourront ensuite travailler dans vos restaurants
09:06 et les autres restaurants de la région, ce qui est très bien.
09:08 - Il manque 250 000 postes en intérieur de restauration aujourd'hui.
09:10 Donc moi, avec mes 8 cuisiniers, je ne vais pas aller loin.
09:13 - Mais vous les recruterez, c'est aussi pour ça que les salaires ont augmenté,
09:16 c'est pour ça aussi que vos charges ont augmenté.
09:17 - 16% de charges encore sur nos dos.
09:20 - Aujourd'hui, on ne paye plus un serveur au SMIC,
09:21 il faut en général augmenter le salaire,
09:23 surtout quand on est dans des territoires ruraux,
09:26 c'est difficile de trouver des jeunes qui peuvent venir bosser dans la restauration.
09:28 De fait, et donc on veut aussi accompagner,
09:30 à la fois en formant davantage de gens pour aller dans les métiers en tension
09:34 et à la fois continuer d'accompagner les commerçants, les restaurateurs
09:37 pour qu'ils ne soient pas obligés de mettre la clé sous la porte
09:40 parce qu'ils n'ont pas de personnel ou parce que ça leur coûte trop cher.
09:42 [Musique]
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