00:00 Mais psychologiquement, comment vous voulez qu'on se remette de ça ?
00:03 - Je sais pas. J'ai pas la réponse à votre question.
00:05 J'ai pas traversé ça. - C'est pas possible.
00:07 Moi, je vous le dis, c'est...
00:08 - Vous m'avez dit que c'était votre premier commerce.
00:11 - Oui, premier commerce, oui.
00:12 Moi, on parlait du Covid.
00:15 Moi, par exemple, pour mon cas de figure, pour le Covid, j'ai le droit à zéro aide.
00:18 Après, comme on disait, les boulangers...
00:20 - Votre salarié, vous êtes resté ouvert, vous ?
00:23 - Moi, je suis resté ouvert, mais on était commerces essentiels.
00:25 Mais c'était très compliqué parce qu'on n'avait pas de clients,
00:27 parce qu'ils n'avaient pas le droit de sortir
00:28 ou ils ne savaient pas ce qu'ils avaient le droit de faire.
00:30 Bref, c'était un peu le bordel.
00:31 Mais on a réussi à tenir le coup.
00:32 Et comme vous disiez, effectivement, on s'est relevé de ça et on était très fiers.
00:35 On s'est dit, on a vu le pire de notre vie professionnelle, moi, de 17 ans de métier.
00:40 Et au final, là, on voit l'inflation, c'est pire que tout, en fait.
00:43 - C'est pire que le Covid.
00:45 - C'est pire que le Covid, à l'heure actuelle.
00:48 Et moi, je sais pas, j'attends du gouvernement qui se batte pour nous.
00:50 Comme on dit, on est le commerce préféré des Français.
00:53 On a quand même brandi la baguette au patrimoine immatricule de l'UNESCO.
00:56 On est fiers de l'avoir en France. Il n'y a pas de souci.
00:59 Mais nous, on attend que l'État peut-être se batte pour nous différemment.
01:03 Peut-être, je sais pas. Je ne suis pas politicien.
01:05 Je ne serais pas vous dire qu'est-ce qu'il faut faire, qu'est-ce qu'il ne faut pas faire.
01:07 Mais voilà, nous, on demande juste à faire notre boulot.
01:09 Comme vous dites, notre savoir-faire, c'est tout ce qu'on demandait.
01:11 Nous, en fait, ce n'est pas notre job d'aller sur la télé ou de sortir comme ça.
01:15 Nous, c'est vraiment notre boulot. Nos labos, c'est notre vie.
01:18 Vous parlerez avec des passionnés, ils vous diront la même chose.
01:20 Les collègues, c'est tous pareil.
01:22 Donc voilà, peut-être que le gouvernement devrait peut-être, je sais pas,
01:26 changer la dynamique ou regarder d'un autre angle.
01:28 Peut-être, je sais pas.
01:29 - Est-ce que vous... Alors, il y a des choses,
01:30 mais je ne vais pas vous faire tout l'apanage de tout ce qu'on fait.
01:32 Mais il y a un truc que j'aime beaucoup moins, c'est ce qu'on appelle "action cœur de ville".
01:35 Ça vous parle ou pas ? - Absolument pas, non.
01:37 - Bon, "action cœur de ville", on le fait dans un peu plus de 200 villes de taille moyenne,
01:40 pour le coup. C'est moins les villages.
01:42 Mais c'est un peu dans l'esprit de ce que je disais tout à l'heure,
01:43 recréer des zones de rencontres où les gens...
01:46 C'est-à-dire qu'on essaie de lutter contre l'implantation excessive
01:49 de supercentres commerciaux à l'extérieur des villes,
01:51 parce que vous prenez votre bagnole, vous garez sur un parking,
01:53 vous ne croisez personne, vous faites vos courses,
01:55 vous rentrez chez vous et vous restez seul.
01:57 Et on se dit qu'en fait, pour créer une dynamique collective
01:59 et des mécanismes de solidarité, que les gens se rencontrent,
02:02 il faut qu'on anime les cœurs de ville.
02:03 Et donc, l'État finance les collectivités qui participent à ça,
02:06 pour renforcer, moderniser le cœur des centres-villes,
02:09 de ces villes de taille moyenne, et réimplanter des commerces.
02:12 Moi, je vous dis une chose, il n'y a pas de fonctionnaire boulanger,
02:15 sauf dans les administrations publiques.
02:17 Donc, vous êtes un libéral, un commerçant,
02:19 vous avez ouvert votre commerce, etc.
02:22 Moi, je suis à peu près certain, en tout cas j'espère,
02:25 qu'il y a des élus locaux qui nous écoutent ce soir,
02:27 et il y en a peut-être un certain nombre d'entre eux,
02:28 qui se disent "moi, Julien, il a l'air motivé, il est jeune,
02:31 il a du savoir-faire, j'ai plus de boulangerie chez moi
02:33 depuis quelques années, ça m'intéresse d'en réimplanter un,
02:35 peut-être qu'on vous appellera, qu'on vous proposera des aides aussi,
02:38 localement, parce que les collectivités peuvent vous apporter des aides,
02:41 quand elles ont besoin de faire venir des commerces,
02:43 et que là, peut-être que vous retrouverez le goût de cette prise de risque.
02:46 Mais sinon, je vous souhaite de toute façon d'être heureux
02:48 dans votre vie professionnelle.
02:50 – Mais comme Monsieur le Ministre disait un truc il y a un instant,
02:54 je vous sens quand même passionné, Julien,
02:56 vraiment on le sent, vous êtes passionné,
02:57 vous avez dit "le labo, c'est ma passion la boulangerie".
02:59 – Ah oui, pour être boulanger, il faut être passionné,
03:00 on ne peut pas faire ça pour l'argent ou pour la fonction,
03:03 c'est la passion du métier.
03:05 – Je suis persuadé que vous allez reprendre la boulangerie, et j'espère…
03:07 – Voilà, il y en a qui me le disent aussi plus tard,
03:09 mais là, dans l'immédiat, non.
03:10 – Il faut un peu de temps, de toute façon,
03:11 il faut un peu de temps pour se retourner après.
03:12 – Merci à vous de l'avoir invité, merci Monsieur Véran.
03:14 – On va essayer de trouver des solutions pour vous, merci.
03:17 [Musique]
Commentaires