00:00 Voici les Blaïls, deux vieilles sœurs qui vivaient entre les aigues.
00:03 Personne ne restait là-haut l'hiver à cause de l'altitude, du froid et des avalanches
00:07 qui isolaient complètement le hameau.
00:08 Personne ne restait là-haut, sauf les Blaïls, deux sœurs plus sourdes qu'un sauneur,
00:12 plus vieilles que le temps.
00:13 Elles étaient là depuis des lustres, c'était leur vie, elles n'en connaissaient pas d'autres.
00:16 Tout l'été, elles se préparaient pour l'hiver.
00:18 Le bois pour le feu, le foin pour la vache, le manger pour elles, pommes de terre et s'aigle
00:22 à qui il fallait deux ans pour monter en grain.
00:24 Aux premières neiges, elles comptaient les jours de la semaine en déplaçant des paniers
00:30 au fur et à mesure de l'avancée du temps.
00:31 Seule l'aînée s'autorisait à changer les semaines et les mois car elle pensait qu'une
00:32 erreur aurait pu être fatale au cycle des saisons.
00:34 Un mauvais jour, la plus vieille des Blaïls, devant le feu qui n'arrivait plus à la réchauffer,
00:38 se sentit partir lentement.
00:39 Elle s'éteignait comme une bougie qui manque d'air.
00:41 La plus jeune des Blaïls, restée seule, n'avait pas la force de faire la trace dans la neige
00:45 et de creuser le sol durci.
00:46 Mais courageuse, maître après maître, elle monta le corps décharné de sa sœur jusqu'au
00:50 Bawti, pendant le reste de l'hiver, elle montait un moment tenir compagnie à la morte
00:54 qui se momifiait doucement.
00:55 De mémoire, elle repassait les histoires de leur jeunesse, de leur mère, du père,
00:59 déjà cent fois répétées.
01:00 Enfin, transpercée par le gel, lentement, elle descendait l'échelle qui craquait moins
01:04 que ses genoux et elle rejoignait la vache pour se réchauffer.
01:07 Aux premières fleurs, les familles précédées de leur bête s'installèrent au chalet.
01:10 Elles ne virent pas les Blaïls venir à leur rencontre.
01:12 Elles trouvèrent la cheminée froide.
01:14 Enfin, elles découvrirent les deux sœurs, raides comme branches mortes.
01:17 L'une était délicatement allongée sur les traverses de bois, l'autre était cassée
01:21 sur sa sœur comme pour remonter la couverture qu'elle tenait à la main.
01:24 [Musique]
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