00:00Tu savais que le nom complet de Dali, c'est Dali I. Domenech ?
00:02Comme Raymond Domenech ?
00:03Exactement !
00:04Et je suis sûr que t'as encore plein d'autres choses à apprendre
00:06sur l'incroyable histoire de Salvador Dali.
00:08Allez, installe-toi confortablement, prends un petit café,
00:11et bienvenue dans ce premier numéro de La Poulose d'Art !
00:30Notre histoire commence à Figueres, en Espagne, le 12 octobre 1901.
00:41Dali ouvre les yeux pour la toute première fois.
00:43Il fait la fierté de ses parents.
00:44Malheureusement, à deux ans, il contracte une gastroenterite
00:47et meurt des suites de complications le 1er août 1903.
00:50Mais tu dis n'importe quoi !
00:51Attends, je t'explique.
00:52Le 11 mai 1904, neuf mois après la mort de Dali,
00:55naît Salvador Dali.
00:56Tu fais un AVC ? Tu veux que j'appelle le 15 ?
00:58Non mais là, cette fois, on parle bien du monde.
00:59Ah d'accord, Salvador grandit dans les pas de son défunt frère aîné.
01:03Ses parents pensent même qu'il est la réincarnation de celui-ci.
01:05Il dort dans sa chambre, porte ses vêtements et contemple,
01:08chaque jour, les portraits photographiques de celui qui lui ressemble les temps.
01:11Comment traumatiser un gamin, leçon numéro 1.
01:14C'est ça !
01:15Et tu verras que le personnage excentrique s'est construit sur ce drame.
01:17D'ailleurs, je pense que ses parents ont vite regretté de l'avoir torturé avec ça.
01:21À quatre ans, Dali est déjà un provocateur turbulent.
01:24Il a pris l'habitude de chier dans les chaussures de ses parents,
01:26dans les tiroirs et les pots de fleurs.
01:28On avait dit pas quand on mange, bordel !
01:30Pardon.
01:31À dix ans, Dali détonne déjà par son style.
01:33En 14, les enfants s'habillent avec le bermuda, la chemise blanche, le petit gilet boutonné.
01:38Salvador, lui, est drapé d'une cape, d'un pantalon bouffant et porte des guêtres.
01:42En gros, c'était un peu le punk ou le techwear de son époque.
01:45Si tu veux.
01:46Au passage, si tu penses que c'est qu'une lubie d'enfant, tu te gourds.
01:49La personnalité de Dali ne fait que s'affirmer
01:51et le passage à l'âge adulte ne va rien arranger.
01:53À l'âge de 22 ans, il s'est déjà fait renvoyer deux fois des Beaux-Arts de Madrid.
01:57La première fois, en 1923, il est accusé d'avoir mené une révolte étudiante.
02:02Mais en mode barricade et tout ça, tu vois, la totale.
02:04Ah ouais, c'était un gros thug en fait, le Dali.
02:06Attends, c'est pas fini.
02:08La deuxième fois, il s'est fait exclure définitivement pour avoir déclaré incompétent
02:12le jury qui devait l'évaluer pendant son examen final.
02:14Matz qui dit lors de son audition de renvoi.
02:16C'est un fou, le gars.
02:17Je suis plus intelligent que les trois professeurs.
02:19Ainsi, je refuse de me faire interroger par eux.
02:21Je connais beaucoup mieux le sujet.
02:22Ah ouais, celle-là, pour la sortir, il faut avoir une sacrée paire de c*****.
02:28Son renvoi n'empêche pas de rencontrer le succès.
02:31A 23 ans, il réalise sa deuxième exposition individuelle à Barcelone
02:35et on commence déjà à ressentir les prémices du surréalisme.
02:38Faut dire que Dali a découvert pendant ses études les travaux de Sigmund Freud.
02:41Je crois qu'on dit Fred.
02:42Marqué à vie par son livre L'Interprétation des Rêves,
02:44c'est maintenant dans son subconscient qu'il va puiser son inspiration.
02:471929, retiens bien cette date.
02:49Pourquoi ? C'est ton code PIN ?
02:50Non, c'est une date charnière dans la création du personnage Dali.
02:54En visite à Paris chez Juan Miró, un autre illustre inconnu,
02:57il est intronisé dans le mouvement surréaliste dirigé par André Breton.
03:01Il y rencontre Paul Éluard, de son vrai nom Eugène Grindel, et son épouse Gala.
03:05Celle qui chantait « Fruit from desire » ?
03:07Tu veux bien arrêter de m'interrompre toutes tes 30 secondes ?
03:09Gala donc.
03:10Dali tombe fou amoureux et apparemment c'est réciproque.
03:13Salvador et Gala ne se quitteront plus.
03:14Bon, Paul, lui, par contre, il l'a mauvaise.
03:16Mais bon, on s'en fout, c'est pas l'histoire.
03:17Tiens, en parlant de Gala,
03:18tu savais que c'est grâce à elle que Dali est devenu aussi célèbre ?
03:21Elle a tout géré.
03:22Son agenda, ses contrats, ses relations publiques.
03:24D'une période vache maigre,
03:25il passe rapidement au statut de star montante.
03:27Comme dirait Talleyrand,
03:28« Derrière chaque grand homme, il y a une femme. »
03:31Et derrière chaque grande femme, il y a une grosse...
03:33Ta gueule ! Vraiment, ta gueule.
03:35Hein ? Voilà.
03:36Bon, j'en étais où, moi ?
03:37Ah oui, Gala.
03:38Avec Gala à son bras, Dali prend encore plus d'assurance.
03:40Son personnage excentrique se construit sur les traumatismes de son enfance,
03:44enrichis par les travaux de Freud.
03:46Fred.
03:47C'est lui.
03:48La provocation devient de plus en plus sa marque de fabrique.
03:50Le parangon de sa provocation s'illustre par ses idéologies politiques.
03:53D'abord anarchiste dans ses jeunes années,
03:55Dali devient anticommuniste,
03:57ce qui déplait fortement à ses amis du mouvement surréaliste.
04:00En effet, la plupart sont quasiment tous de fervents socialistes.
04:03Il développe même dans les années 30 une étrange fascination pour Hitler.
04:06Dali, nazi ! Dali, nazi !
04:09Oulà, je t'arrête tout de suite.
04:11On lit beaucoup de choses sur Dali fasciste,
04:13mais il faut d'abord remettre les choses au point.
04:15Déjà, dans les années 30, Hitler est en pleine ascension politique.
04:18Ce n'est pas encore le criminel de guerre qu'on connaît désormais.
04:21D'ailleurs, dans son livre Journal d'un génie adolescent, Dali écrira
04:24« Hitler ne m'intéressait qu'en tant qu'objet de mon délire
04:27et que parce qu'il m'apparaissait d'une valeur catastrophique incomparable. »
04:30Malgré tout, ses idées politiquement incorrectes vont lui mettre tous ses amis à dos.
04:34En particulier André Breton, le chef du mouvement surréaliste,
04:37qui va finir par l'exclure du groupe.
04:39Il se met même à le surnommer Avida Dollard,
04:41ingénieuse anagraphe,
04:43qu'on peut traduire par « qui aime l'argent ».
04:46Moi, en anagramme, je connais Kayak.
04:48Ou Bob.
04:49Mais c'est un palindrome, ça.
04:51Et puis merde.
04:52Pour boucler sur les idéologies politiques de Dali,
04:54il faut aussi dire qu'il a souvent retourné sa veste par confort.
04:57D'abord proche des républicains,
04:59lors du coup d'état du général Franco en 1936,
05:01il se ralliera ensuite au franquisme pour pouvoir rentrer en Espagne
05:04et ira même jusqu'à peindre la fille du dictateur.
05:06On crache pas sur un beau chèque.
05:08Je veux pas dire, mais t'as quand même sacrément niqué l'ambiance, là.
05:11Ouais, t'as raison.
05:12Bon, allez, on va causer un sujet plus fun.
05:19Tu savais que Dali organisait des soirées libertines à New York,
05:21puis à Paris après la guerre ?
05:23Comme Patrick Sébastien ?
05:24Ouais, si on veut.
05:25Donc Dali, pour remettre un petit peu les choses en contexte,
05:27a toujours assumé son impuissance.
05:29Il avait en prime une phobie des maladies vénériennes
05:31et fuyait donc les femmes comme la peste,
05:33sauf pour les peindre ou les reluquer à bonne distance.
05:35Par contre, il adorait mater.
05:37Et Gala, elle, elle avait des besoins.
05:39Et apparemment, elle avait des besoins fréquents et nombreux,
05:43si tu vois ce que je veux dire.
05:44Du coup, grâce à son officier du cul,
05:46Jean-Claude Dubarry,
05:47oui, le titre du poste est excellent,
05:49Dali organisait des soirées à la Jackie et Michel.
05:51C'est quel code rom, ça, chez Pôle Emploi, officier du cul ?
05:56Ses invités s'adonnent donc au clédalisme,
05:58une pratique sexuelle dérivée de Solange de Cléda,
06:00l'héroïne de son unique roman érotique,
06:02Le Visage Caché.
06:03En gros, le clédalisme, ça consiste à assouvir
06:06les désirs sexuels du maître,
06:07qui participent plus psychologiquement que physiquement.
06:10Un mélange de rapports dominants-dominés
06:12mêlés au voyeurisme.
06:13Ça te plaît, hein ?
06:14Je savais que j'aurais dû garder
06:15les soirées libertines pour la fin.
06:16Bah non, chronologiquement, ça aurait fait bizarre.
06:18Hé, tiens, Dali est mort.
06:19Mais tu savais qu'il faisait des partouzes ?
06:21T'as pas tort, pour une fois.
06:22Bon, de toute manière,
06:23j'ai quand même gardé le meilleur pour la fin, tu verras.
06:25Donc notre Dali, entre deux séances sur Youporn,
06:27il bossait un petit peu, quand même.
06:29Il bossait même beaucoup.
06:30On dit que c'était un travailleur acharné.
06:32Tant et si bien qu'il en est venu à réaliser
06:33les décors du film Spellbound de Alfred Hitchcock.
06:35En français, La maison du docteur Edwards.
06:37Ah ouais, en VF, c'est tout pourri, hein.
06:39Je te spoil pas le film, hein.
06:40Tire le maté après la fin de mon récit.
06:42C'est d'ailleurs pas la seule contribution
06:44au théâtre et au cinéma de Dali.
06:46Il y en a eu beaucoup d'autres.
06:47Comme, par exemple, sa participation
06:48dans Dune de Alejandro Jodorowsky,
06:50un film inachevé qui regroupait
06:52pas mal des génies de son époque.
06:54Ouais.
06:55Non mais attends, je te lâche quelques noms,
06:56ça va te faire saliver direct.
06:57Storyboard de Jean Giraud, alias Moebius.
06:59Des illustrateurs comme Jigger, Chris Foss,
07:02Richard Corbin, musique de Pink Floyd,
07:04en acteurs David Carradine,
07:06Orson Welles, Mick Jagger,
07:08Alain Delon, Charlotte Rampling,
07:10et Dali, dans le rôle de l'empereur.
07:12Il sera d'ailleurs l'acteur le mieux payé
07:13de l'histoire de cinéma,
07:14avec un cachet de 100 000 $ à la minute.
07:17Bon, je te rassure, hein.
07:18Il apparaît genre 5 minutes dans le film.
07:20Étonnamment, le storyboard va circuler
07:21à Hollywood et on verra débarquer
07:22des petits films comme Star Wars
07:24ou Dune de David Lynch.
07:27Moi j'aime pas trop les voleurs.
07:28J'aime pas trop les voleurs.
07:29Tu savais que Dali a aussi bossé sur un Disney ?
07:31L'ami des stars, je te dis.
07:32Il surnommait Walt, le poteau Walt,
07:34le grand surréaliste américain.
07:36Et copain comme cochon,
07:37il se lance en 1946 dans le grand projet
07:39d'un film d'animation nommé Destino.
07:41Le projet, une fois de plus, sera abandonné.
07:43Trop excentrique, trop avant-gardiste,
07:45il verra le jour seulement en 2003,
07:47finalisé par le neveu de Walt
07:48qui a repris les rênes du géant aux grandes oreilles.
07:50Peu après la guerre,
07:51Dali est au sommet de sa carrière.
07:52C'est un personnage public,
07:53une icône, un génie reconnu.
07:55Génie, il l'a toujours su.
07:57Il a toujours été pour lui.
07:58Pas de surprise là-dessus.
07:59Dix ans plus tôt,
08:00André Breton le surnommait Avid Adolard.
08:02Tu te souviens ?
08:03Je me souviens surtout de Kayak.
08:04Il ne s'était pas trompé.
08:05Tu sais ce qu'il faisait dans les boîtes de nuit
08:07et dans les restaurants lors de soirées très arrosées ?
08:09Il se bourrait la gueule ?
08:10Non, il régalait toujours, question de prestige.
08:12Mais au dos de chacun de ses chèques,
08:14il faisait un petit dessin.
08:16Un peu comme celui-là.
08:17Il faut quand même se dire
08:18qu'à ce moment de sa carrière,
08:19Dali a une cote de fou.
08:20Il savait pertinemment
08:21que la plupart des gens
08:22préféraient garder le chèque
08:23plutôt que d'aller le déposer à la banque.
08:28Pas con !
08:29Un vrai génie, je te dis.
08:30Fort de son succès,
08:31il publie en 1948
08:3250 Secrets Magiques,
08:33une sorte de traité de peinture
08:35à la gloire du génialissime Dali.
08:37Mais ce qui fait tout l'attrait de ce livre,
08:38c'est qu'il comporte
08:39une analyse comparative
08:40des plus grands maîtres.
08:41Dans cette analyse,
08:42on retrouve tous les plus grands noms
08:43de l'histoire de l'art
08:44et Dali leur attribue des notes.
08:45Son idole, Vermeer,
08:46n'obtient quasiment que des 20 sur 20.
08:48Raphaël, De Vinci et Ingres
08:50s'en sortent bien également.
08:51Mondrian se retrouve, quant à lui,
08:52tout en bas du classement.
08:53Même son compatriote Picasso y figure.
08:56Il obtient un pitoyable 2 sur 20
08:58en mystère,
08:59mais un 20 sur 20 en génialité.
09:01C'est génie le mot.
09:02Non mais c'est le terme
09:03qu'il utilisait dans son livre.
09:04Dali, lui, s'attribue bien évidemment
09:06la note maximale.
09:07Normal.
09:08Enfin, pas tout à fait.
09:09Il se donne qu'un honorable 12 sur 20
09:11en technique,
09:12bien loin derrière
09:13Vermeer et Raphaël.
09:14Je pense que tu l'as compris maintenant.
09:15Dali s'est construit
09:16un véritable personnage public
09:17extravagant,
09:18ayant bien compris
09:19que plus que le talent,
09:20ce qui compte,
09:21c'est de faire le pitre
09:22et de provoquer.
09:23Comme il le dit lui-même,
09:25et au bon moment.
09:26Et pour qu'on parle de lui,
09:27il multiplie les mises en scène loufoques.
09:28Il débarque à la Sorbonne
09:29pour donner une conférence
09:30sur sa méthode paranoïaque critique.
09:32Il débarque en Rolls Royce
09:33et dans sa Rolls
09:34l'accompagne Mille Choufleurs.
09:35D'après lui,
09:36tout tire son origine
09:37de la dentelière de Vermeer
09:38et tout finit par le choufleur.
09:40J'ai pas compris le délire.
09:41Ouais, t'inquiète,
09:42j'ai pas compris non plus.
09:43En 1958,
09:45il défile même à la Foire de Paris
09:46avec une baguette
09:47de 12 mètres de long.
09:4812 mètres de long !
09:49Un peu comme ma...
09:55Les années 60 marquent un peu
09:56le début des dérives.
09:57D'ailleurs, ça met en reine Gala
09:58qui se réfugie dans son château
09:59en Espagne,
10:00le fameux,
10:01et qui n'autorise Dali
10:02à la voir
10:03que quand elle le décide.
10:04Elle qui gérait tout,
10:05ça met un petit peu le bazar
10:06dans les affaires de Dali.
10:07Dali se met à oublier
10:08de payer ses secrétaires.
10:09Il n'y avait pas de virement
10:10à l'époque,
10:11fallait faire des chèques.
10:12Pour se faire pardonner,
10:13il a commencé à donner
10:14des pourcentages sur ses ventes
10:15ou alors même
10:16des œuvres d'art originales
10:17à ses deux principaux secrétaires,
10:18John Peter Moore
10:19et Enrique Sabater,
10:24les choses se gâtent un peu
10:25ces dernières années.
10:26Il est dans une sombre histoire
10:27de faux et de blanchiment de faux.
10:29Patrick Balkany,
10:30sors de ce corps !
10:31Je t'explique un peu le truc.
10:32Dans les années 60,
10:33Dali se met à vendre
10:34des feuilles blanches
10:35portant juste sa signature
10:36et il exhorte ses acheteurs
10:37à faire leur propre Dali.
10:39Vendu 40 dollars pièce,
10:40ces Dali en blanc
10:41seraient une idée
10:42de John Peter Moore.
10:43Il lui aurait proposé
10:44de signer pas moins
10:45de 350 000 pièces
10:46dont il aurait subtilisé
10:47une bonne partie
10:48pendant les longues heures
10:49de dédicaces.
10:50Je te fais le calcul
10:51pour que tu comprennes bien
10:52quand même.
10:53350 000 x 40,
10:54ça fait quand même
10:5514 millions de dollars.
10:56Une somme gargantuesque
10:57pour l'époque.
10:58Et donc le capitaine Moore,
10:59il se serait gardé
11:00quelques centaines de feuilles
11:01et il en aurait profité
11:02pour se faire
11:03de fausses séries graphiques
11:04qu'il aurait vendues
11:05dans sa galerie musée.
11:06Ah le bâtard !
11:07Les experts estiment
11:08que plus de 90%
11:09des Dali post-1964
11:10sont des faux.
11:11Impressionnant !
11:12Et pendant ce temps-là,
11:13sans s'amuser à viser,
11:14Salvador se balade
11:15dans la rue
11:16ou dans le métro
11:17avec son tamanoir.
11:18Il a la phobie des fourmis.
11:19Ou alors il saccage
11:20des chambres d'hôtels
11:21et de palaces
11:22avec son ocelot,
11:23Babou,
11:24cadeau du président colombien.
11:25C'est une sorte de
11:26gros chat vénère
11:27d'un mètre de long.
11:28Le président colombien ?
11:29Mais non, Babou,
11:30c'est le nom du gros chat.
11:31Il prend rien lui.
11:32Il prête son image
11:33à tout un tas de marques,
11:34des plus prestigieuses,
11:35Chanel,
11:36Dior,
11:37Vuitton,
11:38aux plus improbables
11:39comme Nissan,
11:40Lanvin ou Gap.
11:41Bref,
11:42il fait un peu n'importe quoi
11:43pour l'amour du pognon
11:44mais pour être vu.
11:45Il l'avouera plus tard
11:46et là je cite
11:47« Toutes les excentricités
11:48que je commets,
11:49toutes mes incohérences
11:50sont la marque de ma vie.
11:51Je veux me prouver
11:52que je ne suis pas
11:53le frère mort
11:54mais le vivant.
11:55Comme dans le mythe
11:56de Castor et Pollux.
11:57En tuant mon frère,
11:58j'ai gagné pour moi
11:59l'immortalité. »
12:00Malgré tout,
12:01Salvador Dali reste
12:02un personnage hors du commun,
12:03doté d'une intelligence
12:04et d'une intuition sans pareille.
12:05Après avoir développé
12:06sa méthode d'introspection
12:07qui nomme
12:08méthode paranoïa critique,
12:09il l'applique
12:10à des œuvres célèbres.
12:11Tu veux savoir
12:12ce que c'est que sa méthode
12:13de paranoïa critique
12:14avant que je continue ?
12:15J'en ai rien à branler.
12:16Ok, je m'en fous.
12:17Développée dans les années 30
12:18après ses lectures
12:19de psychanalyse
12:20et de psychopathologie,
12:21elle vise à rendre volontaires
12:22et contrôlées
12:23les hallucinations
12:24recherchées jusque-là
12:25par les surréalistes.
12:26C'est un savant mélange
12:27d'auto-hypnose,
12:28de travail de la mémoire
12:29très recherché
12:30et de techniques
12:31pour contrôler le sommeil.
12:32Par exemple,
12:33Dali faisait des siestes
12:34avec une cuillère dans la main
12:35et un bol juste en dessous.
12:36De sorte qu'au sortir
12:37du sommeil paradoxal
12:38qui génère le rêve,
12:39l'artiste se réveille.
12:40Les visions encore claires
12:41dans sa tête,
12:42il les couche immédiatement
12:43sur le papier
12:45Voilà, voilà !
12:50Comme je te le disais,
12:51Dali a appliqué sa méthode
12:52à de nombreuses œuvres
12:53d'art célèbres,
12:54en particulier
12:55à L'Angélus de Millet.
12:56Son étude inconsciente
12:57lui a révélé
12:58que quelque chose
12:59se cachait sous la toile.
13:00L'artiste,
13:01guidé par le fantôme
13:02de son frère,
13:03y aurait vu un symbole morbide
13:04caché sous un panier.
13:05Bon, la toile est très sombre
13:06mais on voit clairement
13:07un petit panier
13:08devant lequel
13:09se recueillent deux personnes.
13:10Dali publie donc
13:11un article en 1963.
13:12Il avait égaré son manuscrit
13:13pendant 22 ans.
13:14Article qui convainc finalement
13:15le Louvre
13:16de réaliser des radiographies
13:17de la toile.
13:18Et là, stupeur !
13:19Sous le panier,
13:20se cache en fait
13:21le cercueil d'un jeune enfant.
13:22Dali aurait-il réellement
13:23été guidé par son double
13:24depuis l'au-delà ?
13:25Avoue que c'est un truc de ouf !
13:26J'ai décroché la psychanalyse.
13:27Ok...
13:28J'ai encore plein d'autres
13:29dingueries à te raconter.
13:30En 1965,
13:31Dali est contacté
13:32par Yoko Ono,
13:33Madame John Lennon,
13:34qui lui propose
13:35de lui acheter
13:36un de ses poils de moustache
13:37pour 10 000 dollars.
13:38Elle va pas bien la dame ?
13:40Par contre,
13:41il est pas vraiment rassuré
13:42le bonhomme.
13:43Il a même peur
13:44que Yoko Ono soit une sorcière
13:45et qu'elle lui jette un sort.
13:46Il demande donc
13:47à sa muse du moment,
13:48Amandalière,
13:49d'aller lui chercher
13:50un vieux brin d'herbe
13:51séché dans le jardin
13:52et de le mettre
13:53dans un joli coffret.
13:54Et oui,
13:55Amandalière a été
13:56la muse de Dali
13:57pendant presque 15 ans.
13:58Et c'est d'ailleurs Dali
13:59qui a lancé la rumeur
14:00comme quoi Amandalière
14:01était un homme.
14:02Bon, elle lui en veut pas du tout
14:03parce qu'au final,
14:04ça a lancé sa carrière.
14:05Amandalière est une femme ?
14:06Tous les gens qui continuent
14:07à mourir et à crever,
14:08c'est à cause
14:09et uniquement la faute
14:10de monsieur Jules Verne.
14:11Ouais, j'avoue,
14:12je savais pas où la caler celle-là.
14:13Selon lui,
14:14ses références littéraires
14:15ont trop influencé
14:16les chercheurs
14:17qui se sont éloignés
14:18d'une autre préoccupation
14:19scientifique majeure pour Dali,
14:20la question de l'immortalité.
14:21Tu veux une sucette ?
14:22Les sucettes,
14:23j'adore ça.
14:24Dans 20-30 ans,
14:25y en aura plus.
14:26En plus,
14:27c'est pas ça en rapport
14:28avec l'histoire.
14:29C'est juste une petite ellipse
14:30visuelle pour te dire
14:31que c'est également à Dali
14:33Le patron était un pote,
14:34il a donc réalisé
14:35cet inoubliable branding pour lui,
14:36qui n'a d'ailleurs pas évolué
14:37depuis sa création en 1969.
14:38Il l'a même convaincu
14:39de placer le logo
14:40au-dessus des sucettes
14:41et de les placer
14:42sur un présentoir
14:43pour que le logo
14:44soit plus visible.
14:45Et ouais,
14:46Dali était un as du marketing.
14:47Comme tu le vois,
14:48Dali était un touche-à-tout
14:49et il lisait énormément,
14:50en particulier
14:51des revues scientifiques.
14:52Il aimait manger
14:53dans les plus prestigieux restaurants,
14:54jamais en excès
14:55et ne buvait que de l'eau.
14:56Comme moi !
14:57D'ailleurs, en 1973,
14:58il publie un livre,
14:59Les Dîners de Gala,
15:00qui contient 136 recettes
15:01des plus prestigieux chefs
15:02des Grands Palaces
15:03et de la Tour d'Argent,
15:04recettes illustrées
15:05de la main de Dali lui-même.
15:12Mais tout s'effondre en 1982.
15:13Gala rend son dernier souffle
15:14et c'est tout le monde
15:15de Dali qui s'écroule.
15:16Je te rappelle que
15:17Salvador et Gala,
15:18c'est une histoire d'amour
15:19qui dure depuis 1929.
15:2053 ans d'amour !
15:21Dali disait
15:22« J'astiquais Gala
15:23pour la faire briller,
15:24la rendant
15:25la plus heureuse possible,
15:26la soignant mieux encore
15:27que moi-même,
15:28car sans elle,
15:29tout était fini. »
15:30C'est dégueulasse !
15:31Ou encore
15:32« Je l'aime plus que ma mère,
15:33plus que mon père,
15:34plus que Picasso
15:35et même plus que l'argent. »
15:36C'est dire si Dali aimait Gala.
15:38Dévasté par le chagrin,
15:39il enfreint la loi espagnole
15:40pour ramener la dépouille
15:41sans vide sa bien-aimée
15:42à leur domicile.
15:43Déjà affaibli par la maladie,
15:44Dali se cloître
15:45dans le château de Puybol,
15:46la magnifique demeure
15:47qu'il avait offert à Gala
15:48comme preuve de son amour.
15:49Reclus, diminué,
15:50il passe ses journées
15:51alités à harceler
15:52ses domestiques
15:54à l'aide d'une sonnette électrique.
15:55Le 30 août 1984,
15:57un court-circuit
15:58sur la fameuse sonnette électrique
15:59manque de détruire le château.
16:00L'artiste n'en ressortira pas indemne
16:02avec presque 20% du corps brûlé.
16:04A partir de là,
16:05plus personne ne peut lui rendre visite.
16:07Dali décède le 25 janvier 1989
16:09des suites d'un malaise cardiaque.
16:11« Show must go on ! »
16:12Dali a tout prévu
16:13et il a scénarisé son enterrement
16:14jusque dans les moindres détails.
16:15Les 30 000 visiteurs
16:16venus se recueillir
16:17sur la tombe de l'artiste
16:18le découvrent parer
16:19de ses plus beaux atours
16:20au cœur de son théâtre-musée extravagant
16:22orné 2 symbolisant le cycle de la vie.
16:24Vêtu d'une tunique d'un blanc immaculé,
16:26brodé d'un flamboyant D de fil d'or,
16:28ses moustaches gomminées en pointe parfaite,
16:30il a fière allure notre Dali
16:32jusque dans l'au-delà.
16:33Tu penses que c'est la fin de l'histoire ?
16:34Simplement parce que Dali est mort ?
16:36Ouais, ce serait bien
16:37parce que j'ai des trucs à faire là.
16:38Mais pas du tout.
16:39En 2017, son corps est exhumé
16:40pour un test de paternité.
16:41Ses moustaches sont toujours
16:42finement gomminées
16:43et indiquent 10h10.
16:45Je te l'ai dit pourtant,
16:46Dali est vivant.
16:50Va falloir quand même
16:51que tu m'expliques pourquoi
16:52tu parles au mur depuis tout à l'heure.
16:53Alors, t'as aimé cette histoire ?
16:54Si ça t'a plu,
16:55n'hésite pas à mettre
16:56un pouce,
16:57un commentaire
16:58et à t'abonner à la chaîne.
16:59Et on se retrouve
17:00pour le prochain numéro.
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