00:00 le constat, ils sont devenus fous, parce que justement, comme le disait Carlos Tavares,
00:05 c'est un choix politique et non pas industriel ?
00:08 C'est un choix exclusivement politique.
00:10 C'est assez sidérant.
00:11 Quand j'ai commencé cette enquête, je me suis demandé ce qui s'était passé dans
00:16 la tête de ces gens-là d'une certaine façon.
00:18 On s'est dit bon, il faut arriver à l'objectif zéro carbone en 2050.
00:23 On se gratte un peu la tête, on se dit l'avion ça va être quand même compliqué, les industries
00:27 ça va être compliqué, c'est pas possible.
00:29 La agriculture, grosse émission de CO2, le boeuf, est-ce qu'on va interdire le boeuf
00:34 en 2035 ? C'est compliqué.
00:36 Donc c'est tombé sur la voiture.
00:37 Donc c'est tombé sur la voiture.
00:38 Mais malgré tout, c'est simple.
00:39 C'est beaucoup plus simple qu'on ne pense.
00:42 Oui, parce que la voiture, vous avez déjà les batteries, elles sont là, elles sont
00:46 livrées sur un plateau d'argent par la Chine.
00:50 Trois quarts des capacités sont en Chine.
00:53 Donc ça c'est fait.
00:54 Un moteur électrique, il n'y a pas plus simple.
00:55 Industriellement, ça me fait un peu rire quand j'entends parler d'un défi industriel.
01:00 Pour les constructeurs, ce n'est pas un vrai défi industriel.
01:03 C'est assez simple finalement.
01:04 Vous l'avez dit, aujourd'hui, quand il faut cinq personnes pour construire une voiture
01:09 diesel thermique, il en faut trois.
01:11 Donc déjà, vous économisez deux personnes, vous gagnez de l'argent.
01:14 Après, vous mettez les batteries qui ne viennent pas de chez vous et un moteur électrique,
01:17 il n'y a pas plus simple.
01:18 Donc pour l'industrie, pas pour les autres.
01:21 Mais si ça répond à l'urgence écologique, ce n'est quand même pas tout à fait idiot.
01:25 Sauf que là aussi, il y a quand même aussi un sérieux problème.
01:29 C'est-à-dire, ce qui se passe en amont et ce qui se passe après.
01:34 La voiture électrique en elle-même, elle n'aimait pas de CO2 ou très peu.
01:38 Elle en aimait quand même parce qu'elle use plus de pneus que les autres, ça pèse
01:42 plus lourd.
01:43 Mais en amont, vous avez la production, l'assemblage des batteries.
01:46 Alors là, vous avez à la fois un désastre social et un désastre écologique.
01:51 Désastre social, le cobalt est produit à 80% au Congo, quatrième pays le plus pauvre
01:59 du monde.
02:00 Ce sont tous les ONG le disent.
02:01 Vous avez des 40 000 enfants qui sont payés 1 dollar par jour pour aller porter le cobalt
02:08 et leurs parents 200 000.
02:09 Donc le cobalt, c'est un problème.
02:11 Le lithium, c'est aussi un problème.
02:14 Pour faire une tonne de lithium, il faut un million de litres d'eau.
02:17 J'ai fait le calcul, pour faire une batterie, il faut la consommation de 500 personnes
02:22 pendant un an d'eau pour faire une batterie.
02:25 Pour une batterie.
02:26 Les terres rares, 80% des terres rares détenues par la Chine.
02:29 Emmanuel Macron promet de développer les mines de lithium en France.
02:33 C'est impossible.
02:34 Moi je dis que c'est…
02:35 À court terme, mais il y a des ressources.
02:38 Il y a des ressources, mais pourquoi je dis que c'est impossible ? A cause du choc
02:42 écologique que ça représente.
02:43 On va aller, au moment où on parle de sécheresse dans notre pays, aller consommer des millions
02:48 de litres d'eau pour transformer de la semure en lithium ? Ce n'est pas possible.
02:53 Politiquement, c'est impossible.
02:54 Je n'y crois pas du tout.
02:55 Ce n'est pas tellement le principe de la voiture électrique qui vous inquiète, c'est
02:58 la marche forcée pour y parvenir, c'est ça surtout ? Dans le temps imparti ?
03:02 Déjà, 13 ans, c'est rien pour une bascule aussi importante que celle-là, une bascule
03:07 sociale, une bascule sociétale.
03:09 On va en parler.
03:10 On est même 7 ou 8 ans, puisque les constructeurs se sont engagés à faire du tout électrique
03:13 en 2030.
03:14 En 2030, ça y est.
03:15 On n'a pas parlé de l'aspect sociétal, mais le prix de la voiture électrique…
03:20 C'est ça, surtout, c'est trop cher pour l'instant.
03:22 Mais pour l'instant, et ça le restera.
03:24 C'est trop cher, c'est trop cher pour l'instant.
03:27 Je vais vous donner juste un chiffre.
03:29 Une Zoé au prix catalogue, c'est Zoé électrique, donc c'est 32 000 euros.
03:33 Une Clio essence, c'est 17 000 euros.
03:36 Mais plus on va en conduire, plus le prix va baisser.
03:39 Parce que justement, toute la valeur de la voiture électrique, elle est dans la batterie.
03:44 Et la valeur de la batterie, elle est où ? Elle est dans le cobalt, elle est dans le
03:47 lithium et elle est dans les terres rares.
03:49 C'est aussi simple que ça.
03:50 Donc c'est incompressible.
03:51 Donc c'est incompressible, ça.
03:52 Les ressources en cobalt, elles ne sont pas infinies.
03:54 Le lithium, ce n'est pas infini.
03:56 Malgré les aides de l'État, puisque là on promet un bonus de 7 000 euros pour les
04:02 familles les plus modestes à passer à l'électrique, ça ne suffira pas ?
04:04 Ça peut aider, évidemment que ça va aider.
04:07 Mais ça cache la réalité des choses.
04:09 Ça cache la réalité du prix d'une voiture électrique.
04:11 Les constructeurs d'ailleurs, eux, gagnent beaucoup d'argent avec l'électrique.
04:14 Il ne faut pas s'y tromper.
04:15 Quand on voit les résultats de Stellantis, ils ont explosé.
04:18 – 12 milliards.
04:19 – Mais oui, 12 milliards.
04:21 Donc attention, les vrais dégâts, ce n'est pas ceux des constructeurs, c'est ce qui
04:25 est autour.
04:26 Ce sont les PME, les gens qui fabriquent, les petites entreprises dans la vallée de
04:31 l'Arve qui fabriquent aujourd'hui des embrayages, des pots d'échappement.
04:35 Ceux-là sont morts.
04:36 Les garagistes.
04:37 Moi, mon garagiste, il me dit "les gens qui ont acheté de l'électrique, ils viennent
04:40 me voir pour prendre le café".
04:41 Mais ça ne me fait pas vivre.
04:42 – Et les pompistes, les stations-services à terme.
04:44 D'ailleurs, il y a un truc intéressant dans l'interview de Macron aux Échos, c'est
04:49 qu'il reconnaît que l'équipement du territoire en bornes électriques, c'est une impasse
04:54 économique.
04:55 Ça ne peut pas être rentable.
04:56 – Oui, donc c'est perdant-perdant.
04:59 – Il recommande que les recharges se fassent à la maison.
05:03 – Alors, il recommande que les recharges se fassent à la maison, mais ça aussi, c'est
05:05 un sujet… L'électrique, on croyait que c'était simple.
05:10 En gros, on branche, on a une énergie qui n'est pas chère, c'est facile, etc.
05:14 On s'aperçoit quand même avec la crise russe, avec la guerre, que c'est tout sauf
05:19 simple.
05:20 Donc un, c'est une énergie instable, deux, c'est une énergie qui peut être chère.
05:25 Je voudrais juste donner un exemple.
05:27 Le prix de la recharge des superchargeurs Tesla, vous savez, le prix du Keli Water
05:32 est passé de 24 centimes au 1er janvier 2020 à 79 centimes aujourd'hui.
05:37 C'est-à-dire que le prix a plus que triplé, beaucoup plus que le prix de l'essence.
05:42 Faire 100 km en Zoé aujourd'hui sur l'autoroute, ça coûte 15 euros.
05:46 Faire 100 km dans une voiture essence équivalente, ça coûte 10 euros.
05:50 Il faut juste remettre un peu les pendules à l'heure.
05:52 – Et pourtant, aujourd'hui, au Mondial de l'Auto de Paris, on ne parlait que de ça,
05:57 de l'électrique.
05:58 C'est ce qu'ont pu constater Audrey Payas et Anaïs Rekouidi.
06:00 – Cette année, c'est le salon de l'électrification.
06:02 – 2 millions de véhicules électriques produits en France en 2030.
06:06 – On est prêt pour 2030, donc en avance de 5 ans pour préparer l'avenir.
06:11 – Donc en 2030, plus aucun véhicule neuf thermique ne sera proposé ?
06:15 – C'est exactement cela, oui.
06:17 – La 4L est un mythe et les mythes ne meurent jamais.
06:22 Le Shokha Forever Trophy préfigure le futur SUV du segment B 100% électrique.
06:28 – Ce qui nous importe, c'est qu'au moment où on va accompagner, inciter nos compatriotes
06:34 à changer de véhicule et aller de plus en plus vers des véhicules,
06:39 aujourd'hui hybrides ou électriques, en particulier électriques abordables,
06:43 d'avoir une production française.
06:45 – Le moteur de cette 208 est maintenant un moteur 100% français.
06:48 Donc ça réduit les coûts logistiques de transport.
06:51 Donc il y a plusieurs leviers qui font que le véhicule électrique pourra
06:55 et devra devenir abordable pour l'ensemble des citoyens.
06:57 Vraiment aussi par la capacité à produire en très grand nombre
07:01 qu'on pourra permettre de développer une mobilité qui soit la plus abordable possible.
07:05 – On voit bien que tout le monde s'engouffre.
07:07 – Ils n'ont pas le choix.
07:08 – Ils n'ont pas le choix ?
07:09 – Oui, donc ils y vont avec gaieté de cœur, mais en réalité,
07:12 les constructeurs aujourd'hui sont complètement schizophrènes.
07:14 Ils disent tous que c'est une folie, mais ils y vont tous
07:16 parce que de toute façon, ils n'ont pas le choix.
07:18 – Juste un mot, Patrick disait qu'il y avait des méthodes moins chères
07:20 et plus rapides pour réduire les émissions de CO2,
07:22 ça c'est la conviction notamment de Carlos Tavares, le patron de l'Antes.
07:25 – Il pense à l'hybride et aux nouveaux moteurs diesel qui sont…
07:29 – Et c'est le cas ?
07:30 – Il y a plusieurs moyens, il y a l'hydrogène,
07:33 mais on sait que l'hydrogène c'est assez instable.
07:35 – On va y revenir sur l'hydrogène.
07:36 – C'est un sujet.
07:37 Il y a le gaz naturel pour les véhicules qui permet de réduire les émissions de CO2 de 20%
07:42 et de 90% les émissions de particules fines qui est quand même un sujet important.
07:47 Il y avait, ce qui est frappant dans cette affaire, c'est le côté binaire,
07:50 c'est tout ou rien, on n'a pas laissé en quelque sorte les constructeurs
07:54 avoir de l'imagination, avoir une vraie démarche industrielle.
07:58 Quand on regarde les chiffres de la pollution en France en deux mots,
08:01 les émissions de NOx, vous savez c'est les oxydes de carbone qui sont très nocifs,
08:06 ont diminué de 55% en 20 ans.
08:10 Les émissions de particules fines, les plus petites, les plus dangereuses,
08:13 celles inférieures à 2,5 microns, ont diminué de 60% en 20 ans.
08:17 Ça veut dire que les constructeurs sont capables d'avancer.
08:20 Le simple remplacement de la moitié du parc automobile actuel,
08:25 le simple remplacement permettrait de faire baisser les émissions de CO2 de 50%.
08:30 Donc voilà, on n'a pas d'une certaine façon laissé le temps à l'imagination
08:34 et au vrai travail industriel.
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