Plutôt violent, LA FILLE DE JACK L’EVENTREUR présente pas mal de séquences gratinées qui sont bien souvent plus suggérées à coups de jets d’hémoglobine écarlate. Pourtant certains effets sont réalisés avec beaucoup de soins par le maquilleur Roy Ashton et, en particulier, le passage avec les aiguilles à chapeaux plantés dans l’œil d’une prostituée. Il ne reste finalement pas grand chose de son travail car la censure anglaise est passée par-là. Toutefois, il est bon de rappeler que le comité de censure britannique et les maisons de production de films travaillent en quelque sorte la main dans la main. Le comité rend ainsi des avis tout au long de la création du film et libre ensuite aux producteurs de prendre en compte, ou pas, les séquences incriminées pour éviter une sanction. Le système n’est finalement pas si éloigné que cela du fonctionnement de la MPAA aux Etats-Unis. A l’époque de LA FILLE DE JACK L’EVENTREUR, la Hammer Films décide donc de revoir le montage du film de façon à mettre en retrait les passages les plus corsés. Plus ou moins de gore, peu importe, LA FILLE DE JACK L’EVENTREUR conserve finalement une violence souvent surprenante car provoquée par une jeune femme innocente. Guidée par la main du spectre de Jack l’éventreur, son père, ou bien traumatisée par son enfance, le film ne viendra pas vraiment apporter de réponse. Libre aux spectateurs de trancher. Il en va de même lorsque l’opportunité de démasquer le véritable Jack l’éventreur se présente. Mais plutôt que de faire une révélation, le film botte en touche de manière plutôt astucieuse par une simple réplique très ambiguë en raison du contexte et du personnage qui détient la véritable identité du tueur. Un détail qui n’a finalement pas une grande importance puisque l’intrigue ne se base pas vraiment sur cette célébrité criminelle. Si LA FILLE DE JACK L’EVENTREUR fonctionne plutôt bien, ce sera essentiellement sur son ambiance et le charme de la production qui a su, avec peu de moyens, nous proposer une reconstitution honorable du XIXème siècle.