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Transcription
00:00Et pour l'instant, nous accueillons Claude Ascolovitch. Bonjour Claude.
00:03Et ce matin, vous voulez nous parler de vengeance.
00:05Une vengeance contre la France.
00:08Vengeance qui, selon un expert en opinion publique, serait la vraie motivation des émeutiers qui nous affolent depuis le 17
00:14octobre.
00:14Ces populations évoluent dans un ressentiment postcolonial.
00:18Eux, ils ont plus de comptes à régler vis-à-vis d'un État, d'une police,
00:22ce qui les discriminerait et qui aurait colonisé le pays de leurs ancêtres.
00:28Et conséquence de ce ressentiment ?
00:30La société ou les individus auxquels on va faire subir ces dégradations, ces violences, ces menaces,
00:36sont considérés comme des sociétés étrangères ?
00:38Ainsi parle Jérôme Fourquet, responsable de l'IFOP, un invité familier de France Inter,
00:44un habile montreur de statistiques pour décrire la France qui change.
00:48Mais cette fois, sans statistiques, Fourquet nous annonce des émeutiers d'origine immigrée
00:52qui détestent la France, elles leur est étrangères.
00:55Ça, il l'a dit au site de la revue Front Populaire, du philosophe Michel Onfray,
00:59que le groupe Bolloré a racheté.
01:01Et sur ce site, Fourquet a un peu parlé comme un autre personnage de la galaxie Bolloré, Éric Zemmour.
01:07On sait que ces gens-là sont mûs par la haine de notre pays
01:11et la volonté de se revancher de la colonisation.
01:15La France nous a colonisés, la France nous a volés,
01:18donc nous devons voler et coloniser.
01:20Étrange ressemblance.
01:21Donc là, vous nous dites que Jérôme Fourquet penserait comme Éric Zemmour ?
01:25A priori, non.
01:26Mais enfin, ici, sur les émeutes, les deux hommes installent une même lecture ethnique et idéologique.
01:31Et ce genre de proximité, ça crée une atmosphère.
01:34Cette semaine, dans l'émission Quotidien, la journaliste Salia Braclia
01:37a souligné que Maude Bréjon, la porte-parole du gouvernement,
01:41parlait maintenant, comme jadis, Jean-Marie Le Pen.
01:43Je crois qu'Édouard Philippe a dit tout haut ce que beaucoup de Français pensent tout bas,
01:47à savoir qu'on a un problème d'intégration.
01:50On rappelle juste à la porte-parole du gouvernement qu'elle vient de citer tranquillement
01:53le slogan de Jean-Marie Le Pen en 1984.
01:56Le Pen dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas.
01:59Alors en l'occurrence, Maude Bréjon voulait soutenir Édouard Philippe, son candidat,
02:03qui a vu beaucoup de jeunes issus de l'immigration chez les émeutiers décidément.
02:08Mais laissons Édouard Philippe de côté.
02:10Jérôme Fourquet est plus troublant et plus intéressant qu'un politique en campagne.
02:13Parce que lui va plus loin qu'une estimation ethnique aux doigts mouillés,
02:17il prête une véritable intention de guerre civile aux auteurs des pillages.
02:21Et Fourquet est un homme dont nous acceptons les analyses.
02:23Mais un expert de l'opinion devrait-il forcément être neutre ?
02:27Pas forcément.
02:28Mais Jérôme Fourquet est accueilli comme un homme de science,
02:30dont les mots sont attestés par les chiffres.
02:32S'il se met à parler légèrement imprégné de ressentis ou de préjugés,
02:36que sais-je ?
02:36Peut-il conserver ce statut d'omniscient ?
02:39Nous avons donc, journaliste, une circonspection à retrouver.
02:42Ces derniers jours, parce que les émeutiers émigrés ne sont pas son seul sujet,
02:46Fourquet a développé sur Inter, sur Culture, sur LCI, dans Charlie Hebdo,
02:50une analyse du débat politique après les émeutes.
02:52En général, quand il y a un mouvement social avec des violences de cette ampleur,
02:55on remonte au XIXe ou autre, le paysage se clarifie.
02:58Et donc on a le parti de la rue et le parti de l'ordre.
03:01C'était le nom de la coalition de droite au XIXe siècle,
03:04c'était le parti de l'ordre après la révolution de 48, 1848.
03:07Pardon, je vais trop vite.
03:08Le parti de l'ordre, selon Fourquet, serait aujourd'hui celui de Marine Le Pen.
03:12Cela dit, le sondologue aurait pu expliciter sa référence historique.
03:15Je le fais donc à sa place.
03:17En juin 1848, sous la Seconde République,
03:19il y eut apparaît une insurrection ouvrière
03:22qui fut pour Karl Marx la première grande bataille
03:24entre la bourgeoisie et le prolétariat.
03:27Insurrection écrasée dans le sang,
03:28il y eut des milliers de morts.
03:30Et c'est contre l'agitation ouvrière
03:32que des politiciens conservateurs,
03:33le parti de l'ordre,
03:35se rassemblèrent pour aider Louis-Napoléon Bonaparte
03:37à devenir président d'une république
03:39qui l'assassina ensuite.
03:41Prévoit-on cela ?
03:42Le prévoit-il, Jérôme Fourquet ?
03:43Claude Ascolovitch, les mots d'Asco.
03:46Merci Claude, on se retrouve vendredi prochain.
03:48Sous-titrage Société Radio-Canada
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