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00:00Sciencez-nous avec vous, Kenza Alaoui.
00:02Et on va aujourd'hui mettre une combinaison, un masque, un tuba, etc.
00:08pour plonger, parce qu'on va aller explorer les océans.
00:11On connaît la Terre, on pense la connaître.
00:14On pense connaître aussi l'espace, et on dépense d'ailleurs beaucoup d'argent pour pouvoir découvrir l'espace.
00:19Mais très très peu, finalement, les océans or.
00:21Plus de 70% de notre planète est recouverte d'eau, particulièrement donc des océans.
00:26Une grande partie des profondeurs qui sont totalement inexplorées.
00:31Alors, pourquoi est-ce que c'est si difficile de percer le secret de cet univers sous-marin ?
00:37Et surtout, est-ce qu'il y a encore des choses qui s'y cachent ?
00:41Alors, pour Sarachide, il faut imaginer un territoire immense, plongé dans l'obscurité,
00:46où chaque descendre devient un défi technologique.
00:48Ce territoire, c'est celui des océans.
00:51Il couvre environ 70% de la surface terrestre,
00:54et leur profondeur moyenne atteint près de 3 700 mètres.
00:57Et pourtant, selon les données du programme international CIBET 2030,
01:02seulement 28,7% des fonds océaniques avaient été cartographiés
01:06avec des technologies modernes à haute résolution en avril 2026.
01:10Mais attention, cartographier ne signifie pas explorer.
01:13Un sonar peut permettre de reconstituer le relief d'un fond marin,
01:17de repérer une montagne sous-marine ou un canyon,
01:19mais il ne nous dit pas quelles espèces y vivent, comment elles interagissent
01:23ou ce qui se passe réellement dans cet environnement.
01:26Et le chiffre le plus frappant est ailleurs.
01:28Une étude publiée en 2025, dans la revue Science Advance,
01:32estime que moins de 0,001% des fonds océaniques profonds
01:37ont été observés visuellement par l'être humain.
01:39Autrement dit, nous avons encore vu une infime fraction
01:42de ce qui se trouve dans les profondeurs de notre propre planète.
01:46Alors, pourquoi est-ce si compliqué ?
01:48D'abord à cause de la pression.
01:49Tous les 10 mètres de profondeur, elle augmente d'environ 1 atmosphère.
01:53A 1000 mètres, elle atteint une centaine de fois la pression
01:55que nous subissons à la surface.
01:57Et dans les fosses les plus profondes, elle devient colossale.
02:00Les équipements doivent donc être spécialement conçus
02:03pour résister à ces conditions, mais aussi au froid,
02:05à la corrosion de l'eau salée et à l'obscurité totale.
02:08Et autres difficultés, communiquer.
02:11Sous l'eau, les ondes radio et le GPS ne fonctionnent pas
02:13comme à la surface.
02:14Les robots doivent souvent être reliés à un navire par des câbles
02:17ou fonctionner de manière autonome,
02:19avec des transmissions acoustiques plus lentes et limitées.
02:23Et puis, explorer les abysses coûte cher.
02:25Il faut mobiliser des navires spécialisés,
02:27des scientifiques, des ingénieurs
02:29et des robots capables de descendre parfois
02:31à plusieurs kilomètres de profondeur.
02:33Chaque expédition est donc une véritable opération
02:35scientifique et technologique.
02:38Ça paraît assez incroyable, parce qu'on est capable d'envoyer des vaisseaux
02:41pour faire le tour de la Lune, par exemple,
02:44et d'envisager d'aller plus loin.
02:45Mais alors, les océans, c'est plus compliqué.
02:48Alors, peut-être que ça rapporte moins.
02:50C'est peut-être ça aussi à la raison.
02:51Alors, malgré toutes les contraintes que vous venez d'énumérer,
02:53les scientifiques continuent quand même
02:55de découvrir des choses assez étonnantes dans nos océans.
02:59On pourrait penser que ces profondeurs,
03:01qui sont, vous l'avez dit, privées de lumière
03:04et soumises à des pressions extrêmes,
03:06sont quasiment désertes, mais alors pas du tout.
03:08Oui, et c'est même l'une des grandes surprises
03:10de l'exploration océanique.
03:12Les abysses ne sont pas un désert.
03:14Ce sont des écosystèmes complexes,
03:16peuplés d'organismes,
03:17qui ont développé des stratégies de survie extraordinaires.
03:20Prenons les sources hydrothermales.
03:22Ce sont des sortes de cheminées situées au fond des océans
03:24qui rejettent une eau extrêmement chaude,
03:27chargée en minéraux autour de ces cheminées.
03:29Des communautés entières se développent.
03:30Des vers tubicoles géants, des crustacés
03:33et des micro-organismes vivent dans un environnement
03:35où la lumière du soleil ne pénètre jamais.
03:38Mais alors, comment peuvent-ils se nourrir sans photosynthèse ?
03:41La réponse tient en un mécanisme, la chimiosynthèse.
03:44Certains micro-organismes utilisent l'énergie libérée
03:47par des réactions chimiques,
03:49notamment à partir de composés comme le sulfure d'hydrogène
03:52pour produire de la matière organique.
03:55Ils constituent ainsi la base de véritables chaînes alimentaires.
03:58indépendantes de la lumière solaire.
04:00C'est une découverte majeure car elle a profondément élargi notre compréhension
04:04des conditions dans lesquelles la vie peut se développer.
04:07Et les surprises ne s'arrêtent pas là.
04:09Dans ces profondeurs, on trouve des poissons capables de supporter
04:12des pressions considérables.
04:13Des animaux transparents, des calamars géants
04:15ou encore des espèces dont les formes semblent presque irréelles.
04:18Certains organismes se développent très lentement,
04:21d'autres sont parfaitement adaptés à des conditions que l'on pensait incompatibles avec la vie.
04:26Et chaque nouvelle expédition peut donc révéler des espèces encore inconnues
04:29ou des écosystèmes dont nous ignorons l'existence.
04:32Mais cette biodiversité reste particulièrement difficile à étudier.
04:37Les scientifiques ne peuvent pas simplement observer ces milieux depuis la surface.
04:40Ils doivent y descendre, filmer, prélever et analyser
04:44et parfois revenir plusieurs années plus tard pour comprendre leur évolution.
04:48Et c'est là tout le paradoxe.
04:49Nous découvrons encore ces écosystèmes alors que les activités humaines
04:53commencent déjà à exercer une pression sur certains grands fonds,
04:56notamment avec les projets d'exploitation minière sous-marine.
05:00Oui, exactement.
05:01Alors, ce qui est aussi assez intéressant et même, on peut dire, fascinant,
05:05c'est que les océans ne sont pas seulement des mondes à observer,
05:09mais ce sont aussi des mondes à écouter parce qu'il y a une communication sous-marine.
05:16Tout à fait.
05:17Et sous la surface, le silence n'existe pas vraiment.
05:20L'océan est traversé en permanence par une multitude de sons.
05:24Des clics, des claquements, des vibrations, des grondements.
05:26Certains viennent des animaux, d'autres des mouvements géologiques
05:29ou des phénomènes physiques.
05:31Pour les capter, les scientifiques utilisent des hydrophones,
05:33des microphones spécialement conçus pour fonctionner sous l'eau.
05:36Et ce qu'ils enregistrent est parfois surprenant.
05:38Les crevettes pistolets, par exemple, produisent un claquement extrêmement puissant
05:42en refermant brutalement leurs pinces.
05:44Les cachalots, eux, émettent des séries de clics
05:46qui leur permettent de repérer leurs proies grâce à l'éco-localisation.
05:50Quant aux baleines, leurs champs peuvent se propager sur des centaines,
05:53voire des milliers de kilomètres selon les conditions.
05:55Et ces sons ne sont pas de simples curiosités.
05:58Ils sont essentiels à la vie marine.
06:00Ils permettent de communiquer, de se repérer, de chasser
06:02ou encore de retrouver des partenaires.
06:04Les hydrophones ont aussi permis de détecter des phénomènes
06:07longtemps difficiles à identifier.
06:08C'est le cas du célèbre bloop, un son de très basse fréquence
06:11enregistré dans le Pacifique en 1997.
06:14Son intensité avait alimenté toutes sortes de spéculations
06:17sur l'existence d'une créature marine gigantesque.
06:20Les recherches ont finalement orienté les scientifiques
06:22vers une explication géologique.
06:24Le bruit provenait vraisemblablement d'un phénomène
06:26lié à la fracturation de la glace.
06:29Mais écouter les océans permet aussi de mesurer une menace
06:31beaucoup plus concrète.
06:33Le bruit produit par les activités humaines,
06:35le trafic maritime, les sonars, les forages
06:38et les campagnes de prospection sismiques
06:40ajoutent des sons artificiels à cet environnement.
06:43Or, pour de nombreuses espèces,
06:45entendre est une question de survie.
06:47Oui, effectivement.
06:48En deux mots, Kenza,
06:51on sait que maintenant, les progrès sont là
06:54avec des robots, des sonars, l'intelligence artificielle, etc.
06:57Est-ce qu'on est en train de changer d'échelle sur l'exploration ?
07:01Oui.
07:02Alors, les technologies progressent, Rachid,
07:04les robots sous-marins deviennent plus autonomes,
07:06les sonars gagnent en précision
07:07et l'intelligence artificielle aide les chercheurs
07:09à analyser des milliers d'images
07:11et à identifier des espèces.
07:12Mais le chemin reste immense.
07:14Et pour mieux mesurer ce que cela représente,
07:16toute la surface des fonds marins filmés
07:18ou photographiés jusqu'à présent équivaut
07:21à environ 3000 km²,
07:23c'est moins de 1% de la superficie du Maroc.
07:26Oui, donc il y a encore beaucoup à découvrir.
07:29Merci beaucoup.
07:30Avec plaisir.
07:30Avec plaisir.
07:31Oui, c'est nous, c'est chaque matin
07:32dans la matinale de Medi1 TV.