00:00Ce qu'il y a de bien ici au cimetière, c'est qu'il n'y a plus de barrière.
00:02Il n'y a plus de questions de couleur, de race, de religion, de riche, de pauvre.
00:07La finalité, c'est qu'on termine tous au même endroit.
00:09Ça, j'en ai vraiment pris conscience en faisant ce métier.
00:11Me dire, en fait, il y a un début, tu vis, il y a une fin, la fin c'est
00:14celle-ci.
00:15Faites profite, quoi.
00:16Tu n'as pas un joli résultat sans travailler, sans donner de ta personne.
00:22Moi, c'est beaucoup plus qu'un travail, c'est vraiment une mission de mémoire.
00:26C'est des gens qui ont vécu avant moi, c'est des gens qui ont aimé, qui ont pleuré, qui
00:30ont ri.
00:30Tu lis un petit peu les noms, tu vois, je reviens toujours à droite, à gauche.
00:34Je trouve que c'est apaisant, ça fait partie des endroits un petit peu hors du temps.
00:38Je pense que ça se perd vraiment.
00:40Même au cimetière, je ne vois principalement que des anciens.
00:44C'est un peu le reflet de notre société d'aujourd'hui, tu vois, les gens oublient vite.
00:49Là, par exemple, il m'a donné l'accord de jeter le petit pot de fleurs là.
00:52Sinon, tu ne touches pas, même si c'est une fleur qui est fanée.
00:55Tu ne sais pas, il y a ce côté un peu sentimental.
00:57Salut Néo, donc moi c'est Mehdi.
00:59J'ai un métier un peu particulier puisque j'entretiens notre patrimoine funéraire à travers des nettoyages de sépultures.
01:04Et aujourd'hui, je vous emmène avec moi.
01:05Donc avant de pouvoir nettoyer, je vais déjà enlever toute la bruyère qui est là.
01:09Là, je n'utilise pas souvent le taille-haie au cimetière.
01:13C'est un peu une première.
01:16J'ai rarement des gros arbustes comme ça à enlever.
01:20Là, la personne en question qui fait appel à mes services, il m'a dit quelque chose d'un peu
01:24marquant qui m'a touché.
01:26Il m'a dit, bon ben voilà, Mehdi, aujourd'hui tu vas nettoyer un monument pour l'éternité parce qu
01:29'il n'y a plus de descendants.
01:30Donc pour moi, c'est un peu, voilà, c'est chargé en émotions.
01:33Je me suis rendu compte qu'il y avait un réel besoin de nettoyage.
01:35Aujourd'hui, on a plein de familles éclatées, soit par manque de temps, soit par l'impossibilité de se déplacer.
01:41Géographiquement, c'est plus possible. On a plein de monuments comme ça qui sont à l'abandon.
01:44Ce n'est pas un nouveau métier, c'est un métier qui s'est perdu un petit peu.
01:47C'est un métier qui date du début du siècle, en fait, fin de la Première Guerre mondiale,
01:52où les femmes de soldats entretenaient les tombes des soldats morts pour la France.
01:56Le métier s'appelle gazonie.
01:58J'ai fait un nettoyage au Bourget-du-Lac. Ce monsieur ne pouvait plus se déplacer, donc il a fait
02:02appel à moi.
02:02Au bout de deux rendez-vous, il a commencé à me parler de son épouse qui était décédée,
02:07à me sortir des photos de famille, à me dire qu'elle était comme ci, comme ça, elle aimait telle
02:11fleur.
02:12Et donc c'est vrai que quand je suis allé sur le monument, j'ai ressenti beaucoup de choses.
02:16J'ai eu l'impression un peu de connaître cette personne.
02:18Le monument, finalement, c'est ce qui reste d'une personne qui est partie.
02:22Tu as les souvenirs, tu as tout, mais le monument, c'est finalement la seule chose physique qui reste.
02:27Je vais attaquer à brosser, donc c'est la partie la plus physique.
02:31Pour moi, lire un nom sur une stèle, c'est un peu le début de l'immortalité, si tu veux,
02:35pour moi.
02:36C'est une façon de la maintenir parmi nous, tu vois, aussi.
02:38Donc c'est une façon de rester là, de ne pas tomber dans l'oubli.
02:41C'est encore une belle mission accomplie, un bel hommage de rendu.
02:44S'il y a quelque chose d'un peu plus haut, j'espère qu'ils l'ont vu, et puis
02:48voilà.