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  • il y a 42 minutes
Infirmier en soins palliatifs et auteur de bande dessinée, L’Homme Étoilé publie "Le soleil va se lever", un récit consacré à ceux qui accompagnent les personnes endeuillées. Pour Aleteia, il partage son regard sur le deuil, la mort et la lumière qui peut naître de ces épreuves.

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Transcription
00:00Prendre ce temps du deuil, ça va à l'encontre de cette société obsédée par un besoin de performance.
00:05Le processus de deuil, c'est un processus de cicatrisation psychique.
00:08Comme on peut cicatriser d'une plaie quand on se blesse,
00:11on porte cette conviction en moi qu'on peut parler du deuil différemment, que le deuil ça peut être beau.
00:14C'est une BD qui est née dans mon esprit suite à un enterrement auquel a participé ma compagne.
00:20Elle en revient tout émue d'y avoir trouvé dans l'église une petite dame venue chanter gratuitement, bénévolement,
00:28pour accompagner cette famille en deuil qu'elle ne connaît pas.
00:32Et ma compagne revient très émue et bouleversée de ça.
00:35Et en en discutant avec moi, je me rends compte qu'en fait que cette petite dame,
00:39il y a plein de gens comme elle qui accompagnent les pires moments de notre existence et dont on ne
00:44parle jamais.
00:45Depuis que je suis infirmier en soins palliatifs et puis depuis mes débuts en tant qu'auteur,
00:49je porte cette conviction en moi qu'on peut parler du deuil différemment,
00:52que le deuil ça peut être beau, qu'on peut en parler avec lumière.
00:54Et je me dis pourquoi pas entreprendre d'aller à la rencontre de toutes ces personnes comme cette petite dame
00:59et comme moi qui accompagne nos deuils et d'espérer confirmer cette conviction en travers eux.
01:05Et c'est comme ça que j'ai mené ce reportage.
01:07Le deuil c'est un chemin de douleur aussi et ce serait idiot de le travestir.
01:11Mais je pense que c'est aussi un chemin de lumière.
01:13La fondatrice d'Apienne que j'ai rencontrée pour cette BD fait partie de toutes ces figures
01:17qui ont un cœur de parler différemment du deuil et de changer notre regard sur le deuil et sur la
01:21mort.
01:22Malgré tout on se rend compte que ça reste quelque chose de difficile à aborder.
01:26Prendre ce temps du deuil ça va à l'encontre de cette société.
01:30Obsédée par un besoin de performance, d'être rentable, tout va très vite.
01:34C'est compliqué en fait de prendre ce temps du deuil dans une société qui ne l'autorise pas.
01:38Les arrêts suite à la perte d'un proche sont ridiculement courts.
01:42On retourne au travail sans trop savoir si on peut en parler, qui ça va embêter.
01:46On se rend compte que nos collègues sont très mal à l'aise face à l'abord de cette question.
01:50Et donc on tait cette douleur et cette souffrance en soi.
01:54Je pense que ça m'a également apporté une prise de conscience par rapport à toutes les portes qui sont
01:59ouvertes.
02:00Je pense notamment à la doula de fin de vie que j'ai rencontrée.
02:02Assez peu de personnes savent ce qu'est exactement une doula.
02:05C'est une personne qui est là, qui peut être présente sur ce long chemin de guérison et de cicatrisation.
02:11J'ai envisagé toutes ces rencontres comme autant de portes auxquelles frappées en fait.
02:14J'ai adoré l'initiative des Apéros de la Mort parce qu'elle m'a permis de prendre conscience que
02:18finalement,
02:19c'est pas le deuil qui est tabou, c'est le fait qu'on n'ait pas de lieu pour
02:22en parler.
02:22Parce que quand on arrive à trouver un lieu et à réunir des personnes pour en parler,
02:26on se rend compte que finalement les gens en parlent assez facilement.
02:28Et que ça peut unir de parler du deuil et de la mort.
02:30Très heureux de rencontrer aussi l'Athanatopractrice.
02:33Curieux de son rapport justement au processus de deuil.
02:36Du fait que ce processus, elle l'accompagne véritablement dans l'ombre.
02:39En se confrontant quotidiennement à des choses innommables
02:43que 99% de l'humanité voudrait et tiendrait à distance.
02:46Et j'avais cette conviction que c'était vraiment une profession d'engagement total et de don de soi.
02:51Et cette rencontre me l'a confirmé.
02:52Je pense pas qu'on soit totalement impuissants.
02:54Je pense que, comme Christophe Faure l'explique,
02:56le processus de deuil, c'est un processus de cicatrisation psychique.
02:59Comme on peut cicatriser d'une plaie quand on se blesse,
03:02ce qui va aider cette cicatrisation, c'est la manière dont tu vas prendre soin de cette plaie.
03:05Dans les premières phases de ce processus de deuil,
03:07telles que la psychanalyse les a décrites,
03:09cette phase de déni, de colère, de marchandage,
03:11on se rend compte que toutes ces phases ont vraiment pour but d'aider notre psychisme
03:15à se protéger et faire face au choc de ce qui vient de se passer dans notre vie.
03:20C'est peut-être au cours de cette phase de grande tristesse
03:22qu'on peut prendre conscience de ce que ce deuil impacte dans notre vie,
03:26de notre rapport à la perte, de notre rapport au vivant aussi,
03:29et entreprendre ce qui va aider justement à soulager cette douleur à l'accompagner,
03:34peut-être en frappant à certaines portes, peut-être en se rendant ou pas à un apéro de la mort,
03:38peut-être en consultant, un psychiatre ou un psychologue,
03:40si on se rend compte que cette douleur est trop vive et qu'elle ne s'apaise pas.
03:43Donc il y a quand même quelque chose d'actif aussi dans ce processus.
03:45C'est un processus qui se met en place malgré nous,
03:47mais on peut le faciliter.
03:49Et d'autres personnes autour de nous peuvent le faciliter aussi.
03:51Je pense à une chose, c'est qu'on mène tous une vie à tambour bâton,
03:54tout le temps en train de courir après le temps.
03:56On n'a jamais assez de 24 heures dans une journée pour faire tout ce qu'on voudrait.
03:58Et puis finalement, on se rend compte que quand la mort, le deuil vient frapper à notre porte,
04:01on est capable de tout mettre en arrêt.
04:03Peut-être que ce moment du deuil, quand on se l'accorde,
04:05peut être un moment de remise en question,
04:07une opportunité de refaire un peu de ménage dans sa vie,
04:10de tenir à distance ce qui finalement est superficiel et pas utile.
04:14Ça a été mon obsession, durant toute l'écriture de cette bande dessinée,
04:17d'y mettre de la lumière, de la lumière dans les mots,
04:19de la lumière dans l'intention, de la lumière dans les couleurs.
04:21Si je portais cette conviction en moi qu'on pouvait parler du deuil avec lumière,
04:25c'est parce que finalement, ma vie, mes propres chemins de deuil en sont une illustration.
04:29Et j'avais besoin peut-être de la confirmer en rencontrant toutes ces personnes,
04:33habitées par cette même conviction que le deuil peut être quelque chose de lumineux,
04:37quelque chose qui nous rassemble.

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