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  • il y a 1 jour
Dans "Le Garçon Nuage", son premier seul-en-scène présenté à La Scala, à Paris, jusqu’au 3 janvier, Ethan Oliel invite à prendre de la hauteur pour mieux interroger le rapport au monde. Entre l’imaginaire comme refuge et la peur de se confronter au réel, le comédien de 30 ans explore les paradoxes du rêve : une formidable liberté, à condition de ne pas en faire une prison.

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Transcription
00:00Et ça c'était le piège dans lequel je suis tombé pendant des années, dans lequel il m'arrive d
00:02'ailleurs de retomber.
00:03Ma mère a lancé cette idée d'une manière très instinctive, elle a dit pourquoi pas le théâtre ?
00:06Et je me suis un peu accroché à cette pensée.
00:08La majorité du temps qu'on passe à se demander comment devrait être le monde,
00:12c'est un temps qu'on perd volontiers pour pas vérifier ce qu'on pourrait être en train d'y
00:16faire.
00:16Je m'appelle Ethan O'Liel, j'ai 30 ans, je suis comédien et auteur.
00:21Vous avez besoin d'une autre information ?
00:22J'ai toujours senti que j'ai quelque chose en moi qui urge et qui voulait exister artistiquement.
00:26J'aimais bien gribouiller dans mon coin, j'avais besoin en vérité de me faire le témoin rigoureux de ce
00:31qui se passait en moi
00:32quand je savais pas comment démêler ce que j'avais dans la tête ou dans le cœur.
00:35Donc les mots pour moi ça a été mon langage naturel pour ça, de toute façon j'en avais pas
00:38d'autres parce que je savais pas dessiner,
00:39j'avais pas peindre donc j'avais que les mots.
00:40Après j'ai toujours aimé soliloquer, j'adorais ça me balader et tenter d'explorer ce qui se passait en
00:46moi par la parole
00:46parce que ça sert à ça la parole, ça sert à approximer le mieux qu'on peut ce qui se
00:50passe en nous.
00:50Donc souvent c'est maladroit, souvent c'est trébuchant mais au fur et à mesure on parvient à dénouer quelques
00:57nœuds.
00:57Donc ça c'était, la passion elle était là vraiment, mais je savais pas sous quelle forme
01:01et quand j'ai abandonné l'atlas d'Ibocane, j'étais en prépa littéraire, je voulais devenir journaliste sportif.
01:05Ma mère a lancé cette idée de manière très instinctive, elle a dit pourquoi pas le théâtre, comme ça me
01:09vient très enlever.
01:10Et je me suis un peu accroché à cette pensée.
01:12Au début j'ai fait un stage cinéma au cours Florent et après on est obligé de faire pour le
01:15cursus général une première année en théâtre.
01:17J'avais 19 ans et je suis tombé irrémédiablement amoureux des textes et là ça a été l'évidence.
01:23Les échecs au concours, moi ça a été une grande révélation.
01:25Quand on échoue au concours, on a deux possibilités.
01:28C'est toujours une histoire de récits.
01:29On choisit l'histoire qu'on se raconte à partir d'un événement qui vient de se produire.
01:32Soit on décide de dire, bon bah le jury ne m'a pas vu, il n'a pas été à
01:36la hauteur de mon propre talent
01:37et puis il n'a pas eu les yeux pour me voir, ok c'est possible et on peut rester
01:40dans ce ressentiment et cette rancœur.
01:41Soit on dit, est-ce que tu as vraiment bien travaillé ton passage ?
01:44Est-ce que tu ne penses pas que tu aurais pu le faire mieux ?
01:46Ce n'est pas parce que tu as raté un concours où tu dois passer une scène de 3 minutes
01:48que ça veut dire foncièrement que tu es un mauvais comédien.
01:50Ça veut juste dire que dans cet exercice-là, il y avait des gens qui étaient meilleurs que toi et
01:52c'est la vie et la prochaine fois tu le feras mieux.
01:54Ce n'est pas du tout la même histoire qu'on se raconte à ce moment-là.
01:56Il y a deux histoires différentes.
01:57Et il y en a même une qui est globale, qui est entre les deux.
02:00Ça les humains ne savent pas faire malheureusement.
02:02C'est vrai que ça ne veut pas, c'est pour ça qu'on est dans un monde affreusement binaire.
02:04En général, la vérité c'est ceci et cela aussi.
02:07Votre spectacle Le Garçon Nuage interroge justement la question de la quête intérieure et la peur du devenir.
02:12Votre personnage préfère d'ailleurs s'isoler sur un nuage, n'est-ce pas un peu radical ?
02:15En fait, je pense que tout est une question d'osage.
02:18Si on admet, si on est dans ce paradigme-là en disant qu'il y a le réel et l
02:21'imagination,
02:22le problème du rêveur, c'est qu'il va tremper ses pieds dans la réalité avant de remonter immédiatement dans
02:26son imagination
02:27pour analyser ce qu'il a cru y voir.
02:29Mais il n'est jamais en communion totale avec la réalité.
02:31Je pense qu'il faut inverser le rapport, c'est-à-dire qu'il faut habiter la réalité et parfois
02:34s'autoriser des moments de bordure
02:35et des moments de marge pour prendre du recul, etc.
02:37Le problème du rêveur, c'est qu'il s'enlise dans son rêve.
02:40Il y demeure parce que c'est assez confortable.
02:42Et ça, c'était le piège dans lequel je suis tombé pendant des années, dans lequel il m'arrive d
02:44'ailleurs de retomber.
02:45Dans le mot rêve, il y a déjà la brume.
02:46Il y a déjà le fait de se dire, si ça n'arrive pas à ce patriarme, c'est un
02:49rêve.
02:49Moi, mon rêve, quand j'étais gamin, c'était de devenir footballeur.
02:51Mais c'était un rêve.
02:51Je savais bien que je n'allais pas recevoir une passe décide d'Antoine Griezmann et la mettre au fond
02:54en Coupe du Monde.
02:55Je le savais.
02:56Mais c'était un rêve.
02:57La majorité du temps qu'on passe à se demander là-haut comment devrait être le monde,
03:02c'est un temps qu'on perd volontiers pour ne pas vérifier ce qu'on pourrait être en train d
03:06'y faire.
03:06Le rêveur a peur d'avoir des objectifs.
03:08Parce qu'avoir un objectif, c'est plus tendre vers un lointain imaginaire,
03:11c'est devoir atteindre quelque chose.
03:13Se responsabiliser humainement parce que c'est mettre la chose qu'on désire à une hauteur humaine.
03:17Ça, c'est terrifiant pour lui.
03:18Le rêve, c'est génial.
03:20C'est merveilleux de rêver.
03:21De se promener en rêvant, je ne sais pas, la femme de sa vie, en rêvant à un objectif lointain.
03:26C'est quoi la phrase de Fitzgerald quand il dit d'avoir des rêves assez grands pour ne pas les
03:29perdre de vue pendant qu'on les poursuit ?
03:31Le problème du rêveur parfois, c'est qu'il a tendance, parce que son doute devient trop grand,
03:35le doute ravageur.
03:36Ça y est, c'est la phrase de Pénac qui dit, j'ai le doute ravageur.
03:38Il en fait du coup une espèce d'étoile très très très lointaine qu'il accepte de ne jamais atteindre.
03:43Ça, c'est le danger, de s'enliser dans son rêve.
03:44On dit souvent croire en ses rêves.
03:46Moi, je pense qu'il faut croire en sa capacité à faire de nos rêves des objectifs qu'on va
03:49atteindre.
03:50Ce n'est pas la même chose, mais ça démarre par le rêve.
03:53Le rêveur, en vérité, c'est quelqu'un qui manque de confiance dans le réel.
03:57Il pense qu'elle ne le satisfera jamais vraiment,
03:59comme si la réalité n'était pas à la hauteur de la démesure qu'il portait en lui.
04:04Et je pense à l'inverse qu'il faut faire confiance à la réalité dans sa capacité de nous surprendre.
04:09Je crois que c'est ça l'enjeu pour descendre de son nuage.
04:12Faire un saut dans le vide du réel.
04:14Sous-titrage Société Radio-Canada

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