- il y a 1 heure
Géraldine, Stéphane et bien d'autres sont devenus aidants par la force des choses : un parent malade, en perte d'autonomie ou en situation de handicap. Un quotidien chamboulé, et qui nécessite un relais à domicile mais aussi à l'extérieur comme avec la plateforme Répit57. Témoignages dans Le Mag' de la Rédaction.
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00:10En France, près de 12 millions de personnes déclarent apporter régulièrement une aide à un proche en situation de handicap,
00:18de maladie ou de perte d'autonomie.
00:20Cela représente près d'une personne sur six. Autre chiffre marquant, trois aidants sur dix accompagnent seuls leurs proches sans
00:28aidant familial, professionnel ou bénévole pour partager cette responsabilité.
00:33En Moselle aussi, bien évidemment, les besoins sont considérables. Le département compte aujourd'hui plus de 24 000 bénéficiaires de
00:41l'allocation personnalisée d'autonomie, dont près de 15 800 à domicile.
00:46Et puis contrairement aux idées reçues, être aidant, ça ne concerne pas uniquement les personnes âgées. Six aidants sur dix
00:53sont en activité ou poursuivent des études, tout du moins essayent de rester actifs.
00:59Vous le voyez donc des profils variés, comme autour de la table aujourd'hui pour le mag de la rédaction.
01:06Géraldine Stéphane, merci beaucoup d'être à nos côtés.
01:10Vous allez nous parler de vos expériences personnelles qui sont assez différentes. Vous allez aussi nous parler de votre quotidien
01:17et des solutions que vous avez trouvées au fur et à mesure pour trouver un peu de Repi.
01:21Et puis face à vous, nous avons notre troisième invitée, Cécile Geoffroy, responsable de la plateforme Repi 57. Merci beaucoup
01:29d'être là.
01:30Merci à vous. Vous oeuvrez aux côtés des aidants depuis quelques temps maintenant. On va parler de soutien psychologique, de
01:37formation et même d'aide à domicile et puis aussi d'information pratique pour nos téléspectateurs.
01:42Ça sera donc tout au long de cette émission. Et pour démarrer, vous l'avez vu, on va donner la
01:47parole à nos deux aidants du jour.
01:49Je me tourne d'abord vers vous, Géraldine. Vous êtes une ancienne infirmière. Vous avez dû prendre votre retraite anticipée
01:57il y a quelques années maintenant pour vous occuper de votre papa. Expliquez-nous.
02:03Eh bien, mon père a développé une maladie inflammatoire des vaisseaux sanguins du cerveau il y a à peu près
02:1015 ans en arrière. Comment je pourrais vous expliquer tout ça ?
02:17Ça a été quoi le déclic finalement pour vous dire il faut que j'aille aider mon père au quotidien
02:22?
02:22Alors au quotidien, le déclic a été l'arrivée d'une petite dame qui est venue un petit peu le
02:29raqueter à la maison. Cette petite dame a visité toute sa maison et à l'issue de cette visite, mon
02:38père a été cambriolé trois fois dans le mois.
02:40À trois reprises.
02:41À trois reprises, voilà. Donc du coup, il a commencé à avoir très très peur.
02:44Et comme il se sentait en insécurité, j'ai donc décidé avec mon frère d'aller habiter chez lui.
02:54Voilà. Donc je suis chez lui depuis 2021.
02:58Et depuis 2021, comment est votre quotidien ? Parce que c'est sûr que vous avez vécu d'abord votre
03:03vie en étant active de manière, voilà, dans votre maison personnelle, etc.
03:09Vous avez tout quitté, entre guillemets, pour être avec lui.
03:12Oui, j'ai laissé ma maison pour être avec lui, pour sa sécurité, son confort et puis aussi pour me
03:17simplifier la vie à moi également.
03:20Parce que ça faisait beaucoup d'aller-retour, beaucoup de... J'avais beaucoup de charges en fait.
03:25Parce que ce qu'il faut savoir, c'est que mon père ne conduit plus depuis sa maladie d'hortone.
03:30Et donc je fais les courses, je fais le ménage, j'entretiens tout, la maison, etc.
03:36Sauf le jardin.
03:37C'est le paménie de mon père, son petit jardin.
03:41Et puis, donc...
03:46Vous vous êtes tout de suite sentie aidante ou c'est venu au fur et à mesure ?
03:50Je pense que j'ai toujours été aidante pour un peu tout le monde.
03:54Mais lui en particulier...
03:55De par votre métier ?
03:56Voilà, par mon métier, voilà, c'est ça.
03:57Mais lui, parce qu'on a bien vu qu'il avait, avec sa maladie d'hortone et son traitement qui
04:03était très lourd,
04:04il a eu des difficultés pour marcher, il a eu des fractures spontanées,
04:11tous les effets secondaires du traitement.
04:13Ce qui fait que, bon, il fallait tout lui faire.
04:17Donc au fur et à mesure, je me suis retrouvée dans sa maison à gérer son quotidien
04:24et en oubliant un petit peu le mien.
04:27Et on y reviendra, parce que ça fait partie des difficultés quand on est aidant.
04:31Stéphane, de votre côté, votre profil est un peu différent.
04:34Vous vous occupez aussi d'un parent, mais votre histoire est un peu différente.
04:37Expliquez-nous.
04:38Oui, tout à fait.
04:39En fait, donc, ma mère a eu un AVC en 2020, début d'année 2020.
04:46Et elle a été victime.
04:49La conséquence de cet AVC a été une paralysie, mais quand même assez légère,
04:53de tout son flanc gauche, du visage à la jambe.
04:55Et donc avec mes deux sœurs, on s'est rapidement organisé pour lui donner un suivi de proximité,
05:03on va dire, et puis pour pouvoir solliciter rapidement un plan à part auprès de la Fondation Bompard.
05:08Donc nous l'avons obtenu.
05:13Mais géographiquement, comme moi je suis le plus près de ma mère,
05:16c'est moi qui m'en suis davantage occupé.
05:19Et donc votre quotidien aujourd'hui, il est à 100% avec elle ? Comment ça se passe ?
05:23Alors, aujourd'hui, si vous voulez, il y a eu un événement, en début d'année 2023,
05:30j'ai fait un burn-out sévère au travail.
05:34Voilà.
05:34Et suite à ça, si vous voulez, à l'issue des premiers soins,
05:38qui ont duré quand même 3-4 mois,
05:41je me suis retrouvé un peu désigné comme la personne qui devait s'occuper d'elle.
05:45Voilà.
05:46Mais j'ai rapidement, comment dire, trouvé beaucoup de plaisir et d'intérêt à le faire
05:51parce que l'une des raisons d'un burn-out, c'est en particulier la perte de sens.
05:56Et là, par contre, je retrouvais véritablement un sens.
05:58Donc c'était quelque chose, on peut le dire, en termes de thérapie qui était très positif.
06:02Vous êtes rapprochée d'elle et vous avez trouvé du positif dans cette situation qui est inconfortable.
06:07Complètement.
06:08Complètement.
06:09Alors après, si vous voulez, je ne vis pas tout le temps avec elle,
06:13mais j'y vis souvent parce que j'ai perdu mon père il y a une quinzaine d'années.
06:20Donc elle se retrouve vraiment seule.
06:22Et la maison, c'est une maison qui a un certain âge aujourd'hui qui a besoin d'entretien.
06:27Donc il y a beaucoup de travaux à faire.
06:28Et je profite de cette période aussi où je n'ai pas d'emploi.
06:32Je suis en recherche active d'emploi pour effectivement faire ces travaux.
06:37Voilà.
06:38Cécile, je me tourne vers vous.
06:39Vous avez écouté avec attention les deux profils que nous avons aujourd'hui.
06:44Oui.
06:44C'est loin d'être déconnecté de ce que vous voyez au quotidien sur le terrain.
06:48Oui.
06:48Des profils hyper variés.
06:50Oui, des profils hyper variés.
06:52Aujourd'hui, on est plateforme de répit.
06:53Du coup, on oeuvre pour éviter l'épuisement des aidants au quotidien.
06:57En leur proposant diverses prestations.
07:00Tout d'abord, une écoute.
07:02Donc effectivement, on a plusieurs aidants qui nous appellent tous les jours.
07:05Ce qui représente à peu près entre 30 et 40 personnes qui nous demandent de l'aide chaque mois.
07:11Voilà, ça c'est pour parler un petit peu de chiffres.
07:13Et effectivement, chaque situation est différente.
07:17Chaque aidant vit autre chose avec son proche.
07:19Ça peut être un proche, effectivement, un parent.
07:22C'est bien souvent un parent qui a une maladie neurodégénérative type Alzheimer, Parkinson, des choses comme ça.
07:28Ça peut être son conjoint.
07:30On est aussi confronté à un bon nombre d'aidants qui nous appellent parce que c'est leur conjoint qui
07:35se trouve dans la situation d'être dans la maladie.
07:37Ou alors, ça peut être également un parent parce que le parent peut être aussi aidant de son enfant en
07:43situation de handicap.
07:44Donc les situations sont diverses et variées, effectivement.
07:47Et nous, on est là pour apporter un petit peu aux aidants du soutien psychologique.
07:53S'ils ont besoin de soutien psychologique, d'autres vont avoir besoin, envie de s'aérer.
07:57Donc on leur propose des séances de bien-être, des activités.
08:00En fait, c'est un peu, j'allais dire, à la carte.
08:02Vous vous basez sur le profil que vous avez en face de vous et vous essayez de trouver des solutions
08:07concrètes.
08:08Oui, effectivement.
08:09Et si on ne peut pas y répondre directement parce que ça ne rentre pas dans nos missions, on va
08:12dire, proprement dites, de la plateforme de répit,
08:14on oriente effectivement vers les partenaires du territoire de la Moselle qui peuvent soutenir également les aidants.
08:23Concernant les profils, là, on a deux personnes, Géraldine et Stéphane, qui ont aussi subi des problématiques dans leur vie.
08:33On parlait de burn-out.
08:34Ça a été votre cas aussi, Géraldine, d'où la retraite aussi anticipée.
08:39Ce qui soulève une question, quand on est aidant, peu importe son âge, on peut aussi avoir ses propres pathologies,
08:43ses propres problématiques.
08:44Là aussi, c'est très récurrent chez les profils que vous rencontrez.
08:48Oui, ça peut l'être ou le devenir parce qu'effectivement, à la base, prendre soin des aidants,
08:54enfin, si on reprend un petit peu l'historique, il y a 15 ans en arrière, on n'entendait pas
08:57forcément parler des aidants.
08:58Aujourd'hui, vous avez donné les chiffres tout à l'heure qui sont conséquents.
09:04Et pour le coup, effectivement, comment dire, aujourd'hui, on peut, on le va lutter pour, et nous, plateforme de
09:13répit,
09:13et le département de la Moselle, et le pôle autonomie du département, et les politiques en général.
09:20On va œuvrer pour éviter l'épuisement des aidants, c'est-à-dire pour qu'eux-mêmes soient en bonne
09:25santé,
09:26prennent soin d'eux pour pouvoir ensuite prendre soin de leurs proches.
09:30Donc, l'objectif est effectivement que l'aidant lui-même ne tombe pas malade,
09:36ne tombe pas dans un burn-out ou dans un épuisement,
09:39pour qu'il puisse rester en forme,
09:41et puis pouvoir être armé pour accompagner son proche au quotidien.
09:45– Géraldine, quelle est votre plus grande difficulté encore aujourd'hui, en tant qu'aidante ?
09:50– Aujourd'hui, moi, j'ai l'impression d'être l'héroïne du film Une journée sans fin.
09:56Aujourd'hui, c'est demain, demain, c'est après-demain, c'est toujours la même chose.
10:00Je fais, en fait, tous les jours la même chose.
10:02Et puis, quand je veux, justement, prévoir des vacances ou une cure,
10:08il faut que j'anticipe tout.
10:10Mais tout doit être prévu, les rendez-vous médicaux,
10:14tout ce qui est alimentaire, tout ce qui est linge,
10:17la femme de ménage, tout doit être…
10:21Les passages aussi, parce que comme il est tout seul,
10:23il faut quand même qu'il y ait des gens qui passent régulièrement,
10:26pour voir si tout va bien, et puis pour qu'ils ne se sentent pas en insécurité.
10:30Et parce que ce qu'il faut savoir, c'est que moi, je suis chez lui,
10:33j'ai trois chiens, donc il est encore plus en sécurité.
10:38– Mais ça sous-entend une autre organisation aussi.
10:41– Voilà, et donc, quand je m'en vais,
10:43il est tout seul.
10:45Et là, ça commence à devenir un gros problème,
10:48parce que depuis cette année, je trouve qu'il y a eu un décrochage
10:52au niveau de sa mémoire,
10:54et je pense que je ne pourrais plus partir aussi facilement qu'avant.
10:59– Ça vous freine ?
11:01– Ah oui, avant, ma soupape, c'était de partir en Creuse,
11:07en Bretagne, en Auvergne.
11:09Je partais même des fois deux mois dans l'année,
11:11une fois au printemps, une fois en automne.
11:14Je pense qu'à partir de cette année, je ne vais plus pouvoir faire ça,
11:17parce que ça devient compliqué.
11:19Compliqué pour tout, au niveau alimentaire.
11:22Au niveau alimentaire, il faut être derrière lui,
11:23il faut lui suggérer des choses,
11:25parce que sinon, il oublie de manger,
11:27il oublie… il va se contenter de ce qu'il a,
11:29et puis il ne va pas aller chercher plus loin.
11:31Au niveau… à plein de niveaux, il faut être derrière.
11:35C'est-à-dire, comme un petit garçon.
11:39Là, au jour d'aujourd'hui, je suis obligée de lui préparer ses habits
11:43pour qu'il pense à se changer.
11:45Et il me le dit, bah oui, mais…
11:47– C'est beaucoup d'anticipation.
11:48– Voilà, c'est ça, en permanence.
11:50Et quand on s'en va longtemps, c'est encore pire.
11:52Vraiment, c'est encore pire.
11:52– Est-ce que, Stéphane, de votre côté,
11:54c'est quelque chose que vous ressentez aussi,
11:55ce côté de très anticipation, organisation ?
11:57– Oui, tout à fait. L'organisation est très importante.
12:00Il faut mettre en place une organisation
12:02qui permette vraiment de vous libérer l'esprit
12:04et de penser à vous.
12:07Donc, je cherche à le faire de façon continuelle,
12:09mais aussi avec les aides dont je dispose.
12:12Et aujourd'hui, je pense que je suis parvenu à un résultat,
12:17puisque les choses sont vraiment bien organisées,
12:19avec des plannings également établis sur Excel.
12:23Donc, voilà.
12:24Mais en tous les cas, il est clair
12:25qu'il faut vraiment reconfigurer son esprit
12:28pour tout organiser,
12:29pour pouvoir gérer efficacement le besoin d'aide qu'elle a.
12:33– De votre côté, Cécile,
12:35vous vous écoutez encore une fois ces expériences-là.
12:38Qu'est-ce que ça vous évoque d'entendre ça ?
12:40– Les aidants ont majoritairement le besoin qui ressort le plus,
12:44c'est le besoin d'un relayage à domicile
12:47pour qu'ils puissent justement partir quelques heures,
12:50l'esprit tranquille,
12:51pour pouvoir prendre du temps pour eux,
12:53pour pouvoir aller faire un rendez-vous,
12:55ou une course, quelque chose comme ça.
12:56C'est quelque chose que nous, on propose aussi,
12:58plateforme de répit, du répit à domicile.
13:00Donc, une instance de soins spécialisée en gérontologie,
13:04elle vient au domicile pendant trois heures,
13:06pendant que les dents, ils soufflent à l'extérieur.
13:08Ça, c'est le but du relayage à domicile.
13:09Donc, nous, on le porte, plateforme de répit.
13:11Il y a aussi 12 dispositifs qui le portent dans les plans,
13:14vous en avez parlé tout à l'heure, Stéphane,
13:16dans les plans APA, qui sont générés du coup, pas par Bonpart,
13:20mais par le pôle autonomie du département.
13:22Donc, le pôle autonomie du département octroie, si je puis dire,
13:25en fonction de la situation, des aides, un plan d'aide,
13:29et des aides financières et des aides humaines,
13:31pour pouvoir pallier un petit peu et aider les aidants sur cet aspect-là.
13:35– Mais est-ce que c'est facile de laisser la place à cette aide ?
13:39Pendant plusieurs années, on a été le seul relais,
13:42on s'octroie un petit peu de temps, peu importe pour quoi faire.
13:45Est-ce qu'on a quand même son esprit qui reste à côté de son proche ?
13:50– Ce n'est pas facile, effectivement, et pour l'aidant,
13:53déjà, de créer ce lien de confiance avec la personne,
13:58et pour l'aider, qui, pour le coup, un tiers qui entre encore au domicile,
14:04qui n'est pas un proche, qui n'est pas quelqu'un de la famille.
14:07Donc, c'est vrai que c'est tout un cheminement avant de pouvoir dire,
14:11OK, je demande cette aide, OK, je vais tenter l'expérience,
14:15et puis après, on y revient.
14:17Mais il y a des personnes qui sont prêtes, il y en a d'autres qui ne le sont pas,
14:20ça c'est aussi à nous d'accompagner sur ce temps-là.
14:24Mais bien évidemment, c'est ce qu'on entend régulièrement.
14:27Il y a des aidants qui ont leurs proches accueillis en accueil de jour,
14:30dans un EHPAD par exemple, et ils nous disent aussi,
14:33assez régulièrement, même si mon proche est deux jours à l'EHPAD,
14:37c'est quand même pas du vrai répit, parce que le matin, c'est tout,
14:41c'est une organisation, il faut l'habiller, il faut le préparer,
14:44il faut qu'il monte dans la voiture pour pouvoir y aller,
14:46c'est pas évident, il n'a pas envie, c'est sujet à des crises, à des disputes,
14:49et il faut anticiper le soir, le repas, etc., le retour.
14:53Donc ça reste du répit, mais ça ne soulage pas la charge mentale
14:58et des aidants qui auraient besoin de plus.
15:02– On parlait d'aide de manière assez disparate,
15:05je vous propose qu'on rentre un petit peu dans ce vif du sujet.
15:09Géraldine, parmi les éléments qui vous ont aidé, structure ou autre,
15:13vers qui, vers quoi vous vous êtes tournée, pour trouver un peu de répit ?
15:17– Ben, répit 57 et Bompard.
15:19En fait, mon père est suivi à Marange-Sylvange, par le docteur Stern,
15:24et c'est ce docteur-là qui nous a aiguillés vers l'association Répit-Bompard,
15:29et quand ils sont intervenus la première fois, ils ont envoyé une ergothérapeute,
15:35qui a permis de recadrer tous les problèmes que pouvait avoir mon père
15:39par rapport à l'espace-temps, l'organisation des vêtements, etc.
15:43– Donc à l'intérieur de sa maison ?
15:45Ils ont mis en place des outils, les rampes,
15:50enfin tout ce qu'il fallait pour que lui facilite la vie à lui.
15:54Et puis, alors moi je les remercie du fond du cœur,
15:58parce que j'ai un rendez-vous tous les mercredis,
16:00je vais tous les mercredis, je profite de leur…
16:04j'en ai presque les larmes aux yeux, de 1h30 rien que pour moi.
16:09Alors là, moi par contre, je ne pense plus à mon père.
16:12Quand je vais en sophrologie, je rentre à fond dans la sophrologie,
16:16je vais à fond dans les bols sonores, il y a le doing, qu'est-ce qu'on avait, l
16:20'aqua sophro.
16:21Alors là, je suis à fond dedans.
16:22– Ce sont les animations qui sont proposées via la plateforme, c'est ça ?
16:25– Effectivement, on propose des ateliers en tout cas,
16:28et on essaie de trouver des partenaires avec qui travaillaient.
16:30En l'occurrence, Géraldine fait référence à la maison du yoga à Metz,
16:33avec qui on a un partenariat,
16:34et pour lequel on offre des séances de sophrologie,
16:39de relaxation sonore aux aidants une fois par semaine.
16:42– Donc ça, c'est votre moment pour vous ?
16:43– En plus, je fais ça, et en plus, j'essaie de faire autre chose à côté,
16:47parce qu'au niveau physique, il faut aussi se maintenir.
16:52– Non, mais vous avez raison de le rappeler.
16:54– Je fais piscine, je profite également de…
16:57– Du renforcement musculaire ?
16:59– Voilà.
16:59– Travaille également avec une coach sportive à Metz.
17:01– Voilà, voilà.
17:02Et sincèrement, s'il ne m'avait pas proposé toutes ces activités-là,
17:07je ne les aurais pas faites.
17:09– D'accord.
17:10– Donc franchement, merci beaucoup.
17:11Et puis, qu'est-ce que j'ai trouvé comme autre alternative ?
17:15Eh bien, me promener avec mes chiens, voilà.
17:20– C'est peut-être un détail comme ça, mais ça vous permet aussi de sortir.
17:24De votre côté, Stéphane, quelles sont les aides que vous avez actuellement ?
17:27– Tout d'abord, si je peux me permettre, je voulais rebondir un petit peu
17:30sur ce que venait de dire Mme Geoffroy.
17:33C'est par rapport à la relation, l'importance de la relation aidée-aidante.
17:38L'aider-aidant, je veux dire.
17:40C'est-à-dire que moi, je me suis aperçu,
17:42et c'est à partir de ce moment que les choses sont devenues beaucoup plus simples,
17:45c'est qu'il fallait se dissocier de la relation mère-fils.
17:50C'est-à-dire qu'il fallait d'abord considérer la femme plutôt que la mère.
17:54– La personne avant le rôle de mère.
17:56– Voilà, et à partir de là, ça a changé mon comportement,
17:59c'est-à-dire que le fil conducteur de toutes mes actions
18:01résidait dans le fait de savoir gérer et contenir son état émotionnel.
18:06Et à partir de ce moment-là, c'est devenu beaucoup plus simple.
18:12Elle me reconnaît, elle me remercie,
18:14elle accepte mes limites en les approuvant même ouvertement.
18:18Et quand je lui dis que quelque chose, c'est non, avec fermeté, c'est non.
18:22– Et si vous n'aviez pas fait cette dissociation,
18:25vous pensez que ça aurait été difficile de trouver un cadre ?
18:28– Il fallait la faire, parce qu'avant, je ne la faisais pas.
18:32Et donc quand vous ne la faites pas, j'ai perdu des fois le contrôle.
18:35Et la personne en face de moi n'était pas contente,
18:37parce que quelque part, elle ne me remerciait jamais,
18:43parfois elle m'insultait même.
18:44Donc on voyait bien que, on va dire, la relation était,
18:48je peux le dire, toxique en fait.
18:50Voilà, donc il fallait faire ce, on va dire,
18:52ce cheminement peut-être psychologique pour arriver à se dissocier.
18:55Et d'ailleurs, une fois que vous vous en dissociez,
18:57vous vous sentez beaucoup mieux, parce que vous ne culpabilisez plus.
19:00Et quand vous prenez du répit, vous pensez exclusivement à vous.
19:03Voilà, et une chose très importante aussi,
19:07en dissociant la relation, vous favorisez le détachement affectif.
19:11Parce que le lien affectif des parents et des enfants
19:15est probablement le plus fort.
19:18Voilà.
19:19Donc maintenant, pour en revenir à votre question,
19:21on a équipé la maison avec un autolift pour franchir.
19:24Alors qu'est-ce que c'est ?
19:26Alors c'est un monde personne en fait.
19:29D'accord.
19:29Pour franchir des escaliers.
19:30Parce que là, il y a deux volets d'escalier.
19:32Et donc pour lui permettre toujours de descendre,
19:35parce que ça devenait difficile.
19:38Ensuite, ayant du temps libre par rapport à ma situation,
19:43j'ai également adapté sa maison en construisant en particulier du mobilier bois.
19:49Donc j'ai construit par exemple des supports en bois
19:52qui sont attenants à son lit médicalisé,
19:54lui permettant de mettre précisément, elle veut sa bouteille d'eau,
19:57et d'autres...
19:58Elle a une PPC aussi parce qu'elle fait de la pté du sommeil.
20:00Donc aussi à un endroit judicieux, la PPC.
20:05J'ai construit un meuble également qui est attenant à son lit médicalisé
20:09où je mets toutes les protections.
20:10Vous avez optimisé en fait son espace de vie principal ?
20:13Voilà, j'ai optimisé son espace de vie, mais dans un bénéfice mutuel en fait.
20:18Puisqu'après là, ça retranscrit l'organisation
20:22qui permet d'être efficace et de souffler beaucoup plus facilement.
20:26Et concernant les organismes d'accueil, est-ce que vous y avez pensé ?
20:31Tout ce qui est structure d'aide, comme Repi57, comment ça se passe pour vous ?
20:35Alors, avec la plateforme de Repi, c'est vrai qu'on est venu me voir
20:40et j'ai trouvé que la démarche, elle est très bonne.
20:43Voilà, on vient nous voir, on nous écoute.
20:46On nous explique un petit peu tout ce que propose la plateforme.
20:50Et c'est là que j'ai vu que c'était très précieux.
20:53Parce que c'est vrai que je suis dans une démarche très souvent un peu personnelle
20:56où je cherche à résoudre moi-même mes problématiques.
20:58Mais là, en l'occurrence, quand j'ai vu qu'il y avait ces aides,
21:02on va dire, je les ai accueillies vraiment avec beaucoup de satisfaction.
21:06Après, bon, il faut dire aussi une chose, les personnes sont importantes aussi.
21:12Là, à la plateforme de Repi57, il y a une belle équipe.
21:17Voilà.
21:17– Le côté humain.
21:18– Tout à fait.
21:19– C'est là-dessus que vous misez, à Repi57 ?
21:21– Merci Stéphane.
21:23Oui, aussi, bien évidemment, on est une petite équipe.
21:25On est une petite équipe de 5-6 personnes qui œuvront du coup au quotidien.
21:30Et effectivement, c'est des professionnels qui sont aussi formés.
21:35Stéphane a fait, pour rebondir sur ce que monsieur vient de dire,
21:39il a fait ce cheminement un petit peu par lui-même.
21:42Mais au niveau de la plateforme de Repi, on accompagne les aidants,
21:45justement, à effectuer ce cheminement au travers de l'accompagnement psychologique
21:51qui peut se faire soit en séance individuelle,
21:53soit autour d'un café des aidants qu'on organise une fois par mois,
21:56soit on propose également une formation des aidants une fois dans l'année.
21:59Et cette formation-là, ou ce café des aidants, sont des endroits ou des espaces
22:02où effectivement, psychologues et trailleurs sociaux
22:05accompagnent les aidants à cheminer dans ce nouveau rôle,
22:08nouveau statut d'aidant, à cheminer aussi dans la relation
22:12qu'ils entretiennent avec leurs proches,
22:14à donner un petit peu des clés et des outils pour améliorer la relation.
22:19– Ce ne soit pas une souffrance, en fait, finalement.
22:21– Exactement.
22:22Et puis surtout, pour arriver à prendre de la distance et du recul
22:26par rapport aux petites choses du quotidien.
22:28Si je rebondis sur l'échange qu'on a eu avec Géraldine tout à l'heure,
22:32effectivement, un aidant peut être peut-être, par exemple,
22:36vite agacé sur les petites choses du quotidien
22:38que le proche va oublier ou ne va pas faire.
22:41Mais forcément, parce que le proche, il a une maladie neurodégénérative
22:44et cognitivement, il y a la mémoire, par exemple, immédiate
22:47qui ne fonctionne plus.
22:49Donc, lui, il le vit bien.
22:50Pour lui, il n'y a pas de souci.
22:52Mais l'aidant, lui, va le prendre d'une autre façon
22:54et va prendre tout ça pour lui, en fait.
22:56Et arriver à se détacher de tout ça et à se dire,
22:59ce n'est pas grave, c'est comme ça.
23:03Et donc, ça s'apprend.
23:05– Ça veut dire que le statut d'aidant, qui est difficile,
23:08il ne faut pas non plus mâcher ses mots,
23:10surtout quand ça nous arrive comme ça, de manière très spontanée,
23:13on n'a pas du tout prévu ou quoi que ce soit,
23:16on peut le vivre au fur et à mesure de manière beaucoup plus positive, en fait.
23:19– Oui, oui, bien évidemment, oui.
23:22Je pense que c'est un long parcours.
23:24– Moi, je n'en suis pas encore là.
23:26Moi, je suis encore beaucoup dans l'émotionnel et beaucoup dans l'affectif.
23:29Par rapport à Stéphane, moi, je n'ai pas fait cette démarche-là,
23:32je suis encore à fond dedans et c'est difficile.
23:36Franchement, c'est très difficile.
23:37– Il y a tout ce travail aussi de déculpabilisation,
23:40de faire déculpabiliser l'aidant,
23:45de pouvoir prendre du recul et prendre soin de lui.
23:47Et ce n'est pas évident, oui.
23:49Et il y a des personnes qui sont prêtes rapidement,
23:51d'autres qui le sont au bout de quelques mois,
23:53d'autres qui le sont au bout de quelques années
23:55et d'autres qui ne le seront jamais.
23:57Parce qu'il y a aussi des questions de tempérament, de personnalité.
24:01Il y a aussi des questions, ce qu'on pouvait dire aussi tout à l'heure,
24:04des questions culturelles.
24:06Culturellement, dans certaines familles,
24:10on ne fera jamais appel à quelqu'un, on ne demandera jamais d'aide.
24:13C'est le rôle des enfants de s'occuper d'eux.
24:16Il y a aussi tout ça à déconstruire aujourd'hui.
24:19– Des injonctions, en fait, de manière générale.
24:21– Oui, et puis l'aide est précieuse.
24:23Donc il existe des choses aujourd'hui, donc il faut les mobiliser.
24:28– Stéphane, vous vouliez rajouter quelque chose ?
24:30– Non, je voulais ajouter, on en discutait justement avec Géraldine tout à l'heure,
24:34c'est-à-dire qu'on ne sait pas où est la limite de ce qu'on doit faire ou
24:38pas faire.
24:39Et c'est vrai que j'ai vécu cette situation,
24:41et le cheminement n'est pas simple.
24:44Mais à un moment donné, quand vous y parvenez à vous dissocier de la relation,
24:47comme je vous ai dit, et que la personne vous remercie,
24:50là vous comprenez que vous avez bien fait finalement,
24:52et que vous avez fait ce qu'il fallait faire.
24:54Et donc vous ne culpabilisez plus et vous vous sentez beaucoup mieux.
24:57– Et après c'est un cercle vertueux pour le coup.
25:00Pour terminer cette émission, parce qu'on arrive bien évidemment à son terme,
25:06on sait que depuis déjà quelques années, cette question du statut d'aidant,
25:09c'est un terme un peu fort, mais on voit bien que c'est quand même
25:12quelque chose de très présent dans vos vies.
25:14Il y a des décrets qui ont permis d'améliorer un petit peu l'assurance vieillesse,
25:19la réforme des retraites, le congé pour aider un proche.
25:22Est-ce que pour vous c'est suffisant ?
25:24Est-ce qu'il faut… finalement, quelle est votre ambition autour de ce statut d'aidant ?
25:28Qu'est-ce qu'il faudrait encore faire Géraldine ?
25:30– Moi je n'ai pas vraiment d'idée, parce que justement je suis déjà à la retraite.
25:34Et donc je suis à 100% pour mon père.
25:37Donc je ne vois pas trop… je ne vois pas.
25:40– À part vous, votre déclic personnel.
25:43En gros, c'est surtout ça sur lequel vous…
25:46le point sur lequel vous allez travailler, c'est votre déclic personnel
25:49et le fait de pouvoir lâcher prise un petit peu.
25:51– Voilà, c'est ça.
25:52– Et puis surtout, partir sereine quand je pars,
25:57pas avoir tout le temps le réflexe de regarder la caméra,
25:59bon tout va bien, ça c'est…
26:02oui, j'aimerais bien être complètement détendue quand je pars.
26:06– Et de votre côté Stéphane, concernant les aides qui sont actuelles ?
26:11– Moi j'avais deux points en fait, par rapport aux aides actuellement.
26:14La plateforme de répit offre un quota d'heures lié, comment dire, à la présence d'une aide soignante.
26:24Moi je dis simplement que l'idéal, ça serait d'avoir quand même beaucoup plus d'heures,
26:28c'est-à-dire un équivalent qui permettrait d'avoir trois heures par semaine.
26:31Je dis ça parce que je vois le bénéfice que ça apporte à ma mère,
26:34c'est-à-dire que dans les maladies neurodégénératives, il faut faire travailler le cerveau.
26:39Et ce que font ces aides soignantes est précieux parce qu'elles leur font pratiquer des jeux.
26:44Et donc finalement on retranscrit ce qui se fait en EHPAD,
26:47puisque le maintien à domicile c'est aussi d'essayer de retranscrire des choses qui se font en EHPAD.
26:51Et je me suis dit aussi, parce que j'ai conscience qu'il y a une pénurie,
26:54peut-être au niveau des aides soignantes, mais peut-être qu'en marquant davantage le besoin,
26:58ça sera possible de mieux les valoriser à travers d'autres types de contrats de travail,
27:02par exemple par rapport à d'autres éléments.
27:04Et ensuite le deuxième point c'est au niveau psychologique.
27:09Bien évidemment, il y a beaucoup d'aidants qui souffrent,
27:12et on ne peut pas imaginer une prise en charge de tous les aidants,
27:16mais je pensais surtout à la prévention des risques psychosociaux.
27:20Un peu comme dans une entreprise, il faudrait pouvoir faire une sensibilisation,
27:24une prévention de ces risques beaucoup plus poussée.
27:27Ça peut être par exemple un diagnostic semestriel ou annuel sur la situation de l'aidant,
27:32comme quand on prépare une visite de géontologie par exemple,
27:34on pose plein de questions pour savoir exactement où elle en est.
27:38Parce qu'ayant connu un burn-out, je sais que dans la santé mentale,
27:43ce qui se passe souvent c'est qu'on est dans le déni.
27:45Donc la personne qui souffre, elle ne le dira pas, elle ne le sentira forcément...
27:49– Ce soutien-là psychologique.
27:51Voilà, donc c'est de la prévention, et comme la santé mentale c'est un enjeu national, on va dire,
27:59pour la population plus particulière des aidants qui est importante,
28:02ça serait intéressant d'approfondir ce sujet.
28:05– Merci beaucoup en tout cas d'avoir témoigné sur ce plateau du MAC de la rédaction,
28:10d'un sujet qui n'est pas forcément simple, mais en fonction des conversations que nous avons eues,
28:15on se rend compte qu'il y a quand même parfois un petit peu de positif,
28:17en tout cas c'est sur ça qu'il faut se raccrocher.
28:20On va vous mettre les liens importants pour contacter la plateforme Repi57,
28:24parce que peut-être que de l'autre côté de la caméra, vous vous êtes sentis concernés aussi.
28:28C'est important que vous puissiez trouver une écoute avant tout, puis ensuite une aide.
28:32Vous avez également la maison départementale des aidants,
28:35qui regroupe une grande partie des associations autour du handicap et de maladies invalidantes,
28:40notamment c'est une maison qui permet d'être formée sur certains types de pathologies en tant qu'aidant,
28:46mais aussi connaître vos droits et trouver un relais.
28:49Merci beaucoup d'avoir été à nos côtés, pour le coup, sur ce sujet qui vous touche tout particulièrement.
28:55On l'a compris, être aidant ne signifie pas que nous n'avons pas besoin d'être aidés.
29:00Pour retrouver ces témoignages en intégralité et toutes nos autres émissions du MAC de la rédaction,
29:06la direction de notre site internet Moselle.tv
29:08et vos télévisions connectées avec l'application gratuite Moselle TV+.
29:13Merci encore de nous être fidèles.
29:15L'information continue sur Moselle TV.
29:17Sous-titrage Société Radio-Canada
29:26Sous-titrage Société Radio-Canada