00:00Racontez-nous, et j'ai l'impression que c'est allé très vite aussi,
00:03c'est-à-dire que c'est allé très très vite en tension,
00:05racontez-nous comment ça commence et jusqu'où ça va en fait.
00:09Effectivement, c'était très rapide.
00:10Alors on était un groupe de 13 jeunes, on avait environ de 20 à 27 ans,
00:14on était à Rouen pour l'anniversaire d'un ami,
00:17et on a fait un dîner très tranquille, très bon enfant,
00:20on a décidé, on n'était pas très loin de la foire, d'aller à la foire.
00:22Donc on prend le tram, on va à la foire, et on chante quelques chants.
00:26C'était des chants catholiques, il n'y avait rien de revendicatif, de partisans,
00:30c'était donc un ressusciteau pour ceux qui connaissent.
00:33Et on chantait entre nous, on n'avait pas vocation à prendre l'espace public pour nous.
00:40Et on passe un moment, donc on arrive, on sort du tram, on arrive près de la foire,
00:44il y avait une allée d'environ 30 mètres, on était en train de chanter.
00:48Quand on entend à notre gauche, fachos, il y a des fachos, regardez les fachos,
00:52donc nous on se tait immédiatement, on se tait et on continue tout droit,
00:55et on commence à recevoir des projectiles.
00:58Et là vraiment, en l'espace, mais de 30 secondes, entre 30 secondes et 1 minute 30,
01:02il y a des gens qui nous courent dessus, il y avait des dizaines de personnes.
01:05Nous nous sommes chacun retrouvés face à plusieurs individus,
01:09certains 3, certains 5, 6.
01:12Vous étiez en sous-nombre, c'est-à-dire qu'ils étaient très nombreux.
01:14On était complètement en sous-nombre.
01:15On a vraiment été complètement débordés.
01:19Certains ont fini à terre.
01:20J'ai un bon ami, dont c'était l'anniversaire, qui s'est retrouvé par terre inconscient.
01:25Il n'a même pas souvenir d'être tombé par terre inconscient,
01:27parce qu'ils l'ont frappé par derrière et il se faisait lyncher à coups de pied.
01:30C'était clairement de l'ordre de la mise à mort.
01:33Il se prenait des coups de pied dans le crâne et ça se voyait après
01:36avec la cloison nasale complètement déviée.
01:40Et d'autres étaient aussi à terre.
01:42Il y en a un autre qui avait les habits déchirés, qui était en sang.
01:46Et les autres se sont tous pris des coups de poing et avaient le visage tuméfié.
01:50Mais pour qu'on comprenne, ils sortaient d'où, ces agresseurs ?
01:54C'est-à-dire qu'ils étaient déjà dans des groupes constitués
01:56qui se baladaient eux aussi dans la rue ?
01:58Ou ils sont arrivés parce qu'ils se sont passés le message entre eux ?
02:01Alors, c'est difficile à dire parce que ça s'est passé très rapidement.
02:04Il faisait nuit et il y avait beaucoup de personnes.
02:06Mais je pense que c'était un groupe relativement unifié
02:09qui sortait de la foire au moment où nous, on allait y entrer.
02:13Donc, on les a croisés à ce moment-là.
02:15Et je pense qu'ils se connaissaient.
02:18Et c'est des gens qui venaient de...
02:20Comme l'ont vu des témoins de la cité de Quanteleux,
02:23qui est une cité à côté de Rouen, exactement.
02:25Donc, je pense que c'était un groupe assez unifié.
02:27Peut-être que d'autres s'y sont joints en entendant les cris de fachos,
02:30de salles blancs, de ce genre d'insultes.
02:34Alors, justement, les insultes hyper violentes,
02:37il n'y a pas d'équivoque possible.
02:39C'est-à-dire que vous avez été visé pour ce que vous représentez.
02:42Et vous parliez de l'aspect religieux,
02:44parce que vous choisissez des chants,
02:45vous êtes catholique et vous l'assumez.
02:47C'est eux qui ont porté ça sur le plan religieux.
02:49Parce qu'eux, ils disaient, à contrario,
02:51moi, je suis musulman, j'ai 16 ans,
02:53et par exemple, je te... ta mère.
02:55Donc, l'agressivité, elle venait d'eux, très clairement.
02:58Oui, clairement. Nous, on n'est pas arrivés en tant que catholiques,
03:01on n'est pas allés à la confrontation,
03:02on ne les a même pas vus a priori.
03:04Et même quand on a entendu des fachos,
03:05on n'est pas allés les voir,
03:07ni les menacer, ni les insulter, ni quoi que ce soit.
03:09Il n'y avait aucune excuse,
03:11aucune raison, aucune légitimité de s'en prendre à nous.
03:13Et donc, c'était vraiment des motifs,
03:15c'était de l'ordre du jugement d'apparence,
03:17du délit de faciès,
03:19et du jugement aussi religieux.
03:21Parce qu'on avait un champ,
03:22parce qu'on était dans l'espace public en tant que chrétien,
03:24en tant que blanc, en tant que français tout à fait classique,
03:27habillé de manière classique,
03:28et ça ne leur plaît pas.
03:29La police finit par intervenir,
03:31donc, heureusement pour vous,
03:33mais parce qu'il y a eu des témoins,
03:36des riverains qui ont appelé,
03:37ou c'est parce que ça faisait tellement de bruit
03:38qu'ils ont fini par se rendre compte ?
03:40Alors, je crois qu'il y a des témoins qui ont appelé,
03:42il y a un ami de mon groupe qui a aussi appelé,
03:45et il l'appelait en même temps qu'il voyait
03:47ses deux petits frères se faire littéralement massacrer,
03:50qui étaient en sang,
03:51c'était assez dur pour lui.
03:53Et la police était à deux minutes.
03:56C'est ça, on a vraiment eu beaucoup de chance.
03:57Ils sont arrivés très rapidement,
03:58ils n'étaient pas loin d'une allée à côté.
04:00Et donc, ils sont arrivés immédiatement,
04:02enfin, du moins en une minute trente,
04:03mais le temps qu'on se fasse quand même,
04:05qu'on se fasse littéralement massacrer,
04:07puisque ça passe très rapidement.
04:08Et ils sont arrivés,
04:09donc les agresseurs se sont dispersés,
04:12aucun n'a été pris sur le fait.
04:15Et donc, il y aura une enquête,
04:17puisque vous avez porté plainte, j'imagine ?
04:19Oui, effectivement,
04:19on est plusieurs à avoir porté plainte.
04:20Et il y aura une enquête,
04:23on ne sait pas encore si on aura le droit
04:24d'accéder aux vidéos de caméras de surveillance.
04:27Donc, on verra ça.
04:28Vous, vous avez été entendu par la police
04:30pour pouvoir apporter votre témoignage,
04:32parce que vous en sortez un petit peu mieux
04:33que vos camarades ?
04:34Oui, alors,
04:36ceux qui ont le plus tôt porté plainte,
04:38c'était évidemment ceux qui avaient
04:40les blessures les plus sévères,
04:42notamment les trois qui sont allés à l'hôpital,
04:43plus un quatrième qui les a rejoints dans la nuit.
04:45Ils sont allés porter plainte
04:47le lendemain au commissariat de Rouen.
04:49Moi, je suis en relation avec des avocats
04:51pour porter plainte,
04:52donc c'est en train d'être fait.
04:54Mais on va tous porter plainte, oui.
04:57Sous-titrage Société Radio-Canada