00:00Il est 6h20, le Médicis hier, le Goncourt et le Renaudot aujourd'hui et demain le Fémina.
00:05C'est la grande semaine des prix littéraires et pourtant le monde de l'édition n'est guère à la
00:09fête
00:09car les ventes de livres s'effondrent. Le secteur est-il suffisamment soutenu en France ?
00:14Bonjour Régina Chondo.
00:15Bonjour.
00:16Vous êtes la présidente du CNL, Centre National du Livre.
00:19C'est un établissement public qui a pour mission de soutenir le secteur et de favoriser la lecture.
00:24Donc les ventes sont en baisse de 6% sur les 8 premiers mois de l'année.
00:27Les librairies font partie des commerces les moins rentables.
00:29Il y a désormais plus de fermetures que d'ouvertures.
00:31Il y avait pourtant eu une embellie après la pandémie de Covid.
00:34Ça n'a visiblement pas duré. Comment l'expliquez-vous ?
00:38Pourquoi les Français achètent moins de livres ?
00:42Les journées se sont raccourcies, le temps s'est contracté.
00:47Beaucoup de temps passait sur les écrans, à la fois pour les adultes et pour les enfants évidemment.
00:54Vous avez fait une étude, c'est 10 fois plus de temps sur les écrans que de temps de lecture.
00:58Oui, tout à fait.
00:58Pour les enfants.
00:59Tout à fait. Pour les jeunes jusqu'à l'âge de 19 ans.
01:02Donc on est déjà plutôt petit quand on a 19 ans.
01:05Donc je pense qu'il y a mille et une raisons qui expliquent le fait que le temps long du
01:10livre
01:11n'est pas aujourd'hui ce qui est le plus recherché, malheureusement.
01:17Le pouvoir d'achat aussi ? Dans les arbitrages du porte-monnaie ?
01:20Dans nos études, le pouvoir d'achat vient vraiment bien après les tentations de réseaux sociaux, de jeux vidéo.
01:31Oui, beaucoup de la vie de nos concitoyens a été modifiée.
01:37On le voit bien quand on observe tout simplement les transports en commun,
01:44le temps qu'on passe, nos réflexes nous-mêmes.
01:47Vous êtes journaliste.
01:49Donc je pense que ça fait même partie de votre vie professionnelle, presque de vos...
01:54C'est une ADN, j'imagine.
01:57Donc voilà, je pense que...
01:58Mais des écrans, il y en a dans le monde entier.
02:00Pourtant, il y a des pays où les ventes de livres se portent vraiment extrêmement bien.
02:03Il y a même de très fortes hausses.
02:05Alors il y a l'Inde et le Brésil, j'ai vu, là c'est dingue les chiffres.
02:08Mais même plus près de nous, en Espagne et en Italie, les ventes augmentent.
02:11Il y a des écrans aussi dans tous ces pays ?
02:12Oui, alors l'Espagne et l'Italie, c'est tout à fait intéressant que vous en parliez
02:15parce que justement, on s'est dit au sein de l'équipe du Centre National du Livre
02:20qu'il fallait qu'on regarde de très très près ce qui s'était passé.
02:22Et je suis moins surprise par l'Inde et le Brésil
02:24où évidemment, les classes moyennes, fort nombreuses dans des pays très peuplés
02:32et tant mieux, progressent, font plus d'études et donc lisent davantage.
02:40En ce qui concerne les pays européens, on va se pencher sur cette question de l'Inde et de l
02:46'Espagne et du Portugal.
02:47Et du Portugal aussi.
02:48Alors le constat est fait, Régine Hachondo.
02:51Qu'est-ce qu'on fait maintenant ?
02:52Qu'est-ce que vous, au CNL, vous faites pour encourager la lecture ?
02:56On met énormément d'actions évidemment dans les collèges, les lycées, les écoles
03:02en partenariat avec l'éducation nationale.
03:04On soutient énormément la vie littéraire de manière générale.
03:08Alors, sur le plan économique, les auteurs, les éditeurs indépendants, les librairies indépendantes,
03:13ça je dirais que ce sont les missions d'origine.
03:14Et pour donner ou redonner le goût de la lecture, on développe énormément d'actions,
03:19de rencontres d'auteurs, notamment dans les écoles, les collèges et les lycées,
03:24tous les lieux dans lesquels nous sommes présents avec les festivals que nous organisons ou que nous soutenons.
03:29Et on se rend compte d'ailleurs que lorsqu'une, dans une classe, un auteur passe cinq, six ateliers de
03:35trois heures
03:36sur l'écriture, la lecture à voix haute, sur l'explication de son œuvre, son travail, son métier,
03:42les enseignants plébiscitent cette action et nous disent à quel point cela change le regard des enfants sur la lecture
03:48ou des adolescents sur la lecture.
03:50Je pense qu'il faut arriver à faire en sorte de montrer que le livre n'est pas juste un
03:57plaisir solitaire
03:58parce qu'aujourd'hui on vit beaucoup de manière grégaire en communauté, surtout les jeunes.
04:03Les réseaux sociaux aussi ont créé ça pour le meilleur et pour le pire.
04:07Et donc je pense qu'il faut remettre le livre dans le quotidien, à la fois des jeunes et des
04:14parents,
04:15parce que les parents aussi sont une valeur d'exemple, ou les grands-parents.
04:18Et donc il faut qu'on arrive à défendre l'idée que le livre n'est pas un plaisir solitaire,
04:23qu'il peut être un plaisir partagé, partagé en famille, partagé entre copains.
04:27Et est-ce qu'il faut que les pouvoirs publics soutiennent davantage le secteur ?
04:30Ou est-ce qu'il le fait déjà suffisamment ?
04:32Alors je pense que le livre a très très bien vécu, contrairement à d'autres industries culturelles
04:36comme le cinéma ou la musique, l'avènement du numérique.
04:41Mais je pense que les années 25, 26, et je le crains pour 27, sont des années charnières.
04:49Où tout un tas de ces multifactoriels, tout un tas de comportements,
04:54à la fois, comme on l'a dit, des lecteurs qui lisent moins.
04:58La concentration qui est à l'œuvre, puisque pour la première fois, par exemple, en 2025,
05:03je cite cet exemple parce que je le trouve très très très clair,
05:09six femmes de ménage de Freda McFadden, je n'ai rien contre la série de la femme de ménage,
05:15sont dans le top 10 des livres les plus vendus en 2025.
05:18Donc on a une concentration, on a une concentration qui est aussi énormément facilitée
05:25par les algorithmes des plateformes d'achat.
05:28Le marché de l'occasion ne cesse de croître et ne revisselle pas, si je puis dire,
05:33comme le marché du livre neuf sur la totalité de la filière.
05:37Nous avons les librairies qui sont, comme vous l'avez dit, en introduction fragiles,
05:42des commerces fragiles.
05:43Donc on a là des années charnières, où on a besoin de plus de soutien.
05:47Et en plus, il y a des sénateurs LR qui réclament la suppression du CNL.
05:52Est-ce que vos jours sont comptés ? Ils ont déposé une proposition de loi ?
05:54Je ne pense pas que nos jours sont comptés.
05:57Je pense que le centre national du livre se retrouve dans une proposition de loi
06:00beaucoup plus vaste sur la gentrification de l'État.
06:04Et je ne pense pas que sa place soit dans cette proposition de loi.
06:08Juste CNL, je ne l'ai pas dit, qui a été créée juste après la seconde guerre mondiale en 1946.
06:12Une très très vieille institution.
06:13On a 80 ans, tout à fait.
06:15Et donc ?
06:15Je ne pense pas du tout que les jours...
06:18J'espère que les jours ne sont pas comptés.
06:20En tous les cas, je le souhaite vivement.
06:22Pour la filière du livre, surtout la partie très indépendante.
06:27La vie des auteurs, les éditeurs indépendants, les librairies indépendantes,
06:31les manifestations littéraires qui ont de plus en plus de succès.
06:35C'est aussi intéressant sur la capacité du livre qui peut attirer lorsqu'on est nombreux à s'y intéresser.
06:40Mais ces sénateurs, ils disent qu'en fait, on pourrait transférer vos activités, vos missions au sein du ministère de
06:45la Culture
06:45et que ça ferait quand même quelques économies, notamment en frais de fonctionnement.
06:48Alors bon, ça serait des économies qui seraient...
06:50Je ne sais même pas, je ne suis même pas sûr d'ailleurs qu'il y aurait des économies, mais
06:52peu importe.
06:53Aujourd'hui, c'est 22 millions et demi votre budget.
06:55C'est ça dans le prochain projet de budget.
06:56Et de 30, la subvention est de 22,5.
06:59Et je pense qu'on ne ferait pas d'économies dans une administration centrale
07:02parce que les administrations centrales sont assez lourdes.
07:06Elles régulent très très bien l'activité culturelle et les énergies culturelles.
07:10En revanche, elles ne sont pas faites pour faire ce que l'on fait,
07:12c'est-à-dire donner des subventions, parfois très petites, des bourses d'auteurs,
07:17aider des librairies indépendantes, parfois c'est des toutes petites librairies,
07:21aider les éditeurs indépendants et une fois de plus soutenir la vie littéraire à travers ces festivals.
07:25Merci beaucoup Régine Hatchando, présidente du CNL, centre national du livre.
07:29Merci d'être venue dans le studio du 5-7.
07:31Merci.
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