00:00Un village côtier moyenâgeux où les fiancés portent un collier cadenassé le jour de leur noce.
00:05Une seule femme a échappé au mariage, la pêcheuse moquée par tout le village.
00:09Un jour, elle demande au vanier Peter Dinklage de lui fabriquer un mari.
00:13Ça sera un Alexander Skarsgård ultra sexy en osier.
00:17Olivia Colman joue la pêcheuse et coproduit ce conte adapté d'une nouvelle d'Ursula Wills-Jones,
00:22découvert à Sundance et qui affole déjà TikTok.
00:26Un homme attentif, bricoleur, fidèle, est-ce qu'il ne peut être qu'en osier, Périd ?
00:30Oh oui, oh oui, oui, oui.
00:33Et il ne peut avoir que le physique d'Alexander Skarsgård.
00:36Évidemment.
00:37C'est très plaisant.
00:38Et c'est vrai que tu parlais de contes, mais c'est même carrément une fable auquel on assiste,
00:42puisqu'il y a quelque chose de très moral, on a vraiment l'idée d'une morale à la fin,
00:47mais qui est basée sur le mythe de Frankenstein, en réalité.
00:50C'est-à-dire qu'on va fabriquer cet homme, on le fabrique comme Frankenstein fabrique son monstre,
00:53et bien là, on fabrique cet homme d'osier sur le désir de cette femme qui se sent seule
00:57et qui cherche aussi de la compagnie.
01:00Et comme Frankenstein, ce monstre va être le révélateur de la monstruosité humaine,
01:08de l'horreur humaine, en fait.
01:09Lui, qui est soi-disant le pas humain, l'anti-humain, la créature créée de toutes pièces
01:15qui n'existe pas, qui ne devrait pas exister,
01:17la monstruosité vient être ce révélateur d'une société qui entoure cette pêcheuse
01:22qui est donc très caricaturale, d'une certaine façon, chacun est défini par son métier,
01:27et en fait qui s'avère très toxique.
01:29Et donc cette fable, elle raconte ça, mais elle raconte aussi, finalement,
01:33c'est un petit peu ce que veulent les femmes, mais en fable, si vous voulez.
01:36Et ce que veulent les femmes, c'est pas tant forcément un étalon en osier...
01:42Quand même, quand même !
01:44Je n'ai pas dit que j'étais pas d'accord, j'ai juste dit que c'était pas la
01:48seule chose qu'on voulait.
01:49La morale du film est plutôt autour du fait que ce qu'on veut,
01:51c'est plutôt quelqu'un qui anticipe, qui s'intéresse à nous, et qui soit tendre.
01:55Et je vous le montre avec un tout petit extrait, très court extrait,
01:58qui retrouve tout ça, c'est-à-dire la tendresse, l'anticipation, la parité,
02:03et accessoirement, un bon coup.
02:21C'est très court, mais en fait, déjà...
02:23C'est très court, mais on a compris qu'ils ont passé un bon moment,
02:27mais surtout, il y a cette idée de parité, c'est amène-moi quelque chose,
02:30mais je ferai pour toi.
02:31En fait, en permanence, il y a cette idée de l'amour et la beauté,
02:36c'est pas un cliché, mais c'est pas mal de le rappeler,
02:38n'est peut-être pas que le physique d'Alexander Skarsgård,
02:40c'est surtout ce qui se passe à l'intérieur par rapport aux autres habitants.
02:44Il y a un côté la belle et la bête, dans ce conte-là ?
02:48Tu es jaloux de Skarsgård, tu es jaloux !
02:50On l'a dit trop de bien de ce garçon !
02:52Il manque quand même la poésie de Cocteau, enfin, je veux dire,
02:54c'est-à-dire que là, le problème, on a quand même un souci de mise en scène,
02:57c'est-à-dire que le personnage de Skarsgård est très intéressant et tout ça,
03:00mais on regarde ça de manière très...
03:01C'est un peu platement filmé, quand même.
03:04C'est bon qu'on puisse dire.
03:05Et voilà, et comme, en plus, l'histoire, la fable, elle n'est pas folle,
03:08parce qu'on la voit venir, on est toujours très en avance sur ce qui va se passer...
03:12Ça t'amuse pas ?
03:13Non, parce que le truc, c'est qu'on l'entend, là, dans l'extrait que tu viens de nous
03:16présenter,
03:16l'osier, ça grince.
03:17Et donc, moi, j'aurais aimé que cette fable soit beaucoup plus grinçante,
03:21d'autant plus qu'elle montre, enfin, en tout cas, qu'elle s'amuse
03:23avec tout le mal que le patriarcat a fait aux couples hétérosexuels.
03:27Et là, le problème du film, pour moi, c'est un problème de dialectique.
03:30C'est qu'en fait, il oppose ce couple idéal, alors improbable, mais idéal,
03:34formé par Coleman et par Skarsgård,
03:36aux autres couples du village qui sont tous, mais alors, bêtes, affreux, méchants.
03:41Et du coup, pardon, mais ça ôte toute subtilité à la fable.
03:45Et ça ôte aussi...
03:46Enfin, je veux dire, on entend le manque de subtilité à travers les dialogues.
03:51Ils sont quand même soit trop sirupeux, soit lourdingues.
03:54Tu ne cherches pas à être subtil, c'est pas du tout, c'est dommage.
03:57J'ai vu le film, il y avait beaucoup, beaucoup de gens de 18, 20 ans à peu près,
04:02sans doute, parce qu'il y a le phénomène TikTok dont tu parlais,
04:07et ça rit à la moindre blague.
04:09Les gens riaient à la moindre blague.
04:12Moi, je trouve les blagues...
04:13Tu crois qu'il y a des blagues qui sont d'ordre générationnel ?
04:15C'est méga boomer, quand même, pardon.
04:18Pas tellement.
04:19Parce qu'il y a des gens de 18, 20 ans qui...
04:20Non, parce que je trouve que c'est du vieux humour potache.
04:25À un moment, la pêcheuse demande à son mari d'osier,
04:28enfin, elle lui dit, la cheminée a besoin d'être ramonée.
04:30Pardon, mais on a bien entendu le contexte sexuel, évidemment, de cette phrase.
04:36Et moi, c'est ce que je reproche aussi.
04:37C'est manqué d'implicite, c'est tout ligné.
04:39C'est vrai que tu as raison sur la satire,
04:40c'est-à-dire qu'on est toujours un peu en avance sur la satire.
04:42Ce qui fait que...
04:43Alors, après, je suis d'accord avec vous, la mise en scène, tout ça.
04:46Je trouve juste le final, je trouve assez cocasse.
04:49Non, et puis, pardon, mais Coleman est génial.
04:51Le petit...
04:51Non, mais ça, il faut qu'on le dise, Coleman est absolument...
04:54La petite morale finale m'a plutôt amusée.
04:55En réalité, ce mélange un petit peu,
04:56il y a quelque chose d'un peu très théâtral aussi dans cette histoire,
04:58le côté très potache, moi, m'amuse en fait, en réalité, beaucoup.
05:01Et toutes les petites traditions qu'ils inventent, non ?
05:04Oui, il y a toutes les petites traditions,
05:05mais même, je trouve, un style de comédie anglaise, en réalité,
05:08qui est là depuis un petit moment.
05:10Mais il y a quelque chose, en tout cas, qui fonctionne pour moi.
05:12Mais au-delà de ça, moi, je reviens sur la mise en scène,
05:13je trouve qu'en effet, elle est...
05:15En fait, le film...
05:16Il y a trop de lait dans le thé, quoi.
05:17Il souffre d'un truc, c'est qu'il y a un mélange de beaucoup trop de choses.
05:20Il y a un mélange entre la fantaisie de la fable,
05:23entre une volonté de filmer ça de manière assez terre-à-terre,
05:25parce que le film, en fait, finalement, se refuse en mise en scène
05:28d'être aussi fantastique que ce qu'il veut raconter.
05:32Hyper trivial.
05:32Et en même temps, d'être ultra trivial par ses dialogues.
05:35Et ça ne donne pas un style.
05:36Et moi, j'aime bien ce mélange,
05:38c'est juste qu'il ne prend pas constamment dans le film.
05:40Mais au-delà de ça, plaisir des yeux.
05:41Oui, et la créature, c'est vrai qu'on peut louer la beauté étrange.
05:45On cherche l'adresse.
05:46On cherche l'adresse.
05:47Et de ce que ça me transmet, moi, ça me plaît beaucoup.
05:49Oui.