00:00que je suis allée plaider ce dossier avec mes confrères et mes consœurs
00:03dans une ambiance tout à fait rocambolesque, il faut le dire,
00:07puisque c'est quand même assez inédit.
00:10Alors c'est arrivé en moins de trois mois,
00:12une autre fois en juillet 2026 pour le 14 juillet,
00:16mais c'est assez inédit, une audience nocturne,
00:19alors que les Français sont couchés, dorment,
00:22une audience qui dure jusqu'à minuit,
00:25pour sauver en réalité un arrêté d'interdiction
00:29qui, quelques heures auparavant, avait été jugée
00:31comme étant extrêmement attentatoire à une liberté fondamentale
00:35et pas par un juge, mais par une formation collégiale de trois magistrats,
00:39ce qui n'était pas le cas hier au Conseil d'État.
00:42Hier, vous avez, sur les réseaux sociaux, notamment crié victoire.
00:47Parce que c'était le cas.
00:48Au moment de la première décision, ce matin, vous reconnaissez une défaite ?
00:52Absolument pas, je ne reconnais pas de défaite aujourd'hui.
00:54La défaite aujourd'hui, elle est plutôt celle d'un pouvoir,
00:57d'un pouvoir exécutif qui s'est fait censurer
01:00plus d'une dizaine de décisions ces dernières semaines,
01:04qui a cherché à contourner systématiquement le juge administratif
01:07en publiant tardivement des arrêtés.
01:09Et force est de constater qu'aujourd'hui,
01:12cette victoire qui est celle du ministre de l'Intérieur,
01:15elle ne tient qu'à un fil,
01:17c'est-à-dire à une illégalité des armes
01:19entre les justiciables ordinaires qui n'ont pas ce privilège.
01:22Il faut bien que les Français comprennent que la semaine dernière,
01:25vendredi dernier, les étudiants, les salariés qui sont allés manifester,
01:30eux aussi, ils ont fait un recours contre un arrêté d'interdiction un vendredi soir.
01:35Ils n'ont pas eu le privilège du ministre de l'Intérieur
01:37qui s'est vu audiencer l'affaire dans la nuit, deux heures après.
01:41Eux, ce qu'on leur a dit, c'est que les horaires du greffe du tribunal sont fermés.
01:45Vous allez attendre que le guichet du service public de la justice s'ouvre,
01:50le samedi matin, et le juge, quand il a ouvert son guichet,
01:54il a dit « je n'ai pas suffisamment de temps pour rendre une décision avant la manifestation ».
01:59On peut féliciter peut-être que cette fois-ci,
02:00la justice ait agi dans les temps, dans une extrême urgence.
02:06Oui, on peut aussi s'interroger sur le deux poids deux mesures
02:09et se demander ce qui justifie que, dans un cas,
02:13la justice rende une décision avec une telle célérité,
02:16assez exceptionnelle, c'est-à-dire moins de deux heures,
02:19après que l'un des requérants ait dit,
02:21lors d'une conférence de presse, qu'il allait faire appel,
02:23encore une fois, après que le greffe du tribunal soit fermé,
02:27du Conseil d'État soit fermé,
02:29et que, lorsqu'il s'agit de citoyens ordinaires,
02:31eh bien que ce ne soit pas le cas.
02:32Voilà, moi, aujourd'hui, c'est ça qui m'interroge.
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