00:00Je vais vous lire une réaction, Sophia Tizaoui. C'est la présidente de la région Île-de-France qui réagit
00:04et qui dit
00:05« Incompréhension totale devant la décision du tribunal administratif, suspendant donc cet arrêté du préfet,
00:10qui visait à protéger les quartiers républiques Basty-Nation.
00:14Les commerçants vandalisés le 17 octobre, les habitants de ces quartiers ont déjà suffisamment souffert,
00:19ils doivent être protégés par la puissance publique.
00:21Le droit de manifester n'implique pas de choisir son parcours. »
00:26Est-ce que vous entendez que dans le contexte actuel, vu le risque sécuritaire, on ne puisse pas forcément demain
00:32choisir son parcours ?
00:33Non, parce que justement, c'est le travail de l'État, encore une fois, de sécuriser les manifestants et à
00:38la fois les Français tout court.
00:40Je ne vais même pas aller plus loin que ça parce qu'on est tous des Français.
00:42Donc c'est juste son travail.
00:44Et aujourd'hui, la sécurité, c'est un devoir d'État.
00:46Et il ne faut pas que ce soit un prétexte pour imposer des mesures liberticides.
00:49Et aujourd'hui, c'est ce qui se passe.
00:50C'est-à-dire qu'on prend le prétexte de la sécurité pour nous empêcher de choisir notre parcours.
00:54Mais sauf qu'à la base, ça ne fonctionne pas comme ça.
00:56C'est que les Français veulent manifester d'un point A à un point B.
01:00Et on fait en sorte que ça se passe bien.
01:02Et on met tout ce qu'il faut.
01:03Et il ne faut pas qu'aujourd'hui, des gens ont peur de manifester parce que c'est majoritairement le
01:07cas aussi.
01:08Il ne faut pas qu'aujourd'hui, des jeunes se retrouvent avec des mains arrachées ou des yeux éborgnés.
01:11Et aujourd'hui, ça devient...
01:12Mais qu'est-ce que vous dites aux commerçants que vous vous représentez, par exemple, qui ont peur et qui
01:15se barricadent ?
01:17Mais moi, je les comprends.
01:18Et bien sûr que nous-mêmes, nos méthodes d'action, moi en tant qu'ancienne présidente d'un syndicat lycéen,
01:23ou même actuellement les syndicalistes étudiants, lycéens, la CGT, etc., n'ont jamais appelé à la violence.
01:28Ce n'est pas dans nos moyens d'action.
01:30D'accord ?
01:30Après, vous voyez bien que ça se passe aussi.
01:32C'est systématiquement de la violence.
01:34C'est un climat assez malsain quand même aujourd'hui, une manifestation.
01:36Bien sûr.
01:36Parce que vous savez aussi que les policiers, ils ont peut-être besoin de se reposer un petit peu.
01:40et qu'effectivement, moi, je ne vais pas me joindre à une manifestation
01:42où je sais que d'un côté, on aura des gens qui seront extrêmement énervés,
01:46qui vont essayer de provoquer des policiers,
01:47et de l'autre côté, des policiers qui n'ont peut-être pas pris de vacances depuis six mois,
01:50qui sont à bout.
01:52Donc c'est trop malsain, l'ambiance est trop malsaine.
01:54Vous vous dites que ça suffit maintenant.
01:55Non, mais c'est-à-dire que moi, je comprenais les revendications aujourd'hui,
01:58au début, et j'ai trouvé plutôt assez clair.
02:00On parlait du nombre de professeurs à remplacer,
02:02on parlait de parcours sup et de ces ambiguïtés,
02:07on parlait des moyens que vous aviez au niveau des lycées.
02:10Je pouvais vraiment les comprendre.
02:11Et puis on a vu, mais je pense comme tout le monde,
02:13que la manifestation et cette revendication
02:17aggloméraient trop de gens autour,
02:19qui étaient là uniquement justement pour aller provoquer les forces de l'ordre,
02:22qui se réjouissent de la casse.
02:25Moi, je ne sais pas quand ça va s'arrêter en fait.
02:26Du coup, on est d'accord, on peut se mettre d'accord sur un point,
02:29c'est que c'est une minorité.
02:30Les 800 000 personnes qui étaient dans la rue la semaine dernière,
02:32ce ne sont pas 800 000 casseurs.
02:34Oui, mais vous avez une responsabilité à partir du moment où les gens
02:36voient que ça met autant de gens qui cassent.
02:39Déjà, tout d'abord, dans un mouvement social,
02:41on est en France, on connaît notre histoire,
02:42il y a toujours eu son lot de casse.
02:43Ce n'est pas une surprise.
02:44Donc ça, c'était une question que je voulais vous poser.
02:46Vous, vous considérez que pour obtenir gain de cause,
02:49ça doit passer par la casse ?
02:50Ce n'est pas ce que je suis en train de dire,
02:51c'est que juste quand on fait l'analyse aujourd'hui
02:52de nos mouvements sociaux, comment ils fonctionnent,
02:54c'est qu'aujourd'hui, on a une histoire française
02:57qui fonctionne comme ça.
02:58Peut-être qu'il faut qu'on progresse.
02:59Peut-être qu'il faut qu'on laisse que ça se passe différemment.
03:01À un moment donné, il faut aussi chercher l'origine.
03:04Ce n'est pas une justification du tout.
03:05Mais quand vous avez un pouvoir qui ne vous écoute pas,
03:08quand vous allez aux urnes NFP 2024,
03:11quand on remporte une majorité relative à l'Assemblée nationale,
03:13et que le président décide de ne pas nommer
03:15quelqu'un de cette coalition-là,
03:17donc quand même on va aux urnes,
03:18on ne nous écoute pas,
03:19et bien force est de contrater...
03:20On est d'accord pour dire qu'on ne peut pas attendre six mois.
03:22On ne peut pas attendre six mois.
03:23On est d'accord ou pas ?
03:24Mais bien sûr que non.
03:25Je veux dire, l'échéance de la prochaine élection présidentielle
03:28en fait est beaucoup trop tard.
03:29Et là, c'est chaque semaine.
03:31On remet ça demain, on remet ça...
03:33Qu'est-ce que vous dites à celles, par exemple,
03:35qui sont là sur ce plateau et qui veulent manifester ?
03:37Faites une pause !
03:38Faites une pause, bien sûr,
03:39parce que tout le monde a le droit un petit peu
03:41d'avoir du calme dans ce pays.
03:42Je veux dire, on ne peut pas continuer à vivre comme ça.
03:44C'est trop anxiogène.
03:46Est-ce que vous pensez sincèrement que nous,
03:47on aurait aimé manifester ?
03:49Ce que je veux vous dire, c'est qu'aujourd'hui...
03:51Oui, je pense qu'il y a des gens
03:51qui prennent plaisir à manifester.
03:53Il y a aussi des gens qui prennent plaisir
03:54à aller casser, à foutre le bordel.
03:56Et ce n'est pas seulement sur un parcours bien défini
03:58puisqu'aujourd'hui, en traversant Paris,
03:59les magasins du 8e se barricadent,
04:02du 15e, du 16e, c'est partout.
04:04Ce n'est pas le job de commerçant
04:05d'aller chez Castorama ou Laura Merlin aujourd'hui,
04:07acheter des planches et les fixer.
04:09Ils ont autre chose à faire.
04:09Je suis d'accord, et ce n'est pas notre job aussi
04:11à nous en tant que jeunes ?
04:12Votre job, c'est d'aller à l'école.
04:13C'est de bosser.
04:14C'est votre boulot.
04:15Très bien, mais comment est-ce qu'on fait
04:16quand on veut aller à l'école
04:17mais qu'en fait, l'État ne nous donne pas les moyens ?
Commentaires