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00:00Il y a deux ans, quasiment jour pour jour, il s'est passé ça.
00:12Avant d'être élu, Donald Trump avait promis ça.
00:17Ça.
00:18Ou encore ça.
00:25Bref, l'économie était un gros thème de campagne en 2024,
00:28et une fois au pouvoir, Donald Trump a annoncé que
00:34Sauf qu'aujourd'hui, cet âge d'or,
00:37les électeurs de Donald Trump ont du mal à le trouver.
00:40Et ça arrive dans un moment très important dans la vie politique américaine,
00:43les midterms.
00:45Ce sont des élections législatives qui permettent de renouveler la Chambre des représentants
00:49et une partie du Sénat.
00:50Elles vont avoir lieu le 3 novembre,
00:52et c'est aussi un test pour le parti au pouvoir qui lui est souvent défavorable.
00:56Et moi, je me suis dit que c'était l'occasion de comprendre ce qu'il s'est passé en
00:59matière économique
01:00depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.
01:03Comment se porte l'économie américaine ?
01:06Trump a-t-il tenu ses promesses de campagne ?
01:08Et plus important, est-ce que ses politiques économiques ont eu les effets voulus ?
01:13Alors pour répondre à ces questions,
01:14j'ai rassemblé des sources,
01:16j'ai essayé de comprendre plein de graphiques,
01:18et j'ai parlé à des chercheurs.
01:19Je suis Élise Coutenouillant, journaliste aux Echos,
01:21et dans ce nouvel épisode de Macro,
01:23on va parler du bilan de la politique économique de Donald Trump.
01:34Dans cette vidéo, j'ai choisi de me concentrer sur les promesses les plus importantes
01:38du programme républicain de 2024,
01:39et sur les politiques économiques qui ont marqué ces deux premières années de son deuxième mandat.
01:45Ça donne trois grands domaines,
01:46la politique commerciale,
01:47la politique budgétaire,
01:49et le pouvoir d'achat.
01:50Ah, et une autre précision,
01:51je vais surtout parler des conséquences internes aux Etats-Unis.
01:54Et vous le verrez dans cette vidéo,
01:55il y a quelques certitudes,
01:57mais aussi pas mal d'incertitudes.
01:58Et je ne pouvais pas commencer sans parler de cette pancarte légendaire,
02:02derrière laquelle se cache la décision qui a pris de court le monde entier.
02:17En théorie, les droits de douane avaient trois objectifs.
02:20Aider à réduire le déficit commercial sur les biens,
02:23redonner de la compétitivité à l'industrie américaine,
02:26et enfin profiter de tout l'argent récolté avec ses taxes pour baisser les impôts.
02:31Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche,
02:33la politique douanière a changé plus de 50 fois.
02:36Globalement, les droits de douane sont passés de 1,5% quand Trump est retourné au pouvoir,
02:41à 11,8% aujourd'hui.
02:43Les premières données montrent qu'a priori, ça n'a pas changé grand chose.
02:47Christophe Bloh est économiste,
02:48et sur l'objectif de baisse des impôts, voici ce qu'il m'a expliqué.
02:51Il y a de l'argent qui est rentré massivement avec les droits de douane,
02:54donc ça fait quand même des recettes fiscales supplémentaires,
02:57qui ne sont pas négligeables évidemment.
02:59Les droits de douane ont rapporté beaucoup d'argent,
03:02jusqu'à ce que la Cour suprême invalide le fondement juridique de ses taxes.
03:06Résultat, l'administration américaine a déjà dû rembourser 100 milliards de dollars de droits de douane.
03:11Donc du coup, ça ne permet pas de réduire le déficit budgétaire,
03:15et ça ne permet pas de financer les mesures qu'il a fait voter,
03:18les mesures fiscales et les mesures de dépense qui ont été votées en 2025.
03:21Les mesures qu'il a fait voter, j'y reviendrai plus tard.
03:24Mais en gros, les droits de douane ne compensent pas vraiment les baisses d'impôts.
03:27Le deuxième objectif était de protéger l'industrie américaine.
03:31Et là aussi, les effets ne sont pas encore très visibles.
03:34Il n'est pas clair aujourd'hui qu'on a une reprise de l'emploi industriel dans les secteurs protégés.
03:39Globalement, l'emploi dans l'industrie manufacturière a connu une légère amélioration depuis le début de l'année,
03:45mais il n'a pas encore retrouvé son niveau d'avant-Covid.
03:47Puis de toute façon, l'augmentation des droits de douane peut donner un avantage compétitif à certaines industries,
03:53mais elle va aussi pénaliser évidemment d'autres industries qui vont continuer à importer des biens qui vont devenir plus
03:58chers.
03:58Autrement dit, ce n'est pas ça qui va réduire le déficit commercial,
04:01qui était le troisième objectif de cette politique.
04:04Aujourd'hui, les États-Unis restent très dépendants de certaines importations qui creusent ce déficit commercial,
04:10notamment dans le secteur de l'IA, avec par exemple des puces ou encore des équipements pour les data centers.
04:15Et puis surtout, depuis dix ans, les politiques de réindustrialisation se sont enchaînées.
04:20C'est donc difficile de faire un bilan uniquement des droits de douane.
04:23Et en plus, les droits de douane pèsent beaucoup sur les finances des Américains.
04:27Contrairement à ce qu'a pu dire le président.
04:36En fait, les droits de douane n'ont pas tout de suite augmenté les prix des produits aux États-Unis,
04:40parce que les entreprises américaines avaient en partie anticipé un conflit commercial.
04:45C'est ce que m'a expliqué Thérèse Rebière, l'autre économiste que j'ai interrogé pour cette vidéo.
04:49Les entreprises américaines vont commencer à faire des stocks avant même l'annonce des droits de douane exceptionnels
04:57et du Liberation Day du mois d'avril.
04:59Si bien qu'il n'y a pas d'effet immédiat sur les prix.
05:02Mais aujourd'hui, les droits de douane commencent à se faire sentir.
05:06Selon une étude de l'Institut Kiel, ce sont les entreprises et les consommateurs américains
05:10qui supportent 96% du coût des droits de douane.
05:14Pour un ménage, ça représente en moyenne 820 dollars en plus à payer sur l'année 2026.
05:19Et il s'ajoute à une autre décision politique qui, elle, a eu un effet immédiat sur le pouvoir d
05:24'achat des Américains,
05:25la guerre en Errand.
05:31Quand Donald Trump retrouve la Maison-Blanche, les Etats-Unis sortent d'une grosse période d'inflation.
05:37Et donc sur l'année 2025, on a plutôt un taux d'inflation qui est raisonnable aux Etats-Unis.
05:43On est autour de 2,7.
05:46On a un point bas à 2,3.
05:48Sauf que ça repart.
05:49Donc c'est très difficile de savoir si c'est un effet retard des politiques commerciales.
05:53Par contre, ce qu'on peut dire avec certitude, c'est que la décision d'intervenir en Iran
05:59a impacté immédiatement les prix de manière beaucoup plus rapide que la guerre commerciale.
06:04Pourquoi ? Parce que là, on touche directement au prix de l'énergie.
06:07Entre août 2025 et août 2026, les prix de l'énergie ont augmenté de plus de 16%.
06:12C'est encore plus pour l'essence et le gasoil, plus 27%.
06:16Et pour le fuel domestique, plus 52%.
06:19Ça, c'était avant le deal avec Poutine pour tenter de faire baisser les prix du diesel.
06:23En bombardant l'Iran, Donald Trump a non seulement brisé sa promesse de ne pas intervenir militairement à l'étranger,
06:30mais il a aussi sérieusement compromis sa promesse de contenir l'inflation.
06:34Et ces décisions lui coûtent cher face à ses électeurs.
06:37Au moment de la guerre commerciale, Donald Trump avait dit à son électorat
06:41« Il se peut que les prix augmentent de manière temporaire, mais c'est temporaire, vous allez voir, à long
06:47terme, ils vont finir par baisser. »
06:49Et puis, il y a cette décision d'intervenir en Iran.
06:53Et là, le même message est diffusé.
06:55C'est « Vous allez voir, c'est temporaire, mais ne vous inquiétez pas, les prix vont finir par baisser.
07:01»
07:01Et sauf que cette fois-ci, l'histoire ne tient plus.
07:04En un an, entre août 2025 et août 2026, le pouvoir d'achat des Américains a légèrement reculé de moins
07:090,1%.
07:10L'inflation a progressé plus vite que les salaires.
07:13Le pouvoir d'achat des Américains est aussi plombé par les frais de santé, à cause des coupes dans l
07:18'Obamacare,
07:19et par les taux des prêts immobiliers, qui flambent.
07:22Là encore, une promesse non tenue.
07:27Le coût de la vie, en fait, c'est le point noir de l'économie américaine.
07:30Une économie qui a quand même des aspects positifs.
07:33La pauvreté est tombée à un niveau historiquement faible.
07:36Le taux de chômage est stable, à un niveau très bas aussi.
07:38Mais la croissance qui résiste au choc ne crée pas d'emploi.
07:41En fait, elle est tirée par les investissements dans l'IA.
07:44Sur l'année 2025, c'est près de la moitié de la croissance qui est tirée par ces investissements-là.
07:52Donc, effectivement, ça peut être en partie lié à des mesures qui visent à déréguler,
07:56à laisser ce secteur se développer, avec le risque potentiellement que ça, ça nourrisse une bulle,
08:03avec des investissements colossaux qui sont mis en œuvre aujourd'hui,
08:06dont on n'est pas sûr que tous seront totalement rentables.
08:09Cette croissance ne bénéficie donc pas à tout le monde de la même façon.
08:13Les revenus des Américains augmentent, mais surtout ceux des plus riches.
08:17Les inégalités se creusent et la politique budgétaire de Trump n'arrange rien.
08:26Rappelez-vous, la première action de Donald Trump pour réduire les dépenses du gouvernement,
08:30c'était la création du DOJ, le département de l'efficacité gouvernementale, piloté par Elon Musk.
08:36C'est le chaînesau pour la bureaucratie.
08:40Le DOJ devait faire 2 000 milliards de dollars d'économie dans le budget américain.
08:44Au final, il n'en aurait fait que 160 milliards selon ses propres chiffres.
08:48Ce département a effectivement réussi une partie de sa mission,
08:53dans le sens où il a procédé à un volume très important de licenciements
08:57dans la fonction publique et les institutions associées.
09:00Donc on parle d'entre 270 000 et 280 000 emplois équivalents fonctionnaires.
09:08Des structures fédérales dans le domaine de l'éducation, la santé, l'aide aux migrants
09:12ou encore l'aide internationale ont été touchées, avec des conséquences sociales parfois dramatiques.
09:17Mais ça représente beaucoup moins de suppression de postes que prévu.
09:20Quand on regarde les effectifs de la fonction publique aux États-Unis,
09:23on se rend compte que les salaires ne représentent que 9% des budgets globaux.
09:28Et puis par ailleurs, sur ces 9%, il y en a les deux tiers qui sont alloués au département de
09:34la Défense,
09:35militaires et vétérans inclus.
09:37Donc ça, ce n'est pas des postes sur lesquels l'administration envisageait de toucher,
09:43ce qui rend les réductions effectives inatteignables.
09:47Le deuxième volet de la politique fiscale et budgétaire de Trump 2 porte un nom très trumpien.
09:52Le One Big Beautiful Bill Act.
09:56Signé en juillet 2025, cette belle et grande loi budgétaire contient des coupes dans les dépenses,
10:01en matière de santé par exemple, mais aussi des augmentations de budget pour la défense
10:05et pour la politique migratoire.
10:07Et des baisses d'impôts pour les particuliers et les entreprises.
10:11Donc en réalité, cette loi de programmation, selon certains observateurs,
10:16a tendance plutôt à favoriser les hauts revenus et à pénaliser ceux qui bénéficient déjà d'aide.
10:20C'est ce que montre une étude d'un institut américain, l'ITEP,
10:23qui a calculé l'impact de toutes les politiques économiques et fiscales de Donald Trump
10:27selon les catégories de revenus.
10:29Les plus pauvres vont devoir payer plus, alors que les plus riches payent moins.
10:33Et l'autre grande perdante de cette loi budgétaire, c'est la dette des États-Unis.
10:37Parce qu'il y a une partie des dépenses qui ont été réduites,
10:40mais il y a de nouveaux budgets qui sont alloués.
10:42Et en fait, la part associée au nouveau budget est beaucoup plus importante.
10:45Donc par exemple, quand on réduit les impôts sur les entreprises,
10:48c'est une perte de recettes pour l'État.
10:51Et puis il y a eu une augmentation du budget de la défense également, des budgets militaires.
10:55La dette a déjà dépassé 40 000 milliards de dollars.
10:58Et la nouvelle loi budgétaire, si elle est maintenue,
11:01devrait faire bondir les déficits dans les prochaines années.
11:04Donc le bilan, il est toujours un peu contrasté.
11:08C'est-à-dire à la fois le sentiment qu'on a quand même une économie
11:11qui, malgré la différence de couleur politique,
11:14a des fondamentaux solides, a une croissance qui reste plutôt dynamique,
11:17en partie financée par un déficit qui reste important
11:19et une dette qui continue d'augmenter.
11:21Et ça, on l'a vu, que ce soit sous l'administration Biden,
11:24sous Trump 1 et sous Trump 2.
11:25Finalement, pour l'instant, on fait assez fi de ce qui se passe en matière de déficit
11:29qu'on n'arrive pas à réduire.
11:31C'est la fin de cette vidéo. Merci à tous de l'avoir suivie.
11:33Ah, et en parlant de dette, j'ai bien lu vos commentaires
11:36sous la vidéo sur le Shinkansen.
11:38Merci Raph, je suis sur le coup.