00:00Maro, on vous écoute ?
00:01Bah oui, vous allez m'écouter avec un constat qui me fait un peu de peine, c'est que manifester
00:04ne sert plus à rien.
00:05Voilà, c'est une belle idée, comme un vélo à roues carrées, gros flop industriel, pourquoi ?
00:11Parce que ça ne marche pas, comme la carrière de Jérôme Gage, ça ne marche pas.
00:16À la base, la manifestation, c'est un outil démocratique formidable,
00:19qui a la portée de tous les citoyens pour qu'on dise au pouvoir « Oh ! Oh ! Non,
00:24non, non, non ! »
00:25Et aujourd'hui, manifester, c'est un peu comme le maquillage sur ma tête, un lendemain de cuite,
00:28on sent une intention de départ et un résultat décevant.
00:33Je cite mon meilleur pote ce week-end au réveil « Oh ! Tu es cubique ! »
00:37Alors, avant la manifestation, c'était un vrai contre-pouvoir dans les années 90.
00:41Il y avait un million de personnes dans la rue, bon bah Chirac, il disait
00:43« Bernadette, on arrête les sculptures en pièces jaunes, faut que je me concentre, je rétropédale, mon peuple m'appelle
00:48! »
00:48Aujourd'hui, on est des milliers dans toute la France et Macron dit « Je cite, ouvrez les guillemets. »
00:53Voilà, c'est-à-dire qu'il t'ignore, un silence.
00:57Alors qu'il y avait de telles belles promesses chez cet homme, j'ai vraiment l'impression qu'on est
01:00ghosté,
01:00tu sais, par un mec qui dit « Mahou, t'es la femme de ma vie, j'ai envie de
01:03faire des enfants avec toi,
01:04on va construire un avenir, en plus tu mets pas les dents et il ne répondra jamais. »
01:08Et je n'oublierai jamais, Clément.
01:11Manifester, ça ne marche pas parce qu'avant c'était un droit et on a cette petite sensation
01:15que maintenant c'est devenu une infraction.
01:16Si tu descends dans la rue, tu consens à des toutes petites lignes à la fin d'un contrat qui
01:20stipule
01:21« Attention, manifester comporte des risques, membres arrachés, dents cassés, œils crevés,
01:25tenir éloignés des enfants, ne pas associés à d'autres revendications,
01:27en cas de violences policières, prévenez la police. »
01:29Je me dis « Mais qu'est-ce qu'il faut aujourd'hui pour être en manif et réussir à
01:32être protégé par la police ?
01:33Peut-être participer à un défilé nazi ? »
01:38« Peut-être être identitaire, taper un militant de gauche et après se cacher derrière la police ? »
01:42« Qu'est-ce qu'on rit ? »
01:44Alors, chaque ministre de l'Intérieur a renforcé l'uniforme.
01:47Des matraques, des boucliers, des tasers, des LBD, des lacrymos, des grenades.
01:52Quelle est la prochaine étape ? Peut-être des bazookas.
01:55Il ne faudrait surtout pas faire une désescalade.
01:57Et il y a ce truc très intéressant, sémantique.
02:00Avant, les flics, on les appelait des gardiens de la paix et aujourd'hui, on les appelle
02:02« des forces de l'ordre ! »
02:06Le gouvernement a tellement peur que les policiers se révoltent aussi
02:10qu'ils leur offrent une impunité totale.
02:12Ils sont là « attention, t'as pas le droit de tirer à bout portant sur quelqu'un ! »
02:15Sauf si tu caches bien ton R.I.O.
02:17Hashtag astuce !
02:18En fait, pour que nos auditeurs comprennent bien, l'IGPN a la même utilité
02:22que le coiffeur visagiste de Michel Houellebecq.
02:26C'est une image à avoir en tête pour comprendre la vanne.
02:29Et si certains policiers se défoulent sur un ring de MMA en manif,
02:32c'est parce qu'en fait, ils retirent aux manifestants leur légitimité à être là.
02:36Si pour eux, les revendications n'ont pas de sens,
02:38ils n'ont rien à faire dans l'espace public.
02:39Mais ce n'est pas à la police de décider si c'est légitime qu'on soit dans la rue.
02:42C'est comme si, imagine maintenant, c'était à un président de la République
02:44de décider si on est légitime d'être dans la rue.
02:46Enfin, je ne dis pas que ça arriverait, mais je dis juste genre « imagine ! »
02:50Et imagine si cette logique s'appliquait à d'autres professions.
02:52Genre même si ici, autour de la table, j'étais là genre
02:54« Daphné, je ne se trouve pas légitime ! »
02:56Ou si j'étais un pilote de ligne et que j'étais là
02:57« Mesdames et messieurs, bienvenue dans le Boeing 420 !
03:00Je n'aime pas la destination Budapest ! »
03:01Ce n'est pas légitime de vouloir faire ses vacances dans un pays de l'Est.
03:04Nous irons donc à Punta Cana.
03:06Ça ne marche pas, c'est de l'humour absurde
03:08parce que normalement, ça n'a pas lieu.
03:11De toute façon, aujourd'hui, tu te bats pour quelque chose.
03:13Tu es diabolisé.
03:14Tu bloques un rond-point.
03:15Tu es un anarchiste.
03:16Tu balances de la soupe sur un tableau protégé par une viste.
03:18Tu es un éco-terroriste.
03:20Tu vas chercher les enfants de François-Civille à l'école
03:22pour qu'il n'ait pas à se déplacer.
03:23Tu es mise sous observation dans un établissement spécialisé
03:27jusqu'à décision d'un expert mandaté.
03:29On ne peut plus rien faire.
03:31Merci beaucoup.
03:31Je suis persuadée que si Martin Luther King faisait son fameux discours aujourd'hui,
03:35si nous s'y trouvions,
03:36« Etats-Unis, un homme noir organise une prière de rue islamiste au Capitole ».
03:40Mais alors, heureusement que la jeunesse est encore là
03:42pour rappeler à la République qu'elle n'est pas un EHPAD géant
03:45où meurent les idées.
03:46Donc vive la République, vive les jeunes et vive le 6-7 !
03:50Je suis si vieille.
03:52Déjà, déjà le 6-7, ça y est, c'est old school.
03:54Merci beaucoup, ma haut-drama.
03:56Merci à vous.