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«Ils ont eu 1h45 de libre-service dans le magasin», déplore Nils, gérant d'un commerce incendié à Grenoble.

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Transcription
00:00Ok, merci. Merci déjà de me donner la parole.
00:04En fait, dès le matin, nous, on est situé au centre-ville de Grenoble, rue Alsace-Lorraine.
00:12Dès le matin, les CRS ont commencé déjà à charger sur l'avenue du tram.
00:18À partir de 10h30, je suis allé voir ces mêmes CRS pour leur demander s'il fallait ou non fermer
00:25la boutique.
00:25Ils ont dit que pour l'instant, non, il n'y a pas besoin, mais que dans l'après-midi,
00:30il y aurait des risques parce qu'ils étaient en sous-effectif.
00:33Ensuite, on a commencé un peu à filtrer les gens.
00:37À partir de 13h, les gens qui voulaient acheter, qui étaient là pour acheter dans le magasin et pas juste
00:46regarder.
00:47À partir de 14h30, c'est là où ça a commencé un peu à chauffer.
00:51Donc, on fermait le magasin à partir de 14h45, 15h.
00:59Et donc, il y avait encore toute mon équipe et deux clients à l'intérieur.
01:05Et du moment où j'ai éteint les vitrines, c'est à partir de ce moment-là où des groupes
01:11sont arrivés.
01:12Et on commençait à vouloir entrer dans le magasin en pensant qu'il était ouvert pour nous prendre tous les
01:19feux d'artifice.
01:21Mais l'ampleur de la manifestation, on sait comment ça s'était passé il y a trois ou quatre ans
01:30avec Naël.
01:31Tous les feux d'artifice avaient été retirés de la boutique justement pour que ça ne soit pas servi contre
01:39les pompiers ou contre les forces de l'ordre.
01:41– Mais alors, comment l'incendie se déclare ? Qui met feu ?
01:44Et est-ce qu'ils avaient conscience, franchement, d'être en train de commettre un acte criminel, là, pour le
01:48coup ?
01:50– Ah bah, vu, je ne sais pas si je vous avais envoyé la vidéo de l'intérieur du magasin.
01:54Mais, voilà.
01:58Donc, oui, ils avaient conscience de ce qu'ils faisaient.
02:00C'est un incendie criminel.
02:02Pour vous dire, nous, on a revu les CRS et les pompiers qui ont pu, du coup, nous expliquer en
02:07détail comment ça s'est passé.
02:10Ils ont eu pendant 1h45 de libre-service dans la boutique.
02:15Malgré que les CRS aient envoyé deux grenades lacrymogènes à l'intérieur du magasin,
02:19ils nous ont dit que personne n'était sorti.
02:21Et vu qu'il y avait l'étage, ils pensent que les gens se sont réfugiés soit à l'étage,
02:26soit de toute façon, ils étaient tellement équipés que ça ne faisait rien, en fait.
02:31– Et vous, pendant ce temps-là, où vous étiez ?
02:33Comment vous avez fait pour trouver refuge quelque part ?
02:36Ou vous avez eu peur ?
02:37J'imagine que vous avez cherché quand même à vous éloigner du sinistre.
02:41– Oui, alors, en fait, j'ai mis mon équipe en sécurité à l'étage.
02:47J'ai fermé la réserve, puisque c'était une ancienne banque.
02:51Donc, on avait une porte qui était très épaisse.
02:54Donc, je les ai enfermées à l'intérieur en leur disant, vous ne bougez pas.
02:57Et dès que j'ai des nouvelles, dès que je vois que tout peut se libérer,
03:02on part en courant.
03:03Et en fait, les pilleurs ont commencé à taper la vitrine
03:07pendant que j'étais en bas, devant la porte.
03:09Et les CRS ont gazé à ce moment-là.
03:12Et j'ai vite appelé mon équipe en disant,
03:13« Enfin, c'est maintenant, vous abandonnez le navire. »
03:17Mais aucun d'entre eux ne voulait.
03:19Ils ont dit, « Mais chef, il faut qu'on protège le magasin.
03:22C'est notre magasin, c'est notre vie. »
03:26Comment vous voyez votre avenir ?
03:28Est-ce que vous allez pouvoir reprendre ?
03:30J'imagine que vous êtes toujours très triste
03:32de voir votre bébé, votre affaire partir en fumée.
03:38C'est ça.
03:39C'est neuf ans de ma vie que j'ai monté avec ma maman.
03:44Moi, j'ai encore la force de vouloir.
03:47Ma maman, elle a 57 ans.
03:50Elle ne le vit pas de la même façon que moi.
03:53Moi, j'aimerais réouvrir, vraiment.
03:55C'est peut-être même un peu fou de dire ça,
03:58mais dans la même rue,
03:59parce qu'on a reçu tellement d'élan de solidarité des gens.
04:03Les clients étaient là dès le lendemain,
04:06à 7h du matin, le dimanche,
04:09pour venir nous voir, nous faire des câlins,
04:11nous prendre dans les bras,
04:12nous dire que s'il y a besoin de déblayer, on le fait.
04:15Mais en fait, ce local-là n'est plus du tout viable.
04:19Les flammes ont vraiment tout ravagé.

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