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00:00Bonjour Kinshah, pour Sciences Nous Chaque Matin.
00:03Aujourd'hui, on va parler de moustiques et se demander comment est-ce qu'on peut empêcher les moustiques
00:09de transmettre le paludisme en modifiant son propre organisme,
00:13parce que c'est ça que les chercheurs tentent de pouvoir réaliser.
00:19En Tanzanie, particulièrement, des chercheurs sont en train d'explorer cette piste grâce à la génétique.
00:24Mais alors, comment fonctionne cette méthode ?
00:27Pour comprendre cette approche, il faut d'abord suivre le parcours du parasite responsable du paludisme.
00:33Plasmodium falciparum.
00:34Lorsqu'un moustique femelle infecté pique une personne, il peut lui transmettre des parasites appelés sporozoïdes.
00:41Ces derniers gagnent le foie, pénètrent dans les cellules et s'y multiplient.
00:44Il libère ensuite de nouveaux parasites qui infectent les globules rouges.
00:48C'est notamment cette multiplication dans le sang qui provoque les symptômes de la maladie.
00:53Le cycle continue lorsqu'un autre moustique pique une personne infectée et absorbe des parasites présents dans son sang.
01:00Dans l'intestin de l'insecte, le parasite passe par plusieurs étapes de développement.
01:04Il forme notamment des hostices, de petites structures dans lesquelles se développent de nouveaux parasites.
01:09Et ceux-ci deviennent des sporozoïdes.
01:12Traversent la paroi de l'intestin et gagnent les glandes salivaires du moustique.
01:15L'insecte peut alors transmettre le parasite à une nouvelle personne lors d'une autre piqûre.
01:20L'idée des chercheurs est d'interrompre ce cycle à l'intérieur même du moustique en empêchant le parasite d
01:26'achever son développement.
01:28Mais alors comment est-ce qu'on peut modifier le moustique pour rendre son organisme moins favorable au parasite ?
01:34Alors les chercheurs ont travaillé sur Anopheles gambia.
01:37C'est une espèce de moustique qui joue un rôle majeur dans la transmission du paludisme en Afrique.
01:42Ils ont introduit dans son génome une modification lui permettant de produire deux molécules antimicrobiennes.
01:48La maganine 2 et la mélithinine 1.
01:51Le peptide antimicrobien est une petite chaîne d'acide aminé capable d'agir contre certains microbes.
01:57On peut le comparer à une molécule de défense qui perturbe le fonctionnement de l'organisme qu'elle cible.
02:02Le maganine 2 est inspiré d'une molécule présente dans les défenses naturelles d'une grenouille.
02:07La mélithinine est un composant du venin d'abeille.
02:09Et les chercheurs ont introduit les instructions génétiques nécessaires à la production de ces molécules dans le génome du moustique.
02:17Une fois produite, elle perturbe le développement du parasite dans l'insecte.
02:21Et les parasites se développent moins bien.
02:23Et leur progression vers les glandes salivaires est fortement réduite.
02:26L'objectif n'est donc pas nécessairement d'empêcher le moustique de piquer ni de le tuer.
02:31Il s'agit de rendre son organisme beaucoup moins favorable au parasite afin de réduire sa capacité à transmettre la
02:37maladie.
02:38Et alors comment les chercheurs ont-ils vérifié que cette modification fonctionnait avec les parasites qui circulent réellement en Afrique
02:46?
02:46Alors c'est l'un des aspects importants de cette étude qui a été publiée dans la revue scientifique Nature.
02:52De nombreuses expériences sur le paludisme utilisent des parasites cultivés en laboratoire.
02:57Mais ces parasites peuvent différer génétiquement de ceux qui circulent dans les populations.
03:01Et pour aller plus loin, les chercheurs ont travaillé avec des parasites prélevés chez les enfants infectés en Tanzanie.
03:06Ils ont nourri des moustiques en laboratoire avec du sang contenant ces parasites.
03:11Puis ont suivi leur développement dans l'organisme des insectes.
03:14Dans une série d'expériences, les chercheurs ont recherché la présence du parasite dans la tête et le thorax des
03:21moustiques.
03:21Ces tissus permettent d'évaluer sa progression au-delà de l'intestin.
03:24Même si leur examen ne constitue pas à lui seul une mesure directe de la transmission chez l'être humain.
03:30Les résultats sont significatifs chez les moustiques témoins.
03:3357 sur 104 présentaient des parasites détectables dans ces tissus.
03:38Et chez les moustiques génétiquement modifiés, seuls 7 sur 104 en présentaient.
03:42Et les niveaux d'infection étaient très faibles.
03:44Ces résultats indiquent donc une forte diminution de la progression du parasite dans les moustiques modifiés.
03:50Mais ils ne prouvent pas, cependant, que le risque de transmission est absolument nul.
03:54Ni que cette méthode empêcherait déjà la transmission du paludisme dans les conditions naturelles.
04:01Mais alors, si cette modification fonctionne, telle que les chercheurs en tout cas l'espèrent,
04:06comment est-ce que cette modification pourrait être transmise à une grande partie des moustiques ?
04:12Alors, c'est là qu'intervient une deuxième technologie, le forçage génétique appelé GenDrive en anglais.
04:18Normalement, une modification génétique classique est transmise selon les règles habituelles de l'hérédité.
04:23Dans un croisement ou un parent porte une seule copie de cette modification,
04:27environ la moitié des descendants devraient en hériter en l'absence d'autres effets génétiques.
04:32Le forçage génétique vise à augmenter cette proportion.
04:35Il s'appuie sur un mécanisme moléculaire qui favorise la copie d'une modification génétique sur le chromosome correspondant.
04:42Dans cette étude, le système utilise notamment Cas9.
04:45C'est une enzyme capable de couper l'ADN à un endroit ciblé, guidé vers une séquence précise.
04:51Elle peut déclencher un mécanisme de réparation qui copie la modification génétique sur l'autre chromosome.
04:56Mais il faut distinguer deux éléments.
04:58La modification qui permet aux moustiques de produire les molécules antiparasitaires
05:03et le système qui favorise la transmission de cette modification.
05:06Et dans les expériences où le système Cas9 complémentaire a été fourni,
05:11la transmission de la modification atteignait en moyenne 94,2% dans les croisements étudiés.
05:18Et dans les croisements témoins, elle était d'environ 48,3%.
05:21Ce résultat montre que le système peut favoriser fortement la transmission de la modification
05:26dans les conditions expérimentales.
05:28Mais il ne signifie pas que tous les moustiques modifiés
05:31transmettront automatiquement cette caractéristique à tous leurs descendants
05:34et ni que la modification se répandra nécessairement dans une population sauvage.
05:40Et alors, est-ce qu'on peut envisager après coup, si tout fonctionne,
05:45de relâcher un grand nombre de moustiques dans la nature pour lutter contre le paludisme ?
05:49Alors, pas sur la base de ces résultats seuls.
05:51Les expériences ont été menées en laboratoire dans des conditions de confinement.
05:56Elle ne démontre pas encore que cette méthode peut interrompre la transmission du paludisme
06:01dans une population humaine.
06:02Plusieurs questions doivent encore être étudiées.
06:04D'abord, les moustiques peuvent-ils développer des résistances aux mécanismes génétiques ?
06:09La modification pourrait-elle avoir des effets inattendus sur leur survie
06:13et leur reproduction, leur interaction avec l'environnement ?
06:16Et cette recherche représente néanmoins une étape importante.
06:19Elle montre qu'une modification antiparasitaire peut agir sur des parasites prélevés
06:23dans les populations africaines
06:24et que le mécanisme de transmission génétique peut être étudié
06:28dans des conditions contrôlées.
06:30L'objectif reste ambitieux, rendre le moustique beaucoup moins capable
06:33de transmettre le parasite.
06:35Mais entre les résultats obtenus en laboratoire
06:37et une application à grande échelle,
06:39la science doit encore franchir plusieurs étapes.
06:41Ce serait bien que la science aussi modifie les moustiques
06:44pour qu'ils servent finalement de vaccin.
06:46Pourquoi pas ?
06:46Oui, ça serait une très bonne idée.
06:48Allez, on le souffle aux chercheurs.
06:50Merci beaucoup Kenza.
06:51Ça a été un plaisir.
06:51Ça a été un plaisir.

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