00:03Pour cette boutique parisienne de bijoux, c'est un réveil presque irréel.
00:11Rien n'a résisté à la violence d'une nuit de pillage que Nadia, la gérante qui souhaite rester anonyme,
00:18a suivi impuissante depuis chez elle.
00:21Je me suis tout de suite connectée sur mon application parce que j'ai des caméras dans la boutique.
00:26Et j'ai constaté en direct le pillage de la boutique.
00:30Donc j'ai vu en direct tout ce qu'ils ont pu prendre, tout ce qu'ils ont pu casser.
00:36Et c'était d'une violence. Je crois que j'ai jamais vu ça de ma vie.
00:42Cet acharnement, le voici.
00:46Filmé par les voisins de Nadia depuis leurs fenêtres.
00:49On y voit des dizaines de casseurs s'en prendre à la porte vitrée de sa bijouterie,
00:53qui ne résiste pas.
00:59Sur d'autres vidéos, certains s'enfuient avec les bijoux.
01:04Un butin pour eux.
01:05Toute une vie pour cette gérante.
01:09Ils ont pris tout mon stock.
01:10Tout mon stock que j'avais commencé à faire pour les...
01:14Parce que c'est bientôt Noël et nous les commerçants ont commencé déjà à préparer Noël.
01:17Ils m'ont tout pris.
01:19Je suis triste de voir ça parce que je suis une indépendante et je peux travailler 7 jours sur 7
01:24pour faire marcher cette boutique et regarder dans quel état elle est ma boutique.
01:31Pour Nadia, l'inquiétude est maintenant de savoir comment reconstruire.
01:36A court terme, son assurance ne peut rien lui promettre.
01:41Tout ça, c'est pour notre poire, quoi.
01:43Est-ce que l'État va nous aider ?
01:46Parce que moi, quand je ne travaille pas aujourd'hui, quand je ne travaille pas demain,
01:48quand je ne travaille pas après demain, je ne peux pas verser un salaire à mes salariés.
01:52Je ne sais pas du tout, je suis perdue.
01:53Franchement, je suis perdue.
01:56Comme cette gérante, ils sont plus de 3000 à avoir vu leur commerce être pillé.
02:03Saccagés et même brûlés au cours d'un week-end qui devait être celui de manifestations pacifiques.
02:15Mais qui s'est transformé en émeuture.
02:23Un peu partout en France, le week-end dernier, les symboles de l'État sont directement visés par les casseurs.
02:30Comme ici, à Lyon, où l'office du tourisme est incendié sous les acclamations de certains manifestants.
02:41Autre ville, autre lieu pris pour cible.
02:45La maison préfectorale de Bordeaux, retrouvée entièrement saccagée.
02:56A Marseille, certains parviennent même à pénétrer à l'intérieur de l'hôtel de ville.
03:07Je ne comprends pas comment toute impunité des personnes ont pu pendant des heures
03:13massacrer ma vie sous les yeux, sous les yeux de personnes qui auraient dû intervenir.
03:19Je veux là aussi avoir la vérité sur ce qui s'est passé.
03:22Une chose est sûre, c'est que la manifestation du 17 octobre avait été identifiée comme une manifestation
03:29qui allait amener beaucoup de personnes appartenant à la mouvance de l'ultra-gauche.
03:33Ils sont environ 5000 à pouvoir agir comme ça en France, après le renseignement territorial.
03:38Et ils ont été présents dans la manifestation de samedi et on sait très bien que les symboles de l
03:43'Etat,
03:44les mairies, parfois les banques, parfois les grandes entreprises sont des cibles privilégiées pour les personnes d'ultra-gauche.
03:51A Marseille, la police est aussi ciblée.
03:55D'abord ce commissariat.
04:00Puis ces véhicules et leurs occupants.
04:06Qui ici, semblent même devoir battre en retraite.
04:18Des violences, des dégradations qui ne reflètent qu'une seule facette de cette journée de mobilisation nationale contre la vie
04:25chère.
04:28Une journée gâchée pour ce manifestant marseillais.
04:32C'est parti totalement avril.
04:33On n'a même pas eu justement le temps de venir et de commencer notre manifestation.
04:36C'était déjà parti dans un chaos.
04:4224 heures plus tard, en plein centre-ville de Paris,
04:46les mêmes scènes, filmées par des riverains sidérés.
04:50Mais regarde-les.
04:53Regarde ça, quoi.
04:55Au pied des immeubles, des dizaines de personnes habillées en noir,
04:59souvent cagoulées et masquées, déambules.
05:02Regarde ça.
05:03Avec des barrières et des barres de fer qu'elles trouvent en chemin,
05:06elles montent des barricades.
05:08Regarde ça.
05:11D'après les sources policières, il y a eu une alliance, je cite,
05:15« inédite » entre d'un côté l'ultra-gauche et l'autre des jeunes de quartier populaire.
05:20Tout au long de la journée, les membres de l'ultra-gauche ont en quelque sorte reçu des renforts des
05:24jeunes de quartier populaire
05:25qui, peut-être voyant derrière leur téléphone ou la télévision qu'il y avait de la casse,
05:30en ont profité par opportunité pour venir aussi casser dans des magasins et voler des marchandises.
05:36Ces groupes, venus de toutes parts, s'emprennent aux magasins qu'ils croisent sur leur route.
05:43Ici, c'est cette boutique de téléphonie mobile qui est prise pour cible.
05:48Là, cette enseigne d'électroménager.
05:52Les pilleurs ont réussi à lever suffisamment le rideau de fer pour s'infiltrer à l'intérieur.
06:11En quelques secondes, les voleurs ressortent avec d'immenses cartons
06:16et n'hésitent pas à se filmer en direct sur les réseaux sociaux.
06:21Troutinette électrique ! Troutinette électrique !
06:24En direct, les gars ! En direct !
06:30Au même moment, dans les rues voisines, les forces de l'ordre se déploient.
06:35Attention, ça va être le fight.
06:39Attention !
06:40Et progressent pas à pas au milieu des feux de poubelle.
06:50Dans le quartier des Halles, entre jets de mortiers et gaz lacrymogènes,
06:58ces compagnies de CRS chargent à plusieurs reprises pour tenter de disperser les pilleurs.
07:05de chasse aux pilleurs qui tentent à chaque fois, toutes les 5-10 minutes, d'entrer dans des commerces.
07:16Des pilleurs quasi insaisissables.
07:21Sur ces images, les voici en train de s'en prendre à un bureau de tabac très connu dans le
07:26quartier République,
07:27la barrique.
07:31Pire encore, les assaillants finissent par mettre le feu au commerce.
07:40Désormais, entièrement calcinés.
07:48Un cauchemar qu'a vécu Alinli.
07:51Là, ils vont attaquer toutes les portes.
07:54En même temps, après, on regarde, c'est pas un assaut ça ?
07:58Mais moi, je ne le voyais pas ça.
07:59Moi, je ne le voyais pas ça.
08:01Deux jours après les faits, la patronne de cette institution peine encore à réaliser.
08:06Ils étaient quoi ? 100, 200, peut-être 300, je n'en ai aucune idée.
08:11On a laissé piller parce qu'on n'a pas le choix, on est monté en haut.
08:15Et on ne savait pas qu'il y avait une incendie.
08:17On s'était réfugié parce qu'on ne pouvait pas sortir.
08:21Après, on a vu la fumée, donc on s'est échappé.
08:24En quittant son bar, cette gérante est agressée physiquement par les casseurs.
08:29Sur son visage, les traces de cette attaque sont encore visibles.
08:34Il y avait des jeunes, des très très jeunes, mais c'est quand même des barbares et des animaux.
08:42Je ne vois pas de sens humain, je ne vois pas de quelqu'un qui soit vraiment humain pour faire
08:47ça et pour détruire comme ça.
08:51Des bars, des magasins dévastés les uns après les autres, en quelques minutes seulement.
09:00En plein cœur du marais, au milieu de la rue Rambuteau à Paris, Cyril fait les 100 pas devant ce
09:06qu'il reste de son magasin.
09:08J'attends la police depuis maintenant 3 heures.
09:10Je les ai eus en ligne, ils m'ont dit « Touchez surtout à rien, on arrive ».
09:14Après 3 heures, j'attends. Il ne se passe rien.
09:17Une patience mise à rude épreuve alors qu'il vient de découvrir l'état de sa boutique d'achat d
09:23'or entièrement vandalisée par les casseurs.
09:26Je ne vous cache pas que j'arrivais par l'hôtel de ville, j'ai vu que tout était nickel
09:29ailleurs et je me suis dit « Bon bah ça va, c'est nickel, dans la rue, il ne se
09:32passe rien, on va s'en être sortis ».
09:34Et en fait, en arrivant de côté, je voyais ça qui pendait et je me suis dit « Aïe, aïe,
09:38aïe ».
09:39Quand je suis arrivé, c'est comme ça.
09:41D'abord, ils ont essayé de casser effectivement les vitrines.
09:44Comme ils n'ont pas pu, après, ils ont voulu rentrer, donc ce qu'ils ont fait, ils ont essayé
09:48de...
09:48Mais c'est débile. Ils ont essayé de s'attaquer au sas.
09:51Ils ont arraché ici, ils ont un peu tordu la porte.
09:54Puis ils ont vu que c'était blindé, donc à la fin, c'est cassé.
09:57Ils ont cassé pour casser.
09:59C'est tout.
10:00C'est même écrit pourtant qu'il y avait des choses qui étaient fausses, mais ils ont cassé pour casser.
10:03C'est bien écrit en gros.
10:05Un sentiment d'incompréhension totale, mêlé à une certaine résignation.
10:11C'est du pillage, c'est du pur pillage.
10:12C'est des gens qui viennent là pour piller, voler, voleurs.
10:15Et de toute façon, ils les attrapent, ils les font sortir.
10:18J'ai vu une vidéo à la télé, ils étaient dans des habitations, dans des couloirs.
10:22Qu'est-ce qu'ils ont fait ?
10:23Les policiers se sont mis en ligne, sortaient, dégagés.
10:25Tu viens de les attraper. Allez, c'est fini, tu les prends, c'est fini.
10:29Non, les ordres, c'est aller, laissez les filer.
10:31Ça devient du délire.
10:32Donc ils vont recommencer, ils ont raison même.
10:34Allez-y, cassez tout. Allez-y, cassez tout.
10:37La déliquescence d'un État qui est complètement à côté de la plaque aujourd'hui.
10:41Complètement.
10:43Après plusieurs heures d'attente, lassé de rester là sans rien faire,
10:48Cyril décide finalement de prendre les choses en main.
10:51Je suis obligé de prendre des mesures parce que des plaques,
10:53il n'y en a plus tellement de disponibles partout,
10:55elles font un 2,50 m sur un 22.
10:57Donc il faut que je calcule et il faut que je laisse ça d'ouvert pour pas qu'il recasse.
11:00Parce que si je mets du bois, ils vont croire que c'est précieux à l'intérieur si je ferme
11:04tout.
11:04Donc je suis obligé de laisser à moitié ouvert et de me fermer à moitié pour sécuriser que les gens
11:08s'abîment pas.
11:12Il prend alors la direction d'un magasin de bricolage à proximité.
11:16Nous le retrouvons quelques minutes plus tard, bien équipé avec ses achats.
11:21Un kit visseuse, des embouts, des planches.
11:25Ils les ont coupés à la bonne taille, en tout cas j'espère.
11:28Et on y va.
11:29C'est parti.
11:30Plus de choix.
11:31On s'improvise.
11:34Le système D, faute de mieux.
11:40Cyril recevra-t-il de l'aide dans ses démarches ?
11:43Ses casseurs seront-ils retrouvés et punis ?
11:47Et ceux qui ailleurs s'en sont pris au symbole de la République pourront-ils être identifiés ?
11:53Début de réponse à Limoges.
11:55Samedi après-midi, en marge du cortège des manifestants,
11:59des individus s'introduisent dans la mairie de la ville.
12:02et décident de mettre le feu à l'édifice.
12:05Les flammes gagnent la toiture.
12:08Puis c'est le beffroi qui s'embrase avant de s'effondrer.
12:14C'est tombé !
12:15C'est tombé !
12:20Sa mère !
12:22Sa mère !
12:26Le lendemain matin, les habitants découvrent effaré leur mairie ravagée.
12:33Entièrement calcinés.
12:37J'aime le patrimoine, j'aime la démocratie.
12:39C'est un emblème fondamental de la République.
12:43Et je suis très attristé.
12:44Je me suis marié ici, comme de nombreux limougeaux.
12:47Et je suis très triste, une colère froide.
12:50Ça fait 22 ans que j'habite Limoges.
12:52Ça fait 22 ans que je passe pratiquement tous les jours devant cette mairie.
12:55Et aujourd'hui, c'est désolant de l'avoir dans cet état.
12:57C'est un monument historique.
12:59Je ne m'attendais pas à voir une scène de violence comme ça, ici, dans ma ville, à Limoges.
13:05Une violence inouïe.
13:06Des casseurs ultra déterminés qui ont totalement défiguré les lieux.
13:13À l'intérieur, il ne reste plus rien.
13:16Un champ de ruines que le maire de la ville n'a pas pu éviter.
13:21Les policiers municipaux, vous savez, tout courageux qu'ils sont,
13:25ils n'ont pas les moyens et les équipements pour lutter contre 250, 300, 400 excités
13:30qui ont des mortiers, qui ont un bélier de 200 kilos pour enfoncer la porte,
13:34qui ont des cocktails monotophes.
13:35C'est une scène de guerre urbaine à laquelle on a assisté.
13:37Et d'ailleurs, quand une partie de ces gens sont rentrés dans l'hôtel de ville,
13:42ils ont menacé de mort, les agents qui étaient là.
13:44On dit à l'agent de la loge qui gagne 1 500 euros par mois, on va te crever.
13:47Donc il y avait une volonté de tuer.
13:49Pour certains d'entre eux, il y avait une volonté de tuer.
13:52L'un des suspects de l'incendie a ce mardi été interpellé.
13:55Un homme de 34 ans.
13:58C'est une personne qui est fichée S,
14:01fichée S comme appartenant à la mouvance de l'ultra-gauche,
14:03qui serait déjà connue des services de police pour
14:06violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique.
14:09C'est l'antenne des policiers du RAID de Bordeaux
14:12qui a été mobilisée pour l'interpeller.
14:13Et généralement, quand on mobilise le RAID,
14:16c'est parce qu'on a des personnes qu'on considère comme dangereuses,
14:18peut être armées, et donc qu'on veut
14:20mettre le maximum de chances de notre côté
14:22pour l'interpeller dans de bonnes conditions.
14:23La sous-direction antiterroriste a été saisie.
14:26Une réponse judiciaire qui s'accélère.
14:29Les premières comparutions immédiates
14:31des pilleurs présumés
14:33débutent cet après-midi.
14:35Sous-titrage Société Radio-Canada
14:36Merci.