00:00Face aux casseurs, Adeline, François, vous nous parlez ce matin d'une faillite.
00:05Oui, on attendait des réponses du chef de l'État hier soir.
00:08On a d'abord eu des questions.
00:10Qu'ont-ils dans la tête ? Comment des Français peuvent faire cela à la France ?
00:15Comment peuvent-ils en arriver là ?
00:16Moi, je pose une autre question. Comment avons-nous pu en arriver là ?
00:20Comment peut-on avoir en quelques jours 8000 lycéens interpellés
00:23et samedi des CRS qui se replient devant des milliers de casseurs ?
00:27Comment sommes-nous devenus capables de contrôler celui qui manifeste,
00:30mais incapables d'arrêter celui qui vient casser ?
00:33C'est peut-être ça le problème de notre fameuse doctrine française du maintien de l'ordre.
00:38Elle s'est gérée une foule, mais la foule a changé.
00:40Le bon vieux cortège avec son parcours déposé en préfecture,
00:44ses syndicats, leurs services d'ordre,
00:46ses responsables avec lesquels on négocie
00:48et ses manifestants qui rentrent chez eux après avoir marché de république à nation,
00:52ce bon vieux cortège.
00:53Il existe toujours, mais autour de lui apparaissent systématiquement
00:57des groupes mobiles et des petites frappes,
00:59sans chef, sans parcours.
01:00Ils surgissent, ils cassent, ils pillent,
01:02ils se dispersent et se reforment de rue plus loin.
01:05Souvenez-vous Antonio Gramsci.
01:06Le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître
01:09et dans ce clair obscur surgissent des monstres.
01:11Eh bien, nous y sommes sans doute.
01:13L'ancienne manif se meurt,
01:14mais nous continuons à vouloir la gérer avec des méthodes pensées pour elle
01:17et les factieux surgissent.
01:19La rue était une tribune,
01:21elle est devenue un défouloir
01:22et on a progressivement abandonné aussi quelque chose d'autre.
01:26La police, qui connaît son terrain,
01:28qui dialogue,
01:28qui renseigne,
01:29qui anticipe,
01:30on a préféré une police d'intervention
01:32à une police de proximité.
01:34Une police qui intervient très bien
01:35quand elle sait où est l'adversaire,
01:37beaucoup moins quand elle doit commencer à le chercher.
01:39Sinon, comment expliquer que 30 000 casseurs
01:42se soient pointés à Marseille ?
01:43Ils se sont forcément coordonnés à un moment.
01:45C'est pas le hasard qui les a poussés là.
01:47Alors, entre ceux qui cassent
01:48et ceux qui les pourchassent,
01:49il reste plusieurs centaines de milliers de Français
01:51qui, eux, voulaient juste dire
01:52leur colère dans la rue.
01:54Eux aussi, on les a sous-estimés d'ailleurs.
01:56100 000 manifestants étaient annoncés,
01:58ils étaient entre 550 et 800 000.
02:00Alors, une doctrine qui ne parvient plus
02:02à protéger simultanément l'ordre public
02:04et la liberté de manifester
02:06et dont le thermomètre n'indique plus la bonne température,
02:10la voilà, la faillite du 17.
02:12Ironie de l'histoire,
02:13c'est à la fois la date de samedi
02:14et le numéro de police secours.
02:17Un point, c'est tout.