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  • il y a 10 heures
Sur la banquette juste derrière la mienne discutaient deux hommes qui semblaient être collègues de travail, dont l'un a dit : "Martine et moi, ça fait bien un an qu'on peut pas se blairer". "Se quoi ?", a demandé l'autre. "Se sentir", a traduit le premier...

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Transcription
00:00La leçon de français au réveil le dimanche matin sur RTL avec notre correctrice à nous, c'est Muriel Gilbert.
00:05Bonjour Muriel.
00:06Bonjour Stéphane, ami des mots, bonjour.
00:08Ce dimanche nous parlons d'une expression.
00:11Et oui, je l'ai entendu l'autre jour alors que je déjeunais dans une sorte de resto rapide.
00:15Sur la banquette juste près de la mienne, discutaient deux hommes qui semblaient être collègues de travail et l'un
00:20a dit
00:20Martine et moi, ça fait bien un an qu'on ne peut pas se blairer.
00:24Ce quoi ? a demandé l'autre.
00:25Se sentir, a traduit le premier.
00:27Et j'en étais à me demander si son copain n'avait pas entendu ou pas compris, parce que de
00:31plus en plus souvent, je ne sais pas si je suis la seule,
00:33des personnes plus jeunes que moi ne semblent pas comprendre les expressions que j'utilise tous les jours.
00:37Bon, quoi qu'il en soit, ce qui m'a sauté à l'oreille, tout à coup, c'est autre
00:40chose.
00:40Et alors quoi ?
00:41Ben le synonyme.
00:42Il y en avait d'autres.
00:43Je ne peux pas le blairer, c'est une façon argotique de dire je ne peux pas le sentir.
00:47Mais on peut aussi dire en argot, je ne peux pas le piffer.
00:49Ou bien un cran plus poli, celui-là, je l'ai dans le nez.
00:53Hier d'ailleurs, on parlait des niveaux de langue.
00:54Et il y a bien ici une question de niveau de langue, mais pas seulement.
00:58Toutes ces façons de dire qu'on a de l'aversion pour quelqu'un passent par le nez.
01:02Sentir, bien sûr, mais aussi blairer, un verbe basé sur ce synonyme argotique du nez, le blair.
01:08Et oui, et piffer, bien sûr, est un dérivé.
01:10Du pif.
01:11Et oui, le verbe piffer, un ou deux f, c'est comme on veut, viendrait de l'argot des prisons,
01:15selon le dictionnaire historique de la langue française.
01:18Et ce serait d'un usage courant depuis le 19e siècle.
01:20Le mot blair, lui, remonte aussi au 19e, c'est une apocope, un raccourci du blaireau.
01:27Cet animal au museau pointu, qui a lui-même servi à désigner notre appendice nasal.
01:32Et puis, comme l'usage est toujours pressé de tout raccourcir, le blaireau est devenu blair.
01:36Et ce blair a donné blairé au début du 20e.
01:39Quoi qu'il en soit, ça ne me semble être un beau témoignage de notre qualité indiscutable d'animaux,
01:44le fait que ces expressions si puissantes de l'antipathie ou de l'agressivité,
01:48que nous éprouvons parfois envers des individus de notre espèce, soient toutes basées sur l'odorat.
01:54Et vous avez une explication ?
01:56Tout simplement, c'est un trait commun à tous les mammifères
01:58que d'utiliser ce sens pour identifier ce qui est comestible et ce qui ne l'est pas.
02:03Avant qu'Homo sapiens ne se mette à aller cueillir sa pittance avec un chariot de supermarché,
02:08il a bien fallu qu'il se débrouille.
02:10Et avant l'invention des dates de péremption, disons à l'époque de Cro-Magnon,
02:13l'odorat, c'était un sens crucial.
02:16Donc quand on ne peut pas sentir quelqu'un, c'est qu'il nous répugne comme un produit avarié.
02:21Nous l'oublions parfois, mais nous sommes des mammifères et notre langue emporte la trace.
02:25Vous savez quoi, je ne vais pas regarder mon nez de la même façon désormais.
02:28La question du jour, Muriel, pour finir.
02:30C'est celle de Christophe de Rouen, Rouen, R-O-U-A-N-S, en Loire-Atlantique,
02:35qui m'écrit sur l'Instagram du Bonbon sur la langue.
02:38Bonjour Muriel, je suis souvent surpris, voire un peu plus, d'entendre ou de lire
02:42une vingtaine de pompiers sont intervenus sur un incendie.
02:46Existerait-il une tolérance qui m'aurait échappé ?
02:48Alors c'est un sujet qui soulève moult questions.
02:51Les spécialistes appellent ça l'accord des collectifs, un troupeau de moutons,
02:54une foule de manifestants, la majorité des Français, une vingtaine de pompiers.
02:59Voilà, troupeau, foule, majorité, vingtaine, ce sont des noms collectifs,
03:03des noms singuliers qui représentent une réalité plurielle.
03:06Pour l'accord, dans ce cas, on a le choix.
03:08Accord grammatical au singulier ou accord au pluriel.
03:10C'est souvent selon ce sur quoi on veut insister.
03:13En somme, rassurez-vous, on peut bien dire qu'une vingtaine de pompiers sont intervenus,
03:17cher Christophe, et même j'avoue que c'est bien le pluriel que je choisirais ici.
03:21Sous-titrage Société Radio-Canada

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