00:007h, 9h, Europe 1 matin.
00:037h11 sur Europe 1, Dimitri Pavlenko, vous recevez ce matin Michael Paty, la sœur de Samuel Paty.
00:08Bonjour Michael Paty.
00:09Bonjour.
00:09Bienvenue sur Europe 1, votre parole est rare dans les médias.
00:12En tout cas, je vous remercie d'autant plus pour cet entretien que vous nous accordez ce matin en exclusivité.
00:17Sur Europe 1, nous sommes le vendredi 16 octobre, veille des vacances de la Toussaint.
00:21Et il y a 6 ans, votre frère Samuel était assassiné à la sortie des cours par un islamiste devant
00:27son collège de Conflans-Saint-Honorin.
00:28On s'en souvient tous, depuis 6 ans, vous vous battez au quotidien, Michael Paty, pour la mémoire de votre
00:34frère, pour la justice aussi.
00:36On va y revenir.
00:37Mais d'abord, est-ce que je peux vous demander comment vous allez ce matin, ce jour anniversaire ?
00:41C'est toujours difficile la date anniversaire parce qu'on replonge et c'est presque qu'on va attendre l
00:47'heure fatidique qui va arriver en fin de journée.
00:49C'est toujours douloureux.
00:51Je dirais qu'à l'heure actuelle, ce qui me permet de tenir, c'est que mes combats que j
00:56'ai menés depuis des années ne sont pas vains.
00:58Des projets ont abouti, des projets qui nous ont fait du bien à mes parents, à moi-même.
01:05Par rapport notamment au film L'Abandon de Vincent Garin, qui à l'heure actuelle, presque fait une tournée des
01:12établissements scolaires,
01:14qui nous réconfortent en fait et qui nous réconcilient aussi avec une jeunesse qui pourtant nous avait fait du mal
01:21en 2020
01:21puisque des mineurs avaient participé à ce que mon frère se fasse assassiner.
01:25Vous parlez de ce film L'Abandon, il y a le film De Gaulle autour duquel il se passe quelque
01:30chose, la formule est un peu dans l'air du temps.
01:32Le film L'Abandon aussi, c'est le support d'une tournée pour vous.
01:35Vous allez à la rencontre de collégiens, de lycéens, d'ailleurs pas plus tard qu'hier, vous y retournez aujourd
01:39'hui.
01:40Vous allez dans les écoles, dans les collèges, lycées, à la rencontre des adolescents pour parler du film, pour parler
01:47de votre frère.
01:48Comment ça se passe ces rencontres, Mickaël Paty ?
01:50Écoutez-moi, ces rencontres en fait, elles ont été aussi pensées parce que la plupart des collégiens ou des lycéens
01:57étaient encore très jeunes au moment des faits.
01:59On leur a demandé souvent de faire une minute de silence, mais sans avoir de l'explication.
02:03Il va y en avoir une aujourd'hui d'ailleurs encore.
02:05Oui, donc on leur a dit qu'un prof avait été tué, mais le contexte, les circonstances, l'histoire est
02:12souvent peu racontée par aussi des faux d'information des enseignants
02:16qui n'ont pas à tous les tenants et les aboutissants.
02:18Donc en fait, ce film, c'est l'outil pédagogique par excellence pour faire comprendre à notre jeunesse.
02:24Et vraiment, partout où nous allons, les réactions de ces jeunes nous étonnent par leur degré d'intelligence par rapport
02:32à la situation.
02:33Ils ont une analyse qui est parfois peut-être même plus pointue que certains adultes à l'heure actuelle.
02:38Vous nous disiez hors antenne avec Anissa, mais les résultats de PISA sans doute sous-estiment ces jeunes qui vous
02:45surprennent.
02:45Qu'est-ce qu'ils vous disent, par exemple, des phrases que vous avez pu entendre, des réflexions, des questions
02:49qu'on vous pose ?
02:50Écoutez, ils réfléchissent principalement sur les liens de causalité.
02:55Ils ont parfaitement compris que c'est un enchaînement causal qui a permis cet événement tragique.
03:00Ils sont beaucoup plus capables d'avoir cette réflexion, je dirais, de construire l'arbre des causes.
03:05C'est-à-dire de comprendre qu'un événement n'est pas isolé et que ce n'est pas, comme
03:10dans le cas de mon frère,
03:11juste Abdoulakanzarov, l'assaillant qui l'a tué.
03:14Il faut bien comprendre qu'il y a un maillage avec un mensonge qui a été instrumentalisé.
03:18Il y a ce cours sur la liberté d'expression, le mensonge de la collégienne.
03:22Ils comprennent aussi à travers ce film la dangerosité des réseaux sociaux,
03:25qu'en fin de compte on peut faire dire tout et n'importe quoi.
03:29Finalement, ce film arrive à balayer ce que les enseignants essayent de faire auprès de notre jeunesse au cours de
03:34l'année.
03:34Vous avez longtemps dénoncé, Mickaël Paty, le comportement de l'éducation nationale envers votre frère dans les jours qui ont
03:42précédé son assassinat.
03:43Cet engrenage infernal que décrit très bien le film, dont vous parlez avec les collégiens et les lycéens.
03:49Est-ce que vous diriez, six ans plus tard, Mickaël Paty, que l'institution a fini par reconnaître ses fautes
03:54?
03:54Écoutez, pour moi, je ne pense absolument pas.
03:58Parce qu'ils n'ont fait aucun travail de rétrospection par rapport aux événements.
04:03Tout de suite après l'attentat, il y a eu un premier rapport qui était plutôt à décharge, nous nous
04:07expliquant qu'ils avaient tout bien fait.
04:10A l'heure actuelle, il y a un mémoire en défense de l'État, puisqu'il y a un procès
04:17à venir au tribunal administratif de Versailles
04:19qui nous explique cette fois, presque à l'inverse, que non, ils avaient mis énormément de choses en place.
04:25Notamment qu'il y avait des voitures de police banalisées qui étaient devant l'établissement pour le sécuriser.
04:31Je vais replanter le décor pour que ce soit bien clair pour les auditeurs d'Europe 1.
04:35Sur le terrain judiciaire, en effet, il y a eu un procès en appel au début de l'année,
04:39avec à nouveau condamnation des deux auteurs de la campagne de haine contre votre frère,
04:43Brahim Shnina, le père de l'adolescente qui avait menti, et le prédicateur islamiste Abdelhakim Seffrioui.
04:49Ce dont vous nous parlez, c'est ce recours que vous avez déposé devant le tribunal administratif
04:52pour faire reconnaître la responsabilité de l'État.
04:56Il se trouve que les recherches vont être closes demain sur cet aspect du dossier,
05:00c'est-à-dire la responsabilité à la fois de l'éducation nationale,
05:03mais aussi du ministère de l'Intérieur que vous mettez en cause, Mickaël Paty.
05:07Oui, je rajoute même également la mairie de Confluence-Saint-Honorine
05:10qui a été jointe au dossier pour notamment la police municipale.
05:14Donc c'est une procédure qui est lancée depuis mars 2024.
05:19On arrive à échéance.
05:21Je dirais que ce qui est choquant, c'est ce mémoire qui vient finalement nous expliquer
05:27que si, si, tout était sécurisé, tout était protégé.
05:31Tout a été fait conformément à ce qu'il n'est pas le fait.
05:33Sauf que dans les faits, les témoignages, notamment de la police municipale
05:38ou de la police nationale, nous disent exactement l'inverse.
05:42Qu'il n'avait été jamais mandaté pour sécuriser soit l'établissement, soit mon frère.
05:47Et ce, toute la dernière semaine, juste avant l'attaque.
05:50Ce que l'on vous a dit, très concrètement, Mickaël Paty, c'est
05:53mais si, votre frère était protégé, la preuve, il y avait une voiture banalisée
05:57qui surveillait l'entrée de l'établissement au cas où il se passerait quelque chose.
06:01Or, cette voiture banalisée, semble-t-il, elle n'a jamais existé.
06:05Mickaël Paty, c'est ça le fond de l'affaire pour vous aujourd'hui ?
06:07Après, ces gros textes nous parlaient de voitures banalisées qui sont quand même tracées.
06:11Donc, il n'y en a, par contre, aucune trace.
06:13Mais, en fait, il y a eu une enquête IGPN qui a été produite dans le recours au pénal,
06:19donc contre l'État, qui atteste de totalement l'inverse.
06:24Donc, à l'heure actuelle, Maître Karin Chex, qui me représente,
06:28fait la requête auprès du juge d'instruction
06:32pour que cette enquête soit versée au tribunal administratif
06:36pour simplement enfoncer le clou, je dirais,
06:39et dire, arrêtez de nous mentir.
06:41Parce qu'en fait, finalement, si je résume les choses,
06:43Mickaël Paty, vous dites aujourd'hui, c'est bien,
06:44il y a des commémorations, la mémoire, ça s'est très bien fait,
06:47mais il y a peut-être cette volonté de refermer le dossier définitivement,
06:51que la recherche des causes s'arrête là, finalement, Mickaël Paty,
06:53qu'on arrête de faire des vagues autour de la mort de votre frère,
06:56c'est ce que vous ressentez ?
06:57Oui, c'est ce que je ressens toujours au bout de six ans, c'est le pas de vague.
06:59On le voit bien à l'heure actuelle, pour toutes les situations
07:02qui peuvent intervenir avec des enseignants agressés,
07:05violentés, menacés, en fait, c'est toujours pareil.
07:09C'est le pas de vague, c'est on met la poussière sous le tapis,
07:12on essaye de passer à autre chose.
07:13On a à l'heure actuelle des gestionnaires de crise, uniquement,
07:17et on ne traite jamais les causes, et c'est ça qui serait essentiel
07:21pour que nos enseignants soient assurés véritablement d'être protégés.
07:25Oui, traiter les causes et rechercher les responsabilités aussi.
07:27C'est ça que vous dites aussi, Mickaël Paty, depuis plusieurs années maintenant.
07:31Qui sont les responsables, quelque part ?
07:33Ben, à l'heure actuelle, personne ne s'est désigné.
07:36On va nous jouer un petit peu d'une sorte de dilution de responsabilités,
07:40mais j'espère que pour une fois, la justice sera capable de pointer les fameux responsables.
07:46Dernière question, Mickaël Paty.
07:47Il y a eu cette fusillade lundi au Collège Lacanale d'Aubagne,
07:51il y a eu tous ces profs, ces proviseurs agressés ces dernières semaines
07:54pendant la crise lycéenne.
07:56Et puis, il y a eu aussi, en septembre dernier, ce parent d'élève
07:58qui avait menacé de mort une enseignante en Haute-Garonne.
08:01Il a été condamné à six mois de prison ferme.
08:03Le nom de votre frère, il est brandi au visage des profs comme une menace aujourd'hui.
08:07Qu'est-ce que ça vous fait ?
08:09Ça arrivait assez tôt, en fait, que le nom de mon frère soit associé à une menace de mort.
08:14Tout de suite après l'attentat, c'est ce que j'ai pu voir un peu partout,
08:18où Samuel Paty, oui, c'est une menace de mort.
08:21Maintenant, il faut vraiment que l'éducation nationale le comprenne,
08:25ce ne sont pas des paroles en l'air.
08:25Si un jour, un prof a été tué, il faut se dire qu'il y en aura forcément d'autres.
08:32Merci, Michael Paty, d'être venu ce matin au micro d'Europe 1.
08:35On imagine combien c'est difficile et éprouvant de vous exprimer en cette journée particulière pour vous.
08:40Merci en tout cas de votre courage d'être venu sur l'antenne d'Europe 1.
08:43Bonne journée.
08:43Il est 7h20 sur Europe 1.