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  • il y a 24 minutes
Lacrim est l'un des rappeurs francophones les plus populaires. Cette fois-ci, il ne chante pas mais écrit. "De ma fenêtre" déroule sa vie, les passages en prison, le rappeur à succès. Lacrim, ou plutôt Karim, se confie. Il raconte son histoire dans cet entretien. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/lacrim-plus-facile-d-etre-lacrim-que-karim-3349439

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Transcription
00:00La Grande Matinale
00:03Sonia de Villers
00:04La crime, ou l'histoire folle d'un gamin de la rue qui alterne.
00:08Un coup la prison, un coup le rap à des niveaux que vous n'imaginez pas.
00:13Des disques de platine, une aura puissante dans les quartiers,
00:17un duo avec un rappeur américain high level,
00:20la crime, son parler vrai et sa légende noire.
00:23Cette fois, il l'écrit, sans rime, sans frime.
00:26L'atol, dès l'âge de 16 ans, c'est âpre, c'est désespérant.
00:30Il en a bavé et sans cesse, il a replongé.
00:33Des erreurs très lourdes à porter, des albums cultes qui ne guérissent de rien.
00:38Le succès, ça rend con, dit la crime.
00:41Et en même temps, ça l'a peut-être sorti de l'enfer.
00:44Portrait numéro 196.
01:11Ça, c'est la rue et les caïds, raconté par la crime.
01:14Bonjour la crime.
01:15Bonjour Seigneur.
01:15Mais qui vient au micro de France Inter ce matin ?
01:18C'est la crime ou c'est Karim ?
01:19Karim.
01:20C'est Karim ?
01:22Oui.
01:23C'est ça.
01:24Parce que ce n'est pas exactement le même mec ?
01:26Exactement.
01:27Pourquoi ? C'est quoi la différence entre les deux ?
01:30Je pense que la crime, c'est juste l'artiste et avec...
01:33Ce n'est pas un truc forcément...
01:36Mais avec la pudeur et avec tout ce que Karim ne peut pas raconter.
01:42Finalement, c'est comme si c'était plus facile d'être la crime que Karim.
01:46Parce que la crime, c'est un gros frimeur ?
01:48Il a peur de rien ?
01:49Oui, parce que la crime, il a surtout une carapace et il s'en sert bien.
01:51Oui, oui.
01:53Donc, Karim Zenoud, il publie chez Hors Cadre ce petit livre qui s'appelle De ma fenêtre.
01:59Bon, qui est quand même signé la crime, parce que c'est un nom de scène et c'est un
02:03nom de star.
02:04De ma fenêtre, je l'ai dit, c'est sans rime et c'est sans frime.
02:22Pourquoi le succès, ça rend con ?
02:24Là, on vous entend avec French Montana.
02:26Il n'y en a pas beaucoup, des rappeurs français qui ont fait un duo avec un rappeur américain de
02:30ce niveau-là.
02:31Pourquoi le succès, ça rend con ?
02:32Parce que des fois, il y a l'ego et je pense que le succès, ça ramène aussi la facilité.
02:41Et la facilité, c'est l'ennemi de l'intelligence.
02:46Parce qu'on se repose sur des acquis, on devient feignant et tout ça.
02:49Donc, on est moins attentif, on fait beaucoup d'erreurs et on se croit surtout intouchable.
02:52Intouchable ?
02:54Mais pour quelqu'un qui a transgressé, qui a défié les flics, la loi qui a transgressé toute sa vie,
03:00on se croit encore plus intouchable quand on est une star du rap ?
03:04Je pense que c'est différent.
03:05Je ne me sentais pas intouchable en étant dehors, c'était un moyen de survie.
03:09Mais la musique, c'était différent.
03:10C'est des fleurs qu'on te jette, c'est un succès.
03:13Des fois, ta tête est un peu gonflée, c'est différent.
03:17La crime, quand on lit votre livre, on lit « J'ai touché ma première arme à 4 ans.
03:21Je l'ai trouvée en fouillant chez nous.
03:23Je me rappelle le poids dans la main, le métal froid.
03:26Je ne me rappelle pas avoir eu peur.
03:29Elle appartenait à qui, cette arme ? »
03:30« À mon papa. »
03:32« Pourquoi il y avait des armes à la maison ? »
03:34« Je ne sais pas. Je ne lui ai jamais demandé. »
03:35« C'est vrai ? »
03:36« Je ne lui ai jamais demandé.
03:37Je ne sais même pas ce que ça représentait vivre à Paris.
03:39Dans les années, c'était en 80, mon père est en 84, je crois.
03:43Ça devait être en 88, 89.
03:44Je pense que j'ai dû trouver cette arme.
03:46Et je ne me rappelle plus quelles étaient les conditions de vie, vraiment.
03:49Mais je ne sais pas.
03:50Parce que vous avez grandi dans Paris, avant de partir dans le 94, avant de partir dans le Val-de
03:55-Marne.
03:56Dans le 13e arrondissement.
03:58Donc, il y avait une arme à la maison.
03:59Et c'est surtout cette phrase « Je ne me rappelle pas avoir eu peur. »
04:04Où là, déjà, il y a quelque chose qui ne va pas, c'est ça ?
04:07« Je ne sais pas. »
04:08En tout cas, c'est comme le reste du livre.
04:10Des fois, j'ai une réflexion qui vient derrière.
04:11Mais des fois, c'est juste brut.
04:12Je te pose les lignes comme ça et puis c'est comme ça.
04:16Mais je me rappelle que mes parents m'ont vu avec cette arme que j'ai trouvée en dessous du
04:21lit.
04:22Et je me rappelle qu'ils étaient très paniqués.
04:23Je me rappelle que ma mère, elle s'est prélatée avec mon père.
04:25J'ai des flashs.
04:26J'étais petit, mais j'ai des flashs.
04:27Donc finalement, je les vois eux paniquer, moi pas.
04:29C'est ce truc-là qui est...
04:30Parce qu'un peu plus tard, vous décrivez un gamin qui a peur.
04:34Et vous décrivez un gamin qui a peur de son père.
04:38Votre père, il régnait sur vous en vous enfermant.
04:42En vous enfermant dans votre chambre.
04:44Il n'y a même pas besoin de fermer la porte à clé, en réalité.
04:47Vous dites qu'il n'y a même pas besoin d'enfermer un gamin qui a peur.
04:49De toute façon, il ne bouge pas.
04:50C'est ça ?
04:51C'est des heures et des heures, des jours.
04:53Oui, des jours.
04:53Assez enfermés.
04:54Des jours.
04:54Oui, des heures et des heures et des jours et des jours.
04:56Et je pense que ça se traduit par aussi les heures et les heures et les jours et les jours
05:00sur lesquels j'étais un peu compliqué.
05:02Aujourd'hui, je pense vraiment avoir la lecture.
05:04Mes parents, ils n'avaient pas forcément le manuel dans les mains pour savoir comment faire.
05:07Mais je pense que je les ai beaucoup, beaucoup, beaucoup frustrés.
05:11C'est vrai, parce qu'ils ont essayé de parler.
05:13Ils ont essayé plein de choses, plein de chemins.
05:15À chaque fois, oui, je ne sais pas pourquoi je fais ça.
05:16Je ne sais pas pourquoi je fais ça.
05:17Et je recommence le lendemain.
05:18Donc, à la fin, ils n'ont plus les clés.
05:19Ils ne savent pas comment faire.
05:20Ce qui est dingue, c'est que tout petit, vos copains qui vous voient regarder par la fenêtre,
05:23et le livre s'appelle De ma fenêtre,
05:26vos copains qui vous voient regarder par la fenêtre parce que vous ne pouvez pas sortir,
05:29parce que vous regardez la vie se faire dehors sans vous.
05:32Ils vous appellent Karim le taulard,
05:34vous qui deviendrez un taulard pour de vrai,
05:36à réécrire aujourd'hui.
05:38Bizarre, non ?
05:38Oui, bizarre.
05:39Vraiment.
05:40La première fois que vous fumez du shit, 12 ans.
05:44Là aussi, du shit, il y en a à la maison.
05:47Donc, il n'y a qu'à se pencher.
05:49Donc, il n'y a qu'à se pencher.
05:51Oui, c'est vrai.
05:53Je sais aussi, par exemple, que ça, mon père, il n'a jamais fait devant moi.
05:55Je le sais, je le vois depuis que je suis petit.
05:56Il l'a toujours caché.
05:57Je sentais que c'était une odeur qui était différente de la cigarette.
06:00Mais il l'a toujours caché.
06:01Mais c'était chez moi.
06:01Et donc, un jour, quand je découvre ça à l'école,
06:03je me dis, mais c'est ça qu'il y a chez moi.
06:04C'est ça que je truque.
06:05Donc, un jour, je fouille, je trouve,
06:07et je prends et je l'emmène à l'école.
06:08Et qu'est-ce qui se passe à 13 ans dans la tête d'un gamin
06:12qui va voler une enveloppe dans laquelle il y a 28 000 francs ?
06:15C'est énorme, 28 000 francs.
06:17Qu'est-ce qui se passe dans la tête du gosse
06:19pour qu'il n'y ait pas une petite...
06:21Alors, ce n'est pas à vos parents.
06:23C'est aux parents d'un mec que vous connaissez
06:25que vous volez cette enveloppe.
06:27Il n'y a pas une petite lumière qui s'allume jamais.
06:30Il n'y a pas la petite sirène qui dit
06:32« Fais pas ça, fais pas ça. »
06:34Non.
06:34Non.
06:35Non.
06:35Mais c'est ça que je regrette le plus sur vraiment mon passé.
06:38C'est que j'étais, à un moment donné,
06:40comme j'expliquais, tu pouvais être mon ami,
06:41mais j'avais faim.
06:42Donc, si je pouvais, je te volais.
06:43C'est ça que je regrette le plus dedans.
06:44C'est de ne pas avoir ces choses-là,
06:46cette dernière lure qui me dit
06:49« Non, mais ça, tu ne peux pas faire ça. »
06:50Tu vois ?
06:50Je n'avais rien.
06:52C'était dangereux de me fréquenter.
06:54Non, mais c'est vrai.
06:55À un moment, je n'avais pas de principe.
06:56À 16h, j'étais bien avec toi
06:57et à 20h, je peux te voler.
06:58Parce qu'il faut que je mange,
06:59il faut que je dorme.
06:59Et moi, je sais que toi,
07:00tu vas rentrer et que tu vas dans la marche chez toi.
07:01Donc, je n'ai pas l'impression
07:02de te prendre quelque chose.
07:04Surtout, vous êtes très vite parti de la maison.
07:06Vous avez quel âge quand vous quittez la maison ?
07:07Franchement, très vite.
07:08J'ai commencé, je pense,
07:08j'avais 11 ans, 12 ans.
07:09Et donc, ça a commencé comme ça.
07:11Parce que c'était irrespirable, la maison ?
07:12Parce que déjà, je pense que c'était irrespirable.
07:14Et après, justement,
07:15je ne sais pas si c'était vrai,
07:17finalement, aujourd'hui, avec le recul,
07:19mais j'ai cru pouvoir respirer dehors.
07:21Donc après, c'est ça qui a été vicieux pour moi.
07:24Entre tes 12 et tes 15 ans,
07:26tu n'as passé que 5 samedis à la maison.
07:29Ça, c'est une phrase de votre mère.
07:315 samedis à la maison,
07:33entre 12 et 15 ans.
07:34Mais vous étiez où, en fait ?
07:36J'étais dehors.
07:37Dans la rue.
07:38Dans la rue.
07:39Donc, ça veut dire dormir où ?
07:41Dormir dans un local technique,
07:42dans une cave.
07:43Si j'ai un peu d'argent,
07:44je peux dormir à l'hôtel.
07:45Des fois, je peux me faire héberger,
07:46ce qui est très rare.
07:46Mais la plupart du temps,
07:47je dormais dans des locales techniques.
07:49J'ai appris que je dormais 2 ans
07:50avec de l'amiante.
07:51Je ne savais même pas que c'était de l'amiante.
07:52À l'époque, il y a eu les problèmes d'amiante.
07:53C'était à cette époque-là,
07:54dans les années 2000.
07:55C'était à cette époque-là.
07:56Et je dormais dans un local.
07:57Je sais que ça fait plus de 2 ans
07:58que je dormais déjà là-dedans.
07:59Donc, à fréquenter des mecs
08:09là, j'ai eu cette attirance.
08:10Parce que je fumais déjà,
08:11c'était déjà beaucoup.
08:12Mais je pense que ces mecs-là,
08:13il y avait déjà 20 ans.
08:14Moi, j'en avais 13.
08:15Donc, ils avaient 7 ans ou 8 ans
08:16de vécu de souffrance de plus que moi.
08:18Et à un moment donné,
08:18je crois que c'était fait manger
08:20par cette vie.
08:21Pour les médicaments, des cachets.
08:23C'était même plus des trucs
08:24de substitution, carrément.
08:26Vous vous souvenez, la crime ?
08:28Vous vous souvenez des yeux
08:29du juge pour enfant ?
08:31Vous vous souvenez de son regard ?
08:32Ah, bien sûr.
08:33Je me souviens de lui, vraiment.
08:34Et c'est quelqu'un que j'ai beaucoup respecté,
08:36que j'aimais beaucoup.
08:37Vraiment.
08:37Parce qu'il essayait de s'occuper
08:39de votre dossier.
08:40Exactement.
08:40Et puis, un jour,
08:41il va falloir annoncer que
08:43cette fois, c'est fini.
08:44Cette fois, vous allez aller en taule.
08:46Et vous vous dites,
08:48il est froid.
08:52Il est déçu.
08:53Il est déçu.
08:54Et en fait, vous vous souvenez
08:55de l'avoir déçu ?
08:56Je me souviens de l'avoir déçu.
08:57Je sais qu'en fait,
08:57j'ai brisé le contrat de confiance
08:58plus d'une trentaine de fois.
09:00Et je me rappelle des fois
09:01que ça devenait aberrant.
09:02Ça veut dire,
09:03je suis passé trois fois dans le mois
09:04devant lui,
09:05et il revient à me dire,
09:06je crois en toi.
09:07Je te jure,
09:07tu peux faire quelque chose.
09:08Et à la fin,
09:08il me dit,
09:09il lève la main droite
09:09et jure sur ton honneur
09:10que tu n'as pas recommencé.
09:11Moi, je me dis,
09:11mais c'est aussi facile que ça.
09:12C'est vraiment sans...
09:14Et après, lui, par contre,
09:16j'avais ce truc-là.
09:16Se dire, lui, vraiment,
09:17il me fait de la peine
09:18parce que je crois qu'il...
09:19Je vois qu'il croit en moi
09:20et je sais qu'il pourrait être plus sévère.
09:21Donc, c'était quand même
09:22une image d'autorité ?
09:23Quand même ?
09:24Je pense qu'il essaie
09:25de la remplacer quelque part.
09:26après, moi, c'est un suivi éducatif.
09:28Exactement.
09:28En permanence.
09:29Exactement.
09:30Comme je suis à retrailler
09:31mon père ou ma mère.
09:49Il est vieux, ce morceau.
09:54Oui, il est très vieux.
09:54Oh mother, oh my mother,
09:56oh mother, oh mother.
09:57Oui, à toutes les mères.
09:59À toutes les mères.
10:00Elle en a énormément bavé.
10:01Elle en a énormément bavé.
10:03Énormément bavé.
10:03Parce qu'il y a Fleury Mérogy.
10:05Fleury Mérogy,
10:06le premier souvenir,
10:07c'est le bruit du verrou.
10:08Oui.
10:09Pourquoi ?
10:10Ça, ça s'incruste
10:11dans le cerveau.
10:12Parce que je suis vraiment
10:13à la découverte d'un monde
10:14que je ne connaissais pas
10:15et puis même si j'avais vu
10:16à la télé,
10:17c'était les Etats-Unis.
10:18Donc, c'est un cliché
10:19qui reste loin.
10:19C'est un truc de...
10:20Et là, je le vois devant moi.
10:21La froideur du silence
10:23à minuit
10:24et les surveillants
10:25qui finalement
10:26ne discutent pas avec toi,
10:26c'est une procédure.
10:28T'es un numéro de plus.
10:3016 ans.
10:3016 ans.
10:31Vous êtes le plus petit.
10:3216 ans et deux jours.
10:33Je suis le plus petit.
10:34Parce que vous êtes une crevette.
10:35Je suis petit.
10:36Je fais 40 kilos.
10:37Je suis petit.
10:38Je ne vais pas avec l'endroit.
10:40Je ne vais pas avec l'endroit.
10:41Je le sais.
10:42Je me rends compte.
10:42Je ne vais pas avec l'endroit.
10:43Oui.
10:45Ce que...
10:46Enfin,
10:46Fleury Mérogy,
10:47ça va revenir plusieurs fois.
10:48C'est-à-dire qu'il y a
10:49trois peines de prison.
10:50À 16 et 17 ans,
10:51il y a trois peines de prison
10:52qui s'enchaînent.
10:53Et en fait,
10:53ce qu'on comprend bien
10:54dans le livre,
10:58vous sortez de là,
10:59vous êtes un braqueur.
11:00Oui.
11:01Oui ?
11:01C'est-à-dire que la prison,
11:03elle vous a formé.
11:04Oui.
11:05Elle vous a formé à quoi ?
11:07La prison,
11:08elle m'a forgé.
11:08Après,
11:08c'est juste naturel.
11:11Elle ne vous a pas corrigé.
11:12Non.
11:13J'ai expliqué ça
11:14à un juge d'instruction en 2009.
11:16Je travaillais dans un restaurant
11:18et j'étais en prison
11:18pour une histoire de 10 ans avant.
11:19J'étais vraiment rangé.
11:20Je lui expliquais.
11:21Je lui dis,
11:21je suis en prison.
11:22Je suis en contact
11:22avec des gens qui me disent
11:22qu'on va sortir,
11:23on va faire ça,
11:23on va faire ça.
11:24Je n'ai pas envie.
11:25Mais au final,
11:25si je suis dans ce milieu,
11:26qu'est-ce que vous voulez
11:26que je fasse après ?
11:27À la fin,
11:28je vais céder.
11:29Et comme j'étais vraiment là-dedans,
11:30c'est sûr qu'une fois
11:30que tu rentres
11:31pour des petits cambrouillages,
11:32c'est dur de ressortir
11:33et de se ranger.
11:35Donc en prison,
11:36on apprend quoi ?
11:37On apprend,
11:38on sort de là
11:39avec un carnet d'adresse,
11:40en gros,
11:41avec des idées de plans.
11:43Oui.
11:44Oui.
11:44C'est surtout des fréquentations.
11:45C'est ça.
11:46C'est des gens
11:46qui sont pseudo-mentors
11:48avec qui tu fréquentes.
11:48On a peur en prison.
11:54Donc c'est comme si
11:55tu te retrouves à la Légion
11:56et que tu arrives
11:57et que les mecs sont durs
11:57avec toi.
11:58C'est à peu près pareil.
11:59Il faut que tu aies
11:59un instinct de survie.
12:00Il y en a qui,
12:01oui, il y en a non.
12:02Il y en a qui sont trop faits pour ça.
12:03Donc on apprend à repérer
12:04des mecs très vite,
12:05très loin.
12:05Exactement.
12:06Et il faut être dur.
12:07Il faut être dur avec soi-même.
12:09Donc on s'endurcit.
12:10Exactement.
12:11Et pendant que vous êtes en prison,
12:13vos parents disent
12:14à vos frères et sœurs
12:15que vous êtes en colo.
12:16Ma sœur,
12:17je suis en colo.
12:18Elle m'écrit des lettres
12:19et elle me dit
12:20j'espère que ça se passe bien là-bas.
12:21Elle m'a dit
12:22que tu avais une grande piscine.
12:24Voilà.
12:24Et moi, je prends la lettre
12:24avec le dessin
12:25parce qu'elle m'a dessiné la piscine
12:26et je l'accroche sur mon mur.
12:27Je regarde.
12:27C'est quand même dingue.
12:29Et voilà.
12:30Cette peine, par exemple,
12:30j'ai deux ans
12:31et deux ans,
12:32je ne l'ai pas vue au parloir.
12:33Elle n'est pas venue.
12:34Donc c'est que des lettres
12:35par interposé.
12:36Croyant que je suis en colonie.
12:37Oui.
12:38La prison,
12:39ce n'est pas la colo.
12:40C'est-à-dire qu'un peu plus tard
12:41dans votre vie,
12:50et vous dites
12:50que c'est une des prisons
12:51les plus violentes
12:52que vous ayez fréquentées.
12:54Qu'est-ce qu'elle a,
12:55cette prison
12:55que les autres n'ont pas ?
12:57Qu'est-ce qu'elle a
12:57pour être le théâtre
12:58de règlements de comptes
12:59aussi dur,
13:00aussi trash ?
13:01Je ne sais pas.
13:02Après, c'est peut-être
13:02le constat de Marseille.
13:03Je pense qu'à cette époque-là,
13:04déjà, moi, j'avais vu
13:06ce qui se passe aujourd'hui à Marseille.
13:07Je l'avais déjà vu en 2013
13:08parce qu'en 2013,
13:09ce n'était pas aussi violent
13:10qu'aujourd'hui.
13:11Mais j'étais déjà passé
13:12dans des écoles.
13:13Je voyais les infrastructures.
13:14Je voyais les bâtiments
13:15avec des trous,
13:16avec des rats,
13:16avec des trucs.
13:16Je voyais les gamins.
13:17Je me disais
13:17mais dans dix ans,
13:18ça va être nappe ici.
13:20Moi, je l'avais...
13:20C'est ce qui se passe aujourd'hui.
13:21Exactement.
13:24Donc, oui,
13:24je voyais déjà
13:25que c'était violent.
13:26Je voyais déjà
13:26que c'était violent.
13:27Et au final,
13:27quand je suis parti en prison,
13:28c'est tout ce système-là
13:29qui est à l'intérieur.
13:29Il n'y a pas de système.
13:30C'est comme si
13:31il n'y avait pas de chef.
13:31Il n'y avait pas de règles.
13:32Il n'y avait rien du tout.
13:32Parce que les méchants de Marseille,
13:34vous dites
13:34la crime,
13:35ce n'est pas rien.
13:35C'est très chaleureux.
13:36C'est ça Marseille.
13:37Il t'embrasse
13:38et il te plante
13:39avec le même sourire.
13:41C'est vrai.
13:41Avec le même sourire.
13:42C'est vrai.
13:43Bon, en prison...
14:00Marseille, c'est la naissance de la musique.
14:02Vous êtes arrivé par hasard
14:03à la musique.
14:04Oui.
14:07On en a discuté en coulisses,
14:08la crime.
14:09Ce ne sera pas toute votre vie,
14:11la musique.
14:12Ça a été un moment.
14:13Exactement.
14:13Mais c'est né à Marseille.
14:14Oui.
14:15Et il y a des textes.
14:16Ça, c'est l'album de Corleone.
14:17Il y a un énorme succès.
14:19Il y a des textes
14:20qui ont été écrits en prison.
14:21Oui.
14:23Mais généralement,
14:24les textes qui ont été écrits en prison,
14:26c'est des morceaux
14:27comme tout le monde veut délever.
14:29C'est-à-dire ?
14:29Ça veut dire,
14:30j'ai fait des morceaux
14:31à consonance house,
14:33je te fais rêver,
14:34j'ai envie de m'évader.
14:36Quand je suis en prison,
14:37je prends toutes les images,
14:38j'encaisse,
14:38après je sors,
14:39j'essaie d'en faire quelque chose
14:40parce que j'ai cette frustration
14:41à l'intérieur de moi,
14:41j'essaie de vider mon sac.
14:42Mais quand je suis en prison,
14:43j'essaie d'être positif.
14:44Ça veut dire,
14:44moi, mon inspiration,
14:45c'est écrire des morceaux
14:45sur l'évasion,
14:46sur l'évasion.
14:47Je parle des vacances,
14:48d'essayer de rêver,
14:49d'essayer de...
14:50je pense à des femmes,
14:51je pense à le soleil,
14:53je pense à la plage,
14:53je pense à...
14:54Et dans l'album Corleone,
14:55le mot qui revient le plus,
14:56c'est la fin.
14:57Oui, bien sûr,
14:58parce que c'est de la douche vient
14:58et c'est le moteur principal.
15:00C'est ce qui a fait
15:01que je peux être assis
15:02en face de toi aujourd'hui,
15:03que j'ai la chance
15:03d'être assis en face de toi aujourd'hui.
15:04C'est la fin qui m'a ramené ici.
15:06Pourquoi ?
15:07La fin,
15:07elle t'a fait faire
15:08énormément de conneries.
15:09Elle t'a fait faire
15:09les pires erreurs de ta vie.
15:10Bien sûr,
15:11mais aussi,
15:12elle m'a fait faire
15:12les bons choix
15:12et en tout cas,
15:13elle m'a poussé
15:14à, même si j'ai fait des erreurs,
15:15avoir la bonne réflexion
15:16à dire,
15:16Karim,
15:16il faut que tu changes
15:16et évoluer.
15:17Mais c'est la fin,
15:18quoi qu'il arrive.
15:19Puis je ne peux pas,
15:20on ne peut pas tout avoir.
15:21On m'a expliqué une fois,
15:21il y a une assiette,
15:22tu prends tout.
15:23Tu manges,
15:23tu dis que c'est bon.
15:24Mais dans l'assiette,
15:25des fois,
15:25il y a le lot de tristesse,
15:26il y a le lot de mauvais choix,
15:27il y a le lot d'erreur.
15:28Je prends tout.
15:28Mais la fin,
15:29elle m'a donné aussi...
15:29Tellement on a la dalle.
15:30Exactement.
15:31Ça,
15:31c'est la voix
15:32de votre grand-mère.
15:42Elle s'appelle
15:43Ourdiah Amitouche,
15:44votre grand-mère algérienne.
15:47Vos deux parents sont algériens.
15:49Votre grand-mère algérienne,
15:50c'était une actrice de cinéma.
15:56C'est vrai,
15:57c'est une actrice de cinéma
15:58très, très, très connue,
15:59très réputée.
16:00Je reconnais le film
16:01Taxi Murphy,
16:01elle essaie de marier son enfant
16:03dans le taxi.
16:05Et oui,
16:05elle était très connue.
16:06Elle avait une très forte
16:08personnalité là-bas,
16:10un très grand charisme.
16:10Elle a joué un film
16:12avec Josiane Balasco
16:12et Thierry L'Armite en France,
16:13Nuit d'Ivresse.
16:15Et oui,
16:15c'est une icône.
16:16Et je pense qu'aussi,
16:17je tiens...
16:18J'ai pris de l'ADN
16:21de ma grand-mère,
16:22je pense,
16:22sous quelques points.
16:23C'est ça.
16:24Et l'Algérie,
16:26c'est le pays de vos parents.
16:28C'est aussi un pays
16:28où vous avez été en cavale.
16:30Parce qu'il y a un moment,
16:32vous avez fait vos bagages,
16:33vous êtes parti,
16:34l'Espagne,
16:35le Maroc,
16:36il y a un procès auquel
16:36vous n'avez pas assisté,
16:37vous avez été condamné
16:39en votre absence,
16:39vous êtes parti,
16:40ça a duré combien de temps ?
16:41Ça a duré neuf mois.
16:42Neuf mois.
16:44Un bout de cavale en Algérie.
16:47L'Algérie,
16:48vous avez une aura
16:50absolument incroyable.
16:51Vous êtes hyper important
16:52pour les Algériens,
16:53pas que pour les Algériens,
16:54pour les Italiens,
16:55pour les Français,
16:55enfin bref.
16:56Vous êtes un rappeur
16:57qui a compté énormément
16:58et qui comptait encore.
16:59C'est son bien.
16:59Mais aussi en Algérie.
17:02Sauf que la cavale,
17:03en réalité,
17:03c'est une espèce de torture
17:04qu'on s'inflige à soi-même.
17:06Exactement.
17:06Parce que déjà,
17:07c'est une cavale,
17:07une pseudo-cavale,
17:08parce que ce n'est pas une cavale.
17:09Donc on l'appelle comme ça,
17:10mais en vrai,
17:10ce n'est pas une cavale.
17:12Et donc,
17:13je suis vraiment...
17:14Moi, ça a été une période
17:15qui a été vraiment très dure.
17:16Au-delà de la dépression
17:17que j'ai faite en 2018,
17:18en vrai,
17:18je pense que c'est une période
17:20qui équivaut.
17:21C'était vraiment dur.
17:22Je ne voulais pas être là,
17:23en fait.
17:23J'étais là,
17:23mais je ne voulais pas être là.
17:25Et puis,
17:25je suis en train de préparer
17:25aussi la naissance de ma fille.
17:27Et puis,
17:27comme j'ai fait un peu le con,
17:28je lui ai pris la tête,
17:29on s'est séparés,
17:30donc je ne voyais pas la petite.
17:31Enfin,
17:32je n'ai pas une ciste à la naissance.
17:33Donc tout ça,
17:33ça tournait en rond.
17:34J'étais là pour rien.
17:35Ouais.
17:36Voilà.
17:37Donc quand on est là,
17:37on n'a pas envie d'être là,
17:38forcément,
17:38ça ne se passe pas bien.
17:39Donc il y a un moment,
17:40vous rentrez,
17:40il vaut mieux faire de la tôle.
17:50Je serai presque dehors.
17:52Donc je dois me retaper tout ça.
17:53Je dois me faire neuf mois,
17:54il faut que je retourne encore neuf mois.
17:56C'était très dur.
17:57Ouais.
17:58Mais cette dépression,
18:00dont vous parlez,
18:01la crime,
18:02et vous le dites,
18:02il y a un moment,
18:03vous êtes arrivé,
18:03vous aviez tellement maigri,
18:05que vous êtes totalement méconnaissable.
18:07C'est quoi ?
18:08C'est tout le passé
18:09qui finit par monter,
18:11qui vous submerge,
18:12dont on ne peut plus sortir,
18:13dont on ne peut plus se défaire.
18:14C'est le désespoir
18:15de se dire qu'on n'arrivera jamais à changer.
18:17C'est quoi ?
18:17Je pense que c'est l'accumulation de choses
18:20et comme on a l'habitude
18:22de croire qu'on est un rock,
18:23on croit qu'on peut affronter
18:24toutes les situations.
18:25Sauf que non.
18:26Là, c'est pseudo-caval,
18:28je n'y arrivais pas.
18:28Le fait de ne pas voir ma famille,
18:30je n'y arrivais pas.
18:31Le fait d'être...
18:32J'ai été privé de liberté.
18:33J'étais dehors,
18:33moi j'étais déjà privé de liberté.
18:35Et je ne voyais pas ma famille.
18:36Donc tout ça,
18:37c'était très dur pour moi.
18:37C'était quelque chose
18:37que je n'y arrivais pas à assumer.
18:39Donc pourtant,
18:39j'ai fait le choix
18:40de partir en Algérie
18:41en pensant que j'allais assumer,
18:42mais je n'arrivais pas à assumer.
18:43Donc c'était trop dur pour moi,
18:45en vrai.
18:46Donc c'est tout.
18:46Je n'avais pas les épaules pour.
18:48Alors François Besse,
18:50avant qu'on écoute François Besse,
18:51parce que ça,
18:52c'est un son qui va sortir vendredi,
18:53j'ai le droit d'en passer 20 secondes.
18:55Ah, 20 secondes !
18:56Donc on va bien le savourer,
18:58le nouveau lacryme.
18:59François Besse,
19:00déjà, il faut nous raconter
19:01qui c'est.
19:02Parce que dans vos albums,
19:04lacryme,
19:05hier j'ai cherché,
19:07ça vous amuse
19:08d'aller chercher des noms
19:09qui sont hyper pop,
19:10hyper médiatiques.
19:11Il y a un son qui s'appelle
19:13Jacques Chirac,
19:14qui m'a fait mourir de rire.
19:15Merci.
19:16Il y a un son qui s'appelle
19:17Pénélope Écrouz.
19:18François Besse, c'est qui ?
19:19François Besse,
19:20c'était un acolyte
19:21qui a rencontré Jacques Mérine
19:23durant leur vie.
19:26Et c'était un...
19:26Un grand bandit.
19:27Un grand bandit.
19:28Un truant.
19:28Qui s'est évadé sept fois de prison.
19:30Mais qui avait un profil
19:31qui ressemblait un peu au mien,
19:32dans le sens où
19:32il faisait 1m60,
19:33il était petit,
19:34il était très discret.
19:34Et moi, c'est ce que j'ai préféré
19:35quand je regardais Messrine
19:36ou Besse,
19:41personne ne parle de lui.
19:43Tout le monde parle de Messrine.
19:44La légende noire,
19:45c'est Jacques Mérine.
19:46Exactement.
19:47Et finalement,
19:47il était plus sympathique
19:48qu'Emerine.
19:49Et c'est pour ça que je dis
19:50dans la musique,
19:50quand je dis au tribunal,
19:51des fois,
19:52elle me faisait sourire et trucs.
19:53J'étais beau,
19:53même au comico,
19:54c'est pour ça.
19:5420 secondes.
19:5520 secondes du nouveau lacryme.
19:57Parfois je la faisais les poches.
19:59Oui, je sais que c'est moche.
20:01Et même au tribunal.
20:03Parfois elle me trouvait beau.
20:06Parfois je la faisais les poches.
20:08Oui, je sais que c'est moche.
20:10Et même au comico.
20:13Parfois elle me trouvait beau.
20:17Voilà, on s'arrête.
20:18Il faut attendre vendredi
20:19pour écouter la crime.
20:21J'aime beaucoup cette musique.
20:22Et le nouvel album
20:22qui arrive dans quelques semaines,
20:24dans quelques mois.
20:24Je n'ai pas le droit d'en dire plus.
20:25Je n'ai même pas le droit
20:26de vous demander le titre de l'album.
20:29Dire que vous êtes un repenti,
20:30ça veut dire quelque chose
20:30ou ça ne veut rien dire ?
20:31Non, ça ne veut rien dire.
20:32Ça ne veut rien dire ?
20:33Non, ça ne veut rien dire.
20:33Ça, c'est du vocabulaire.
20:35Exactement, ça ne veut rien dire.
20:36En tout cas,
20:36je n'ai pas appartenu à une caste
20:37pour après en sortir.
20:38Moi, j'ai voulu un moyen de survie
20:40et aujourd'hui,
20:41j'ai trouvé un autre moyen de survie
20:42qui est le travail.
20:42J'ai toujours voulu travailler,
20:43j'ai toujours voulu m'en sortir.
20:44Je n'ai pas voulu aller voler.
20:46Je voulais juste manger.
20:48Aujourd'hui,
20:48je peux manger
20:49et je suis très content.
20:50Donc, je ne suis pas repenti.
20:52Vous habitez loin maintenant ?
20:53J'habite loin.
20:54Oui, loin.
20:54Vous habitez où ?
20:55Vers la paix.
20:56Vers la paix, c'est ça.
20:57On sait tous ce qu'on saura.
20:59Mais ça fait du bien d'être parti.
21:00Ça fait du bien, ça fait beaucoup.
21:01Il fallait des milliers de kilomètres
21:02entre vous et toute cette histoire.
21:05Mais c'est sûr.
21:05La Crime publie De Ma Fenêtre.
21:07C'est aux éditions Hors Cadre.
21:09Le livre sort aujourd'hui.
21:11Merci.
21:11C'est beaucoup de franchise,
21:13c'est beaucoup de sincérité.
21:14Merci La Crime.
21:14Merci, je voulais vous remercier.
21:16Je vous aime beaucoup.
21:17Vous êtes solaires et tout.
21:17La vérité, je suis très content d'être ici.
21:18La vérité, je suis très contente
21:20que vous soyez venu à ce micro
21:22au micro de France Inter.
21:23Merci.

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